Fontanabran-Pointe Beaumont

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Course exécutée le 24 juin 1923 par le C.A.S. Monthey.

Un certain samedi de juin, 25 membres du groupe de Monthey de la section Monte-Rosa prenaient pied à Finhaut. Quelques minutes pour parfaire les sacs, puis l'on s' engage sur le sentier de Barberine. Le ciel s' est couvert bien à propos, car le chemin, très caillouteux par endroits, est exposé sur la plupart de son parcours aux ardeurs du soleil. Nous atteignons donc sans peine le col de la Gueulaz. En route, nos yeux ne perdent pas de vue le glacier du Trient qui, là-bas sur notre gauche, présente sa langue verdâtre et tubéreuse, en faisant entendre parfois le grondement de ses séracs s' effondrant dans les abîmes. Le Mont Blanc nous fascine maintenant, mais il faut partir: seules demeurent en face de nous la silhouette élancée des Perrons et l' arête grisaillée du Cheval Blanc. Le col de la Gueulaz forme une échancrure étroite et un vide impressionnant; dans le fond, le plateau d' Emosson, où la Barberine roule ses eaux ternes. Des lacets relativement praticables nous y conduisent en un rien de temps. L' aspect actuel des lieux nous fait oublier un instant que nous sommes à 1700 mètres. Une voie ferrée longe le plateau; nous nous y engageons et arrivons bientôt au « village » proprement dit. Toute une ruche de bâtiments et d' habitations diverses sont nécessaires au nombreux contingent d' ouvriers occupés à élever le gigantesque barrage qui transformera le plateau de Barberine en lac-réservoir.

Nous continuons sur Barberine, dont le vallon est séparé d' Emosson par un rétrécissement marqué; c' est précisément à cet endroit que le mur en béton armé sera établi. Une bonne demi-heure et nous voici à la cabane.

La nuit va tomber. Dans ce silence crépusculaire, le crissement des bennes glissant sur les câbles jette une note que ne parviennent pas à couvrir les sonnailles des génissons au repos. Au fond de l' horizon, le Chardonnet et les Aiguilles Dorées apparaissent tour à tour dans une irradiation féerique: des tons de pourpre et de vermillon, qu' on dirait projetés par un appareil invisible, forment avec la blancheur nacrée des glaciers environnants un d' œuvre pictural de toute beauté.

On s' arrache de cette contemplation pour satisfaire un appétit aiguisé à souhait; puis c' est la sieste et la rentrée en chambre.

A 3 heures, diane. On bâille, on s' étire, on déjeune et on part. Le chemin de Fontanabran traverse des pâturages déserts encore tapissés d' une neige épaisse. Les lueurs vagues de l' aurore ont fait place à des rougeoiements qui irisent successivement l' arête de la Fenivaz aux frondaisons architecturales, la pointe des Rosses et l' imposante carrure de la muraille du même nom. Dans le bas, l' activité humaine s' avère par le sifflet des locomotives conduisant sans se lasser le ballast qui va servir à consommer l' œuvre géante. Le trajet jusqu' au col de Barberine s' opère en moins de deux heures. Une petite halte et la caravane attaque les flancs de Fontanabran, au sommet duquel flotte bientôt le fanion du Club.

Le soleil joue maintenant à cache-cache avec de capricieux nuages juchés très haut, si haut qu' ils ne deviennent pas un obstacle à la vue grandiose que nous offre le faîte de Fontanabran ( 2715 m. ). C' est, tout près de nous, la Tour Salière, aux parois vertigineuses, les Dents du Midi, puis toute la chaîne des Alpes vaudoises; perdus vers l' Est, apparaissent les 4000 des Alpes bernoises. Ce sont encore les bastions formidables des Alpes valaisannes, crevant les nues de leurs pointes hardies: le Weisshorn, le Cervin, la Dent Blanche; plus près, le Pleureur, les Combins, le Vélan. Enfin, le colossal massif du Mont Blanc.

Cet incomparable panorama de crêtes neigeuses ou de masses sombres piquées de glaciers étincelants, que le soleil pare de lueurs fauves, est bien fait pour retenir l' attention. A cette révélation de l' infini, à ce contact avec ce que la nature a de plus beau, nos yeux se troublent, nos âmes ravies se pâment; on voudrait pouvoir vivre éternellement là-haut, vivre de la contemplation de ces trésors, vivre de l' eau cristalline suintant des névés, vivre enfin de l' air pur qui nous environne.

