Le Mont Cenis au XVIIe siècle

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Avec 1 illustration ( 113Par Claire-Eltane Engel Traversé à toutes les époques et dans toutes les saisons, le Mont Cenis a toujours figuré dans l' histoire, le plus souvent sous un aspect rébarbatif. Ses abords sont inaccueillants: Modane, Lanslebourg, Novalese manquent de charme; le pays est sauvage. Lorsque souffle la lombarde, le froid devient intense. Le mode de transport préconisé sur ses pentes, la ramasse, chaise à porteurs ou traîneau d' une stabilité discutable, a toujours intimidé les voyageurs depuis l' époque où Henri IV d' Allemagne affrontait le col avec sa suite pour se rendre à Canossa en plein hiver. Au XVIIe siècle, il était cependant plus praticable que le Simplon, moins éloigné des centres habités que le St-Gothard, et moins dangereux pendant l' automne et l' hiver, avantages qui ne sont pas négligeables.

Au hasard de recherches, j' ai trouvé deux récits de passages du col pendant l' arrière. Dans les Twysden Papers, au British Museum 1 se trouve un bref récit de la traversée du Mont Cenis, le 18 novembre 1661. Le texte est malheureusement anonyme. Il se pourrait que son auteur soit William Twysden ou son frère Roger. C' étaient les deux fils aînés de Sir Roger Twysden, membre du Parlement pour le Kent, et de sa femme Isabella Saunders. Sir Roger était royaliste et, pendant la guerre civile, il avait été emprisonné par les partisans de Cromwell. En 1661, ses fils avaient respectivement vingt-six et dix-neuf ans: l' un et l' autre étaient donc d' âge à entreprendre le Grand 1 Add. Mss. 34177.

Tour. Sir Roger avait un troisième fils, Charles, qui aurait eu seize ans à cette date: le récit n' est pas l' œuvre d' un enfant et, sans qu' il soit possible de le prouver, il semble avoir été l' œuvre de Roger. Dans le même recueil, mais d' une autre écriture, se trouve une liste de mots français avec leur traduction anglaise et latine: dictionnaire portatif de mots usuels pour le voyage à travers la France?

L' auteur, quel qu' il soit, a un esprit cultivé et réfléchi. Il sait voir, comme on voyait au XVIIe siècle, bien entendu: il ne faut pas s' attendre à des descriptions lyriques du Mont Cenis ou du Dôme de Milan, dont il n' est dit que ceci: « bien sculpté et une multitude de statues ».

Voici la traduction du passage consacré à la traversée du col:

« Le 18 novembre 1661, je couchai à Lanslebourg, village au pied du Mont Cenis, dont le lendemain, quittant mon cheval pour un mulet, j' entre l' ascension, qui est d' une lieue. La plaine qui se trouve au sommet est de deux et la descente de deux; les descriptions de tout le trajet m' avaient tellement frappé, avec la hauteur des montagnes et le danger des parois à pic que tout cela fut au-dessous de ce que concevait mon imagination, bien que je doive avouer que pendant les deux jours de voyage précédents, avant d' arriver à ce sommet, j' avais souvent vu au flanc des montagnes des passages où une glissade ou une chute de mon cheval auraient largement suffi à causer ma perte.

On estimait que le 19 novembre était bien tard en saison, mais, le temps ayant été fort beau, nous ne trouvâmes guère de neige ou de glace et peu de froid, la journée étant ensoleillée. Ayant fait trois lieues à dos de mulet, nous mîmes pied à terre et montâmes dans des chaises, portées par deux hommes le long de sentiers rocailleux et abrupts. La descente se poursuivit sur deux lieues, jusqu' à Novalese, village où nous dînâmes et, passant par Suze, une jolie ville avec une bonne citadelle à environ trois milles de la montagne, nous atteignîmes St-Ambroise, à douze milles de là, où nous couchâmes. Le lendemain, 20 novembre, à Turin — onze milles. » A Turin, les voyageurs visitent le palais bâti par Mme Royale, princesse française et sœur de la reine Henriette-Marie d' Angleterre. Dans l' église des jésuites, ils voient le portrait d' Edmund Campion, missionnaire jésuite exécuté en Angleterre. Puis ils se rendent à Milan qu' ils trouvent admirable. Le manuscrit s' arrête brusquement au cours de la description de la ville.

