Le Hoggar

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Hansruedi Faessler, Walchwil

( Photos ro à 16 ) L' Ahaggar, mieux connu chez nous sous le nom de Hoggar, est au sud du Sahara, un massif montagneux qui n' est que peu fréquenté. Les points culminants se trouvent dans la partie ouest du haut plateau, à l' Atakor - une région qui, aujourd'hui, est d' accès relativement aisé, car elle n' est pas trop éloignée de l' importante piste transsaharienne. L' étendue du Hoggar est considérable, elle dépasse même celle de l' espace alpin suisse. A vrai dire, ces montagnes ( en ce qui concerne les possibilités d' escalade ) ne peuvent guère être comparées aux nôtres. C' est probablement la raison pour laquelle, dans nos milieux d' alpinistes, on ne sait que peu du Hoggar. René Cardi en a fait, dans ses livres, un si remarquable portrait qu' on devrait les lire, avant de se mettre en route pour les découvrir soi-même ( voir aussi Les Alpes 1968, p. 152 ).

Depuis quelque temps, en hésitant cependant, le tourisme organisé commence à s' intéresser à ces montagnes sahariennes. L' avenir montrera dans quelle mesure un équilibre peut être maintenu entre les avantages et les inconvénients de ce développement. Le problème est analogue à celui que pose l' équipement touristique de nos Alpes, bien qu' il ne s' agisse ici non pas de remontées mécaniques, mais d' une route asphaltée jusqu' à Tamanrasset, la plus grande oasis au cœur du Hoggar.

Géologues, ethnologues et archéologues sont chez eux, depuis nombre d' années, dans les montagnes du Sahara. Ahaggar, Air, Tefetest, Tassili, etc., sont connus par leurs célèbres peintures et gravures rupestres qui datent du néolithique. On a aussi entendu parler, à l' occasion, de sensationnelles trouvailles de sauriens dans la région des montagnes de l' Air. En cherchant des minerais d' uranium on est tombé sur des squelettes pétrifiés de sauriens, datant du tertiaire.

Les extraordinaires tours et dômes des montagnes du Hoggar sont tous d' origine volcanique. Des éruptions ont pressé de la lave liquide, à travers les fentes et crevasses du soubassement de roche primitive, dans les couches sédimentaires qui les recouvrent, et on en quelque sorte elles ont été moulées. Au cours des millénaires suivants les dépôts sédimentaires qui les recouvrent ont été emportés par le vent; il en est resté des cônes de forme bizarre qui, de loin, ont l' aspect d' im biscuits de Savoie. Cette impression est encore renforcée par la couleur, généralement rouge clair, de cette roche eruptive. Si on les regarde de plus près, ce sont de durs granits, sans prises, des gneiss rugueux on la main trouve facilement à s' agripper, et des schistes cristallins friables. L' absence de pluie ( pendant des années il n' y a souvent pas de précipitation ) et en conséquence l' absence d' érosion par les effets du gel ( comme nous la connaissons dans les Alpes ) ne permettent qu' une minime ablation de ces dômes de basalte. Tout est laissé au vent, qui souffle en permanence. On trouve ici nombre de formations rocheuses dont l' ascension est fort malaisée. Tout à côté cependant une gorge profonde, aux nervures ventrues, offre un point d' attaque sans problèmes. Des « tuyaux d' orgue » sablonneux permettent de se hisser vers le haut — ici et là un buisson facilite l' ascension, ou bien c' est une grosse touffe d' épi qui barre la voie.

Les pentes d' éboulis sont médiocrement inclinées et d' innombrables montagnes du Hoggar peuvent être parcourues sans difficulté. On ne trouve de l' herbe que rarement, en touffes isolées et qui se distinguent à peine dans le paysage rouge ou noir. Régulièrement apparaissent des buissons d' épineux ou des arbres rabougris. Dans ces parages, on considère comme un péché majeur le fait d' utiliser cette maigre végétation comme combustible pour le feu de camp. Cela vaut d' ailleurs pour tout le Sahara. L' eau est rare et on devrait toujours en emmener avec soi une certaine quantité. Nous pénétrons dans une région pleine de contradictions.

