Dix jours dans le rocher

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Ralf Haas,Mìe

C' est à la Pentecôte que nous est venue cette idée de vacances communes. Hans Berger, du club d' alpinisme Bergfalken, servait de guide à quelques touristes dans l' Alpstein à l' époque où, de mon côté, je me morfondais là-bas sous une pluie incessante. Hans et moi, nous nous connaissions depuis un séjour aux Calanques; nous avions maintenant tout le temps de bavarder, car le soleil ne se montre pas une seule fois. Au cours de la discussion, Hans me fit tout à coup une agréable surprise: il me proposa de passer avec lui les prochaines vacances d' automne.

Notre aventure commence avec pas mal d' énervements. J' ai rendez-vous avec Hans à Thoune un lundi après-midi; le matin même, je dois encore passer quelques heures dans la salle d' attente d' un médecin tandis que les bagages attendent à la maison. Ils forment une masse imposante, car nous ne savons pas encore très bien où nous irons. Mais voilà la malchance qui commence! Ma petite auto fait grève. Il ne me reste 99 qu' à transborder les bagages dans la voiture de mes parents.

Pendant ce temps, à Thoune, Hans s' énerve tout autant: la nouvelle Renault 4 qu' il a commandée n' est pas encore là! Finalement, le garagiste lui prête une voiture de remplacement. Et c' est enfin le départ!

Vu les récentes chutes de neige, notre choix doit se limiter à des tours au-dessous de 3000 mètres. Nous partons donc pour Gadmen, au Col du Susten, et montons de nuit à la nouvelle cabane de Telli. Il fait un temps brumeux et froid, mais l' installation électrique à l' intérieur de la cabane nous permet de préparer rapidement un repas chaud.

C' est dans le brouillard que nous cherchons le lendemain l' itinéraire de montée vers la paroi sud du Tellistock. J' aurais bien aimé jeter un coup d' œil à cette paroi. Nous nous arrêtons dans une dépression dominée par des talus d' herbe et des éboùlis très raides, et essayons de deviner la position exacte de la paroi en criant et en sifflant. Nous avons peine à en croire nos yeux, quand, peu après, la menaçante paroi nous apparaît dans une lumière diffuse, droit au-dessus de nous, si proche que ses toits jaunes semblent vouloir nous écraser. J' ai rarement vu une paroi aussi impressionnante, hostile et désolée. Ou bien est-ce le brouillard qui rend cette montagne si étrange? Du coup, je ne mets plus en doute l' indication de difficulté qu' on nous a donnée: VI A2.

Nous nous élevons un peu - et voilà l' épaisse mer de brouillard qui s' étale à nos pieds. En attaquant la face, nous regardons la « lèvre » jaune fortement surplombante; la sortie se trouve à sa droite, dans une cheminée. Mais jusque-là, il y aura encore quelques durs morceaux! Hans grimpe en tête la première longueur de corde, je passe devant pour la seconde étape, pas encore trop difficile. C' est agréable de grimper dans une paroi qui ne commence pas tout de suite par des passages extrêmes. Nous avançons très bien, et la solidité du calcaire nous émerveille. Cependant, il fait toujours plus frais, et nous sommes bientôt a Dans la paroi sud du Tellistock 2Voie directe de la paroi Rouge ( Dolomites ) enveloppés de traînées de brouillard. Chaque longueur de corde cache des difficultés particulières. Traversées, cheminées, fissures nous offrent une varappe diverse et d' un haut niveau. Dans la cheminée de sortie, c' est Hans qui doit passer en premier, et j' ai le plaisir tout relatif de me débrouiller avec le sac. J' essaie d' abord de suspendre ce « mal nécessaire » devant moi à la corde d' assurage; mais cela ne fait que le tirer au fond de la cheminée. Bon, qu' il retourne donc sur mon dos!

Et l' escalade continue. Au sommet, la halte est écourtée à cause du brouillard et du froid, et nous commençons à descendre. Après un terrain d' éboulis parsemé de rochers, puis une petite grimpée, nous parvenons à la Sätteli et descendons sur la Tellihütte. Nous y passons également cette deuxième nuit, car il se fait tard, et, de toute manière, nous ne poumons plus atteindre aujourd'hui notre prochain but, les Dolomites.

