L'Argentin

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PAR PIERRE JAQUET, LAUSANNE

Avec 3 illustrations ( 96-98 ) LES MIROIRS Les estivants de Gryon-Villars, les campeurs et les touristes du dimanche de Solalex, bien des alpinistes même ne connaissent qu' un « Miroir » à l' Argentine... Le Grand Miroir a polarisé l' in du profane. Il inspire un tel respect, mêlé de crainte, qu' il est inutile de parler de voies tracées sur les faces nord à quelques centaines de mètres, et de les qualifier de plus difficiles encore. On ne suit plus, vous êtes classés parmi les originaux, les casse-cous, voire les déments. Venez à dire qu' il s' y faut parfois hisser sur des pitons munis d' étriers? Un mur d' indifférence et d' incompré vous sépare alors de votre interlocuteur. Et pourtant! Combien d' adeptes des formes modernes d' escalade en ont fait l' expérience: lié, pris, enveloppé d' un réseau de cordes, boucles, fiches plantées dans la masse sans traîtrise du rocher, le grimpeur ne tarde pas à ressentir une impression de sécurité qu' il est loin d' avoir au long des fissures-échelles du Grand Miroir, ascension du IIIe degré seulement, où l' attention risque de se relâcher parfois, comme souvent sur les pierriers et pentes gazonnées qui abondent, hélas, dans nos Alpes vaudoises.

Le sac plein de cordes, nous dévalions en fin d' après les éboulis et les fourrés de vernes au pied des parois après une descente Cheval Blanc-fissure en Y par l' itinéraire 7 ( une merveille de vertige et d' acrobatie aérienne que l'on est sans excuse d' ignorer, le guide de Rham en parlant depuis longtemps ).

Phénomène insolite à ces heures, un bruit de voix nous fait découvrir sur un rocher un couple lausannois de notre connaissance: ils sont venus pour contempler de près le célèbre « Miroir ». Ils furent fort intéressés par nos précisions: il n' y a pas un, il y a des Miroirs qu' escaladent une vingtaine d' itinéraires ayant chacun sa personnalité et ses caprices.

Au début, dès la Tour d' Anzeinde et la Poreyrette, c' est une dalle de rouille peu inclinée, assez croulante avec l' itinéraire n° 1, un simple couloir, et le n° 2, une côte, un rebord laissant tomber sur le Miroir supérieur une falaise de cinquante à cent mètres. La rencontre de ces deux masses, falaise et miroir, forme un dièdre immense avec l' itinéraire 3 et la partie supérieure du 4. Nouveau rebord d' où tombe le « mur de la côte », troisième marche de cet escalier en oblique taillé pour des bottes de sept-lieues. On escalade là-dessous les deux à trois cents mètres de dalles du Grand Miroir par le couloir est du quatre, la fissure en F du cinq, la grande vire supérieure qu' utilisent ou traversent les numéros 6 et 7. Une quatrième marche tombe sur la vire inférieure qui surplombe la plaque bleuâtre de Solalex, miroir en miniature au seuil des faces nord. Autour d' elle on a tracé les itinéraires 8 et 9 qu' utilisent plus haut les surplombs du Cheval blanc. Une immense muraille brun-rouge s' élance alors vers les faîtes. Verticale mais moins lisse, elle n' a pas eu droit au nom de miroir, se contentant de celui de Paroi brune. Des fissures s' esquissent à ses flancs ( itinéraire 10 ). Sur le bord ouest s' étire une plaque d' argent et d' azur, autant de rappels du thème des miroirs dans cette décoration en guirlandes sous le ciel.

Mais, déjà, le Petit Miroir vient dessiner sous les surplombs de l' arête un carré de deux cents mètres de côté avec, lui aussi, un dièdre est ( première escalade en automne 1957 ), des fissures centrales - itinéraire récent non numéroté - et, tout à droite, pour recevoir les numéros 11 et 12, le couloir Veillon et le dièdre des Oreilles. La muraille tourne un peu vers l' ouest et les Bons gazons, itinéraire 13, tendent à prendre la forme de « miroir ». Les fissures y sont remplacées par quelques lignes obliques de verdure. La paroi tombe à pic maintenant du groupe central, mais avec ce thème persistant des coupures verticales à l' angle des parois, et c' est le Grand Dièdre qui sollicite ajuste titre, comme son voisin la Voie Müller ( n° 14 ), les ambitions des grimpeurs du sixième degré.

Lassée, la vague de pierre mollit à l' itinéraire 15, un col pour chasseurs de chamois, avant le groupe de Bovonne. Une haute fissure de deux cents mètres escalade la face ouest du sommet ouest ( n° 16 ), thème favori du paysage en miroirs, mais on coupe ici un chaos de rocs en surplomb. Une muraille sans prises, mais de cent mètres de haut seulement, court de là vers le Lion. On se hisse par les voies numérotées 17, 18 et 19 sur sa tête chenue. De ces petits itinéraires d' entraînement ou d' accès à l' arête, la vue plane sur des paysages nouveaux. Gryon s' est rapproché des esplanades de Bovonne; les Plans se blottissent au pied des dentelures des Alpes vaudoises et les Dents du Midi rêvent au seuil des grandes aventures lointaines...

La conquête par notre cordée fraternelle de toutes ces voies se déroule parallèlement à la diffusion des techniques modernes d' escalade au sein de la section lausannoise du CAS ces dix dernières années. Sur les traces de l' auteur du Guide de l' Argentine, G. de Rham, nous prenons contact avec les grandes dalles et avec l' usage du matériel de sécurité, pitons et mousquetons pour l' avance en terrain exposé et difficile. Notre inexpérience, fortifiée de l' interprétation de récits, de lectures, de photos, y apporte force imprévu et aventures tragi-comiques.

L' ascension du Petit Miroir ouvre une époque que j' appelais alors « conquête d' itinéraires d' in local » - expression qui déchaînait immanquablement les rires de mon frère Carlo, plus soucieux d' escalade pure que de programmes et de classements. Aux ambitions qu' alimentaient les faces des Muverans, de Cabotz ou de la Cime de l' Est s' ajoutaient des vues sur les trois itinéraires de IV sup. dans les faces nord, auxquels je voulais me limiter à l' Argentine: Petit Miroir, Bons gazons, Face ouest.

L' inexpérience est encore sensible tout au long de l' équipée du Petit Miroir; elle est à l' origine de notre amusante déconfiture au passage-clé d' entrée sur les Bons gazons; elle disparaît presque complètement à la Face ouest, course d' entraînement qu' avaient précédée des contacts instructifs avec les équipes du Salève ou de Fontainebleau, à Chamonix.

Un dernier chapitre resterait à écrire... l' ouverture de voies nouvelles par l' escalade artificielle et le piton à expansion... Mais l' auteur, las d' outrepasser toujours les limites qu' il avait fixées à son audace, a jugé bon de laisser son frère les accomplir avec d' autres camarades: Côte est du Petit Miroir, directe au Grand Dièdre, reprise à la Voie Müller, sont les étapes récentes de la conquête de ces nouveaux terrains d' école.

COULOIR ET DIÈDRE A L' EST DU GRAND MIROIR ( ITIN. 3 ET 4 ) En ce matin du lundi 7 août 1948 le caractère insolite que prit tout à coup notre cheminement n' eût pas manqué de piquer la curiosité des grimpeurs du dimanche engagés dans la classique traversée de l' Argentine. Passe encore de délaisser le premier sommet, de longer la vire de sa face est, de stationner sous la paroi sud, mais pourquoi quitter les faîtes que baigne le soleil, se glisser par les dalles vers ces énormes pans de rocs à droite, tendre vers Solalex des visages anxieux?...

Nous dominons un dièdre taillé pour des géants. L' itinéraire des Miroirs - numéro 3 du guide de Rham - suit à peu près le fond de la gouttière formée par l' intersection de deux masses démesurées: les à pic tombant de la côte nord de la Haute-Corde et la surface lisse du Miroir supérieur. Nous allons en effectuer la descente.

Il y a d' abord une ravine où croule un revêtement de gravier. Plus bas, nos vibrams font merveille sur de longues dalles encore peu inclinées. Mais voici qu' une menace monte des profondeurs: des panneaux plongent leurs dos polis dans le bleu. Une fissure s' en vient mourir sur l' humidité couleur de cendre d' une plaque de dix mètres qui nous sépare du terreau d' un couloir creusé sous les falaises surplombant à droite.