Un paysage de collines, comme dans nos Préalpes, mais pratiquement sans végétation, morne et opprimant, bizarrement étrange. Seul le soleil peut effacer cette impression. Lorsque l' aube ou le couchant projettent de longues ombres sur le haut plateau, on est chaque fois tenté de saisir sur la pellicule ces splendides jeux de lumière.

La montagne la plus haute du Hoggar est le Tahat, qui, avec ses 3003 mètres, est aussi le point culminant de l' Algérie. A proximité du massif central de l' Assekrem on trouve, comme sommets offrant quelque intérêt pour le rochassier, l' Illa ( 2910 m ), le Tazouaï bifide, le cirque rocheux de Tidemaïne et l' aiguille hardie du Souinan. L' Illamane à l' ouest du col de l' Asse, dont les indigènes touaregs disent que c' est la plus belle montagne du Hoggar, a été gravi la première fois en 1935 par deux Suisses, Hermann Bosshard de Zoug et Walter Hauser de Zurich - à une époque donc on il était bien plus difficile que maintenant d' arriver jusqu' au pied de ces montagnes.

Quoiqu' il soit téméraire d' affirmer - même si on envisage un voyage en avion - que le Hoggar est à notre porte, on doit constater que, par voie terrestre, il est possible de vivre cette extraordinaire aventure montagnarde en quatre à six semaines de vacances. Cela ne vaut cependant que pour des gens qui acceptent de voyager en dehors des grands courants du tourisme organisé et qui ont un faible pour l' exceptionnel. Ils doivent être prêts à supporter, déjà sur les voies d' ap, les fatigues d' un voyage dans le désert, admettre la nourriture des indigènes, dormir à même le sol, avoir du sable partout, dans les vêtements, dans les yeux, dans les cheveux, dans la nourriture! Ainsi le voyage pour atteindre la montagne devient lui aussi une aventure, qu' on n' oubliera jamais. Si l'on procède ainsi, de modestes ressources financières suffisent pour vivre cette aventure, surtout si on l' entreprend à plusieurs.

Lorsque, plus tard, on se trouve face à « sa montagne », l' ardeur à affronter la voie la plus difficile s' est envolée. On est là, et la surprise, l' émerveille font qu' on oublie de s' encorder, de s' équiper des mousquetons et du marteau. Je ne peux que conseiller à tout visiteur des montagnes du Hoggar de faire le voyage, dès la Suisse, à bord d' un véhicule tout-terrain ( p. ex. une Land Rover ).

Le point de départ de toutes les courses dans l' Atakor est Tamanrasset, à 2000 kilomètres au sud d' Alger. Tamanrasset, ou « Tarn » comme on l' appelle par abréviation, est une intéressante oasis saharienne, au climat agréable - même en été - à l' altitude de 1390 mètres. On l' atteint en trois jours de route transsaharienne, par Ain Salah. C' est la durée nette du voyage. Il y a avantage à ne visiter qu' au retour les oasis qu' on traverse, lorsqu' on peut mieux se rendre compte du temps disponible. Jusqu' à quatre-vingts kilomètres au-delà d' Ain Salah la route est asphaltée et praticable aux voitures de tourisme normales. C' est ensuite une piste, dont l' état est lamentable et qui, après plus de six cents kilomètres, aboutit à Tamanrasset. En roulant vers Ain Salah on a l' oc de s' habituer, petit à petit, à un monde nouveau. On traverse d' abord les paysages ( qui font encore tout à fait « Suisse » ) de l' Atlas algérien, puis on arrive dans la steppe de Daya. Soudain, c' est le désert. Sur des centaines de kilomètres, heure après heure: rien - aussi loin que porte le regard - rien. A un moment donne, surpris, on s' arrête pour regarder, au-dessous de soi, les maisons blanches, serrées autour du minaret de la mosquée de Ghardaïa, puis celles de Beni Isguen et de Melika. Celui qui pour la première fois vit ces heures s' imagine être trompé par un mirage. Notre entreprise ne nous laisse pas le temps de nous attarder. Le lendemain matin, très tôt, nous sommes déjà en route - à travers d' interminables déserts de cailloux et des paysages de dunes, conformes à l' image qu' on s' était faite du Sahara. Une monotonie qui dure des jours. Puis c' est El-Goléa; des palmiers verts, des roses odorantes, des maisons d' un blanc éclatant, des fontaines à l' eau fraîche. Nous sommes préparés à de nouvelles surprises.

