Le bisse de Savièze

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Par Ch. Paris et L. Seylaz.

Le plateau de Savièse n' a pas toujours été le pays de Canaan aux riches cultures que l'on voit aujourd'hui. Il est facile d' imaginer quel aspect il devait présenter avant que l' homme s' en soit emparé. Pendant des millénaires, les flots du glacier du Rhône avaient limé et raboté ses terrasses, accumulant dans les creux et les replis des couches de boue morainique. Lorsque les hommes s' y établirent, leur premier soin fut de se procurer l' eau créatrice de fertilité, indispensable à leur existence même. C' est vers la Sionne qu' on se tourna tout d' abord. Les gens de Drône construisirent les biefs du Déjour, du Tsampé, du Bourzi. Malheureusement la Sionne n' est pas un torrent glaciaire; au fort de l' été, lorsque le précieux liquide est le plus nécessaire, son cours est réduit à un mince filet. En outre, Savièse devait en partager les maigres bienfaits avec Arbaz, Grimisuat et Sion. Les Saviésans regardèrent alors du côté de la Morge, qui recueille les eaux abondantes des glaciers du Brotzet et de Zanfleuron. Mais entre la Haute Morge et Savièse, ce sont des kilomètres de vertigineuses parois rayées de couloirs. Un premier canal, évitant ces difficultés, prenait l' eau aux environs du Pont Neuf; il suffisait à peine à arroser les prés de Chandolin. Il fallait capter l' eau plus haut, et l' amener au sommet du plateau.

Le 6 juin 1430, devant Maître Ambroise de Poldo, notaire à Sion, fut passé le contrat pour la construction du nouveau bisse ou Torrent Neuf de Savièse. Celui-ci devait partir du torrent de la Ley ( Morge du Brotzet ) et, après avoir recueilli au passage la Fontana Dzemma, longer les rochers du Darbelly pour aboutir à la Barma de Dzour, au-dessus du village de Nendaz 1 ). La convention spécifie que la pente de l' aqueduc devait être suffisante pour que l' eau coule bene et condescenter. Les travaux furent adjugés à Arnold de Leukron de Rarogne. Suivant les usages du temps le prix était convenu partie en denrées, partie en argent, soit 72 fichelins de blé, 32 setiers de vin et 800 florins, payables par tranches au fur et à mesure de l' avancement de l' ouvrage. Les présidents des communes de Savièse et de Sion engageaient sur la foi du serment tous leurs biens meubles, immeubles et hypothèques pour garantir le payement de cette somme. De son côté, l' entrepreneur fournissait caution en la personne d' Antoine de Platea et de Jacques Obscher, tous deux de Sion.

Tel est l' acte de naissance, conservé aux archives de Valère, de ce bisse fameux à la fois par son antiquité et sa hardiesse, et l'on ne peut se défendre aujourd'hui, en voyant le tracé de ce canal, d' un étonnement et d' une admiration infinis, tant pour l' audace des habitants de la communauté qui osèrent concevoir cette entreprise que pour les ouvriers qui l' ont réalisée. Mais on comprend, à considérer ce plateau saviésan appuyé aux rochers arides du Prabé, exposé au soleil implacable et aux vents desséchants de la vallée, à comparer surtout son état actuel avec celui des collines brûlées où les canaux d' irrigation ne peuvent atteindre, comme celle du château de la Soie, que l' eau est la condition indispensable de la fertilité, qu' elle est le pain et le vin, ce que le Nil a été de tout temps pour l' Egypte, et que par conséquent rien n' est trop cher, ni trop dur, ni trop difficile, rien ne doit être impossible pour en assurer l' arrivée.