Le lendemain matin, le temps est encore plus gris. Nous quittons la région, et il se met à pleuvoir déjà sur le versant uranais du Susten. Nous voulons tenter notre chance dans les Dolomites et nous dirigeons donc vers Bozen par les cols de la Flüela et de l' Ofen. Le rêve secret de Hans est l' es de la voie directissime, dans la paroi ouest de la Roda di Vael ( paroi Rouge ). De Welschnofen, nous la voyons luire d' un éclat jaune et rouge dans la lumière du couchant; mais déjà lorsque nous arrivons au Karerpass, la nuit tombe. Là, nous constatons avec effroi que le moteur de la Taunus ne veut plus s' arrêter, alors même que nous avons tourné et retiré la clé de contact. Ce n' est qu' après plusieurs essais que le véhicule revient à la raison, et nous pouvons partir pour la cabane Paolina ( 2127 m ) on nous arrivons une heure plus tard.

Le lendemain nous nous levons, pleins de bonne volonté, mais un peu hésitants, car dehors un froid terrible nous surprend. Il faut dire qu' en faisant nos bagages, nous pensions à la douce chaleur de l' Etschtal, entre Meran et Bozen, et au goût de soleil de ses raisins. Nous traînons encore un bon moment dans la cabane, mais l' air ne se réchauffe pas. Le thermomètre marque encore -7 °C à8 heures. Nous ne pouvons plus y tenir. Les talus d' éboulis sont gelés, et au lieu de la chaleur estivale que nous attendions, un vent glacial transperce nos vêtements. A force de regarder le sommet, nous avons la nuque toute raide. La paroi semble surplombante jusqu' au dernier mètre, et dans notre vieux guide des Dolomites, nous n' avons que la description de l' itinéraire original. Nous essayons d' attaquer du côté gauche les contreforts de la paroi. A deux endroits, Hans s' élève d' environ vingt mètres. A notre étonne- ment, il ne trouve nulle part de piton. Nous faisons fausse route; ici c' est trop difficile pour grimper en libre. Finalement, nous nous enfilons dans une cheminée poussiéreuse de 50 à 60 mètres de longueur, avec un piton intermédiaire rouillé ' .Après toutes ces difficultés imprévues, il est déjà tard Il fait toujours très froid, bien que le soleil caresse la paroi. Il est passé i t heures; nous décidons de rentrer, et nous nous consolons en pensant que de semblables aventures sont arrivées même à des alpinistes célèbres. Eux non plus n' ont pas tout réussi du premier coup. Ce n' est qu' en descendant que nous trouvons le meilleur moyen d' escalader le contrefort: une longueur et demie de difficulté III. Et nous nous sommes éreintés pour rien! Résignés, nous quittons cette montagne pour gagner la cabane toute proche de Rosengarten. Un vent violent nous transperce tandis que nous faisons nos sacs en grelottant. Le chemin jusqu' à la cabane Vajolet n' est pas particulièrement pénible, et bientôt nous nous y blottissons dans une bonne chaleur. Seule la maison des dortoirs est froide et non chauffée.

Nous partons tôt le lendemain pour la paroi est de la pointe de Rosengarten ( Catinaccio ). Nous aimerions grimper avec le soleil, or il quitte ce versant est au cours de l' après. Nous trouvons rapidement le départ de la voie Stegen ( VI ). Le froid est bien moins terrible que la veille, alors que nous sommes cette fois-ci bien mieux équipés!

1 Seuls les alpinistes qui ont ouvert la voie ont attaqué à cet endroit.1 s Paroi est du Catinaccio ( Dolomites ) 4 Tour Stabeler: La première longueur de corde extrême ( voie directe ) de la paroi sud Phocos Rolf Haas, Basel La roche de cette paroi est merveilleuse, et nous gagnons rapidement en hauteur en varappant tout d' abord au moins sur deux cents mètres par des fissures, dans un passage particulièrement difficile, puis en suivant de longues marches moins raides. C' est le choix des voies qui nous cause ici le plus de soucis! Les deux dernières longueurs dans la paroi forment une sortie « gratinée »: l' avant est très difficile et exposée et comprend quelques pitons; la dernière, la cheminée, est une gorge enneigée parcourue par un vent glacial.