Faut-il continuer cette descente parmi tant de verticalité, d' hostilité, d' incohérence? Je viens d' aviser mon frère d' un fait assez fâcheux: j' ai deux « fers » en tout dans mon sac, j' ai oublié les autres à Gryon. Et, cent mètres plus bas tournoie la spirale écœurante du vide... Un grésillement parfois: une pierre détachée par le vent du matin vole au fond de quelque gorge.

Mais une fiche, un mousqueton, l' adhérente des paumes et des semelles ont eu raison de la dalle et je foule déjà le poussier et les mousses du couloir. Je me penche au bord de la niche et j' examine la suite de notre descente. Elle me semble, là-dessous, absolument dénuée de charme et dépourvue de toute attirance: plaques jaunâtres et visqueuses, vires délitées, canivaux qui se déversent sur des abîmes... Seul le couloir de l' itinéraire 4, bien reconnaissable sous le ressaut du « mur de la cassure », semble offrir une voie de salut. Quant à notre numéro 3, ce n' est plus, sous nos pieds, qu' une glissoire sans prises, un colossal toboggan qui s' incurve et bondit vers Solalex.

Un certain abattement me saisit. Je déclare que nous faisons une folie, que personne encore, à ma connaissance, n' est descendu par cette voie; que nous allons nous casser la tête et qu' il faut exécuter par les vires, vers la Poreyrette et la Tour d' Anzeinde, une retraite qui n' ajoutera certes rien à notre gloire... mais que nous pourrons toujours mettre au compte de la sagesse et de la prudence. Mon acolyte connaît bien d' ailleurs de dénouement de ces scènes. Ses éclats de rire se mêlent à mes jérémiades et font retentir les humides échos de ces lieux. Je consens en effet à descendre mais... seulement pour voir si quelque bloc veut bien se laisser cravater d' un rappel.

Les horreurs d' un couloir à pic s' offrent sans grâce à mes gestes pleins d' onction. Il perd tout de suite une de ses rives, se métamorphose en dièdre et, le sournois, le voilà qui m' abandonne, suspendu par les mains à des prises aux faces de traîtres, les pieds raclant la roche lisse à la recherche d' une saillie. Ma verbosité et mes terreurs, un peu feintes peut-être, amusent mon frère que je devine, crispé à la corde là-haut. Je me tords, m' insinue, me colle et finis par atterrir sur une plate-forme. Mes remarques désabusées ont aiguillé Carlo sur la gauche. Il précipite une avalanchne de pierres qui bondissent dans leur poussière et disparaissent, laissant flotter une odeur de poudre. Réunis, nous découvrons du côté de l' itinéraire 4 une tête rocheuse favorable aux manœuvres de pendule et de descente.

Nous tenons conseil: Faut-il abandonner le 3 et, par un rappel pendulaire, atteindre une vire puis une ravine sur les flancs du couloir du 4? Et chacun de renchérir sur les inconvénients du 3 qui va nous entraîner, après nous avoir coûté nos deux pitons, sur le néant des à pics. L' autre itinéraire, que nous avions réservé pour la montée ce soir, nous le voyons du haut en bas, à travers les brumes de l' espoir, comme une immense partie de glissage, 200 mètres de bonds agiles, de sauts enivrants à bout de fil, d' opposition sur les bords d' une fissure. Il est d' ailleurs, n' en doutons pas, tout jalonné de fiches et avec des boucles « comme ça ». En route donc vers ce paradis des descentes. Le bloc est approché, tâté, ausculté, ceinturé de chanvre. Notre longue corde, en deux bouts de quarante mètres, tord ses anneaux sur l' inexorable surface à franchir. J' ai déjà oublié mes craintes et mes faiblesses et flotte dans la joie de ce « pas » de 50 à 80 mètres d' un itinéraire à l' autre.

C' est maintenant le couloir est, que nous descendons... Ressaut... je me penche: une cheminée surplombe et, vingt mètres plus bas, le pavage du couloir reprend. Surprise et soulagement, première trace depuis ce matin du passage de l' homme: un piton à boucle luit parmi les gravats.

C' est le début d' une descente de près de deux cents mètres qui, si elle perd en variété et en dramatique, viendra bercer de la régularité de ses rythmes des nerfs qu' ont ébranlés ces heures d' incer. A cinq reprises nous allons passer la corde dans la boucle toujours fidèle au rendez-vous à sa tige de fer, nous laisser prendre dans la noire vacuité des grottes en surplomb. L' une d' elles suinte le deuil et la tristesse, toute crépie de cendre et de terreau avec la chevelure en pleurs des mousses fauves. Et sur la paroi de droite, une croix de fer est scellée... Une inscription, rappel d' une chute: quelqu'un s' est tué là. Cette rencontre jette un froid sur notre optimisme renaissant. Mais un dernier portique aux colonnes d' or s' est enlevé sur les lointains et nous foulons le seuil, de la victoire! Quarante mètres endessous de nos silhouettes penchées comme à une porte-fenêtre, le névé au pied du Grand Miroir darde au fond de nos prunelles l' intense éclat de ses neiges. Dernière fiche, claquement de cordes, dans le soleil cette fois; dernière glissade au long d' une dalle-obélisque de trente-cinq mètres. Elle plonge d' un jet sous l' éblouissante blancheur.

Nous titubons déjà sur le pierrier. La corde balance au vent à l' aplomb des falaises vaincues; elle nous attendra pour la remontée. Nous sommes au pied des hautes parois. Repos dans la fraîcheur et le moelleux des gazons. Malgré les conseils de Carlo qui, la bouche pleine, m' invite à réparer mes forces, je me contenterai d' un peu de lait condensé et de quelques fruits.

Oubliant les incertitudes et les affres d' une trop longue descente, nous allons réaliser notre projet du matin: escalader en retour tout l' itinéraire 4 pour regagner la Haute Corde et Anzeinde. Il n' est que 15 heures après tout, et la partie la plus difficile de la route vient d' être reconnue.

Déjà Carlo oscille en pleine paroi, suspendu à la corde, les pieds collés au rocher couleur tourterelle. Il a voulu grimper à la force du poignet les gradins et la face d' obélisque étagée au-dessus des neiges. Content de son exploit, il m' attend là-haut. Sa face échevelée et hilare s' encadre entre les bords du couloir. Pour moi, il s' agira d' éprouver les difficultés de la vraie escalade, celle de la cheminée, voie ordinaire de montée qui précède le grand couloir est. Je m' attache à la corde de descente que tirera Carlo à mesure que je me faufile dans des fissures à peine ouvertes, m' étire pour saisir au loin quelque rondeur, étreins d' inexorables colonnes en tuyaux d' orgues. Je m' agrippe enfin à la boucle qui nous servit à établir le rappel tout à l' heure et me traîne parmi les graviers dans la fraîcheur soudaine du couloir qui nous accueille en vieilles connaissances déjà, ferme les portes du vide derrière nous et va, pendant une heure, garder ses prisonniers, les tordre, les coincer, les asseoir, les écarteler, les hisser de surplomb en surplomb. Il les fera surgir enfin dans la clarté qui tombe des murs de la cassure. Nous décidons de la franchir directement par une voie nouvelle. Carlo s' assure déjà de la solidité des blocs étages en frises, en frontons, en auvents. Figure immobile de bas-relief, il s' y moule en poses variées, froisse la délicatesse et la grâce des guirlandes d' asters qui tremblaient sur le ciel, s' enlève et disparaît. Plus rien, maintenant, que l' immobilité de la corde, les pulsations précipitées du silence et cette petite inquiétude qui danse en robe de lumière là-haut sur le bord de la rampe.

J' expédie d' angoissés: « Alors? Ça va? Et puis?... Que vois-tu? » - Enfin descend haletante une description des lieux: « Lisse partout, fissure à gauche vers le trois, plus loin vue masquée. » - Et le bord à droite? Trop exposé et puis... je ne suis pas assuré.

Je m' aperçois qu' en déléguant mon leader, j' ai omis de lui passer les pitons et le marteau. Or la progression s' avère impossible sans ce matériel. Désarroi, fébrilité, incertitude... Une décision s' impose: « Cramponne-toi, j' arrive! » - Avance prudente, chaque prise est éprouvée. Des images 14 Die Alpen - 1959 - Les Alpes209 cherchent à s' imposer; la chute de Carlo, deux corps tournoyants... Mais il vaut mieux, n' est pas, se laisser prendre à cette voluptueuse sorcellerie des rétablissements parmi la chaleur des corniches et la délicatesse des fleurs du ciel.

