La cabane

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Par S. Aubert.

Nous avons pris rendez-vous au funiculaire de 16 heures et, à l' heure fixée, nous nous retrouvons, quelques vieux amis, les skis sur l' épaule et le sac au dos. Notre but: la cabane I Laquelle? me demanderez-vous. Sachez, amis clubistes, que pour vos collègues biennois il n' existe qu' une « cabane », celle qui, fièrement, dresse sa silhouette au-dessus des pâturages d' Orvin. Les autres cabanes, celles des Alpes, on les appelle par leur nom, la nôtre n' a pas besoin de cette distinction. Son nom de baptême est bien « Maison du Jura » ( Jurahaus, pour nos collègues de langue allemande ), mais il a rapidement fait place à la désignation toute simple et beaucoup mieux appropriée, à mon avis, de « Cabane ».

Sans fatigue, le funiculaire nous transporte à Evilard, où nous trouvons les premières traces de neige. Nous chaussons les skis et une rapide glissade nous conduit à Orvin. Là commence le travail sérieux, nous ne sommes qu' à 600 m. d' altitude et en avons 700 à gravir pour atteindre notre but. On débute par la charrière, longue à plaisir et ennuyeuse au possible ( dans le Jura, on appelle « charrière » un chemin rapide, tortueux, servant au transport des bois ). Les intrépides, ceux qui s' entraînent, conservent leurs skis aux pieds; au prix d' efforts disproportionnés, ils progressent lentement. Les autres, les sages, portent leurs planches sur l' épaule et cheminent beaucoup plus allègrement. Au haut de la charrière, on atteint la région des pâturages d' Orvin: territoire immense, boisé seulement de buissons de noisetiers, il offre aux skieurs un champ d' exercice de toute beauté; des pentes de toutes inclinaisons, sans obstacles, permettant des glissades merveilleuses.

Nous sommes encore loin du but et déjà la nuit est là, la lune se lève et éclaire le paysage de sa douce clarté, le brouillard des jours précédents s' est condensé en des milliers de paillettes sur toutes les branches et les buissons, et c' est au milieu d' un scintillement infini que nous progressons dans la nuit, tandis que sur nos traces le givre crisse avec un bruit sans fin. Nous approchons de la cabane, déjà nous parviennent les échos des ébats des collègues arrivés avant nous: cris de joie, de terreur aussi, suivant la circonstance qui les provoque. Enfin, nous y voilà; les skis sont remisés et, tandis que le plus dévoué s' empresse autour du fourneau, nous jetons le coup d' œil du maître. Rien n' a été détérioré depuis notre dernière visite, le fourneau est-il chaud, l' horloge avance ou retarde-t-elle?

Ah! qu' on est bien dans notre bonne cabane, toujours accueillante par le beau et le mauvais temps; le dos au fourneau, quelle bonne pipe on allume, tandis que, juché sur une table, un collègue nous régale de vieux airs du pays et que de la table du coin retentissent les exclamations énergiques des joueurs de cartes 1 Tout à côté, dans la cuisine, le gardien aidé des bonnes volontés, remet en ordre la vaisselle et astique le fourneau avec soin. Au dehors, quelques amis profitent des derniers rayons de la lune pour parfaire leur entraînement.

L' arrivée n' est pas toujours aussi idyllique; parfois, surpris par la rafale ou le brouillard, le retardataire, s' il ne connaît pas parfaitement la région, aura de la peine à trouver le bon chemin. En hiver, rien comme un arbre pour ressembler à un autre arbre, ou une combe à une autre combe et dans l' immen des Prés d' Orvin, ils sont nombreux les coins qui se ressemblent. Nombreux aussi sont ceux qui ont erré des heures avant de trouver le toit hospitalier.

Allons, il se fait tard, et l' heure du couvre-feu a sonné; montons au premier étage, au dortoir où de bonnes paillasses nous permettront de prendre un repos bien gagné... s' il n' y a pas trop de farceurs dans l' assemblée.

Le lendemain matin, longtemps avant le jour, léger brouhaha dans un coin; ceux qui ont une longue course en vue se lèvent sans bruit. Une tasse de lait rapidement avalée, quelques propos à voix basse, puis la porte refermée, ils partent. Ils vont loin, ceux-là; par Chasserai, ils gagneront le Val de Ruz ou La Chaux-de-Fonds, peut-être plus loin encore. Une heure ou deux ils avanceront rapidement sur la neige crissante, pour lutter contre le froid aigu de la nuit. Mais quelle sera leur jouissance quand, parvenus sur la crête, ils se sentiront seuls au milieu de l' immensité hivernale! Aucun bruit ne vient troubler leur contemplation, partout ce ne sont que vallons encore sombres des ombres de la nuit, crêtes désenneigées par l' âpre bise de janvier, et, bien loin, se profilant à l' horizon, la chaîne des Alpes derrière laquelle on devine l' aurore. Ne pensez-vous pas avec moi que de tels moments méritent d' être vécus et que l'on éprouve dans cette contemplation un sentiment de pitié pour ceux qui, là-bas, dorment encore.

