Le problème démographique des Ormonts

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PAR JACQUES BERNOULLI, LAUSANNE

Avec 1 graphique On connaît les difficultés de nos populations montagnardes. Depuis un certain nombre de décennies, les vallées des Alpes se dépeuplent, bien que plusieurs remèdes ( développement du tourisme, industrialisation, zone-témoin, etc... ) aient été proposés pour enrayer V émigration.

Aussi estimons-nous utile de publier l' interessante étude de M. Jacques Bernoulli, présentée comme mémoire de licence à VInstitut de géographie de l' Université de Lausanne.

LA VALLÉE DES ORMONTS, RÉGION PRÉALPINE La vallée des Ormonts est parcourue par la Grande Eau dans laquelle se jettent d' innombrables torrents. La rivière principale se forme au pied des Diablerets ( 3209,7 m ), s' écoule entre deux chaînes des Préalpes ( points culminants: au sud le Chamossaire avec 2112 mètres, au nord, le Tarent avec 2548 mètres ), et s' encaisse profondément avant d' atteindre la plaine du Rhône. L' érosion torrentielle et l' érosion glaciaire ont creusé la vallée. Le climat y est particulièrement rigoureux. Forêts et pâturages alternent sans interruption.

Deux communes se partagent la région: Ormont-Dessus ( chef-lieu: 1' Eglise ) et Ormont-Dessous ( chef-lieu: Le Sépey ). Le contraste entre les deux communes se manifeste sur plusieurs plans: l' altitude, le relief, la végétation diffèrent.

SuperficieTerres productivesSuperficie totale ( haForêtsimproductive En tout Forêts nonSurfaceArbustes et comprisesboiséebuissons Ormont-Dessous 633560103952199068325 Ormont-Dessus 6139483935101281481300 En superficie totale, Ormont-Dessous dépasse légèrement Ormont-Dessus, et en terres productives, la différence est beaucoup plus nette. Ormont-Dessus compte 1300 hectares de terres improductives, c'est-à-dire de glaciers, de rochers, d' éboulis, de lacs et de torrents. Les deux tiers de la surface productive à Ormont-Dessous, les trois quarts à Ormont-Dessus, sont occupés par les prés et les pâturages, tandis que le tiers et le quart respectivement sont couvert de forêts. Ces chiffres donnent déjà quelques indications sur les activités économiques de la population.

La vie pastorale traditionnelle se déroulait autrefois au rythme des saisons, les Ormonans ayant adopté l' exploitation par étages, décrite par M. Charles Biermann en ces termes:

« Autrefois, les « remuages », comme on dit, intéressaient toute la population. On disposait, à trois ou quatre endroits, à des altitudes variées, de maisons avec logement, grange et étable, dont il était difficile de dire laquelle était la principale, où était l' habitant permanent, car dans chacune on possédait et on entreposait mobilier, ustensiles, vêtements, tout ce qui était nécessaire à la vie... Ce n' était pas non plus la station inférieure, du fond de la vallée, qui retenait le plus longtemps les remuants, car les séjours étaient souvent plus longs dans tel ou tel autre endroit. Enfin l' hiver ne ramenait pas nécessairement les Ormonans dans le bas, car ils jouissaient de davantage de soleil dans le haut. Les remuages étaient individuels, en ce sens que ce n' étaient pas tous les habitants d' un hameau qui se déplaçaient en même temps; et d' ailleurs, ils ne retrouvaient pas nécessairement, dans l' étape suivante, les mêmes voisins que dans la précédente. Les groupes se faisaient, se défai- saient, pour se reformer autrement. Mais chaque année, c' est à la même époque que l'on passait d' une station à l' autre, en correspondance avec le temps des travaux marqués par la nature1. » Les inconvénients de ce système seront analyses plus loin. Il convient déjà de remarquer qu' il implique un fâcheux morcellement des propriétés. Le régime successoral a toujours été celui de la division à parts égales, qui contribue à morceler encore les parcelles; le problème ne date donc pas d' aujourd.