Ligne de faîte, règne de la roche sans âme et sans espoir. Carlo attend, là-dessus à gauche. Dans sa tentative de sortie vers le trois, une fissure l' a rejeté sur quelques esquisses de rainures. Il racontera qu' il tenait d' un seul doigt à un caillou comme un dé. Furieux martèlement d' une fiche, gamme chromatique vibrante qui s' élance entre les parois. Le mousqueton tinte, une corde y passe, sauvés! Sans plus attendre je grimpe comme un chat le long de la cassure vers le passage habituel du quatre.Voici quelques prises enfin, des marches, une niche, un couloir! Carlo rejoint, me rend le matériel, et c' est le repos dans la fraîcheur, les commentaires haletants.

La suite, l' escalade du Miroir supérieur n' est plus qu' un enchantement au déclin du jour. Les dalles courent sous les semelles silencieuses et rapides, les fissures où l'on enfonce jusqu' au yeux dans les délices de l' heure nous hissent en larges zigzags. Nous sautons déjà sur l' arête faîtière et bientôt les cordes gisent à nos pieds avec les préoccupations et les soucis de cette aventureuse journée. On peut s' étaler à l' aise sous la Haute Corde retrouvée et c' est, dans les pâturages où somnolent les moutons de ce matin, la descente vers Anzeinde, la chaude sympathie de l' accueil à la cabane Barraud.

COULOIR DE L' ENCOCHE ET CÔTE NORD DE LA HAUTE CORDE ( ITIN. 1 ET 2 ) L' aube au visage incertain du mercredi 11 août nous retrouve parmi les moutons sur les pentes qui précèdent la Haute Corde et nous arrête au-dessous du couloir de l' Encoche. L' itinéraire 1 s' y précipite au long d' une côte rocheuse tachée de rouille. Descendus là-dessous, nous y commencerons l' escalade de la Côte nord de la Haute Corde, le numéro 2 du guide. Nous en atteindrons le sommet dans l' après, ayant exploré quatre itinéraires en deux jours.

Nous dévalons des bancs et des marches où croulent des morceaux comme de la tourbe. Ils s' ar à demi sur un fond de pavage savonneux. Cette gymnastique sans histoire nous amène enfin à une dalle. Bien pourvu de prises et peu inclinée, elle consent à nous déposer au fond d' un couloir qui rétrécit et se dérobe. Nous glissons cauteleusement parmi l' instabilité générale. Mais, voici la fin du parcours en descente: deux couloirs coupés de ressauts offrent de nous déposer 80 mètres plus bas dans le moutonnement d' un pierrier. Je choisis le couloir de droite. Il s' enfonce sous une demi-voûte de schiste d' où sort une gigantesque scie de pierre aux dents de la taille d' un homme Et nous voilà, suspendus d' une canine à l' autre en une descente fort amusante, n' était l' état de ruine du parcours qui mériterait un sérieux nettoyage, car il n' est pas dépourvue d' intérêt. Entraînés dans un torrent de pierres et de gravats nous achevons la descente du couloir de l' encoche et joignons le bas de la Côte nord. L' escalade selon l' originale formule de cette année va commencer. Elle nous ramènera en fin d' après au sommet de l' arête d' où, comme hier, nous descendrons sur Anzeinde et Barraud.

Montés des profondeurs nous devrions escalader une sorte de donjon, chevaucher des dos et piliers sans prises, souffler et flâner sur une large épaule bonasse qui s' étale au centre de l' itinéraire, nous glisser ensuite, au-dessus du vide, tout au long des falaises en avant-toit qui dominent les Miroirs, atteindre enfin le sommet de la Haute Corde. Mais nous commettons une erreur. Nous refusons de passer de l' autre côté de l' arête et d' aller prendre le vrai départ, au pied de la cheminée Moreillon et du couloir est. Nous cherchons, par une marche en biais, à gagner directement les donjons-gendarmes.

Une fissure m' abandonne bientôt au-dessus d' un vide impressionnant. Descente... Plus à droite une surface couleur écorce de mélèze m' accueille et, malgré sa raideur, a tôt fait de m' introduire dans un couloir ou plutôt sur un long ruban de rocher aux écailles d' ardoise. Il monte à perte de vue vers une grotte en veilleuse sous le ciel. Alors débute une escalade que notre répugnance à planter des pitons de sécurité va livrer un peu au hasard. Nous sommes en terrain vierge d' ailleurs, en pleine variante. L' itinéraire officiel suit l' arête à vingt mètres au-dessus, à droite. Je m' élève en adhérence-caoutchouc sur une sorte de mosaïque faite de menus grains argentés, une imbrication, un curieux lacis qui n' est pas sans prises; mais, à celles-ci, longtemps je n' ose me fier. J' y glisse comme chat sur braise. Sous mes talons bouge et vient presque buter la tête de mon frère, dessinée sur le vide. Sûrs l' un de l' autre, nous pouvons nous permettre cette progression hardie et enivrante. Ouis, mais, ce couloir n' en finit plus. Il se plaît à hisser ses deux acrobates au-dessus d' à pics à faire frémir et leur arrache quelques sonores appréciations. A droite dominent les piliers de la côte que nous devrions escalader, mais toute tentative pour rejoindre s' achève sur des dalles sans prises. Avec un soupir de soulagement, je me glisse enfin dans la grotte. On a déroulé vers nous un tapis de gazon. Notre hâte à reconnaître la suite nous chasse au-delà d' un angle et par une pente d' éboulis nous conduit à la plate-forme centrale.

Nous avons rejoint le carrefour au centre des régions explorées ces jours. L' immense vague pétrifiée des miroirs vient se dresser contre le ciel offrant à nos méditations l' assaut plein de hardiesse des fissures parmi la chute barbare des plaques polies. Notre ascension se déroule désormais, face à ces horreurs, sur le bord de la côte où nous allons chercher complications et l' intérêt, car, vers l' est, disparaissent peu à peu toutes les difficultés.

Par la densité de ses masses, la hardiesse de ses dentelures et le bouillonnement de ses roches d' argent sous le ciel, cet itinéraire 2 mériterait le nom d' arête! « C' est le Besso! s' écrie mon frère perché comme un aigle au bout d' un gendarme. Dis plutôt l' Obergabelhorn ou le Cervin! » Mais voici le passage-clé. Une paroi lisse, d' un azur délicat, montée des pronfondeurs, dresse vers le ciel un faîte crénelé. Une fissure caractéristique en Z vient toucher l' encorbellement du sommet. Il faut escalader le mur, au-dessus d' un vide impressionnant. D' un saut vous vous envo-leriez deux cents mètres plus bas sur les éboulis et les névés de Solalex. Mais les prises sont d' une sécheresse et d' une granulation délicieuses avec le fin liseré partout des lichens sur l' argent de la pierre. Attaque de la fissure: qui ne sait se mettre hardiment en opposition, doigts dans la fente, pieds presque à la hauteur des mains et progresser ainsi vers le triangle de lumière là-haut, sera condamné à souffler comme un porc tout au fond dans le froid et l' ombre avec la menace à chaque reptation de lâcher prise. Et voici que nos semelles adhèrent sur l' inclinaison si judicieuse de cette dalle qui nous dépose sous un bastion aux murailles redressées. Une vire, taillée dans le même rocher massif, se faufile et pend sur des miroirs violets dans leur éloignement. Carlo s' engage, disparaît, entraîne la corde par à coups: « ca paie », crie-t-il.

L' écho de son enthousiasme arrive avec une description des difficultés du passage. Un pied sort de la paroi, tate une marche en contrebas. Une demi-silhouette se suspend hors de la muraille. Le pied tremble un peu... quelques gravats cascadent au long des rochers. Le mur absorbe peu à peu ces visions étranges, la corde s' y enfonce à son tour. Un éclat de rire saute par-dessus la crête avec des phrases évoquant les joies qui m' attendent, paraît-il. Allons voir! Je rampe sous une voûte. Elle cherche à me repousser dans le néant qui s' ouvre ma droite. J' hésite... La haute marche sort de l' abîme, elle m' offre un piédestal géant. Les mains tâtent, trouvent quelques cannelures et voilà le sûr équilibre qui vous fait voler, qui vous saisit, vous hisse, vous dresse enfin sur le bord du ciel à travers cette brèche ou pendait la sécurité de la corde. Celle-ci continuera à fuir ainsi, de- vant moi, comme une couleuvre agile sur la crête et longtemps nos têtes vont se pencher de créneau en créneau. Encore quelques rebords saisis à pleines mains sous le blanc cortège des nuages et nous voilà surgis des gouffres du matin sur le sommet de la Haute Corde.

