Dans les Alpes Maritimes. Le Mont Clapier

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Le Mont Clapier ( 3045 m. )

Ascension par l' arête sud-est ( 4 août 1927 ).

Par Barthélémy Asquasciati.

A la mémoire de Guillaume Kleudgen.

Dans l' ardeur de mouvement et de vie, qui caractérise la période « post bellica » dans laquelle nous vivons, la passion pour les sports en général s' est popularisée en Europe.

La montagne avec sa grandeur, le paysage alpestre et ses beautés si changeantes, les glaciers, les phénomènes infinis qu' elle présente, tout est l' objet des études assidues des hommes d' aujourd. Ce sont ainsi des énergies nouvelles qui se développent. C' est une nouvelle conception de la vie, qui pousse à défier les fatigues et les dangers, qui forme un ensemble inébranlable de cœurs et de volontés, une nouvelle pulsation d' un « moi » purifié, dans une atmosphère saine qui envahit le monde et l' exalte.

Au nombre des montagnes qui offrent un sujet d' étude nouveau et intéressant il faut placer les Alpes Maritimes. Elles comptent déjà une véritable littérature, une nombreuse moisson de recherches topographiques et scientifiques, dues à la passion ardente et à la ténacité de savants tels que MM. Bobba, Dellepiane, Issel, Martelli, Mondini, Roccati, Sacco, Vaccarone, Viglino, Bertrand, Bicknell, Brossé, Burnat, Coolidge, de Cessole, Mader, Maubert, Verani, d' autres encore. Toutefois les Alpes Maritimes n' ont pas encore dévoilé tous leurs secrets aux chercheurs et aux savants, bien que l'on ait décrit les ascensions et les traversées des sociétaires du Club Alpin ou d' autres grimpeurs, en les illustrant, en les accompagnant de détails empruntés à l' histoire et aux sciences.

Parmi la merveilleuse floraison et les nombreux documents que nous possédons aujourd'hui, le Mont Clapier, occupe une place importante.

A l' aurore du 4 août 1927, en compagnie de Mademoiselle Rina Ferrari et de M. le baron Guillaume Kleudgen, membres de la section « Alpes Maritimes » d' Imperia ( sous-section « Alpes Liguriennes » de Sanremo ) du Club Alpin Italien, avec le porteur Jacques Miraglio, fils de feu Barthélémy de Sainte-Anne-de-Vaudier, après nous être arrêtés le jour précédent au refuge du Pagari ( 2750 m .) de la « Section Ligurienne » de Gênes du C. A. L, nous atteignîmes, en une heure 35 minutes, le col est du Mont Clapier ( 2860 m. ).

Comme on le sait, le baron Guillaume Kleudgen fut victime d' un accident fatal le 9 juin 1929 à l' arête rocheuse qui domine au nord les Lacs de Peirafica, entre le Roc de l' Abîme ( 2756 m .) à l' est et la Cime de Peirafica ( 2661 m .) à l' ouest des Alpes Maritimes. Cette arête porte le nom du regretté collègue Eugène Saragat, tombé à son tour, le 14 avril 1929 au Roc de Sella dans la Vallée de Suse. L' alpinisme ligurien perdit en Guillaume Kleudgen un de ses meilleurs admirateurs, un apôtre fervent du culte de la montagne. Pour honorer son souvenir, on a donné son nom au Refuge Imperia-San-remo ( 2221 m .) au Lac Vert du Basto dans la haute Vallée de la Valmasca dans les Alpes Maritimes.

Nous traversâmes sur une très bonne neige le Glacier et le Pas de Pagari ( 2795 m .), le Pas du Mont Clapier ( 2835 m .) et le glacier du même nom.

Notre petite troupe s' arrêta pour quelque temps à l' échancrure au-dessus du col est du Clapier, puis, ayant laissé une partie de ses « impedimenta », elle donna l' assaut à l' arête sud-est du Mont Clapier, qui s' élève majestueuse jusqu' à la cote 3034 mètres et qui est nettement séparée du groupe culminant.

La cote 3034, vue du nord, s' élève comme un hardi donjon aux flancs très escarpés et composés de gneiss et de micaschistes. Mes aimables collègues de la section « Alpes Maritimes » d' Imperia et de la sous-section « Alpes Liguriennes » de Sanremo du Club Alpin Italien tinrent à lui donner le nom de « Pointe Barthélémy Asquasciati ».

Nous commençons le parcours de l' arête sud-est, en grimpant sur un donjon, formé par de gros blocs de pierre prêts à tomber, et, l' ayant franchi, nous dûmes en gravir un deuxième très difficile qu' on pourrait définir « l' os dur » de l' ascension. En effet, ne pouvant pas vaincre le surplomb qui le distingue, nous fûmes obligés de nous rendre, en rampant, sous le surplomb même afin d' atteindre une vire du côté du Glacier du Clapier et, par des rochers très difficiles, franchir une petite terrasse herbeuse à mi-chemin du donjon.