Lorsqu' ensuite, tard le soir, le plateau malfamé du Tademaït est derrière vous et qu' à Ain Salah vous avez secoué la poussière de vos épaules, vous commencez lentement à vivre le désert: il vous envoûte comme on est subjugué parla montagne. On est bien préparé à ce qui va suivre.

L' état de la piste pour Tamanrasset est indescriptible; on peut tout au plus la comparer à celle du lit asséché d' un torrent de montagne.Votre entraînement d' alpiniste vous a heureusement habitué à bien des choses. Mon expérience à moi me permet d' affirmer qu' en Afrique il y a encore pis en fait de piste, si bien qu' on peut fort bien qualifier de médiocre la route vers Tamanrasset: un petit trois, en jargon de rochassier.

Si tout s' est bien passé, nous sommes, le soir venu, fatigués et fourbus, à Tamanrasset. Qu' on ne se laisse donc pas leurrer en s' imaginant qu' il s' agit d' une balade pour motorisés du dimanche. Ce « chemin de cabane » de six cents kilomètres a ses exigences, même pour un alpiniste bien entraîné. C' est pourquoi je vous ai conseillé d' uti la voie terrestre.

Il y a à Tamanrasset un emplacement de camping idéal, un peu à l' écart du village. C' est une bonne base pour des excursions de plusieurs jours dans l' Atakor. Pour atteindre le « cirque central » on doit faire de cinquante à soixante-dix kilomè- très sur une piste relativement bonne, qui traverse tout lehaut plateau. Pourl' alpiniste, la Land Rover est le moyen de transport idéal. Ceux qui s' intéres plutôt aux curiosités du Hoggar, telles que peintures rupestres, nécropoles néolithiques, camps de nomades, etc., engageront plutôt un guide avec des chameaux.

A TRAVERS LE DÉSERT Après cette introduction quelque peu étendue, je voudrais faire part de mes impressions et de mes aventures personnelles. Inévitablement il sera donc aussi question du désert, du Sahara, dont nous trouvons, de temps en temps, les traces sur les hauts névés de nos Alpes. Quel est l' alpiniste qui ne connaît pas le phénomène de la neige rouge? Surpris, on cherche une explication, qui rarement est la bonne. En réalité, il s' agit de sable rouge du désert que, en puissantes tornades, la tempête de sable a soulevé et transporté sur des milliers de kilomètres, loin au nord. C' est le sable du Sahara, à la couleur pastel et irréelle.

Avec un camarade, je quitte Alger le 25 novembre 1975, après une traversée agitée. Nous nous accordons tous deux quelques journées agréables dans les oasis traversées en route et rendons visite à quelques amis, dont j' ai fait connaissance l' été précédent. En janvier nous voulons être à Nairobi. Il ne semble donc pas nécessaire de nous dépêcher. Le soir du 30 novembre nous nous installons à Tamanrasset. Jusque-là, tout s' est déroulé selon le programme, il n' y eut pas de panne, et la chaleur ne nous a pas incommodés. Il convient de relever que, une année auparavant, j' avais déjà fait le même parcours, et que certains « passages-clé » m' étaient donc connus. Nous venions alors de Marrakech par le Haut Atlas et avec la Land Rover nous avions roulé, par Béchar, à Reggane, où commence la piste à la mauvaise réputation du Tanesrouft. Là mon compagnon de route n' en pouvait plus. Les difficultés toujours accrues et dues à plusieurs traversées du Oued Souara en haute crue, les températures élevées, jusqu' à 500 à l' ombre, l' avaient épuisé à un tel point qu' un retour précipité s' imposait. Quelques jours plus tard il prenait, à Alger, l' avion pour la Suisse.