DESCENTE DE L' ITINÉRAIRE 7, CHEMINÉE MÜLLER, GRAND-VIRE, COULOIR EN Y Des jours ont passé dans la petite cabane battue par les vents, les neiges et les tempêtes d' un été pourri. Le fœhn a soufflé, il a mangé les derniers névés vers le col des Essets, il a balayé tout le ciel et les vacances vont s' achever et mourir dans la lumière enfin retrouvée des étés d' autre.

Vendredi 20 août, encore un bond prodigieux parmi le froissement des choucas. Le silence s' ap sur le sommet du Cheval Blanc. Nous contemplons ce couloir qui se replie puis fait brèche sur l' extrême bord... Quatre cents mètres plus bas sourit sous des couches d' air glauque le petit toit perdu de la Benjamine, tête d' épingle sur le velours des forêts. Allons-nous enjamber ce rebord et plonger dans ce vide? Le 7 est un itinéraire idéal de descente, dit à peu près le guide, et c' est ce que je récite sur tous les tons en me glissant vers l' abîme. Notre campagne va se terminer par la descente Cheval Blanc—Grand Miroir.

Quelle disposition et quelle forme peut bien présenter la première cheminée au-delà de cet auvent qui plane sur les airs? J' atteins le bord... Surprise... soupir de satisfaction, face illuminée que je lève vers celui qui est crispé là-haut à la corde.

- Ah, ah! voici la clef du mystère! A nous les rappels sans fin!

Comme une chimère grimaçante, un éperon de rocher se penche à droite. Un feuillet de la taille d' un immeuble de quatre étages s' est détaché des parois et repose sur la fuite oblique des miroirs. Derrière ses lourdes masses une cheminée obstruée de blocs arrondis et luisants comme des crânes tournoie et s' ouvre sur les rouilles de deux dièdres qui se déversent dans le bleu. Ils ont l' air d' as un passage précaire vers la Vire supérieure appuyée en profils titanesques aux plaques du Grand Miroir. Celles-ci, ruisselantes encore de rosée, s' arrondissent comme les flancs d' un navire aux reflets d' acier.

Carlo rejoint; le bloc éperon est largement ceinturé, les anneaux de la corde claquent, volent et se déroulent. Le clapotis des vibrams, frappant alternativement les deux bords du couloir, rythme notre descente régulière et rapide.

Atterrissage; nos pieds malaxent de l' eau, des pierres, de la boue, de la neige sale. Un piton couvert de rouille attend à l' entrée du premier dièdre qui fuit en un carrelage poli. Nous glissons prudemment jusqu' au piton. Il est dégagé, nettoyé, et deux fils tracent déjà vers le bas une frêle rampe de sécurité. La silhouette de Carlo, renversé sur le vide au bout de la corde, apparaît un instant tout auréolée de forêts lointaines. Il se balance, il bondit en un pendule immense vers le deuxième dièdre qui suspend sous la vire supérieure ses marches de gazon. Il se dresse bientôt sur la terrasse enneigée. Je ramène la corde, exécute la même manœuvre enivrante et hardie.

Nous descendons la large vire-boulevard. Des gravats, des blocs, de la neige, des trous nous font trébucher. Du verglas brille, perfide, par place. La descente d' un névé suspendu nous rappellera les charmes délaissés cette année de la haute montagne. La vire s' achève en un système complexe de pierriers croulant sur un glacis ourlé sur le vide. Appuyé aux falaises du Grand Miroir, je dois sortir le guide et rassembler nos souvenirs d' une escalade par l' Y l' année précédente... Surprise! Un piton lève sa tête percée au bord d' une vire jalonnée de quelques touffes. Les couloirs de l' Y doivent se creuser par là ou plus loin à l' est. La vire est franchie; la corde passe dans un mousqueton, glisse vers une fissure; encore une à gauche... passons encore celle-ci. J' enjambe avec prudence d' une marche à l' autre! Un couloir m' accueille et me transporte dans la bonne direction... Voici d' autres fissures... mais, où sommes-nous? De savantes visées veulent me persuader que nous avons tire trop à gauche et que nous errons, après avoir manqué l' Y, dans les régions vierges et sans issue entre les itinéraires 4 et 5. Longtemps nos corps vont se mouler à des frises, à des colonnes, prendre place dans des niches, se pencher sur des auvents. Livre en mains je cherche, discute, tâtonne, avance un pied, le retire aussitôt.

L' heure s' écoule, les grandes ombres de l' après traînent sur les Miroirs. Enfin voici un couloir de nos connaissances, semble-t-il. Descente... Une ravine vient fendre et ouvrir jusqu' à quarante mètres de profondeur les flancs de la montagne.

- C' est le feuillet! s' écrie Carlo. Moi, je refuse encore de reconnaître ce passage-clé de la fissure en Y sur l' itinéraire 5. Nous sortons la première fiche de la journée, la corde s' en va sonder ces sombres cachettes.

- Je te dis que c' est le feuillet! affirme Carlo suspendu à trois mètres en dessous.

Je ne vois plus que sa chevelure pleine de cailloutis. Il atterrit au fond du couloir. Je descends à mon tour et consens à reconnaître, vu d' en bas, le feuillet de pierre. Nous gagnons l' extrémité inférieure du couloir. Tournés vers Solalex nous contemplons la cascade pétrifiée des derniers rochers et, à nos pieds, mettant un terme à nos incertitudes... une boucle de fer pour la descente. « Cheminée Moreillon, annoncé-je triomphant, trente mètres de rappel. » Carlo disparaît sous l' auvent. Il ne se manifeste plus que par ses commentaires enthousiastes. La descente « paie » en effet. Sur quinze à vingt mètres nous tournons dans le vide comme une araignée à un fil, contemplant des profondeurs pleines d' ombres, d' humidité, de mousses, de pitons qui témoignent des difficultés de l' escalade. « Merci bien! moi qui déteste les cheminées... » lançai-je en quittant cette sombre caverne. Et j' évoquai l' élan, l' audace, l' envol du passage d' entrée que nous avions préféré l' an passé, plus à l' ouest, par les premières parois.

LA PAROI BRUNE Automne 1956, hautes murailles en plein soleil dans le bourdonnement des insectes après la grisaille et les pluies d' un été désastreux. Les années ont passé, nous n' avons plus fait de courses à l' Argentine. Comme délivrés d' un envoûtement par le spectacle de la chute d' une cordée en 1950 à la fissure en Y, nos infidélités nous ont promené au long d' arêtes et de faces lointaines: Engelhörner, Salbitschyn ou, plus près, aux faces des Muverans, de la Cime de l' Est, de Cabotz.

L' escalade est devenue un sport nouveau, presque indépendant de l' alpinisme. Nous avons découvert au Salève ou chez les « Blauzards » venus à Chamonix, le secret des équipes de jeunes: entraînement intensif de début, dès avril, en plaine ( Fontainebleau, Calanques, Salève, etc. ), perfectionnement en septembre en mi-altitude ( Argentine, Muveran, Dolomites ), et ce avec toutes les folies et les audaces de la grande forme des fins de saison. Mais où trouver, près de Lausanne, le terrain propice, genre Fontainebleau? Après bien des essais, des recherches et des dés-ceptions, leur accès commode nous fait jeter notre dévolu sur les petites parois du Mormont près d' Eclépens Sarraz. Ce terrain calcaire nous offre ses dalles, ses dos d' ânes, ses toits, ses grottes. Nous établissons une nomenclature des voies; des passages s' équipent en artificielles. Il n' est plus, de là, qu' à s' élever vers des conquêtes de degrés supérieurs, et l' Argentine seule pourra compléter par son caractère alpin et l' intervention du vide les réflexes acquis à l' entraînement. Nous y venons en « terrain d' école », nous y rencontrons des amateurs d' escalade pure venus des parois de plaine: Roche, Salève, Jura. Ceux-ci délaissent le Grand Miroir; les passages n' y sont que de III ou IV au maximum et son charme est ailleurs: dans la fuite extraordinaire des dalles lisses. Mais, pour le « gradisme », il est des lieux qui deviennent classiques: se suspendre sur les bords de la Plaque bleuâtre du Solalex, se glisser par les « Tunnels » et les surplombs à la face nord du Cheval Blanc, franchir les « toits » de la « Brune », se coincer au long des « fissures centrales » au Petit Miroir devient presque courant dans ces milieux. On se rabattra sur les « bons gazons » si, tirant à droite, on n' a pu, par la célèbre et terrible « traversée », parvenir au Grand Dièdre, le fin du fin, la course qui vous pose une équipe. La Voie Müller reste encore entourée de légende. Certains en ont tâté, mais la sortie est devenue impossible à cause des éboulements. Les recherches s' orientent ailleurs, le piton à expansion va jouer son rôle mais chut... chacun garde le secret de quelque projet audacieux.