LES DONNÉES DU PROBLEME DU DÉPEUPLEMENT Tableau démographique 900 800 185018601870188018881900191019201930194019501960 ,1965 Evolution démographique de 1850 à 1965 I " Evolution générale de 1850 à 1965 A quelle époque faut-il fixer le debut des investigations? Premièrement, les données numériques précises et fréquentes manquent jusqu' en 1850. Les recensements antérieurs sont approximatifs et non systématiques. Deuxièmement, le sujet de ce travail ne consiste pas en une étude historique du phénomène des migrations dans un cas particulier, mais en une analyse géographique de l' évo actuelle de la vie montagnarde aux Ormonts. Dans cette perspective, les premiers chiffres statistiques présentés remontent à 1850, limite sans doute arbitraire, choisie surtout pour des raisons d' ordre pratique. Par la suite, les années 1950 et 1960 fourniront des termes de comparaison suffisants.

1850 1860 1870 1880 1888 1900 1910 1920 1930 1941 1950 1960 Ormont-Dessous 1574 1494 1719 1713 1614 1746 1615 1698 1496 1408 1237 996 Ormont-Dessus 935 960 1061 1016 1057 1092 1171 1159 1128 1037 994 921 1 Ch. Biermann. Le Canton de Vaud, Lausanne, 1952.

19 Die Alpen - 1966 - Les Alpes289 D' une manière générale, de 1850 à 1870, la population a régulièrement augmenté, selon le taux d' accroissement suisse; de 1870 à 1920, elle s' est maintenue à peu près au même niveau, reculant déjà par rapport à l' ensemble du pays. Dès 1920, elle a commence à décroître, manifestant donc un double recul vis-à-vis de la Suisse. Pour la commune d' Ormont, essentiellement agricole, la diminution de 1950 à 1960 représente 19,5% du nombre d' habitants en 1950. Pour Ormont-Dessus, où le tourisme joue un rôle compensateur, la baisse dans le même temps n' atteint que 7,3 %. Cette différence entre les deux communes apparaîtra constamment.

Le fait que la baisse se poursuit inexorablement est d' autant plus grave que, pour les autres communes de montagne en Suisse, l' année 1941 a marqué le point le plus bas de la courbe démographique. Le dépeuplement aux Ormonts est un fait incontestable et inquiétant. Certains journaux ont parle assez récemment d' une stabilisation du nombre d' habitants, en se fondant sur les recensements cantonaux. Si cela est vrai pour Ormont-Dessus, qui manifeste même une tendance à la hausse due à un afflux de personnes venues de l' extérieur, il s' agit en revanche d' une stabilisation illusoire à Ormont-Dessous, comme l' indiquent les derniers chiffres parus:

1950196019611962196319641965 Ormont-Dessous

Ormont-Dessus

Etrangers à Ormont-Dessus1

1280 1002 1018 1004 990 988 956 1002 870 915 1002 1039 1041 1108 28 28 36 97 138 182 205Densité du peuplement Dans l' établissement de la densité, il faut évidemment soustraire la superficie improductive ( très importante à Ormont-Dessus ) de la superficie productive.

1960 Ormont-Dessous Ormont-Dessus.

Habitants par km2 Superficie ( ha ) par habitant 16 6,03 19 5,25 Dans les régions de montagne en Suisse, on compte en moyenne 36 habitants par kilomètre carré et 2,77 hectares par tête. La faible densité de peuplement des Ormonts montre leur faible capacité de production. Il convient néanmoins de remarquer à ce sujet que la population ne pratique aucune culture ( contrairement aux autres populations de montagne ), que les pâturages élevés, qui occupent un large espace, ne sont habités que quelques mois par année, et que la forêt prend beaucoup de place par rapport à sa rentabilité.

III " Composition de la population selon le sexe 19501960 HommesFemmesHommesFemmes Ormont-Dessous658579523473 Ormont-Dessus 497497480441 Le sexe masculin et le sexe féminin sont assez également répartis en Suisse, le deuxième prédominant légèrement. Aux Ormonts, comme dans les autres régions montagnardes suisses, c' est l' inverse qui se produit. La différence est plus nette à Ormont-Dessous ( population agricole ) qu' à Ormont-Dessus ( population agricole et touristique ). D' une manière générale, il naît plus de garçons que 1 Les étrangers sont compris dans le total ci-dessus. 290 de filles ( 105 à 106 garçons pour 100 filles ), mais la mortalité plus forte de la population masculine devrait rétablir l' équilibre en renversant les rapports chez les personnes âges de plus de 50 ans. Or ici il n' en est rien. Donc la supériorité numérique des hommes provient de l' intervention d' un facteur extérieur: l' émigration féminine.

IV Composition de la population selon les classes d' âge 0-1415-1920-3940-5960-6465-?