Tout le monde sait que les Saviésans sont de rudes batailleurs, et que des bagarres ensanglantent trop souvent les villages. Ces querelles sont le revers des qualités de courage et d' obstination qui leur furent nécessaires au cours des siècles pour subsister 1 ). « Ne pas caponner! » telle est aujourd'hui encore la devise des Saviésans. Et leurs pères, il y a cinq cents ans, n' ont pas caponné davantage devant la tâche titanesque. Cette poignée de simples paysans n' a pas caponné devant l' énormité de la dépense: ils ont décidé la construction de leur bisse et l' ont payé. Chaque année, dès lors, ils ont fait ce qu' il faut pour le réparer et l' entretenir. Résultat, à l' origine, d' un effort surhumain, le bisse est encore le témoignage de cinq siècles de soins et de peines renouvelés chaque printemps.

On comprend enfin que ces circonstances, ces longues luttes avec une nature sinon hostile, du moins renitente, ont donné au bisse de Savièse un caractère sacré. Il est surveillé très étroitement par les hommes commis à cet effet, mais il est placé avant tout sous la protection divine. C' est pourquoi le curé accompagne régulièrement les ouvriers chargés de la réfection, dit une messe et des prières spéciales à leur bénéfice et assiste à la mise en charge. Nous parlions du Nil tout à l' heure. Le Livre des Morts des anciens Egyptiens mentionne le fait de détourner un canal d' irrigation parmi les fautes irré-missibles qu' il ne faut pas avoir commises pour se présenter devant le Souverain Juge. Tout comme chez les peuples théocratiques, un abus, une dérogation aux règles d' usage, une atteinte au bisse ou aux droits des consorts n' est pas seulement un délit de droit civil ou pénal puni dans le monde des vivants, mais un crime sacrilège dont les âmes porteront le poids jusque dans l' au delà.

L' aqueduc construit, les profanes peuvent s' imaginer que la tâche est achevée et qu' il n' y a plus qu' à laisser couler l' eau. Ce serait trop beau, comme disait un montagnard. Pendant l' hiver, les avalanches, les coulées de gravier l' obstruent. Sous l' effet du soleil, qui darde ses rayons obliques en plein contre les parois où est accroché le chéneau, les planches gauchissent. Certaines sections particulièrement exposées sont démontées à la fin de l' automne et mises à l' abri. Bref, le printemps venu, il faut tout remettre en état, curer les fossés, réparer les dégâts, rajuster les planches, vérifier les poutres et surtout obturer tous les joints, toutes les fissures avec de la mousse ou des brindilles de sapin. Ces travaux de réfection coûtent bon an mal an de 10 000 à 12 000 francs. Ils s' exécutent sous la direction du métrai du bisse, assisté d' un état-major composé de deux procureurs, de deux « arzieux » ou répartiteurs et d' un chef des travaux. De même que celle des autorités municipales, l' élection du métrai est ardemment disputée, mais, celui-ci une fois désigné par la majorité des consorts, son pouvoir n' est plus discuté, et chacun se soumet à ses ordres avec une discipline absolue.

Ce dimanche d' avril, monsieur le curé de St-Germain en Savièse a annoncé à l' église que les travaux du bisse commenceraient le lundi suivant. Cela suffit: au jour fixé ils seront cent, deux cents même, hommes et femmes, à prendre le chemin de Ste-Marguerite, petite chapelle située au débouché de l' aqueduc sur le plateau, à 1150 m. Chaque famille tient à devoir de fournir un ou deux travailleurs. Tandis que pour la reconstruction de l' église, qui vient d' être achevée, le curé trouvait difficilement des ouvriers à douze francs, le métrai en a tant qu' il veut à quatre francs la journée. Après la messe, le métrai organise les équipes, répartit les tâches. Les femmes manient la pelle, vident les fossés, bouchent avec de la mousse les interstices des murets, apportent des brassées de branches de sapin blanc pour calfater les joints des poutres et des planches. Ou bien encore elles vont dans les forêts à la recherche d' une sorte de terre légère qu' elles savent reconnaître, un humus brun composé de poussière de bois, de feuilles sèches, d' aiguilles mortes, qui servira à former le « béra ». Elles en rapportent de gros sacs qui sont répartis le long du canal pour servir comme nous le dirons tout à l' heure.