Ecole d' escalade à l' Argentine: on y perfectionne sa technique en libre et en artificielle, sans avoir le souci des longs retours en terrain glaciaire ou des bivouacs. On s' y accoutume au vide, au danger, on exerce ses réflexes, on y recule les bornes de l' impossible. Combien d' habitués se sont élancés de là vers les classiques d' altitude, Drus, face nord ou ouest, Jorasses, Badile, Cima Grande, Mont Blanc de Courmayeur!

C' est dans cette ambiance nouvelle que des choses que j' avais toujours jugées « folies » indignes d' un père de famille conscient de ses devoirs me semblent à présent « accessibles sans trop de peine et de risques » vu nos progrès en escalade libre et artificielle.

Aussi, lorsqu' en cet après-midi du samedi 21 septembre 1956 Carlo me proposa, sur le chemin de la Poreyre, l' escalade jugée la plus difficile des faces nord par le guide de Rham, soit la Paroi Brune, je ne dis pas non... Ma résolution s' affermit avec le soleil de l' aube suivante et nous voilà, au seuil de ce dimanche, passant à gué l' Avançon pour gravir les pentes d' ébou et de vernes, sorte de calvaire tant de fois parcouru avec la bouche pâteuse et des hauts le cœur.

C' est un peu ça ce matin... mais très peu, comme un réflexe venu des brumes du passé. Dans l' ombre sonore, au pied des murailles, nous ajustons l' équipement des séances d' entraînement: cordelette de siège qui enserre les cuisses, baudrier, marteaux, anneaux de réserve, mousquetons... En route!

C' est, tout d' abord, la voie connue du Petit Miroir: on se souvient qu' une vire-boulevard suspend deux à trois cents mètres de festons en travers des murailles. Les pointes en culminent aux endroits dénommés épaules. Il faut atteindre la petite épaule supérieure, départ de la « Brune ». Descente de la grosse épaule inférieure jusqu' à mi-hauteur. Nous continuons de flanc et escaladons des couloirs verticaux, dressant à perte de vue leurs colonnes d' émeraude et d' argent. Tout en haut un fosse puis un mur nous séparent de l' épaule visée. Au milieu du mur un gendarme se détache et penche sur le vide; des crénaux veillent sous la Paroi Brune qui, de là, escalade le ciel en un raccourci saisissant.

- Et maintenant, parodie Carlo, maintenant, jeune homme, nous allons commencer à grimper!

Il franchit le fosse, il attaque le mur; c' est fort redressé ma foi! Il enfonce les deux mains dans la fissure. Il les écarte comme pour l' ouvrir; il plante les pieds le plus haut possible; il pend dans l' air en dehors de la fente, saisit un rebord, tire, rampe, se faufile, passe sous le gendarme. Il atteint ce carré de lumière comme une lucarne. Il se dresse à l' air libre sur la terrasse.

Il y a de l' herbe, des blocs, on peut circuler en long, en large. Examen de la suite: c' est haut et c' est lisse. On dirait de la tôle, des plaques noires de trente à cinquante mètres mises les unes au-dessus des autres avec, par places, une sorte de rouille, comme si le fer avait éclaté. Les éclats, ce sont des prises. A force de regarder on voit qu' elles se disposent en lignes, en gouttières, en fissures-couloirs, mais peu creusés, incurvés plutôt et toujours lisses. Quelques touffes d' herbe font tache. On renverse la tête: un avant-toit cache la moitié du ciel.

D' après le guide, je me représentais une succession de dos arrondis, charges de gravats et se surplombant. On se suspendait à cette caillasse, on se hissait dans cette muraille mouvante... Je ne vois rien de cela aujourd'hui et si je relis le guide, il ne décrivait rien de pareil. Imagination, imagination! L' équipe des R elle, se glissait, par des dalles dorées, pénétrait dans des grottes, pièges d' où l'on ne sortait qu' en franchissant les surplombs de leurs voûtes. Ah! les récits imagés de R... Voilà des années qu' ils ont stoppé mon élan au pied de la « Brune » ou des « Tunnels »! Et comme ils ont trouble la quiétude de mes vacances à Gryon... mauvaise conscience de ces repos parmi les myrtilles sous les mélèzes!

Carlo, lui, va de l' avant; c' est une force en actes immédiats et efficaces. Il « grattonne » au pied de la paroi. Il s' élève peu à peu, atteint un éclatement, comme une fleur de pierre sur la muraille. Une fiche chante déjà sous le marteau, un mousqueton tinte, la corde y passe. Sécurité; la roche équipée s' humanise. Carlo tâtonne, étudie des prises, calcule des équilibres. Il s' élance, il s' agrippe. Il a bientôt jalonné de pitons trente mètres et franchi le premier auvent; il m' attend là-haut.

- C' est toi qui paie tous les « clous » restés en place! crie-t-il.

Aussi, à peine engagé, m' efforcé à coups de marteau rageurs dessus, dessous, à gauche, à droite, de les ébranler, puis de les sortir. Réduits à l' état de tire-bouchons, ils garnissent une boucle à mon baudrier.

Charme de ces courses de perfectionnement en automne! Chaque passage offre l' une ou l' autre des difficultés résolues tant de fois à l' école d' escalade en plaine. Le corps prend tout de suite les positions d' équilibre, les mains saisissent les prises sous l' angle de l' efficacité maximum. Plus de crainte; et l'on jouit intensément de cette gymnastique au flanc des centaines de mètres de la façade-abîme. Un rythme s' établit; à l' extrême pointe du combat, le leader promène au long des murailles les deux filins de nylon. Il avance victorieux vers le ciel. Il s' arrête, et le second, trente mètres en-dessous, arrache les pitons, les met à sa ceinture et, conscient de la sécurité offerte par la corde, se hisse en vitesse. Flèche tendue vers le but, là-haut, sous les nuages, leur cheminement prend des formes diverses: caniveau-couloir que les eaux de pluie ont poli et où affleure le dallage de cuivre, fissure comme une incision au rasoir sur les dalles et, sous les auvents, tous les quinze à vingt mètres, cavernes aux rebords dessinés sur le ciel. Invisible sur le toit, Carlo ne se révèle plus que par la gamme chromatique naissant des fiches sous ses coups redoublés. Le second jouit, si l'on peut dire, de certains loisirs. Raidissant ou mollissant tour à tour l' une ou l' autre corde, il contemple le vide. Ses pieds d' abord, deux demi-cercles de cuir comme des pommes pourries; puis, à quatre cents mètres en dessous, dans la brume des lointains, une clairière au bord du torrent avec des points jaunes, rouges, oranges, les tentes des campeurs. Eux se meuvent comme des grains de poussière parmi les fumerolles bleues et s' affairent à leur déjeuner. Il se penche encore: des anneaux se sont accrochés à des saillies et font, de leurs boucles, une décoration à la façade de ces gratte-ciel aux murs souillés de rouille et de terreau. Il enroule la corde à ses cuisses et prend furtivement une photo, deux photos...

- Du mou! crie Carlo du fond des nuages.

Quelques brouillards naissent du sein des forêts; ils traînent au fond des vallons, s' effilochent aux derniers mélèzes, escaladent la muraille, se dissipent parmi les anneaux là-dessous.

- Tu peux venir!

Escalade, cueillette des fiches, surplomb, repos. Déjà trois longueurs de corde, calcule-t-il. Les quatre-vingts premiers mètres qui « sont extrêmement difficiles », dit avec raison le guide, doivent s' achever au-dessus de cette frise qui découpe en zigzag le ciel là-haut, et qu' attaque l' homme de tête. La corde passe dans un mousqueton; le second tire, file la corde. Carlo disparaît...

- Que vois-tu? Est-ce plus facile?

- Pas tant, un peu moins redressé, oui, peut-être.

Celui d' en bas peine sur son piton, le transforme en vrille, escalade l' avant, se colle au fond d' une de ces cuvettes-jardin suspendu qui, pleines de mousse et de corolles, jalonneront maintenant la voie, car la ligne d' attaque s' infléchit sur la droite, mollit un peu en effet et prendrait presque le genre « fissure du Grand Miroir ». Encore quelques frontons audacieux; des blocs comme des maisons se penchent et barrent la route. Sortons le guide! Il faut tirer à gauche sous l' une de ces villas borgnes, franchir un couloir et attaquer son affluent de gauche. Traversée tout en délicatesse au-dessus du vide. Le Cheval Blanc précipite, à deux cents mètres de là, des masses en surplomb ruisselantes de soleil. La première fiche à demeure de la journée guette au milieu du couloir. Elle y restera, messagère d' espérance pour d' autres cordées.