Ormont-DessonsHFHFHFHFHFHF 1950 172 136 30 26 181 171 167 146 36 28 72 72 1960 112 100 34 28 120 106 154 139 32 42 71 58 Ormont-Dessus 1950 91 114 28 62 137 123 140 129 32 28 69 41 1960 100 94 35 55 134 92 116 106 31 35 64 59 Ce tableau statistique présente beaucoup d' intérêt, mais aussi des difficultés d' interprétation. On remarque tout d' abord la diminution générale de la population de 1950 à 1960 dans la plupart des classes d' âge, et particulièrement à Ormont-Dessous, dans la classe de 0 à 14 ans: 60 garçons et 36 filles en moins, soit 96 personnes. Il est clair que la cause de cette baisse réside dans l' émigration féminine relevée plus haut, laquelle entraîne une diminution du nombre des mariages et par conséquent des naissances. Le départ des femmes est confirmé par la statistique, si l'on considère le seul cas où le sexe féminin l' emporte sur le sexe masculin dans la classe d' âge de 0 à 14 ans: à Ormont-Dessus, en 1950, 91 garçons et 114 filles; la même observation est valable pour la classe d' âge suivante, de 15 à 19 ans: à Ormont-Dessus, en 1950, 28 garçons et 62 filles. Or en 1960, ces personnes, ou une bonne partie d' entre elles, devraient être passées dans la classe d' âge de 20 à 39 ans, et le déséquilibre des sexes qui caractérise cette dernière classe devrait s' en trouver sinon rétabli, du moins atténué: au contraire, il est plus grave en 1960 qu' en 1950! Compte tenu du fait qu' en 19601e nombre des filles a baissé par rapport à celui des garçons dans les deux premières classes d' âge, quelle sera la situation en 1970 dans la classe de 20 à 39 ans? L' émigration féminine semble donc concerner surtout les jeunes filles en âge de gagner leur vie.

V Composition de la population selon l' état civil 19501960 CélibatairesMariésCélibataires Mariés Ormont-Dessous 592539444463 Ormont-Dessus 497420457383 Total 901846 De 1950 à 1960, les deux communes ont évolué en sens contraire. Ormont-Dessous a perdu beaucoup de personnes célibataires, tandis qu' Ormont a perdu beaucoup de personnes mariées. Comment l' expliquer? Le nombre d' émigrants célibataires dépasse généralement celui des emigrants mariés, mais il est possible que de nombreux couples âgés soient décédés à Ormont-Dessus et que la commune ait connu un exode relativement important de couples mariés. Dans tous les cas, le tableau serait plus intéressant s' il différenciait hommes et femmes célibataires et mariés par classes d' âge. Tel quel, sa valeur repose sur le résultat global: plus de la moitié de la population est célibataire, alors qu' en Suisse plus des 50% sont mariés. Les montagnards ont beaucoup de peine à trouver une conjointe, et s' ils y parviennent, ils sont alors plus âgés que les gens de la plaine. A titre d' exemple, le hameau des Voëttes ne compte plus qu' une douzaine de célibataires et un ou deux couples seulement.

VF Mouvement de la population Ormont-DessousMariagesNaissancesDécès 1941-1950 110236140 1951-196055136137 Ormont-Dessus 1941-195068161105 1951-196047110115 De 1941 à 1950, le nombre des naissances dépassait nettement dans les deux communes celui des décès, alors que de 1951 à 1960, le nombre des décès a pris le dessus sur celui des naissances. Moins de mariages, moins de naissances, autant de décès par rapport à l' effectif total de la population, ainsi peut-on résumer le contenu d' un tableau si éloquent qu' il n' appelle pas d' autres commentaires.

Il convient de préciser que le rapport entre les mariages et les naissances varie aussi. Il semble ( les chiffres précis manquent et le tableau précédent ne suffit pas ) que le nombre des enfants nés vivants, et entendu pour un nombre déterminé de femmes en âge d' accoucher, très élevé dans les régions de montagne, diminue aux Ormonts depuis environ 1950. Cela est peut-être dû à une baisse de la fécondité des mariages, due elle-même aux circonstances économiques et aux progrès de l' in, ou à une émigration accrue de jeunes couples. Sans doute les deux causes se conju-guent-elles. Le nombre des enfants morts-nés diminue, de même que la mortalité des nourrissons.

Ormont-Dessous Ormont-Dessus.