Au-dessus et à gauche de la terrasse il y a une grande dalle polie très inclinée; le donjon, à son tour, est sillonné — dans son milieu— par une fente, qui semble plus facile à franchir. Toutefois elle ne présente pas vers la partie terminale de rochers sûrs, faute de prises. Le mauvais pas paraît décider de l' issue de l' ascension. Celui qui marche le premier doit avancer avec beaucoup de prudence et frayer le chemin avec un flair tout spécial. Il faut attaquer à droite et, après de durs efforts, monter un peu, à l' endroit où des rochers moins abrupts rendent plus facile la traversée de ce pas dangereux.

Mon regretté collègue, le baron Guillaume Kleudgen, dans sa savante monographie sur le « Mont Clapier », publiée par la section « Alpes Maritimes » du Club Alpin Italien, fait remarquer qu' on peut éviter « l' os dur », en suivant le chemin opposé, c'est-à-dire celui qui longe le deuxième donjon du versant du Rio de la Fous, bien plus aisé.

En quelques sauts ou plutôt en quelques enjambées, mais toujours avec beaucoup de précautions, nous arrivons, de l' autre côté, au troisième donjon, dont nous franchissons la carne saillante et verticale avec un peu de peine à cause des blocs mal assurés. L' arête s' étend mince et effilée, avec ses rochers étrangement amoncelés, sur le versant du Glacier du Clapier d' un côté et sur celui du Rio de la Fous de l' autre.

Le chemin tout le long de la paroi E., bien visible de cet endroit, ravive en mon esprit le souvenir précis de ma première ascension italienne par cette même voie ( 12 juillet 1914 ) au sommet du Clapier ( voir Revue Mensuelle du Club Alpin Italien, mars 1915, pages 72—75 ). Avec l' inoubliable collègue Kleudgen qui lui aussi le franchit plus tard, je constate, contrairement à ce qu' on affirme, que le chemin de l' arête sud-est n' est pas une variante du chemin classique de la paroi E., les itinéraires étant bien distincts et différents. Ils ne se réunissent qu' aux derniers mètres, près du sommet du Mont Clapier, sur la carne ( plutôt que sur l' arête ) formée par la paroi est et par la pente ouest de la montagne.

Après quatre heures environ d' ascension difficile, on atteint la Pointe Barthélémy Asquasciati ( 3034 m .), la plus élevée de toute l' arête sud-est, nettement séparée du sommet du Clapier ( 3045 m. ). Nous présentons nos plus vives expressions d' admiration à Mademoiselle Rina Ferrari, alpiniste adroite et courageuse, pour la vaillance dont elle a fait preuve à cette occasion.

La Pointe Barthélémy Asquasciati se présente imposante; elle peut être l' objet d' une intéressante et émouvante escalade tout le long de l' arête parcourue par notre petite troupe. On peut aisément l' atteindre du versant ouest de la montagne et aussi de la cime du Clapier.

Sur cette pointe nous construisons un « cairn », sous lequel nous plaçons le livre des signatures, en formant le souhait que le chemin si intéressant de l' arête sud-est du Mont Clapier puisse avoir un jour la place qu' il mérite parmi les itinéraires des Alpes Maritimes.

Après une courte halte, et en 20 minutes environ, nous atteignîmes le sommet du Mont Clapier ( 3045 m .), par l' itinéraire suivant: On descend avec précaution le versant nord tout le long de la carne d' un rocher poli, mais sans difficulté, et l'on parvient au milieu de l' échancrure; on gravit ensuite un gros bloc de pierre en équilibre et une paroi inclinée d' une dent intermédiaire, pour arriver au versant ouest du mont.

Du sommet du Clapier notre petite troupe jouit, pendant quelques minutes, du panorama merveilleux formé par les colosses des Alpes Maritimes, Cottiennes Graies et Pennines. La cime de la Jungfrau, dans les Alpes suisses, s' aperçoit assez distinctement. Le regard s' étend sur les cimes dauphinoises jusqu' à la Grande Casse et, de l' autre côté, sur les Alpes Liguriennes et l' Apennin brumeux. La plaine et la mer complètent le cadre de ce tableau éblouissant.

Voici ce que dit le Révérend W. A. B. Coolidge dans ses « Souvenirs de mon voyage à travers les Alpes Maritimes »: «... le panorama dont nous eûmes la bonne fortune de jouir du Mont Clapier reste parmi les meilleurs souvenirs de ma carrière alpine... On ne saurait rêver quelque chose de plus merveilleux, et ce spectacle me récompensa pleinement de toutes les fatigues de mon voyage. » Mais le temps presse et nous quittons cet incomparable belvédère. En deux heures environ, tout le long du versant sud, nous arrivons au col est du Clapier. Puis nous descendons assez vite, par le Col de la Fous ( 1830 m .), à Valmasca et le soir nous parvenons à Casterino.

Le matin suivant je m' achemine à pied vers Sanremo, où j' arrive après quatre jours de marche à travers les cols et les monts de la « Vallée de la Vermenagna », de la « Val Roja » et de la « Val Argentina ».

Sanremo, janvier 1930.

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