Le matin à la cabane

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Par B. Piccioni.

Nuit froide.

Nuit calme.

Silence partout.

Tranquillité immense parmi les monts.

Dans la petite cabane oubliée dans cette solitude qui semble infinie, tout repose, tout est sombre. Des lueurs d' argent tamisent cette obscurité, c' est la lune qui projette ses rayons.

Longtemps, cette paix profonde règne; coupée de temps à autre par un craquement de glacier ou une chute de pierres.

Vers le milieu de la nuit, une sonnerie. C' est le réveil-matin du gardien. Peu après, il apparaît, un falot-tempête à la main, l' accroche au plafond, faible lumière, éclairant à peine cette salle, il allume le feu et prépare les déjeuners. Tout ceci est fait machinalement, par habitude, sans bruit, pour ne pas éveiller ceux qui reposent encore. Les uns après les autres, les touristes arrivent, les yeux bouffis de sommeil. Les guides préparent les sacs, aident le gardien. On aligne des bols sur la table, on ouvre des boîtes de conserves; bientôt on apporte le chocolat bouillant qui répand une odeur savoureuse. Les voilà tous attablés. Quelques-uns parlent à voix basse d' arêtes... de glaciers suspendus... de rimayes... Des gestes cabalistiques accompagnent leurs chuchotements. Dans un coin de la salle, le gardien regarde cette scène qui pour lui n' est que la répétition de tant d' autres semblables.

Des guides se lèvent, allument les lanternes et sortent avec des cordes qu' ils vont dérouler hors de la cabane. Les alpinistes les suivent, chargés d' énormes sacs.

Dehors on entend des piétinements.

Un piolet tombe.

Les lanternes passent et repassent devant les fenêtres, des silhouettes gigantesques courent au plafond.

Les pas du dehors s' éloignent.

Tout est de nouveau nuit.

Je sors de la cabane. Il fait froid, très froid. Aucun bruit. Sauf, lointain déjà, le crissement des piolets et des crampons sur la neige durcie. Ce sont les caravanes qui s' engagent sur le glacier. On distingue les lanternes, il y en a huit. Elles avancent, elles s' éloignent dans la nuit. Où allez-vous petites étoiles?

Le bruit des pas ne s' entend plus. Là-bas, dans la brume bleuâtre, derrière une colline glacée, la première lanterne a disparu, puis, une à une les autres l' ont suivie.

Et les vastes plaines de neige reprennent alors leur aspect indifférent d' éternité.

Longtemps, je reste dans la nuit froide, enveloppé de ce silence impressionnant.

Les myriades d' étoiles ont pâli.

Peu à peu, l' obscurité cède devant une clarté indécise.

Le demi-jour vague laisse apercevoir les contours des géants de granit, le chaos affreux et grandiose des rochers étreints par les glaces.

La pointe des plus hautes cimes s' éclaire des premiers rayons du soleil, puis celle des autres. Enfin, elles s' empourprent tout entières. Bientôt, la vie se répand sur cette nature inanimée. Les coupoles neigeuses, les arêtes dentelées et surplombantes, les fines aiguilles suspendues sur les abîmes se détachent nettement sur le bleu éclatant de l' espace. Les fleuves de glace qui précipitent leurs flots énormes dans les vallées, commencent à miroiter. Là-haut, les corniches traîtresses, les neiges immaculées, les stalactites gigantesques scintillent.

Un effondrement de séracs...

Une avalanche...

La montagne, une fois encore, s' est réveillée de son sommeil glacial. Et, dans le cours inexorable de la vie, un jour s' ajouta aux siècles.

Noms de lieux alpins.

Par Jules Guex.

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