Le lendemain je partir seul vers le sud ( roulant sur la même route que celle que nous empruntons maintenant ) et par des températures meurtrières: Tamanrasset, Agadès, Tahoua, Niamey, Lomé, Douala. Des jours durant je restai couché sous le véhicule, dans le sable brûlant, pour changer une bielle et divers paliers - tout près du désespoir - buvant de l' eau par bidons entiers ( 1 o à 15 litres chaque jour ). Une lutte incessante contre le sable, contre la diarrhée, la chaleur, les moustiques et les poux. Mes aimables lecteurs comprendront donc l' importante que j' attache à la constatation que, cette fois, tout s' est passé conformément au programme. Il faut toujours une bonne part de chance pour que, à l' étape, on puisse se glisser dans son sac de couchage, satisfait de soi-même et du monde entier.

Le désert et la montagne ont bien des points communs pour celui qui veut bien en faire l' expé. Le moment arrive où l'on se demande comment on sortira de la! Je connais ce sentiment en montagne et dans le désert. Lors de mon voyage de retour de Douala en Suisse, l' automne dernier, où un jeune Hollandais s' était joint à moi, nous traversâmes un immense océan de sable à la frontière orientale du Sahara espagnol. Nous roulions à la boussole et dûmes pratiquer cet exercice jusqu' à l' inconscience, comme lorsque, par le brouillard, on erre sur un glacier. Les meilleurs coureurs d' orientation auraient pâli de jalousie. En Mauritanie, le Sahara est le vrai désert: rien que du sable, aussi loin que porte le regard. Aucune vie, pas un buisson, pas un brin d' herbe. Le silence de la nuit est si parfait que vous ne pouvez vous endormir, car les battements de votre cœur font un bruit à vous casser les oreilles. C' est la que j' ai appris à connaître tous les aspects du désert, les bons et les mauvais. Qui donc peut imaginer le sentiment que l'on éprouve lorsqu' on se rend compte que l'on s' est fourvoyé? Quand le véhicule est enfoncé jusqu' au châssis dans le sable et que peu à peu on réalise qu' on a perdu toute orientation? Autour de vous que du sable: des dunes de sable jusqu' à l' horizon. Et lorsque plus tard, en pelletant le sable, on constate que la boîte à vitesses est fendue!

Le sable du désert mauritanien est fin comme du sucre en poudre. La Land Rover alla « down » comme un sac. Nous peinions pour avancer, mètre après mètre, nous pelletions comme des fous, à en avoir des cassins aux mains. Ce furent certainement des mètres cubes; mais le sable coulait dans les trous comme de l' eau. Ce qui restait, c' était un modeste creux: dérision du travail! Nous avons bu, et rebu, des litres d' eau tiède. Elle avait un goût amer, mais elle était merveilleuse: elle était la vie!

Le soir venu, nous nous sommes retrouvés sur la piste. A l' intérieur de la voiture, les tas de sable s' amoncelaient. Nous étions fatigués, affaiblis à ne plus pouvoir nous tenir debout. Mais une fois de plus nous nous étions tirés d' affaire, et nous sa-vourions la solitude, l' espace infini, le fantastique coucher de soleil à l' ouest.

Lorsque, bien des jours après, on se trouve, entouré de chameaux et d' ânes, au puits de Bir Moghrein pour remplir d' eau les bidons, heureux de ce que rien n' a vraiment mal tourné, et qu' on dit: plus jamais! on pense quand même, au fond de soi: je reviendrai!

Mais retournons à Tamanrasset. Je passai la première journée à réviser le véhicule, tandis que mon compagnon de route, assez éprouvé, restait touché dans une des paillotes du camping. Un jeune Américain me donna un coup de main. Joe avait, comme moi-même, l' intention de passer quelques jours dans les montagnes du Hoggar, et il fut vite convenu que le lendemain nous ferions route ensemble.

TIDEMAÏNE- ASSEKREM L' aube du 2 décembre nous voit en route, sur la piste de montagne qui conduit au massif de l' Atakor. Le froid pique et, comme d' habitude, un vent sec descend des montagnes. Notre véhicule nous transporte rapidement jusqu' à la steppe qui est dominée par le lit asséché de l' oued Tamanrasset. Je connais la piste et ses méandres, par mon ascension de l' Assekrem, l' été précédent.