Aux hommes reviennent les tâches les plus nobles, c'est-à-dire les plus dangereuses: réviser minutieusement les sections du bief qui traversent les parois. Le bisse y est accroché ou plutôt suspendu à des « boutzets », carrelets de mélèze fichés dans le rocher. Les trous ont tout au plus 15 à 20 cm. de profondeur, mais la tête de la poutre y est si adroitement consolidée au moyen d' innombrables coins de bois, que cet échafaudage est d' une remarquable solidité. La durée moyenne d' un « boutzet » est de vingt ans, mais on en voit sur la paroi des Brenlires qui sont plus que centenaires. Le bois est exclusivement employé dans la construction. Pour ne pas avoir à transporter du village distant de plusieurs kilomètres les poutres et planches dont on a besoin pour la réfection, on a installé près du chalet de Brac une petite scierie qui fournit les matériaux nécessaires. C' est à ce moment qu' il faut visiter le bisse pour se rendre compte des soins qu' il exige.

La remise en état terminée, cela prend habituellement huit à dix jours — le métrai fixe la date de la « levée du bisse », autrement dit de la mise en charge. Evénement considérable pour les Saviésans, journée importante et solennelle où les plus pénibles et plus dangereuses corvées s' accompagnent de réjouissances populaires et de cérémonies religieuses. C' est cette formalité extrêmement originale et pittoresque que nous voudrions décrire avec quelque détail, puisque aussi bien elle a eu lieu ce printemps pour la dernière fois.

Lorsque, dans la grisaille de cette matinée du 28 avril, en compagnie de M. le curé Jean, nous arrivons à la chapelle Ste-Marguerite, la plupart des ouvriers et ouvrières sont déjà là, venus de Granois, de Chandolin, de Rouma, de tous les hameaux qui forment l' immense commune de Savièse.Voici bientôt le métrai, avec les procureurs, suivis d' un mulet chargé de victuailles, tonnelets de fendant, fromages pour la raclette, etc. Tout le monde se groupe pour la messe, accompagnée d' une prière spéciale invoquant la protection du ciel sur les travailleurs. Après quoi, chacun s' occupe de la tâche fixée par le métrai. Tandis que nous cheminons le long du bisse, le brouillard qui enveloppe la montagne augmente encore plutôt qu' il ne cache le caractère audacieux et vertigineux de l' aqueduc. L' étroit chenal court au travers des immenses parois grises, tantôt taillé dans la roche même, tantôt suspendu aux « boutzets ». Il enjambe les couloirs par des ponts hardis, contourne un éperon, s' accroche sous l' auvent d' une saillie surplombante et va ainsi, sur plusieurs kilomètres, tenace, obstiné, conservant jusqu' au bout sa même pente régulière. De temps en temps, par une trouée, on entrevoit sous ses pieds un morceau de vallée, un pierrier qui fuit et se perd sur l' abîme les Barmes Noires, la Tsenau de l' Ours; et voici Fontana Dzemma, magnifique source vauclusienne jaillie des flancs du Prabé, qui s' épanche le long des parois en nappes d' écume blanche.Vers le milieu du parcours, le paysage s' adoucit un peu, et le bisse chemine sous des sapins au fût énorme.Voici même un bout de pâturage, avec les chalets de Brac. Mais ce n' est pas pour longtemps. On arrive bientôt à l' entrée de la formidable muraille des Brenlires, que le chéneau traverse dans toute sa largeur, et à laquelle succède la Paroi du Sapin, plus impressionnante encore. C' est ici la partie la plus hardie de l' ouvrage, mais c' est aussi la mieux protégée, car ce qui tombe des hauteurs ne peut l' atteindre, niché comme il l' est sous l' en de la roche.

