La limite entre les Alpes et le Plateau suisse

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Par Fernand Bossé

( Montreux ) Jusqu' à maintenant, cette limite a été généralement très fantaisiste. Les principales erreurs ont consisté à attribuer aux Alpes des territoires qui, comme structure, n' ont absolument rien d' alpin, si ce n' est peut-être une certaine altitude. Au cours de plusieurs étés j' ai parcouru et étudié géologiquement les régions voisines des Alpes et du Plateau, et je suis arrivé aux conclusions suivantes qui, établies sur des bases solides, peuvent être considérées comme définitives.

Un terrain de la plus haute importance est la Nagelfluh. Ce terme signifie « roche à têtes de clous ». On désigne ainsi en Suisse allemande des roches composites que les Suisses romands et surtout les Français appellent « conglomérats ou poudingues ».

Voici l' origine de ces roches. Au cours des longs plissements alpins de l' ère tertiaire, les parties émergées des Alpes ont été promptement soumises à l' action de l' érosion. Des masses plus ou moins abondantes de roches alpines furent entraînées et se sont accumulées, entremêlées de molasse, dans le grand lac — plus tard mer — qui recouvrait le Plateau suisse. Serrés, pressés, ces matériaux se sont agglomérés, formant précisément les nagelfluh ou poudingues. La poussée alpine continuant, ils se sont plissés à leur tour, habituellement du sud-est vers le nord-ouest. Ainsi se sont édifiées les montagnes molassiques qui, du Pèlerin au Gäbris, par le Rigi et le Speer, flanquent le versant nord des Alpes, mais n' appartiennent pas aux Alpes.

Attribuer aux Alpes les montagnes de molasse et de nagelfluh peut paraître d' abord séduisant, étant donné l' origine première des poudingues, mais conduit promptement à des difficultés inextricables. On rencontre en effet des amas de nagelfluh très loin des Alpes, surtout dans la Suisse centrale et orientale. On en trouve jusque dans les cantons de Zurich et de Thurgovie, au Hörnli et au Tössstock par exemple. Dès lors où s' arrêter, les nagelfluh étant presque toujours accompagnées de molasses? Prétendre englober les dépôts de nagelfluh dans les Alpes entraîne la suppression du Plateau.

Conscient de l' impossibilité d' une telle attribution, j' ai adopté le système suivant qui seul conduit à une solution ferme, solide, rationnelle. Sans oublier que les nagelfluh sont composées d' éléments arrachés primitivement aux Alpes, mais en se souvenant qu' elles ont été entraînées dans les eaux baignant le pied nord des Alpes et mélangées en même temps aux roches molassiques voisines, notons aussi que dans les Alpes suisses il n' y a pas de molasses, sauf entre St-Gingolph et le val d' Illiez. J' ai adopté en conséquence le principe suivant: Attribuer rigoureusement au Plateau suisse toutes les nagelfluh et les molasses voisines, la frontière nord des Alpes étant formée par les roches secondaires et le flysch appartenant aux grandes nappes charriées, soit préalpines, soit haut-alpines ( Säntis, etc. ).

La seule limite rigoureusement exacte et scientifique entre les Alpes et le Plateau suisse est la suivante:

De Vevey elle suit le cours de la Veveyse jusqu' à Châtel-St-Denis, puis la base ouest du Niremont jusqu' à Bulle. De là elle longe le pied de la Berra et du Gurnigel par La Roche, Guggisberg, Wattenwil, Amsoldingen. La limite plonge ensuite dans le lac de Thoune jusqu' à Gunten d' où elle se dirige au nord sur Sigriswil, contourne à l' ouest la muraille alpine du Sigriswiler Grat, atteint Eriz, longe le pied nord du Hohgant, passe au sud-est de Schangnau entre le Lochsitenberg au nord-ouest ( molasses et conglomérats ) et la Schrattenfluh ( calcaires alpins ) au sud-est, gagne le Hilferenpass et Flühli dans l' Entlebuch. A l' est de Flühli, la limite du Plateau et des Alpes se poursuit au nord de la Schafmatt et du Schimberg jusqu' à Schwarzenberg, Kriens et Horw. Là elle plonge dans le lac des Quatre-Cantons jusqu' à Vitznau.

Toute la partie occidentale du Rigi, qui comprend le Rigi-Kulm et la Rigi-Scheidegg, est uniquement composée de molasses et de nagelfluh; elle appartient donc nettement au Plateau; la partie orientale qui est formée du Vitznauer Stock et de la Rigi-Hochfluh est seule alpine. Le contraste est frappant depuis le bateau à vapeur entre les parois de nagelfluh et de molasse de la partie ouest, la plus importante et la plus haute, et les roches calcaires grises du Vitznauer Stock et de la Hochfluh. En outre le nez camard du Vitz-nauer-Stock correspond nettement au nez à la Cyrano du Bürgenstock au sud du lac. L' une des montagnes est en effet le prolongement de l' autre.

De Vitznau, la limite entre le Plateau et les Alpes, contournant à l' ouest le Vitznauer Stock, se poursuit par le col du Gätterli, plonge sur le lac de Lowerz, passe par Steinen, Trachslau ( à l' est de Rothenturm ), Eutal, le Sattelegg, se continue au sud du Hirzli vers Weesen, d' où elle oblique au nord. La limite entre les deux grandes régions orographiques passe dans la

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