Lentement le paysage change d' aspect: la végétation des oasis se fait plus rare, et bientôt le désert de pierres devient omniprésent. Sans transition I' Iharen, une tour verticale aux flancs cannelés, émerge du haut plateau. Un peu plus loin un mauvais sentier bifurque, sur la droite, vers les sources Chapuis dans les montagnes de l' Adrar. Il convient de mentionner cette bifurcation, car l' un des chemins conduit à un refuge qui présente de l' intérêt pour l' alpiniste. C' est une construction en pierres, qui porte le nom de son propriétaire, chez Cho-Cho. Selon les indications de Cho-Cho les montagnes de l' Adrar en sont un intéressant terrain d' escalade. Le registre des clients de Cho-Cho m' apprend que le Club alpin français organise fréquemment des ascensions dès cet endroit. Du refuge on ne voit pas les montagnes rouges; elles sont, en effet, cachées par les collines qui forment un contrefort. Cho-Cho, l' hôte, est un homme aimable et disert, dont l' hospitalité est vraiment généreuse.

Notre route, maintenant rectiligne, passe à côté d' une petite cabane, dans la vallée qui devient plus étroite. Des « raidillons » alternent avec des plateaux pierreux. On longe des tours rocheuses bien individualisées, qui facilitent sensiblement l' orientation. Après un nouveau « raidillon », le regard découvre le massif central de l' Atakor; au premier plan, les parois verticales de l' Akar ( 2132 m ) sont imposantes. Semblable à un mince ruban, la piste serpente à travers le haut plateau parsemé de roches eruptives, puis elle se perd au loin dans la brume.

Le Hoggar ne peut être compare à l' aspect tourmenté des Alpes. Au contraire, le paysage est marqué par les vagues de vastes chaînes de collines, par des hauts plateaux en steppes, ravines par les lits desséchés des cours d' eau de l' époque des pluies. Ce paysage n' a certainement pas varié depuis deux mille ans. Le rocher apparaît quelquefois avec une invraisemblable puissance: des dômes de basalte rouge clair émergent des collines noires; pareils à des navires rouilles, ils semblent voguer sur les vagues foncées d' une mer. Sombres et mornes, ils ferment l' horizon. On se croirait sur la lune.

Plus tard nous glissons, par une sente misérable, au fond du lit desséché d' un oued, où nous découvrons avec surprise une belle végétation verte. Mais le fond de la vallée redevient bientôt un invraisemblable paysage lunaire. Et puis, nous devons remonter les pentes très raides et sombres que nous gravissons tout juste en première. Une forteresse garnie de tours émerge de la coulisse noire: le Tidemaïne, le « Trident » comme on l' ap aussi juste titre. Arrivés au pied, nous discutons de la voie d' accès qui doit nous conduire au but de ce jour. De cette montagne, nous ne connaissons que le nom. On n' obtient, en effet, que de rares renseignements touristiques sur les sommets de l' Ahaggar. En règle générale il n' y a pas de cotes d' altitude, et peu de sommets portent un nom. Des indigènes, notamment des vassaux des Touareg de la tribu des Dag Rali, qui sont établis dans la partie ouest de l' Atakor, ont un nom sonore pour chaque eminence, mais ces noms ne figurent sur aucune carte. L' été précédentj' eus la chance de passer une nuit, près d' il Aman, tout près d' un camp de nomades et de pouvoir entrer en contact avec eux. Malheureusement, vu l' igno réciproque du langage des uns et des autres, il ne fut guère possible de s' entendre et il n' en résulta pas grand bénéfiee.

Nous voici donc, enfin, face au Tidemaïne et — comme ce fut si souvent le cas ailleurs — nous cherchons un passage praticable. Quelques photos, que j' avais eu la prudence de mettre dans ma poche le matin même, passent de main en main. Il n' est pas question d' une voie difficile, bien que, dans la boîte à outils de la Land Rover, il y ait toute la ferraille nécessaire. Je suis donc tout de suite d' accord lorsque Joe propose de choisir la voie la plus facile, la « route normale », dont à vrai dire nous ne savons si elle existe.