L' arête plate qui mène de là au sommet est enneigée et ventée, le soleil l' a déjà quittée, mais la vue grandiose qu' elle nous offre nous paie de nos efforts. Tout alentour, les massifs montagneux se dessinent fièrement au-dessus de la brume. Du sommet de la Marmolata ( 3342 m ), une montagne où l'on pratique le ski d' été, le profil très vertical du pilier sud attire particulièrement nos regards.

La descente est une varappe agréable et sûre ( degrés II et III ). Nous commençons par suivre l' arête nord, enneigée, puis descendons par le flanc ouest, ensoleillé, jusqu' au Santner Pass. Pendant la descente, nous regardons du Kar les tours de Vajolet et rêvons d' une escalade extrême sur une de ces pointes. Hans s' intéresse à la voie directe de la paroi sud dans la Stabeler Turm ( VI + A3 ) par le fait même qu' elle fut ouverte, comme l' iti direct de la paroi Rouge, par l' Italien Bepi de Francesco. Aussi sommes-nous le lendemain à pied d' œuvre à La Stabeler Turm. Hans grimpe en tête pour la première longueur de 40 mètres, vraiment extrême. Ce n' est pas une petite affaire! Parmi les rares pitons, certains ne sont enfoncés que jusqu' à la moitié et l' in de difficulté ( VIn' est vraiment pas exagérée. Hans doit varapper en libre entre des pitons très insuffisants. Il y a 3 pitons au premier relais. Ce n' est qu' en défaisant notre assurage que nous remarquons combien ils tiennent mal. Hans semble être en grande forme, et je suis heureux de le voir partir en tête également pour la prochaine 4 longueur. Elle fait un peu plus de 30 mètres, dont la moitié dans une fissure où 3 pitons seulement sont restés en place. Ils sont d' ailleurs peu sûrs, et on ne peut guère en planter de meilleurs. Quand vient mon tour de suer dans cette fissure, je mesure toute l' audace de Hans dans ce passage. Ensuite nous trouvons un relais étroit, mais sûr, et une longueur de 20 mètres en escalade artificielle le long d' une vire avec quelques pitons, enfin 20 mètres de varappe libre très sérieuse sur des prises minuscules et peu stables qui cassent volontiers sous nos mains. Mais nous arrivons bientôt à notre but! La descente est simple: rappel dans la brèche qui sépare le Delago de la Stabeler Turm et varappe le long des pitons vers le Kar.

Le soir même, nous continuons vers le Col de Kar et la cabane Paolina. car la paroi Rouge ne nous laisse pas en paix. Le lendemain matin, nous escaladons sans difficulté le premier contrefort que nous connaissons désormais et enfonçons les pitons qui manquent. Après une longueur et demie en varappe artificielle et deux et demie en escalade libre, nous sommes enfin au pied de la paroi « jaune », lisse et verticale. Le soleil arrive heureusement jusqu' ici. Malgré la pente considérable, il nous faut souvent passer en libre; les pitons sont bien enfoncés, à peu d' exceptions près. Aux relais, la vue du vide nous donne des frissons, surtout lorsque nous distinguons à nos pieds, sur le chemin qui traverse les éboulis, des groupes de promeneurs qui se rassemblent pour suivre notre escalade; la lunette d' approche de la cabane Paolina est très demandée. A quatre longueurs du sommet, nous découvrons une petite caverne. Elle est recouverte de très fins cristaux de mica. Deux personnes peuvent aisément y prendre place; mais nous n' avons malheureusement pas le temps de flâner! Les jours se font sensiblement plus courts, et le soleil reste bas sur l' ho. Le temps presse, nous nous arrachons à notre merveilleux nid d' aigle. Je ne peux voir Hans que sur cinq mètres, ensuite il disparaît derrière un pan de rocher, et la corde reste notre seule liaison. La longueur suivante compte environ 55 mètres. Je varappe en même temps que Hans jusqu' à ce qu' il atteigne le grand trou poussiéreux, à cinquante mètres sous la sortie. Le soir est venu en un instant. Encore un relais, et j' enlève les derniers mousquetons dans la pénombre. Dans la lumière du soir, nous faisons halte au sommet et dévorons avec appétit la pomme qui nous reste. Notre joie est immense. La nuit dernière, nous rêvions de cette paroi inquiétante. Maintenant, elle est derrière nous! La descente se fait par l' arête nord. Nous marchons sur un semblant de chemin avec des rester de neige et arrivons sans lumière au Col de Vajolet. Fatigués, mais contents, nous suivons le chemin maintenant désert jusqu' à la cabane. Nous n' avons qu' une envie: une « limonade des skieurs », sorte de sirop au citron.

