Haute Route grisonne

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Par Francis Morand

( Berne, section Monte-Rosa ) Le groupement des instructeurs de ski de Lausanne organise chaque année une sortie officielle; l' an passé ce fut la classique Haute Route de Saas Fee à Chamonix, jalonnée par les cabanes Britannia, Bétems, Schönbühl, Bertol, Vignettes, Chanrion, Dufour, Trient et Albert Ier dont un film à disposition des groupes du C.A.S. et des clubs de ski retrace les péripéties.

Cette année nous voulions, partant de St-Moritz, atteindre Andermatt, puis Grindelwald et de là par le Jungfraujoch rejoindre Saas Fee, nos têtes d' étapes étant les cabanes Jürg Jenatsch, Tigia, Zapport, puis Realp, l' hos du Grimsel, la cabane du Finsteraarhorn, Grindelwald, Concordia, le Simplon et Saas Fee.

L' organisation d' une telle traversée demande un travail méticuleux où rien ne peut être laissé au hasard. Afin de permettre aux participants d' obtenir de leur employeur les vacances nécessaires, nous devons longtemps à l' avance fixer la date du départ. Etant dotés d' un excellent matériel alpin, les conditions atmosphériques ne nous influencent qu' assez peu; nos guides de l' an passé se souviennent certainement du départ de Britannia par la tempête.

Départ Berne, vendredi 28 mars, 4 heures du matin. Je gagne en toute hâte la gare. Dans un coupé réservé, mes camarades venant de Lausanne « campent ». Avantagé par sa taille, Erwin Seiler dort comme un roi dans le porte-bagages; Louis Leduc, installé sur les skis au-dessus des têtes, se dit très confortable, sur les banquettes des corps recroquevillés, un peu partout des sacs d' où émergent des piolets. Après une manœuvre difficile je m' incruste dans un coin et tente de retrouver le sommeil.

A Zurich, nous n' avons que quelques minutes pour transborder, et une fois installés dans le train de Coire, bien réveillés, nous pouvons échanger impressions et souvenirs de la Haute Route 46. Il fait beau, tout va pour le mieux et ainsi, sans nous en rendre compte, nous nous trouvons dans la capitale des Grisons où il est impérieusement question de déjeuner.

Le voyage à travers les vallées grisonnes est un enchantement pour chacun, et notre cinéaste ne peut résister à la tentation de filmer par ce beau temps. Passé le tunnel de l' Albula, la situation atmosphérique se renverse, il fait HAUTE ROUTE GRISONNE doux et humide, les nuages traînent. A St-Moritz, notre guide Max Robi nous attend, et c' est sans regarder vers les cimes peu engageantes que nous le suivons à travers la station jusqu' au restaurant où l'on procédera au contrôle et à la répartition du matériel et des vivres pour la première journée.

L' étape des cinq quarts d' heure A 14 h. 30, grâce à l' amabilité du maire de St-Moritz et de M. Gasper, le très dévoie directeur du Kurverein, le funiculaire de Chanterella nous enlève prestement. Au terminus, le temps est bouché et un vent violent nous secoue. Louis Leduc a sorti sa caméra et, malgré la rafale, opère tandis que nous chaussons les skis. Nous avions prévu la montée par le ski-lift Suvretta, mais, en raison du danger d' avalanches, il est fermé, ainsi devrons-nous monter à la Fuorclu-Schlattain pour descendre ensuite sur le Lac Suvretta. Cette première descente ne présage rien de bon, du carton où seul est possible le « Chambre ien », comme disent les Neuchâtelois.

De là, il nous faudra, dit Max Robi, cinq quarts d' heure pour atteindre la Fuorcla Traunterovas que nous franchissons sans ôter les peaux, car en raison du risque d' avalanches nous devrons atteindre la cabane par les hauts, et c' est encore cinq quarts d' heure pour atteindre l' altitude 3000 au pied SW de la Punta Traunterovas. A force de cinq quarts d' heure, il fait nuit lorsque ne us commençons à descendre dans le Vadret Picuogl, la visibilité au départ est nulle, aussi marchons-nous très serrés. Mais, fort heureusement, à p 2ine avons-nous perdu un peu d' altitude, la tempête tombe pour faire place au clair de lune, la neige est poudreuse et, derrière Max Robi qui se faufile merveilleusement entre les plaques de glace affleurant par endroits, nous faisons une jolie descente. Après une courte remontée, très pénible, car la nuit blanche se fait sentir, nous voilà à la cabane Jürg Jenatsch agréablement tempérée grâce à deux touristes qui l' occupent déjà.