Ce sont maintenant comme des dos de cétacés dont le troupeau forme une vire vers la droite. Arrêt au pied d' un pilier d' angle qui plonge d' un jet en violent contraste d' ombre et de lumière. Carlo s' y profile bientôt, marteau levé, d' un geste qui s' élargit jusqu' au ciel. Encore quelques dos, des ravines d' où s' élèvera dans un froissement d' ailes surprises la fuite de ces perdrix. Des gazons mêlés de mousses se couvrent de corolles par milliers, et nous voilà passés dans la chaleur et la clarté des faces sud. Un gendarme flambe comme neige et découpe les lointains de la chaîne Muveran—Cabotz. Cascade tintinnabulante de ferraille sur la pierre tiède, amas de cordes emmêlées qui fument au soleil, corps qui abandonnent leur lassitude heureuse aux banquettes de gazon parmi les edelweiss.

Une heure plus tard, alors que, sans corde, ils se suspendaient avec délices au rocher chaud de l' arête, une voix pleine de l' autorité que donne l' expérience les interpella d' une sente à moutons, cent mètres en dessous:

- Eh là-haut, c' est tout faux, où allez-vous? Faites un rappel!

Ils restèrent cois, préférant être pris pour des débutants égarés. Les explications eussent été bien longues et cette distance! Dialogue de sourds, symbolique rencontre de deux générations de grimpeurs? Peut-être!

Eine missglückte Höhlenfahrt

AUS DEM FAHRTENBUCH DES « SPÉLÉOCLUB DE GENÈVE » Mit 2 Bildern ( 99, 100 ) Eines Sonntagmorgens früh im September 1947 fahren wir einem Weiler zu, in dessen Nähe sich eine interessante kleine Grotte befinden soll. Es handelt sich für diesmal nur um eine kurze, gleichsam improvisierte Höhlenexkursion mit beschränkter Ausrüstung. Zu unserer Equipe gehören ausser Renaud und seinem Freund Louis, der zum erstenmal mitmacht, die Höhlenforscher Georges und Daniel. Louis freut sich, seinen ersten « Unterricht » zu erhalten... Er wird mehr davon bekommen, als er sich vorgestellt hat.

Wir dringen also in die Grotte ein. Ein erstes Gewölbe führt zu einigen kleinen Sälen, dann zu einer entzückenden « Landschaft », wie man so etwas heute nennt. Das Weitere ist unbekannt und noch zu erforschen.

Renaud, gefolgt von seinem treuen Hund, spürt in alle Ecken hinein. Er klettert irgendwo hinauf oder hinab, verrückt Blöcke... Plötzlich ertönt sein « Entdeckerruf », so dass wir uns alle nach ihm umdrehen. In zwei Meter Höhe ragen nur noch seine zappelnden Beine aus einem schmalen Riss; der Schein seiner Taschenlampe wird schwächer und verschwindet. Es bleibt uns nur noch, den Hund, der nach seinem Herrn winselt, hinaufzuhissen und den beiden mit dem Wenigen, was wir bei uns haben, nachzufolgen. Der Riss ist der Zugang zu einer Galerie, die tief ins Innere zu führen scheint.

Mit aufs höchste gespannter Neugier dringen wir rasch vorwärts. Ein Schacht versperrt den Weg. Wir untersuchen ihn, indem wir brennende Papier- und Stoffetzen hinabwerfen; aber er ist so zerrissen und gekrümmt, dass man nicht auf den Grund sehen kann. Wir werden ihn ein andermal mit der erforderlichen Ausrüstung untersuchen. Seinen Rand sorgfältig umgehend, setzen wir den Weg fort und gelangen bald zu einem zwölf Meter tief abfallenden Vorsprung, über den wir am Seil absteigen. Das Seil lassen wir hängen. Weiter geht es, nun auf lehmigem Boden, und man gelangt in einen niedrigen Höhlenraum, dessen Boden eine Lehmgrube bildet, in der man tief einsinkt. Die Beine werden vom Lehm so angesogen, dass es unglaublich viel Kraft braucht, sie fortzubewegen. Da der Rand der Grube senkrecht aufsteigend in die Wand übergeht, besteht keine Möglichkeit, sie zu umgehen. Wir müssen sie also, den Hund mitschleppend, in ihrer ganzen Breite durchwaten. Es ist der tiefst gelegene Punkt unserer Exkursion.

Dann zeigen sich Abzweigungen, und es wird nötig, den Weg zu markieren, aber womit? Wir haben jeden Papierfetzen beim Schacht verbraucht und führen so wenig Material mit, dass wir nichts entbehren können. Also legen wir das Halsband des Hundes auf einen Block und setzen den Weg fort, indem wir die folgenden Kreuzungen mit kleinen Steinhaufen markieren. Es scheint eine Hauptgalerie zu sein. Nun aber nähern sich die Wände einander zusehends; der Gang wird immer schmäler und das Gewölbe niedriger, so dass wir nur mit tief gebeugtem Rücken durchkommen Noch fünf Meter, und die Decke berührt den Boden. Ist es das Ende? Wir räumen Steinblöcke heraus und schaffen uns auf dem Bauch liegend weiter. Nach drei Metern mühsamen Kriechens hebt sich die Decke, das Couloir wird wieder geräumig, und wir rücken weiter vor und gelangen in einen grossen Saal, wo wir die Säcke ablegen und Rat halten.

Fünf einander ähnliche Galerien gehen davon aus. Die Fahrt begeistert uns, aber wir sind nicht ausgerüstet, um den Weg fortzusetzen. « Es ist am besten, umzukehren und einmal Samstag-Sonntag mit dem nötigen Material wiederzukommen », ist Renauds Vorschlag. Aber alles protestiert; man möchte noch etwas weitergehen. Und so entscheiden wir uns, vom Dämon der Neugierde angestachelt und jeder Vorsicht spottend, für eine kurze Erkundung in Hemdärmeln und ohne jeden Ballast. « Wir können doch so am besten Art und Umfang des Materials feststellen, das wir nächstes Mal mitnehmen müssen, wenn es ernst gilt! » sagen wir uns.

Auf einer grossen Platte deponieren wir unsere Jacken, die Säcke - und den Hund. Er hat uns bis dahin genug Zeit gekostet, da wir ihm jeden Augenglick irgendwo hinauf- oder herabhelfen mussten! Damit er nicht in ein Loch fällt, wo wir von neuem Zeit verlören, um ihn herauszuholen, binden wir ihm eine Taschenlampe an den Hals. Auch die sperrige Karbidlampe lassen wir zurück, nachdem wir den Hahn etwas zurückgedreht haben.

Eine Kletterei von drei Metern bringt uns zur Galerie II, welche interessant zu werden verspricht. Im Schein von Georges'elektrischer Stirnlampe wollen wir also schnell einen Blick hineinwerfen, bevor wir zusammenpacken und nach Genf zurückkehren. So leicht, wie wir ausgerüstet sind, kommen wir ja rasch vorwärts und werden in ein paar Minuten wieder in unserm Lager zurück sein.

In unserer Hast haben wir schon mehrere Kreuzungen passiert, ohne zu markieren, als ein dummer Zwischenfall unsere Rekognoszierung aufhält. Als Georges, in einer engen Verwerfung verklemmt, im Begriff ist, deren geheimnisvolle Tiefe abzuschätzen, stösst er, als er sich wieder aufrichtet, mit der Stirn gegen die Wand, und der Deckel seiner Stirnlampe, der die Glühbirne, den Reflektor und das Glas enthält, löst sich und fällt klirrend auf den Grund des Risses hinab. Was machen? Wir haben weder Draht noch Stecken zur Hand. Bei der vollständigen Dunkelheit aufs Geratewohl in diesen zerrissenen Spalt hinabzusteigen, der sich stellenweise bis auf 10 cm verengt, kommt nicht in Frage.

Georges befindet sich immer noch mit gespreizten Beinen in der Spalte. Es herrscht totale Finsternis. Im Augenblick das Dringlichste ist, dass wir ihm aus seiner unbequemen Lage heraushelfen; seine Zündhölzer kann er uns nachher geben. Wir verzichten darauf, die Zeit und die kunstvollen Manöver zu beschreiben, die es im Dunkeln tappend brauchte, um ihn herauszubekommen. Wir hätten nie gedacht, dass eine einfache Handlung, bei Licht in ein paar Sekunden ausgeführt, bei vollständiger Dunkelheit zu einer solchen Mühsal werden könnte.