Le second récit est l' œuvre d' un Zurichois, Hans Caspar Hirzel, qui se Tendit à Turin à la fin d' octobre 1663 pour discuter des questions se rapportant au service étranger avec le duc de Savoie. A quarante-six ans, Hirzel était un personnage considérable. Il avait été secrétaire de la ville de Zurich et bailli de Thurgovie; en 1669, il sera bourgmestre de sa ville natale. Il avait déjà été chargé d' une mission diplomatique auprès de l' archiduc Ferdinand-Charles à Innsbruck et il en accomplira une autre auprès de Louis XIV, à Ensisheim, lorsque le roi parcourra l' Alsace. Amateur d' histoire, Hirzel fut le premier qui se mit à collectionner les documents se rapportant à sa famille: d' où les précieuses archives Hirzel à la Zentralbibliothek de Zurich '.

Par Genève, Talloire, Faverge, Montmélian, Aiguebelle et Modane, Hirzel et sa suite arrivent le 23 octobre 1663 à Lanslebourg pour passer le col le lendemain. La date est tardive et le chemin déjà scabreux. Les marrons viennent trouver Hirzel à l' auberge: « Ce sont des hommes qui vous font traverser la montagne; ils sont venus après 1 h. x/2 nous proposer leurs services, mais ils ont demandé 2 doublons pour nous faire traverser. » Hirzel refuse: c' est trop cher. Il préfère monter à cheval et descendre à pied. Il faut une heure pour monter, deux pour traverser la plaine du sommet, deux pour descendre sur Novalese.

« Le soir, nous nous sommes entendus avec un homme de Lanslebourg pour passer. » La discussion avec les marrons continue. Le prix baisse, mais Hirzel reste décidé à aller à pied. Le 24 octobre, toute l' équipe part à mulet. Ces bêtes ont le pied plus sûr que les chevaux. Le sentier s' avère moins raide que Hirzel ne le craignait. La montée est courte, et les hommes restent sur leurs mulets, en traversant la plaine du sommet, pour ne pas fatiguer leurs chevaux, tenus en main par des gamins qui ont reçu 15 sous pour leur peine. On va ainsi jusqu' à la grande croix du sommet, où l'on demande les passeports. Les marrons, tenaces, suivent avec trois sièges.

La vue de la descente sape sans doute la belle énergie de Caspar Hirzel, car lui et sa suite acceptent alors de monter dans les chaises à porteurs des marrons: « Ces pauvres diables ont une vie très dure. Ils passent sur des rochers et des cailloux avec leurs traîneaux. » L' exercice est fatigant, même pour ceux qui ne portent rien. A mi-chemin, Hirzel abreuve les porteurs. Il est terrifié par les tournants de la piste, que les brancards des chaises font paraître encore pires. Cependant le chemin est sec: il n' a pas encore neigé.

A Novalese, on leur montre le Mont Viso, « la plus haute montagne des Alpes » et on leur explique qu' on n' y peut monter qu' au mois d' août à cause de la neige. L' idée d' ascensions du Viso au XVIIe siècle est surprenante, mais, lorsque Hirzel parle de la chapelle de la Vierge qui se trouve au Viso, et du pèlerinage annuel qui s' y rend, et auquel a récemment participé la duchesse, en chaise à porteurs, on comprend mieux: il s' agit, non pas du Viso, mais de la Roche Melon. « Au sommet, l' air est si subtil que les gens les plus forts se sentent faibles et on n' y peut rester longtemps. » Au mois de février 1664, les négociations terminées, Hirzel regagne la Suisse. Cette fois, le voyage s' effectue par le St-Gothard. Le récit est encore plus bref. Partant de Turin, l' équipe passe par Verceil, Novarre, Capo Lago, Lugano, Belizone et Airolo. La route du col, « percée dans la montagne », est dangereuse. Les voyageurs descendent en cinq traîneaux jusqu' à Urseren. Par beau temps, il faut quatre heures et demie pour traverser le col. Le péage est élevé. Les gens de la vallée ont déblayé un passage, et ils montent la garde pour se faire payer leur service. Il y a cependant peu de neige, mais beaucoup de glace. Pour descendre les Schöllenen, Hirzel et ses compagnons seront accompagnés par des hommes chaussés de crampons: sage précaution sur ces pentes abruptes.

1 Ce texte y figure sous la cote 31, F. A, Hirzel, 208. Je tiens à remercier le Dr Förster qui m' a aidée à le déchiffrer et à le transcrire.

Ces deux récits, en dépit de leur brièveté, et peut-être même à cause d' elle, donnent une image fidèle du trajet et aussi de l' impression qu' il produisait sur des voyageurs intelligents et raisonnables qui n' avaient pas encore appris à avoir peur des montagnes, mais qui comprenaient ce qu' ils voyaient.

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