L' étape de la neige rouge Le mauvais temps a, pendant la nuit, gagné du terrain, et la tempête par vent d' ouest fait rage. A la faveur d' une accalmie nous pouvons voir notre descente de la nuit passée et apprécier la valeur de notre guide qui a tracé un slalom géant au milieu de ce dédale de miroirs de glace. Nous avions prévu l' ascension du Piz d' Err, mais par ce temps les arêtes ne sont guère accueillant s, aussi prendrons-nous la direction de la Fuorcla Laviner. Nous traversons à mi-côte des pentes qui n' offrent aujourd'hui aucun risque, car les couloirs surplombants sont nettoyés, toutefois nous pressons le pas et nous atteignons le col en un peu plus d' une heure. Cette Fuorcla Laviner porte bien son nom, la pente sud est très raide, avalancheuse par excellence; le peu de visibilité, la glace et les ressauts de rochers font que nous descendons avec prudence, et là encore le « Chambrelien » est roi. Plus bas nous jonglons sur les débris de l' avalanche qui, sur 400 m ., a balayé toute la pente que nous venons de descendre.

C' est sans déplaisir que nous sortons de ce terrain de gymnastique à ski pour er trer à notre grande surprise sur des champs de neige rouge, nous glissons avec peine comme sur une route sablée. Les traces des christianias s' inscrivent en blanc, et nous faisons ainsi de bien curieuses arabesques. Après avoir passé à l' alpe d' Err nous entrons dans une très jolie vallée, semblable au Val Cleuson, mais petit à petit la neige fait place à la pluie, et c' est les skis sur l' épaule que nous finirons la descente jusqu' à la route du Julier. Sans nous laisser tenter par la pinte de Tinzen, nous continuons sous la pluie jusqu' à Savognin. La confortable salle de l' hôtel Kurhaus est envahie et transformée en camping, tandis que certains ta tent déjà du Veltliner. De succulentes tranches au fromage accommodées d' une manière nouvelle sont dévorées pendant que notre chef de course, Robert Schaefer, se met en quête d' un charretier qui, malgré la pluie, voudra bien transporter sacs et skis jusqu' aux deux tiers de la montée en cabane.

La pluie ne voulant cesser, à 16 h. 30 nous levons le camp en direction de Tigia, nous sommes si légers et si pressés de retrouver la neige que nous arrivons trop tôt au rendez-vous et nous devons attendre notre matériel dans une écurie nous remémorant des souvenirs de la mob que le confort du lieu nous suggère.

Il nous faudra une petite heure pour atteindre Tigia où une heureuse surprise nous attend. Cette cabane de skieurs appartenant à la section Uto est un joli chalet dont les chambres furent transformées en dortoirs. Le gardien, fort sympathique, y demeure toute l' année avec sa famille. La salle à manger, chauffée par un poêle de pierre, est tout de suite transformée en séchoir. Certains, soucieux d' alléger leur sac, avaient adressé à Realp leur linge de rechange, aussi ont-ils des tenues très légères. Après l' excellent repas préparé par l' épouse du gardien, une répétition de la chorale s' impose, et c' est Didi qui la dirige avec maestria.

L' étape dite « .de repos » Le départ était prévu pour 8 heures, mais lorsque les premiers levés annoncent 60 cm. de neige, beaucoup crurent à son ajournement, et la diane dut être claironnée plusieurs fois. Lorsqu' après déjeuner la décision de partir fut prise, le gardien, très sceptique, était persuadé de nous revoir bientôt. Nous avions 800 m. à gravir pour atteindre la Fuorcla Surcrunas; mais dès les premiers pas on se rendit compte qu' un sérieux effort nous attendait. On décida que chacun ferait la piste à tour de rôle pendant dix minutes, toutefois, personne ne put tenir plus de la moitié de ce temps, l' effort pour ressortir le ski enfoui dans ce béton était exténuant. Il nous fallut plus de cinq heures pour atteindre le col, bien que la région fut splendide, comparable au plateau de Verbier, et deux nouvelles heures pour atteindre le passage donnant dans le Rheinwald après avoir passé près du petit Lac Saletscha.