Als die Operation geglückt ist, ziehen wir die Kerzen aus dem Sack, und Georges, der den Ärger über sein Missgeschick schon etwas verwunden hat, sucht nach den Zündhölzern. Er sucht lange, sogar sehr lange... und gesteht am Ende, dass er sie nicht mehr hat! Er hat in unserem Depot einem der Säcke drei Schächtelchen entnommen und sie in den Taschen seiner Joppe versorgt. Im letzten Moment aber, um möglichst unbehindert zu sein, hat er die Joppe beim Verlassen des Saales an einen Felsen gehängt. Wir untersuchen alle unsere Taschen und müssen feststellen, dass uns, ausser den Kerzen ohne Zündhölzchen, nur noch die Batterie von Georges'Stirnlampe bleibt. Auch die Ersatzbirnen haben wir in einem der Säcke zurückgelassen, und zwar in einer wohl-ausgepolsterten Blechbüchse, in der ihnen nichts passieren kann!

Renaud organisiert ohne Zögern unsern Rückzug. Auf allen vieren, um im Dunkeln nicht an den niederen Stellen der Wölbung anzustossen, bewegt er sich vorwärts und untersucht tastend den Boden und die Wände zur Rechten. Georges folgt ihm und tastet diejenigen zur Linken ab. Daniel befühlt die Decke, um sich zu vergewissern, dass wir in der Hauptgalerie bleiben. Da wir vorher nur ein paar Minuten gebraucht haben, um die Spalte, wo das Missgeschick passierte, zu erreichen, halten wir nach einer halben Stunde an: wir sollten doch schon längst wieder im grossen Saal zurück sein! Die Rechnung mit den Kreuzungen stimmt nicht. Auch wenn wir die Hauptgalerie nicht verlassen haben, müssen wir uns mit den Kreuzungen verzählt oder kleine Nischen für Ausgänge gehalten haben.

Auf der Erde liegend überlegen wir unsere « Rechnung » noch einmal, während Renaud auf Rekognoszierung ausgeht. Es war ein unverzeihlicher Fehler von uns, dass wir seinen Rat nicht beachtet haben und die Exkursion fortsetzten.

Die Erkundung hat nichts ergeben. Die Galerie geht mehr und mehr schief abwärts. Beim Herkommen sind wir aber horizontal gegangen; also müssen wir auf falschem Wege sein. Wir kehren um und untersuchen diesmal die seitlichen Öffnungen sorgfältiger. Die Methode scheint gut; denn wir finden nicht wenige ein bis zwei Meter breite Nischen, die wir beim ersten Abtasten für Galerie-ausgänge gehalten haben. Wenn wir eine wirkliche Seitengalerie entdecken, legen sich alle in der Richtung der Hauptgalerie auf den Boden, damit wir die Orientierung nicht verlieren, während Renaud den Seitengang auskundschaftet.

Als er einmal besonders lang wegbleibt, versuchen wir, ein wenig einzudösen; aber niemand bringt es fertig; denn unsere aufs äusserste gespannten Sinne horchen angestrengt auf das kleinste Geräusch. Wir spitzen die Ohren, halten den Atem an: nichts! Nichts als die erdrückende, die Sinne täuschende unterirdische Stille.

Nun kündet ein dumpfes Klopfen die Rückkehr Renauds an. Es ist das Geräusch seiner Schuhe, das wie in einem leeren Reservoir durch diesen Schlauch hallt Wir hören ihn gegen Hindernisse stossen und fluchen, wie wenn er neben uns wäre. Öfters pfeift er und hofft, damit seinen Hund aufzumuntern, dem unser Wegbleiben lang werden wird. Wir sind wieder alle beisammen. Die Erkundung hat wieder nichts ergeben.

Koste es, was es wolle! sind wir genötigt, unsere unglaubliche Lage zu meistern. Im Liegen tauschen wir unsere Schlussfolgerungen aus: Wenn wir auch ohne Licht sind, befinden wir uns nicht trotzdem noch in verhältnismässig günstiger Lage? Wir haben weder einen See, noch einen Schacht, keine Kluft und keine vertikale Wand zu überwinden! Keine Verletzten zu transportieren, kein Material zu handhabenWie sollten wir uns eigentlich verirrt haben? Die Begehung einer kleinen, leichten Strecke, die sich unter vier aufmerksamen Augenpaaren abgewickelt hat, aus dem Gedächtnis in umgekehrter Richtung zu wiederholen, sollte doch nicht unmöglich sein! Warum also finden wir den Saal nicht wieder? Warum antwortet der Hund nicht auf unser Rufen? Mit seinen empfindlichen Ohren sollte er uns doch hören! Nachdem wir planmässig alle Möglichkeiten von Irrtümern analysiert haben, kommen wir am Ende auf eine zurück, die gar nicht erfreulich ist: als wir Georges aus seiner Spalte gezogen haben, sollten wir etwa dann, statt zurückgegangen, weiter vorgedrungen sein? Und dabei haben wir bis jetzt Geschichten von in Höhlen verirrten Touristen immer lächerlich gefunden! Unsere Moral sinkt offensichtlich. Wir sind vollständig im Bild über unsere Lage. Man beginnt schon von denen daheim zu reden, die man nicht wiedersehen wird...

Renaud macht dem Klagelied ein Ende. Er heisst alle aufstehen, und die Prozession im Dunkeln auf allen vieren wird wieder aufgenommen Die Untersuchung der Seitenwände wird intensiviert und führt zu Stellen, die uns vollständig unbekannt vorkommen Unser Hund? Die Schwierigkeiten im Beginn der Grotte sind so gross, dass er unmöglich aus eigener Kraft ins Freie zurückgelangen und die Aufmerksamkeit auf uns lenken könnte, und ebenso wenig kann er uns über die Kletterpassage zur Galerie II erreichen. Es ist also in keiner Weise auf Hilfe zu hoffen. Wenn er nur einmal bellen würde! Es wäre für uns eine unschätzbare Hilfe zur Orientierung. Darum pfeifen wir ihm immer wieder. Bei einem der endlosen Halte bei einer Kreuzung glaubt Daniel, weit vor uns sich etwas bewegen zu hören. Wir führen es auf seine Nervosität zurück und setzen unsern « Marsch » fort.

Wieder bei einem Halt, auf dem Bauch liegend, hören wir es auch. Den Atem anhaltend, vernehmen wir wirklich hin und wieder ein fernes Geräusch, wie wenn sich weit vor uns Steine bewegten. Georges sagt, dass es im Zustand äusserster Ermüdung oft zu Kollektivhalluzinationen komme Um nichts zu unterlassen, geht Renaud dem Geräusch entgegen. Es wird immer deutlicher, aber scheint nun von hinten zu kommen Wir kommen nicht mehr nach. Wir hätten Schlaf nötig, um unsern Geist zu klären. Wir haben das Gefühl, uns schon seit Tagen verirrt zu haben.Plötzlich - es kann keine Täuschung mehr sein - antwortet auf ein erneutes Pfeifsignal ein gedämpftes, fernes Gebell. Der Kontakt mit der Aussenwelt ist hergestellt! Die Stimme des Tieres wird immer deutlicher. Durch einen erstaunlichen Verstärkungseffekt hören wir es keuchen, als ob es fast neben uns wäre. Wir gehen ihm rasch entgegen; aber nun scheint das Geräusch der Kieselsteine, die der Hund bewegt, wieder von einer neuen Seite herzukommen Wir sind bestürzt über die Unmöglichkeit, sich zu orientieren.

Wir stehen still, Renaud ruft seinem Hund vertraute Worte zu — und die Steine bewegen sich; aber das Tier scheint sich nicht zu nähern. Dann aber ist es plötzlich da und stösst mit den Beinen um sich. Die Freude unseres fünften Gefährten ist unbeschreiblich. Wie er mit der Zunge schlägt, mit dem Schwanz wedelt und kläfft und Kapriolen macht! Immer noch in der Dunkelheit auf den Knien, lassen wir dem Ausdruck unserer Freude freien Lauf. Als der Ausbruch vorbei ist, nehmen wir dem Tier die ausgebrannte Taschenlampe ab und setzen die Batterie der Stirnlampe ein. Die verbrauchte Batterie hüllen wir für alle Fälle sorgfältig in ein Taschentuch.