Une gorge profonde, relativement bien articulée, qui traverse tout le socle sud du Tidemaïne, nous amène rapidement à une large terrasse. D' ici une paroi aux sillons verticaux se dresse, impressionnante, dans le ciel. Nous évitons ce bastion par la droite et, laissant de côté un gendarme, nous grimpons jusqu' à la selle entre les deux sommets caractéristiques. Le rocher est étonnamment solide ce qui, dans ce flanc raide, est bien rassurant. La corde est toujours enroulée sur l' épaule. Cette varappe facile est un enchantement tel qu' on l' éprouve rarement en course. Nous nous arrêtons et portons nos regards sur ce vaste pays où, au sud, nous supposons les montagnes de l' Air et où, d' ici peu de jours, nous nous dirigerons à travers le sable brûlant.

A la selle, nous nous encordons. La pente devient plus escarpée, sans être vraiment très exposée. Prise après prise, c' est une plaisante varappe jusqu' au sommet sud-ouest du Tidemaïne. La piste s' étire à peine deux cents mètres plus bas. Une montagne modeste pour ce qui est de l' altitude; nous en évaluons la cote à environ 2600 mètres. Et pourtant nous nous sentons comblés. Le coup d' ceil sur le voisinage immédiat est impressionnant. En face, la tour orientale, rouge et noire, se dresse, imposante et fière; son ascension doit présenter bien quelques difficultés. A l' ouest, c' est la silhouette régulière des deux Tezouai, qui me rappellent un peu les Mythen. Nous sommes au milieu d' un immense alpino-drome, où il semble qu' un varappeur pourrait s' en donner à cœur joie. Celui qui viendra ici pour grimper n' aura certes pas à se plaindre d' un manque d' itinéraires. C' est un charme particulier de s' élever toujours par « sa » propre voie, de chercher son cheminement à travers gorges, fissures et cheminées. On avance sans hâte, car le chemin de la retraite est court, et il n' y a pas à tenir compte du temps, puisque le soleil luit tous les jours.

Plus tard, lorsque le soleil entreprend sa course à l' ouest, nous amorçons la descente. Nous nous 10 El Golia, une oasis sur la piste transsaharienne qui conduit à Tamanrasset 11 Groupe du Trident, vu du sud-ouest. A droite, la pyramide du Hadeou l lAìnSalahHirafok Tahat ( 3003 m ) Assekrem2780 m ) fAouknet Souinan 1 Marnane v.

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IharenAdaouda OtulNo Tahabort y^ o Adriane Tamanrasset \D ( 1390 m20 km félicitons de cette journée et nous passons la nuit en plein air, près de la piste. On peut parcourir le Hoggar pendant des jours, sans rencontrer âme qui vive. Il n' y a donc pas à craindre que qu' un dérange notre repos nocturne.

Le lendemain matin, clair et bleu comme à l' ac, nous reprenons la route, avec un léger bagage, en direction du col de l' Assekrem. Nous ne voulons pas nous priver de cette extraordinaire promenade en montagne, bien que nous puissions atteindre notre but en voiture et en très peu de temps. Ici on peut vraiment « flairer » le pays du Hoggar, ce qui n' est pas tout à fait possible de la piste et dans la voiture. Nous prenons à travers 12 Vue d' Assekrem ( 2780 m ) vers le sud-est et sur les montagnes de la Koudia. Devant, à droite, la fière aiguille rocheuse du Souinan. Au-dessus, les tours du Trident. A gauche, les deux massifs Tezouai. A l' arrière, la pyramide du Hadeou 13 Les tours couleur pastel du Tezouai. Son sommet sud ( 2850 m ) fut gravi pour la première fois par Ed Wyss-Dunant ( Genève ) en « champs », en suivant la direction générale de la piste, parcourant des coteaux noirs, passant par les lits desséchés de rivières, tout en discutant des cheminements possibles pour l' ascension de la fine aiguille du Souissan. Nous en faisons le tour par le sud et, de temps en temps, nous glissons dans notre poche une pierre à la forme particulièrement bizarre. Au bout de deux heures, nous nous installons pour une brève halte au col de l' Assekrem ( 2500 m ). Il y a là le refuge Assekrem- deux primitives bâtisses de pierre. Elles conviennent parfaitement comme point d' appui pour des alpinistes. Le refuge n' est pas gardienne et on n' y trouve ni eau, ni bois. Mais du moins on y est à l' abri du froid.