Le lendemain, nous descendons vers le Col de Kar pour nous rendre vers un autre massif montagneux, l' image de deux cars déversant leurs touristes nous semble bien déplacée! Ils photographient et filment avec zèle un mélange de nature et de technique: la paroi Rouge avec un tas de fils téléphoniques, des toits de voitures ou même des hôtels au premier plan.

Nous reprenons la voiture jusqu' au Sellajoch et observons la Via Italia au Piz Ciavazzes. Quant à Hans, cela le démange de faire cette voie. Pour ma part, je rêve de la paroi sud de la Marmolata. Nous tirons au sort et, à la déception de Hans, nous nous dirigeons vers Malga-Ciapola, station de téléphérique au pied de la Marmolata. La vieille route, très étroite, s' élève dans une gorge impressionnante, par de nombreux virages, le long de parois rocheuses menaçantes.

Nous allégeons nos sacs au maximum et prenons un raccourci raide qui nous permet d' at rapidement la cabane O. Falier. Il commence à faire nuit quand nous arrivons à la grande cuvette, au pied de la paroi sud. Nous nous sentons écrasés par cette paroi en arc de cercle de huit cents mètres de haut.

Nous voyons déjà la cabane O. Falier: elle n' est donc plus très éloignée. Un long écho répond à l' aboiement d' un chien. Nous entrons dans la salle de séjour; comme c' est peu accueillant! Les chaises sont déjà sur les tables, et au milieu de la pièce s' élève une montagne de matériel prêt à être transporté vers la vallée. Le gardien, un' fort gaillard, se donne beaucoup de mal pour nous, malgré les difficultés de compréhension due à la langue. Nos intentions? La voie Castiglioni/ Vinatzer et la voie directe de Messner dans la partie supérieure. Le gardien nous incite à la prudence: on s' attend à un changement de temps dans les Dolomites. De plus, il faut envisager un bivouac pour cette escalade. Il nous propose d' ap lui-même par téléphone la station supérieure du téléphérique le lendemain soir et si nécessaire le surlendemain. De bon matin, des coups énergiques frappés contre la porte nous plongent tout de suite dans la réalité. Un peu endormis et les membres encore raides, nous nous mettons en route. Lorsque le premier rayon de soleil rougit le sommet de la Cima d' Ombretta, nous attaquons la paroi.