Hélas, un regard au fond de la vallée nous plonge dans un matérialisme brutal. On ouvre les sacs, on se sustente et bientôt l'on continue vers la Dent de Fenétral qui est atteinte après de gentilles petites varappes. Comme à Fontanabran, une corniche lui fait une parure pittoresque. Un arrêt sur le col de Fenétral et nous voici en face de la pointe Beaumont, but essentiel de la course. Mainte aiguille ne présente pas les difficultés que comporte l' escalade de cette pointe, assez mal connue et figurant sur certaines cartes sous une désignation erronée.

La carte fédérale au 50,000e Martigny-Grand St-Bernard, 1905, de même que celle de Saxon-Aigle, 1926 — pour ne parler que de celles-là — donnent à la Pointe Beaumont ( 2582 m .) le nom de « Dent de Fenétral », alors que ce sommet reste sans désignation et qu' au contraire l' appellation Fenétral doit appartenir au sommet sud-est de Fontanabran, côté ouest du col Fenétral.

La pointe Beaumont, ainsi désignée officiellement sur le tableau des guides de Salvan, porte le nom de l' avocat Paul de Beaumont, qui la gravit pour la première fois en juin 1886. La section Monte-Rosa a eu l' honneur de compter dans son sein durant plusieurs années ce membre distingué du Club alpin français, qui, en compagnie de notre compatriote et collègue Aug. Wagnon, l' auteur du Guide de la Vallée du Trient, et des guides Fournier, de Salvan, explora de façon étendue la région des Dents du Midi au Mont Blanc et eut plusieurs « premières » à son actif, dont la Pointe Beaumont et le Doigt de Salante en cette même année 1886.

La Pointe Beaumont forme le centre d' un massif en demi-cercle qui part du col de Barberine ( 2484 m .) et est jalonné successivement, en allant de l' ouest au sud-est-nord-est, par Fontanabran ( 2715 m .), la Dent de Fenétral ( 2680 m .), la Pointe Beaumont, Tète Carrée ( 2470 m .) et la Dent d' Emaney ( 2572 m. ). Tous ces sommets ont des ramifications s' étendant vers le sud et sont entrecoupés de cinq cols conduisant invariablement dans le vallon d' Emaney et au lac Blantzin ( 2155 m. ).

L' architecture de la face sud de cette cime intéressante, qui affecte la forme d' une main dont le pouce serait constitué par le grand gendarme de l' arête ouest que l'on distingue très bien sur la photographie, la rend facilement reconnaissable de Finhaut, qu' elle domine superbement, et de la région La Forclaz-Glacier du Trient.

C' est une arête en lame de couteau, dont l' accès par une dalle vierge de prises est déjà peu engageant. Entrecoupée de fissures béantes, elle oblige à un califourchon, les jambes ballant dans le vide, sur des blocs taillés en cristaux. On peut, du col de Fenétral ( 2459 m .), atteindre le sommet en une heure.

Il reste entendu que nul n' est tenu d' y aller; aussi, tandis que trois cordées de quatre s' agrippent après ces rochers varapoïdaux, le reste de la caravane prend un bain de lézard sur les pentes gazonnées piquées de renoncules et d' androsaces.

L' ascension, amusante autant que laborieuse, se termine à quelques mètres du sommet, le chef de la première cordée estimant l' honneur satisfait et la conquête du dernier gendarme parfaitement superflue!

La descente sur Salvan par la Chaux de Fenétral et la forêt du Larzey présente ceci de particulier qu' on y gagne parfois une soif inextinguible; mais comme les auberges ne manquent pas, dame...

Et l'on reprend sans hâte le chemin de son home, où des êtres chers nous attendent, impatients et inquiets. Bien à tort, il est vrai, car l' homme qui ne craint pas les fatigues et les dangers de la montagne rentre toujours chez lui heureux et content; il se sent plus fort dans la lutte pour l' existence et plus apte à remplir ses devoirs de citoyen.F. Luy.

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