La croix de Zigiore

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Par Gustave Meylan.

A Monsieur Eugène Colomb.

Le soleil de midi brûle la croix fervente Sur le tertre dressée, humble dans l' or du ciel; L' air frémit comme un lac et ses moires vivantes Agitent sur l' azur des flambeaux irréels.

Les saphirs éblouis du glacier de Zigiore Ruissellent et leurs jeux dansent parmi les fleurs, Les grandes fleurs de neige où les claires aurores Mêlent les flots pourprés aux soyeuses pâleurs.

La croix étend ses bras sur l' âpre paysage, Son socle de granit, peint de rouille et de vert, Plonge dans le sol dur torturé par l' orage Et fixe le pardon au seuil des hauts déserts.

Le sphinx du Pigne rêve aux portes infinies,

Une pure blancheur illumine son front;

Là repose le Dieu, là règne le Génie

D' un royaume magique, immuable et profond.

L' ombre, au pied de la croix, se rétrécit, sonore, Les glaives éclatants que forge le soleil Font du pauvre calvaire un cierge où semble éclore Toute l' âme des monts dans un chant nonpareil.

La Za pointe son doigt d' émeraude et d' opale Dans un rayonnement d' or et d' azur mêlés, Sur son flanc calciné coule une écharpe pâle Où quelques pins tordus penchent, échevelés.

La croix fleurit et prie en face des abîmes, Elle parle aux splendeurs de glace et de granit, Elle est mélodieuse, ardente et chante l' hymne Des terrestres espoirs aux jardins infinis.

Le Mont Collon, sculpté dans l' albâtre et la lave, Déchire le nuage échappé de son corps, Des pans de clair tissu frôlent l' Evêque, grave, Perdu dans l' océan tourmenté des champs morts.

Le soleil de midi fait sonner ses fanfares, L' air vibre et les géants brûlent dans la clarté, L' humble croix s' élargit et son geste s' empare Et du sol, et des monts, et de l' éternité.

4 novembre 1932.

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