Les pentes sud de ce col sans nom, coté 2600 m ., sont abruptes, aussi Max Robi tient-il à s' assurer de leur solidité. Par mesure de prudence André Guinand déroulera, non sans peine à cause du froid, sa cordelette à avalanches et la passe au guide. Le tenant, façon de parler, par l' autre extrémité, nous nous engageons tous deux très prudemment, tandis que Leduc, ravi de l' aubaine, filme. Les essais sont concluants, nous continuons jusqu' au HAUTE ROUTE GRISONNE premier replat, bientôt suivis par toute la colonne. La neige est si profonde que nous pouvons sans excès de vitesse prendre schuss, mais malheur à qui s' engage dans une trace dont il ne peut plus sortir; c' est ainsi que Pierre Girard, l' énergique directeur de l' école de ski de La Chaux-de-Fonds, arrive comme une bombe dans notre groupe, fauchant trois d' entre nous, dont le cinéaste au travail; il n' y a heureusement rien de cassé, car dans une telle neige un transport aurait demandé un nombre incalculable d' heures. Plus bas Jean-Louis Châble de Villars, sortant de la piste, fait un splendide saut périlleux, et c' est tout juste si nous ne devons pas sortir nos pelles à neige.

Nous aurions dû, de Spunda Bella, marcher horizontalement en direction sud-ouest pour atteindre l' alpe Andies, mais les conditions de la neige, toujours plus lourde, nous incitèrent à gagner au plus vite la vallée. Après avoir passé par l' alpe Albin nous n' avions plus d' autre solution que de prendre par la rive gauche de l' Aua Granda et tenter de trouver le chemin qui de Bagnutsch va à Cresta, à flanc-coteau. Cette descente fut périlleuse, de la varappe à ski, obligés de déplacer avec précaution nos lattes, bien longues parfois, car les couloirs n' étaient qu' en partie nettoyés. Finalement nous ôtons les skis pour suivre la rive droite de l' Aua Pintga ( cascade glissant sur une dalle j[.unâtre ) et trouvons enfin le petit pont qui va nous permettre de passer sur l' autre rive, il était temps, car la nuit est là.

Lorsque, par un petit sentier, à ski, nous atteignons Cresta-Ferrera, il y a un tour complet de cadran que nous marchons sans arrêt; à nos pieds, Ausserferre' a est illuminé. Après avoir tenté de descendre à ski, nous les enlevons et dévalons par le petit chemin escarpé. Une « youtzée » montant du village nous dit que nous y sommes attendus, et c' est réconfortant, Edouard S ;ocker, vétéran du C.A.S., y répondra, manifestant une fois de plus sa bel.e forme et son esprit montagnard.

Notre irruption dans la petite auberge d' Ausserferrera sera, certes, pour longtemps dans les conversations de ce village pittoresque, les uns sont en protector banc, d' autres ont des manteaux américains, tous enfin font très « maquis ». Pendant que Robert Schaefer règle le stationnement pour la nuit, nous étanchons une sérieuse soif tout en nous félicitant de la fin heureuse de cette lutte inégale.

Bredouilles Le lencemain il neige, le plafond est bas; chacun se rend compte que la Haute Route 47 a trouvé sa mort ici. Il n' est pas question de monter à la Zapporthütte où il y a plus d' un mètre et demi de neige fraîche, et dans ces conditions toute ascension devient impossible; adieu Rheinwaldhorn; non, au revoir I II faut se résigner et commander le car du retour qui, pour nous consoler, nous fera traverser les gorges de la Via Mala, une merveille, et nous déposer finalement à Thusis. Pierre Girard, André Robert et Robert Kuffer ne veulent Das s' avouer vaincus et monteront au Jungfraujoch, tandis que les autres iront rouler les œufs en famille. Robert Schaefer ne trouve pas dans son vocabulaire de mots assez énergiques pour manifester son dépit de voir son travail de plusieurs semaines réduit à néant. Il lui faudra récupérer les vivres déjà en cabanes pour diminuer les pertes.

Unanimes nous décidons de partir l' an prochain d' Hinterrhein, car nous voulons ouvrir cette haute route nouvelle. Les premières étapes, malgré les déplorables conditions, nous laissent un beau souvenir. La montagne ne se donne pas à la légère... heureusement.

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