L'alpinisme en Grèce

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Par Gustave Dorier.

Il y a quelques années encore, celui qui se montrait à Athènes muni de gros souliers et d' un sac de montagne, pouvait passer pour un fou, un étranger ou un archéologue. La campagne et la montagne étaient réservées aux villageois ou aux « tsopani » ( bergers ). La houlette aux formes gracieuses n' avait pas encore cédé la place au bâton ferré ou au piolet. En général, pas de chaussures à clous, les pentes les plus raides et les plus glissantes étaient gravies avec le « tsarouchi » traditionnel ( sandale à bout pointu relevé, le plus souvent terminé par un pompon ), la peau de mouton ou... le bout de pneu. Ne riez pas. Ce dernier a pris un essor formidable et constitue encore, indépendamment de son bon marché, la meilleure semelle pour la montagne grecque. Tous ceux qui ont de bons souliers de montagne, s' enorgueillissant d' un cloutage magnifique, pourront en faire l' expérience.

Le Grec est sobre et ses débuts dans l' alpinisme furent modestes. Pas d' équipement, mais une bonne volonté, une ténacité et un courage remarquables. En quelques années, tous les sommets de l' Hellade furent conquis par une phalange de jeunes gens qui découvraient avec enthousiasme les beautés de leur patrie, les montagnes sortant d' une mer glauque et scintillante et dont la nudité aux tons divers est rendue plus expressive encore par cette transparence éthérée de l' atmosphère. Et partout, dans un repli de terrain abrité des vents, à l' ombre des cyprès ou des yeuses, sur un belvédère: un vestige antique ou un monastère. Et toujours une infinie variété de lieux, de couleurs, de gens et d' usages.

Comment s' étonner que ce mouvement vers la nature grecque, une fois amorcé, se soit alors bien vite généralisé! D' où l' éclosion et le développement, à Athènes et en province, d' une quantité de clubs aux tendances les plus diverses. Fondé en 1928, le Club Alpin Hellénique, qui compte actuellement 22 sections et plus de 2000 membres, est à la tête du mouvement.

Un touriste, partant il y a quelques années pour la Grèce, n' aurait jamais eu l' idée d' emporter des skis. Les Grecs eux-mêmes connaissaient bien peu cet instrument et bien moins encore pouvaient-ils admettre qu' on pût s' en servir dans leur pays. Aussi bien, les premiers skieurs de 1928 eurent-ils beaucoup de mal à convaincre les incrédules; ils n' étaient pas pris au sérieux. Depuis, les événements leur ont donné raison et les ascensions hivernales tentèrent bientôt les jeunes alpinistes grecs. Les premières du Taygète, du Parnasse, du Cyllène, du Chelmos, de l' Athos, de l' Olympe ont toutes leur histoire. C' est la période héroïque. Pas de moyens d' accès, pas de refuge; on passe la nuit à la belle étoile, sous un sapin, à l' abri d' un rocher; la neige sert de rempart. Un loup parfois fait entendre sa voix au loin. La première hivernale du Trône de Zeus demande alors, à partir du dernier campement en plein air, l' Asile des Muses, 26 heures de marche et d' efforts continus.

L' Olympe. Ce grand nom de la mythologie attire plus que jamais à lui les fervents de la montagne.

Hier encore, quelques alpinistes se risquaient sur le sauvage Olympe, le repaire des fameux Klephtes. Essais isolés et infructueux dont le dénouement est la capture et la longue captivité de l' Allemand Richter qui a vu son escorte, composée de deux gendarmes turcs, tomber sous le plomb des célèbres bandits. Rançon et liberté.

Enfin, en août 1913, la première défaite, infligée par deux Suisses, MM. F. Boissonnas et D. Baud-Bovy, qui, accompagnés du chasseur de chamois Kakalos, atteignent le plus haut sommet, le Mitika. Vient l' oubli durant la guerre mondiale. Puis c' est la deuxième défaite: la « première » du Trône de Zeus, à l' actif d' un compatriote également, M. M. Kurz, auquel on doit une excellente carte et un très beau livre sur la montagne des dieux. Finalement, le ski veut aussi sa part de gloire, et c' est encore à des Suisses, accompagnés d' alpinistes français et grecs, que l'on doit les « premières hivernales » des trois plus hauts sommets: le Skolion ( 2906 m .), le Mitika ( 2918 m .) et le Trône de Zeus ( 2910 m. ). Altitude bien moyenne, oui, mais ici on part du zéro.

L' Olympe a maintenant son refuge ( 2000 m .) et en attend un second. C' est dire que le « confort » prend aussi de l' altitude. Oh! ce n' est pas encore le confort suisse, loin de là! Mais le pittoresque y supplée. On couche encore à la belle étoile, devant un de ces bûchers dignes d' Hercule, alimenté par les énormes sapins victimes de l' avalanche. On dort aussi chez les moines, à St-Denis où, si l'on a de la chance, on goûte au fameux civet du frère Gérassi-mos, bon vieux à la barbe hirsute et à la tête patibulaire, braconnier autant que moine et maniant avec une égale compétence lacets et chapelet.

Si l'on a le temps, on peut pousser jusqu' au couvent d' Aghia Trias où les moines ont perdu leurs terres, mais, malheureusement pour eux, conservé leur estomac, ce qui ne manque pas parfois de leur jouer des tours. Je me souviens de l' hiver 1931, nous attendions une éclaircie. C' était un jour de jeûne rituel et Kakalos nous préparait avec art un agneau à la palikare. Cette odeur d' agneau grillé, les pauvres moines ne purent la supporter longtemps. Ils avaient commencé par se mettre à table pour avaler leurs trois olives, histoire de nous tenir compagnie; bien vite ils acceptèrent de goûter à notre menu, un simple « mézé »; puis, l' appétit venant en mangeant, ils oublièrent jeûnes et prières et se mirent bientôt à attaquer notre agneau à si belles dents que nous eûmes beaucoup de mal à sauver notre part. Ah! une cervelle d' agneau à la palikare, ce que ça peut être bon!

Voilà ce que l'on trouve encore dans la montagne grecque, à défaut de confort. Avouez que cela peut valoir la peine d' un voyage.

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