14 Rencontre dans le désert 15 Un point d' eau dans le Sahara, lieu de rencontre des voyageurs du désert, des alpinistes, des chauffeurs de camions et des nomades. Il faut aller chercher l' eau souvent entre dix et quarante mètres de profondeur, et on ne peut se montrer trop exigeant au sujet de la qualité de cette eau.

Bien qu' on soit ici au-delà du tropique du Cancer, le froid est parfois très vif. C' est là une circonstance dont il faut tenir compte si on veut faire des courses dans cette région.

L' ascension du sommet de l' Assekrem ( 2780 m ), à partir du col, n' est qu' une facile promenade en montagne. Un bon, mais raide sentier s' élève en zigzag et prend fin à l' ermitage de Foucauld, un splendide belvédère dominant les bastions rocheux des alentours. Pour les quelque trois cents mètres de dénivellation, il nous a fallu, sans nous hâter, tout juste une heure.

L' ermitage porte le nom du Père français de Foucauld, qui a joué un rôle important dans l' his récente des Touaregs, et qui a été assassiné en 1916 par des hommes de la tribu ennemie des Senoussi. De Foucauld était un missionnaire d' une trempe exceptionnelle. Jamais il n' a essayé de convertir les Touaregs du Hoggar à la foi chrétienne. Ses efforts portaient bien plutôt sur les domaines de l' hygiène et de la médecine et vers l' amélioration des conditions de vie de ses protégés. Les Touaregs l' avaient en haute estime. De Foucauld a aussi eu de grands mérites dans l' étude du tamacheq, la langue des Touaregs. Il n' y a donc pas lieu de s' étonner que l' aiguille de roche du Souinan porte également le nom de Pic de Foucauld.

Sur l' Assekrem le Touring Club de France a installé une grande table panoramique, qui nous a été bien utile pour mettre un peu d' ordre dans notre sens de l' orientation, passablement éprouvé.

Vers midi, nous quittons notre belvédère et descendons directement la pente, parsemée de gros blocs, en direction de la vallée desséchée qui, au-dessous du col, s' ouvre vers le sud. Alors que le soleil disparaît à l' ouest et que l' horizon plonge dans un violet irréel, nous nous installons dans la plaine de l' Akar autour d' un feu de camp et rôtissons une portion de viande de mouton, bien méritée. Nous avions passé le reste de la journée à chercher des peintures rupestres, qui existent, dit-on, dans la région. Malheureusement, nos efforts n' aboutirent pas. Il faudrait pouvoir disposer 16 Vieux puits dans la métropole Mzab Beni-Isguen Photos: Hansruedi Faesslcr. Walchwil ( actuellement en Rhodésie ) d' un guide et de chameaux. Aussi notre conversation du soir tourne-t-elle autour de ces bêtes moroses et lunatiques. Joë en a une grande expérience et je suis bien près d' accepter sa proposition de louer guides et chameaux et de revenir au Hoggar.

Le 3 décembre, nous prenons congé de nos amis à Tamanrasset et partons, dans le désert, en direction du sud: Agadès, Kano, Maiduguri, Ngaoun-déré. En face du poste de police de Tamanrasset il y a un poteau indicateur, sur lequel figurent les noms de ces endroits avec les distances respectives. Souvent je contemple ce poteau, et j' essaie d' en traduire les données à la mesure européenne. Joë nous accompagnejusqu' à Agadès, où malheureusement nos routes divergent. De nouveau, c' est à deux que nous continuons vers le sud. Le jour de Noël nous surprend dans le tropical Bangui, et le jour de l' an quelque part sur la mauvaise piste qui, vers l' est, conduit par Juba ( Soudan ) à Lodwar ( Kenya ), un endroit où le temps semble s' être arrêté depuis des siècles. C' est là qu' on abandonne définitivement ses habitudes d' homme civilisé, mais c' est là aussi que l'on rencontre des indigènes aimables et heureux. Ces impressions, jamais nous ne les oublierons!

Et puis un jour, à travers la brume, la coupole blanche du Kilimandjaro luit à l' horizon. Il faut prendre d' autres décisions, car un nouveau chapitre commence.

Traduit de l' allemand par G. Solyom

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