Hans commence par la cheminée surplombante. Il s' arrête à la moitié d' un coude; je le dépasse et continue à varapper dans une fissure, puis dans des feuillets. Les relais suivants sont plus confortables; le premier tiers de la paroi offre une varappe extrêmement raide et pénible dans des fissures, mais la roche y est excellente. Le deuxième tiers est moins raide; tout d' abord, c' est une varappe dans des feuillets et des traversées, puis toute une série de cheminées et de rainures conduisent à la grande vire du bivouac qui invite au repos. D' ici, la grande plaque de la directissime ne nous paraît pas spécialement longue. Mais nous nous trompons grandement. Nous prenons des forces et continuons tout de suite. D' abord quelques longueurs dans une roche qui s' effrite. Il n' y a que quelques clous et rarement un piton de relais. La paroi devient toujours plus raide. Dans la partie tout à fait verticale, environ au milieu de la voie directe, deux pitons profilés indiquent la voie vers les longueurs extrêmement raides en escalade libre. Les prises, très fines pour les pieds et les mains, sont la seule possibilité de grimper. A peine Hans met-il la première corde dans le deuxième piton que le bout de l' autre corde retombe vers moi: le nœud s' est desserré lentement et, dans notre hâte, nous n' avons rien remarqué. Le soleil se couche dans la brume à l' horizon. La course contre la montre commence. La nuit nous rattrapera pourtant. Dans l' une des dernières longueurs extrêmes ( io m d' escalade artificielle ) je ne distingue plus que la silhouette de Hans. D' après ses commentaires, ce sont des mètres ardus. Tout à coup, il me crie nerveusement d' assurer très sec. J' ai à peine le temps de réagir, déjà je sens la secousse sur la corde: un piton a cédé. Au relais, Hans fixe une corde pour moi afin que je puisse venir à bout de la longueur la plus raide par des nœuds de Prusik. Nous sortons la lampe frontale de mon sac, et Hans continue à varapper. Il nous faut beaucoup de temps pour accomplir la longueur suivante, car la roche est friable et dangereuse. C' est à la main que je peux arracher le piton profilé auquel ma corde fixe était attachée! Hans assure bien, et je peux grimper à tâtons, sans trop de risque. Souvent des pierres tombent vers la vallée sous mes pieds. Je ne peux apprécier réellement la solidité des prises.

Enfin, à 22 h 30, nous atteignons le sommet de la Marmolata di Rocca. Nous sommes trop fatigués pour goûter la joie des vainqueurs. Nos gorges sont desséchées. Nous avons à peine un regard pour les lumières des villages qui scintillent dans la vallée et les étoiles qui fourmillent dans le ciel. La glace et la neige se dessinent clairement sur l' arête. Après 15 minutes de varappe facile, nous marchons - ou plutôt nous titubons -sur l' arête du Firn en direction de la station du téléphérique. Ce n' est, hélas! pas un vrai refuge pour la nuit. Mais le caissier du restaurant libre-service est resté éveillé, car il a vu notre lampe juste sous le sommet lorsque le gardien de la cabane lui a téléphoné, comme il nous l' avait promis. Nous buvons quelques verres à son bar et nous nous installons dans une salle chauffée pour la nuit. Munis d' une couverture, nous dormons du sommeil du juste malgré la dureté des bancs.

Le lendemain je me réveille peu avant le lever du soleil et je me glisse au bas de l' escalier de fer, prends l' appareil photo dans mon sac et sors dans le froid qui pince. Un vent glacial balaye l' arête. J' ai de la peine à régler l' appareil avec mes doigts gourds. Un bivouac n' aurait pas été une partie de plaisir! Quelle vue royale j' ai devant moi: le soleil levant et les grands massifs des Dolomites, Pala, Civetta et Tofana. Maintenant enfin j' ai le temps de réfléchir à tout ce que l' escalade d' hier signifie pour moi.

Nous descendons vers la vallée avec la première benne. A chaque station nous rencontrons des skieurs habillés à la dernière mode qui nous regardent comme des bêtes curieuses. Nos visages fatigués, barbus, salis par la sueur, nos cordes et nos sacs semblent les intriguer. La dernière section du téléphérique est une aventure à elle seule. De la station supérieure, les câbles filent sans pylône intermédiaire jusqu' à la station inférieure. Le vide qui se creuse sous la cabine nous donne presque des frissons, et nous sommes contents de retrouver le sol ferme sous nos pieds. Il nous faut maintenant prendre congé du Tyrol méridional. Le bout de nos doigts a bien souffert, et nos vacances tirent malheureusement à leur fin. Mais une chose est certaine: ce ne sera pas notre dernier séjour dans les Dolomites, car chaque escalade réussie éveille de nouveaux rêves vers d' autres sommets.

Traduit de l' allemand par Annelise Rigo

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