Nach zahlreichen vergeblichen Versuchen blitzt das Licht auf - es schmerzt fast unsere armen, entwöhnten Augen - und setzt unserem Missgeschick ein Ende. Wir folgen dem Hund auf dem Fusse und werden in ein paar Stunden wieder in Genf sein.

Zu unserer grossen Überraschung geht der Hund hartnäckig in der Richtung, aus der wir kommen Aber da wir uns in einer offensichtlich unbekannten Galerie befinden, lassen wir uns bedingungslos von seinem Instinkt leiten. Er geht so sicher vorwärts, dass wir ihm kaum nachkommen und öfters das Licht löschen, um seinen Vorsprung zu bremsen. Endlich hält er in einem blinden Couloir an, macht es sich in einer kleinen Sandmulde bequem - und schläft ein.

Ausser uns vor Wut, fluchen wir wie Stallknechte. Nun wissen wir überhaupt nicht mehr wohin! Unser Hund, der nichts von unserm Gepolter versteht, beschränkt sich darauf, hin und wieder ein Auge zu öffnen und uns mit unbeteiligter Ruhe zu beobachten. Er ist unverletzt, was sehr verwunderlich ist nach dem Lauf, den er im Finstern tappend hinter sich gebracht, um uns zu erreichen. Aber welche Entmutigung jetzt! Es bleibt uns im Augenblick nur, die Lampe zu löschen, um die Batterie zu schonen und unsere neue Lage zu besprechen. Unsere Überlegungen werden zuletzt durch die kleine Bestie unterbrochen, die sich wieder auf den Weg macht. Wir machen Licht und folgen dem Tier durch eine neue Serie von unbekannten Galerien. Daniel, der sich im Vorbeigehen schnell in eine Gabelung hineinbegeben hat, ruft uns. Er liegt neben einer schmalen Spalte, und das Echo der Steine, die er hineinwirft, lassen einen grossen Saal vermuten. Zwei Bodenerhebungen verhindern es, seinen untern Teil zu beleuchten. Indem er die Kleider auszieht, kann er noch zwei Meter weiter vordringen und erhellt einen Saal mit vorragenden, senkrechten Schichten... Es ist nicht der, den wir suchen.

Wir ziehen uns ins Couloir zurück, wo sich Daniel anzieht, und folgen weiter unserm Hund, auf seine Witterung angewiesen, an der wir ernstlich zu zweifeln beginnen. Wenig später sehen wir, wie er weit vor uns, vom Geräusch kollernder Steine begleitet, einen scheinbar steilen Gang hinabläuft. Wieder Auslöschen der Lampen, um ihn aufzuhalten. Aber, welche Überraschung! An der Wölbung des Couloirs gewahren wir einen schwachen Lichtschein.

Eine kleine Geröllstrecke führt uns auf einem unbekannten Weg in den grossen Saal, wo wir unser Material wiederfinden und die Karbidlampe, die eben am Verlöschen ist. Es ist Zeit, denn die Batterie unserer Taschenlampe wäre bald erschöpft. Ihren abnehmenden Schein nützen wir aus, um die grosse Lampe zu leeren und neu aufzuladen. Aber sie widersteht allen Versuchen, sie wieder anzuzünden. Mit Erbitterung stellen wir fest, dass das Wasserreservoir leer ist. Fest entschlossen, uns aus der Klemme zu ziehen, benützen wir am Ende die « Flüssigkeit », die uns die Natur als Notbehelf zur Verfügung stellt...

Im Lichte schwelgend leisten wir uns eine Mahlzeit und eine wohlverdiente Ruhepause. Wir befinden uns also wieder in bekanntem Gelände, mit Kerzen, Zündhölzern, Lampen und einer Karbidreserve ausgerüstet, und unsere Moral ist über jeden Zweifel erhaben. Wir folgen unserem Hund in die Galerie I, ohne wieder auf unsere Steinhäufchen zu stossen. Leicht abwärts gehend, gelangen wir zu einer Verengung, die wir nicht wiedererkennen; wir haben heute so viele passiert! Vorsichtshalber kehren wir noch einmal in den Saal zurück, um einen raschen Blick in die andern Galerien zu werfen, bevor wir uns ins Ungewisse wagen: III, IV und V zeigen Besonderheiten, die uns Gewissheit geben, auf dem rechten Weg gewesen zu sein. Trotzdem begibt sich Renaud mit der grossen Laterne noch einmal zu einer genauen Inspektion in die Galerie I. Er entdeckt zweierlei: erstens einen abgerissenen Knopf in der Verengung und zweitens, dass es draussen ohne Zweifel regnet; denn vom Gewölbe sickert zunehmend Wasser herab.

Der gefundene Knopf geht von Hand zu Hand. Daniel stellt fest, dass er zu seiner Joppe gehört. Wir machen uns also beruhigt wieder auf den Weg. Da ist wieder das Sumpfloch; es ist fast bis zum Rand mit Wasser gefüllt. Wir zögern, es zu durchwaten, so haben sich die Verhältnisse seit dem Morgen geändert. Aber da wir keine Zeit verlieren möchten, gehen wir doch mit den Kleidern ins Wasser. Daniel, der möglichst schnell durch will, begibt sich entschlossen ins eiskalte Wasser und sinkt im Lehmgrund ein. Bestürzt sehen wir ihn bis zum Hals verschwinden. Er verliert aber seine Ruhe nicht, sondern « pedalt » sich mit wahrer Wut durch die klebrige Masse und fasst am andern Ufer Fuss. Der Lehm hat sich mit dem Wasser vermischt, man sieht nicht mehr, wo man den Fuss hinsetzt. Renaud gelangt mit dem Hund auf dem Arm rasch hinüber. Georges, todmüde wie er ist, geht zögernd ins Wasser, steht sofort wie angewurzelt still und sagt, sein Fuss sei in eine Spalte geraten. Wir sprechen ihm Mut zu; er bringt jedoch den verklemmten Schuh nicht heraus. Bis zum Hals in der gelben Brühe stehend, zittert er vor Kälte und ist sichtlich einer Ohnmacht nahe. Indessen steigt das Wasser langsam. Die Lage ist ernster, als wir geglaubt haben. In die trübe Masse hinabtauchen würde nichts nützen, da man doch nichts sehen könnte. Wir hängen unsere Säcke an die Höhlenwand, begeben uns wieder ins Wasser und stützen unsern Kameraden so gut als möglich. Es braucht eine gute Viertelstunde, bis es ihm gelingt, den Fuss aus dem Schuh zu ziehen, den wir seinem Schicksal überlassen.

Als alle das Hindernis überwunden haben und sich Georges erholt hat, nehmen wir die Säcke von der Wand und gehen schlotternd vor Kälte weiter. Georges ist durch seinen nackten Fuss behindert. Endlich gelangen wir zum Seil; aber wie schwierig ist das Hinaufklettern! Die erstarrten Handgelenke versagen den Dienst, die Augen flimmern, wir sehen die Entfernungen undeutlich, der Geist reagiert nicht mehr. Wit bewegen uns nur noch automatisch, achten nicht, wo wir den Fuss hinsetzen und riskieren jeden Augenblick einen Sturz. Der Hund, der weniger ermattet zu sein scheint als wir, hilft kräftig mit seinen Klauen nach, als wir ihn am Seilende aufziehen. Georges leidet sehr unter seinem zerschundenen, blutenden Fuss. Wir verbinden ihn notdürftig mit einem Taschentuch, und einer leiht ihm seinen Schuh. Auch die Umgehung des Schachtes verlangt in unserem reduzierten Zustand viel Sorgfalt. Georges macht es so hastig und ohne Vorsicht, dass Renaud die nachfolgenden am Seil sichert, um nicht einen neuen Zwischenfall zu riskieren. Dann kommen wir zur Verwerfung und brauchen unendlich viel Zeit für diese Stelle, die wir am Morgen in ein paar Minuten passiert haben...

Nun künden die ersten Zeichen den nahen Ausgang an. Durch Ritzen im Gewölbe kommen Wurzeln zum Vorschein, und die Galerie, die wir durchlaufen, kommt uns wie geheizt vor, und dann, bei einer Gangkrümmung, erscheint ein Lichtschimmer: Wir sind gerettet!

Unter einem warmen Gewitterregen erreichen wir dann den Weiler, nass und in Fetzen, Fussknöchel, Knie und Ellbogen voll blutender Schrammen Es war Zeit, die Bewohner, die sich über unser langes Ausbleiben Gedanken machten, zu beruhigen. Mit erleichtertem « Gottlob! » begrüssen sie uns... und unsern tapfern Hund, der uns aus der verzweifelten Lage geholfen hat.

Übers.: F.Oe.

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