Notre brave cabane cependant renaît à la vie, le soleil dardant ses rayons de feu de l' horizon chasse les retardataires de leurs couvertures et, bientôt, une agitation intense règne sur toutes les pentes les plus proches. Le spectacle n' est pas banal et vaut la peine d' être examiné; voici un groupe de vieux papas, déjà grisonnants; ils ont commencé tard leur apprentissage et, d' emblée, ont renoncé aux subtilités du saut ou du slalom. Ils n' ont pas d' autre ambition que de descendre correctement une pente pas trop rapide. Ils ne se lassent pas et plus d' un a acquis la maîtrise pour se permettre de longues courses. Plus loin, un escadron de jeunes a édifié un tremplin et fait assaut d' agilité et de souplesse; c' est la génération nouvelle qui, plus chanceuse que sa devancière, apprend l' art du ski en se jouant. Il y a encore le groupe de « ceux qui s' entraînent », en vue de quoi, nul ne le sait; ils choisissent les endroits les plus escarpés et filent, tournent, virevoltent sans trêve ni repos et acquièrent une habileté extraordinaire dans les exercices compliqués. On voit encore nombre de choses intéressantes, des bambins haut comme çà et déjà crânes, des jeunes filles qui le sont moins, malgré leur équipement tout masculin; puis, des situations émouvantes: tel ce jeune homme qui, couché sur le dos, agite désespérément de longues jambes chaussées de très longs skis et cherche en vain un point d' appui, ou cet autre aux bois fraîchement huilés que des efforts démesurés font plus reculer qu' avancer.

Notre cabane est un endroit idéal pour la pratique du ski; ni trop loin, ni trop près, d' accès facile, elle est située au centre d' un territoire étendu, présentant tous les terrains que peuvent rechercher les amateurs du ski. Voici, au sud, les pentes douces des Prés d' Orvin, sans arbres ni obstacles, que préfèrent les débutants; ils peuvent s' abandonner aux glissades grisantes sans craindre les mauvaises rencontres ou les traquenards. Le versant nord, plus rapide, permet aux skieurs expérimentés de faire admirer leur habileté dans la descente en flèche ou dans l' évolution artistique des christianias et du slalom. Non loin de là, la Grande Pente, que n' abordent que les as de la section, offre des possibilités sans fin.

Notre cabane n' est pas seulement un but d' excursion; c' est aussi un point de départ pour de nombreuses courses le long de la chaîne jurassienne. La course classique est celle de Chasserai, point pénible et à la portée de tout skieur ayant un peu de pratique. Chaque dimanche, des dizaines de personnes se rendent à Chasserai où le nouvel hôtel offre un excellent point de ravitaillement. De Chasserai, on peut descendre sur Bienne, sur Lignières et Neuveville; les bons skieurs gagnent La Chaux-de-Fonds par le Val de Ruz et Tête de Ran, course qui demande déjà un bon entraînement. On ne pratique guère le retour par St-Imier, la course se faisant plutôt en sens inverse. Une autre variante est la traversée du Spitzberg ou Mont Sujet, fort belle course, très appréciée des bons skieurs.

Plus modestes, de nombreux collègues vont jusqu' aux métairies de Pierre Feu, du Milieu et rejoignent les villages du vallon de St-Imier par des char-rières fort praticables.

Le skieur pour qui le ski est un moyen de locomotion lui permettant d' atteindre la montagne plus facilement qu' à pied et non comme un sport exclusif, pourra imaginer un nombre infini de combinaisons lui permettant de visiter chaque fois des sites nouveaux de notre Jura et d' en apprécier la beauté sous des angles différents: amis lecteurs, je vous laisse le soin de choisir vos itinéraires; cherchez et vous trouverez ce que j' ai trouvé.

Aujourd'hui, nous sommes allés à Chasserai, nous avons poussé une pointe jusqu' aux Pontins et rentrons par l' Egasse dîner à la cabane. C' est toujours avec un sentiment de joie intime que je vois pointer sa cheminée hors des bosquets qui l' abritent; on devine au filet de fumée que la soupe est sur le feu. On évoque en pensée la chambre familière aux meubles rustiques, le bon fourneau en « catelles » qui en est le plus bel ornement. Chère cabane, avant de franchir ton seuil hospitalier, je jette encore un coup d' œil sur les pentes de neige éblouissantes au soleil de midi, ce matin encore inviolées et maintenant sillonnées de pistes, de creux, de renflements, traces inédites des durs combats livrés ce matin. J' admire la chaîne lointaine des Alpes dressant fièrement ses pyramides dans l' azur du ciel; puis, plus près, les croupes arrondies, plus modestes, de nos montagnes jurassiennes, tapissées de noirs sapins dormant sous leur linceul de neige, et j' adresse une pensée émue aux initiateurs du home jurassien de la section biennoise.

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