A midi, tout le monde se retrouve à la prise d' eau au bord du Nettage. Un grand feu est allumé sur la digue, et bientôt la raclette est servie à la ronde, des tranches de pain tenant lieu d' assiette. Les barillets circulent, où chacun boit à même. Le soleil a enfin dissipé les brumes; il verse une belle lumière dans les replis de la gorge et fait étinceler au-dessus de nos têtes les neiges du Sérac et du Sublage. Aidé du vin généreux, il amène la gaieté et les chansons. Insouciants de ce qui les attend tout à l' heure, les vouasseurs ( pataugeurs ), l' ineffable Benoit en tête, sont joyeux comme des pinsons et entonnent le refrain:

Jamais Saviésan serait assez fou Pour s' en aller sans boire un coup!

La raclette est finie; des ouvriers sont allés dériver dans le Nettage 1 ) la Morge de Zanfleuron. Lorsqu' on verra ses eaux dérouler leur écharpe écumeuse sur les rochers en amont, ce sera le moment. En attendant, le curé prononce la bénédiction du bisse. Serrés sur une étroite terrasse rocheuse surplombant la gorge, les hommes agenouillés reprennent en chœur les répons, mais leurs voix ont peine à dominer les furieux grondements du torrent.

Chacun est à son poste. Sur un signe du métrai on ferme l' écluse de vidange, et l' eau se précipite dans le canal préalablement rempli, sur une centaine de mètres, de cette terre légère apportée par les femmes. C' est alors que les vouasseurs entrent en action. Pendant que l' un d' eux s' accroupit dans le bief et l' obstrue de son corps pour arrêter la tête de la colonne liquide, les trois autres sautent dans le flot glacé et brassent l' humus brun pour en activer le mélange avec l' eau. Ils en font une sorte de vase très fluide, dont le limon doit colmater toute la conduite. En s' agglutinant aux aiguilles de sapin dont on a garni les fissures, il finit par obturer toutes les fuites en quelques minutes. C' est là tout le secret de l' opération. Mais le bisse ne doit pas déborder. Sitôt que l' eau est étale, le métrai crie un ordre, et le bouchon vivant saute hors du canal. Un autre vouasseur l' a déjà précédé sur la passerelle et lutte de vitesse avec la tête du flot qui se précipite. De cinquante en cinquante mètres, la manœuvre se répète. Parfois la largeur du bisse est telle qu' ils doivent s' y mettre tous quatre, arc-boutés épaule contre épaule. L' eau arrive, poussant devant elle une masse brunâtre et fangeuse: le bélier ou « béra ». Elle leur monte à la taille, jusqu' à la poitrine, ruisselle entre leurs genoux serrés. Ils s' accrochent aux poutres, aux angles du rocher, pour résister à la poussée jusqu' au cri du métrai: « Lé bon! Via! » Et les voilà partis tout dégoulinants pour recommencer cent pas plus loin.

Ces vouasseurs sont de rudes gars. Après un repas des plus copieux, car ils ont pris de la raclette jusqu' à ne plus pouvoir souffler, ils vont pendant près de trois heures se tremper dans cette eau de neige. Quelle race! Quelle constitution, quel sang ont-ils donc pour supporter une pareille épreuve? Leurs pères l' ont fait depuis cinq cents ans; le bisse l' exige. On ne discute pas, on se plaint encore moins. Au contraire, les plaisanteries, les bons mots fusent, et les moins gais ne sont pas nos quatre vouasseurs emboués et ruisselants. L' un d' eux, tout en trottant, appuie ses lèvres au barillet; quant à Benoit, il réussit à attraper au passage une lampée d' eau et à tirer trois bouffées d' une cigarette avant de se replonger dans le courant qu' il doit arrêter.

Ce qui est remarquable, c' est de voir comment le bisse se comporte, et l'on se rend compte de l' excellence du procédé. Au premier instant, l' eau gicle par toutes les fissures comme d' une immense écumoire, et tombe avec un bruit de mitrailleuse le long des parois. Mais trente secondes ne se sont pas écoulées que tout s' apaise graduellement. Au bout de quelques minutes cette section est parfaitement étanche. Le métrai dirige les opérations; ses aides vont, viennent, surveillent, glissent une brindille de sapin dans quelque fuite obstinée. En certains endroits, des réserves d' humus ont été accumulées le long du canal, où les ouvriers le jettent à grands coups de pelles.

