Le Doigt de Tré-la-Porte | Club Alpino Svizzero CAS

Le Doigt de Tré-la-Porte

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Par François Bader.

( 2548 m. ) Situé dans l' échancrure de la Fenêtre de Tré-la-Porte, le Doigt est un superbe monolithe, haut de 25 mètres, qui se distingue depuis le Montenvers par sa structure fine et élancée. Son altitude relativement basse permet d' en réserver l' ascension à un dimanche d' automne, où la marche d' approche sera agrémentée des splendides coloris de la végétation alpestre.

Malgré la triste impression d' une matinée pluvieuse d' octobre nous gagnons, G. et moi, les pentes herbeuses, entrecoupées de dalles qui offrent la meilleure voie d' accès au cirque de Tré-la-Porte. A deux reprises, nous nous sommes arrêtés en chemin, au soleil qui perce à travers les nuages, pour contempler la carrure imposante des Drus, au-dessus de la Charpoua. Parvenu sur le glacier, nous dépassons par mégarde le couloir issu de la Fenêtre, ce qui nous oblige à rejoindre la crête de Tré-la-Porte par un des escarpements supérieurs. Nous arrivons ainsi, face au Doigt, à l' emplace indiqué pour lancer la corde par-dessus le sommet; mais ne voulant pas user de ce moyen avant d' avoir tenté l' escalade, nous plaçons un rappel pour atteindre la brèche ouest. Le sac est abandonné avec les souliers, et les espadrilles complètent notre équipement. Depuis cette place un essai infructueux nous engage à contourner la paroi vers le sud et nous découvrons là une cheminée engageante qui débouche sur une plateforme. La suite n' offre pas de continuité, mais nous apercevons maintenant la véritable voie d' ascen sur la face est que nous nous empressons de rejoindre. Une fissure verticale, à peine marquée à sa base, sillonne d' un jet la paroi jusqu' au faîte; seul un piton, planté à l' endroit le plus étranglé de la fente, pour apaiser nos craintes d' en venir à bout.

On débute à droite, par rapport à la fissure, utilisant de bonnes prises jusqu' au niveau d' un gros bloc en saillie, au bas duquel naît une vire extrêmement étroite qui permet de rejoindre la faille. Adossé sous le bloc, je vois mon camarade contourner avec aisance l' angle qui nous sépare du versant est, puis il disparaît à ma vue et je ne peux suivre sa progression qu' au frottement prolongé des habits contre la roche. L' assurage serait un danger, car la corde qui suit la vire se coince à l' angle et couperait l' élan au leader. Ce dernier m' annonce bientôt qu' il a franchi le passage exposé; il reste maintenant à surmonter la partie supérieure. Le souffle rauque de sa respiration m' indique un effort prolongé, jusqu' au moment où retentit du sommet un cri joyeux dont la signification est grande.

C' est à mon tour de grimper, et l' assurage efficace de mon compagnon va me permettre d' étudier à loisir les détails de l' ascension. Une fois la vire traversée, il faut s' engager rapidement dans la fente qui est tellement étroite qu' il est tout juste possible d' y introduire la pointe du pied et l' ex des doigts. Je m' élève rapidement pour me rétablir sur la fiche; il reste alors 2—3 mètres à franchir sans appui pour accéder à l' emplacement, où commence la cheminée. Celle-ci, particulièrement lisse, ne laisse pénétrer qu' une moitié du corps; les parois sont trop resserrées pour permettre le moindre ramonage, et il faut se hisser au prix de douloureux efforts. Seulement vers le haut la varappe devient moins pénible lorsque la cheminée se partage en deux tronçons; le sommet se laisse atteindre sans difficultés.

La proximité des murs voisins n' enlève pas à cette pointe un charme très aérien, et nous passons là quelques instants de parfaite béatitude à contempler une dernière fois les aiguilles, avant que l' hiver jette son voile sur bien des ambitions. Toutefois, l' heure avancée de l' après et la vue plongeante sur une boîte d' ananas laissée entr'ouverte, nous engagent à chercher l' endroit propice à la pose du rappel. Un caillou coincé, à l' aplomb du sommet, semble indiqué à cet effet, mais il chancelle, aussi j' englobe le bloc voisin dans un large anneau. Notre corde de 40 mètres permet de rallier directement le point de départ. Quelle joie n' éprouve pas à se laisser glisser sans peine le long d' une paroi qui exigeait tout à l' heure la complète tension de nos muscles!

Monté de quelques mètres sur le versant opposé, j' ai une vision fantastique de mon ami qui se dresse debout sur le sommet. La blouse rouge qu' il porte se détache dans le ciel et offre un contraste saisissant avec le granit bleu du monolithe dont les grains scintillent au soleil. A son tour, il s' aban au rythme saccadé du rappel... les brins ondulent, puis se tendent, lorsque deux pieds tâtent la roche avant de s' engager plus bas, dans un nouveau bond.

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