Près du chalet de Brac, on a établi un barrage provisoire pour permettre aux vouasseurs de reprendre haleine. Les femmes ont apporté là de grands seaux de café bouillant pour réchauffer les uns et désaltérer les autres. Dix minutes de répit, puis l' écluse est levée, et la course reprend, ponctuée des arrêts nécessaires.

Via! Via! L' eau n' attend pas et fonce en avant, chassant le « béra ». A côté d' elle, alourdis par leurs habits fangeux, les vouasseurs galopent pesamment. A leur suite le métrai, les aides, le curé, les jeunes filles, les curieux, tout le monde court sur l' étroite passerelle glissante, sur les poutrelles branlantes, insouciants de l' abîme bleuté ouvert sous leurs pas, pour suivre, arrêter, surveiller et dompter le précieux ruisseau.

Le bisse est un instrument délicat et d' humeur parfois fantasque. Nul ne sait à l' avance comment il va se comporter. Il suffit d' une seule planche mal fixée, d' un « boutzet » déchaussé, d' un mur ébranlé par l' hiver qui céderont sous la pression de l' eau, pour compromettre la réussite de la mise en charge et obliger à tout recommencer. Mais aujourd'hui tout va bien. L' eau afflue toujours, abondante; le bisse tient bon. Via! Via! A mesure qu' on laisse derrière soi les parties les plus critiques et les plus exposées, qu' on s' approche de l' issue de la gorge, le cri se répercute toujours plus joyeux et sonne comme un chant de victoire le long des parois de la montagne. Saviésans et Savié-sannes s' amusent comme des fous sur l' étroite banquette qui domine le précipice. Un des pataugeurs a de l' eau jusqu' au cou, et un morceau de bois mort qui flotte sur le « béra » lui arrive près de la bouche: « Tu veux jouer de l' har ?» lui lance un de ses compagnons. Un brusque contour et voici enfin, sous les mélèzes, la chapelle Ste-Marguerite. Un grand feu brûle auprès, où les vouasseurs pourront réchauffer leur corps transi. Pour l' instant, ces humbles héros boueux ne semblent pas pressés de quitter leur bain glacé et s' amusent à éclabousser leurs voisins, aux grands éclats de rire de la galerie.

Le ruisseau calmé roule maintenant ses eaux dociles vers les prés où commence son rôle fertilisateur. La « levée du bisse » est faite. Après l' eau, le vin vient récompenser la peine des hommes. Les tonnelets sont mis en perce, les channes circulent. Tous les visages rayonnent. Le métrai est fier du succès de la journée. M. le curé est heureux de n' avoir pas d' accident à déplorer. Ayant abandonné leurs guenilles fangeuses, bien au sec, les vouasseurs ont déjà oublié leurs misères. La fête continue sous les mélèzes, et ce soir il y aura de la joie dans Savièse. Le 15 juillet, jour de Ste-Marguerite, toute la population montera une dernière fois à la chapelle pour fêter la patronne du bisse. Raclette, jambon, gâteaux se succéderont sur les longues tables dressées pour le festin, et le fendant coulera à flots. N' est pas le bisse qui est le dispensateur de tous ces biens?

Pour la dernière fois! En effet, on a commencé en 1932 le percement d' une galerie de 4800 mètres qui, traversant le Prabé de part en part à l' alti de 1450 m ., amènera directement les eaux de la Morge sur le versant saviésan, aux Mayens de Dzour. Le tunnel doit être achevé le printemps prochain, et le vieux Torrent Neuf de Savièse, cinq fois centenaire, sera abandonné à son sort. Pendant quelques années encore, l' aqueduc désaffecté restera accroché aux vertigineuses parois de la vallée de la Morge, jusqu' à ce que le temps inexorable ait fait disparaître à tout jamais ce témoin de la prodigieuse audace, de l' invincible ténacité d' une commune alpestre.

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