VIF Le ménage 1950 1960 Ménages Personnes par ménage Ménages Personnes par ménage 417 2,9 354 2,5 324 3,0 307 3,0 Le nombre des ménages baisse à peu près dans la même proportion que le nombre d' habitants. L' occupation moyenne du ménage est plus basse aux Ormonts que dans le reste de la Suisse ( 3,6 en 1950 ), bien que plusieurs générations vivent parfois ensemble. Deux éléments expliquent ce fait paradoxal: premièrement, le nombre élevé de célibataires; deuxièmement, le semi-mobilisme: la famille se divise et occupe plusieurs habitations simultanément, multipliant ainsi le nombre des ménages. La dispersion de l' habitat dans l' espace et dans le temps atteint des proportions telles qu' en 1950, pour 417 ménages, Ormont-Dessous comptait 416 maisons d' habitation et Ormont-Dessus, pour 324 ménages, 319 maisons d' habitation.

VIIF L' émigration II existe trois sortes de migrations. Les migrations journalières, saisonnières et définitives. Aux Ormonts, les migrations journalières sont presque inexistantes, à cause de l' absence de gains de travail importants à proximité immédiate. Les migrations saisonnières sont abondantes dans le sens d' une immigration d' employés et de touristes en été et en hiver, à laquelle s' ajoute l' arrivée -peu importante quantitativement - de personnel d' alpage et de bûcherons en été et en automne.

Elles feront l' objet d' un chapitre particulier. Les migrations définitives posent un problème d' une actualité brillante. Elles s' effectuent sous la forme d' une émigration régulière et constante de la population résidente; l' étude démographique l' a démontré: Ormont-Dessous se dépeuple plus qu' Ormont, et les femmes partent en plus grand nombre que les hommes, surtout les jeunes filles en âge de se marier ou de subvenir elles-mêmes à leur existence. D' après le recensement général et la statistique des naissances et des décès, de 1951 à 1960,240 personnes ont quitté Ormont-Dessous et 68 personnes Ormont-Dessus. Il reste à préciser comment se comportent à cet égard les différents secteurs économiques.

Population résidente exerçant une profession ( classement par secteurs économiques ) Agriculture, sylviculture Industrie, métiers,Commerce, artisanat, construction hôtellerie, transports, divers Ormont-DessousHFHFHF 1950 300278064326 1960 20768775033 Ormont-Dessus 1950 238166464220 1960 16647075835 Au premier coup d' oeil, le lecteur se rend compte de l' importante majorité d' agriculteurs dans chaque commune, malgré l' essor de l' industrie et du tourisme. Il ne faut d' ailleurs pas oublier que de nombreuses personnes travaillent simultanément dans deux secteurs: par exemple, beaucoup d' agriculteurs participent à l' exploitation touristique. En dix ans, près du tiers de la population rurale masculine est parti, ainsi que les trois quarts de la population rurale féminine. En revanche, l' industrie et le tourisme ont vu leurs effectifs augmenter. Il est probable que la construction des chalets et l' accueil des vacanciers en sont les principaux responsables. Néanmoins, la baisse du nombre d' agriculteurs est loin d' être compensée par la hausse du nombre de personnes travaillant dans l' industrie et le tourisme.

Que deviennent les emigrants? Chaque commune est censée tenir un fichier des mutations. A Ormont-Dessous comme à Ormont-Dessus, le gendarme cumule ses fonctions propres et celles de contrôleur des habitants. Aussi manque-t-il de temps pour établir un bilan précis des départs et des arrivées. Afin d' obtenir des renseignements complets, il aurait fallu compulser des milliers de fiches en compagnie du gendarme lui-même. Les témoignages oraux ont suppléé dans une certaine mesure à la carence d' écrits administratifs.

L' émigration tend plus vers la Suisse que vers l' étranger. Un emigrant sur six ou sept possède un métier. Les hommes vont travailler dans des exploitations agricoles de la plaine ( ils reprennent rarement des domaines ) ou dans des fabriques. Les femmes s' engagent comme vendeuses ou serveuses en ville. Quelques jeunes partent déjà faire un apprentissage à Aigle ou à Lausanne. Les émigrés ne reviennent pas souvent dans leur commune; s' ils reviennent, ce n' est généralement pas par attachement au pays, mais plutôt par besoin d' assistance, ou au contraire, et plus fréquemment, pour montrer leur nouvelle voiture à leurs ex-concitoyens!

Les effets de l' émigration sur la vie économique de ceux qui restent sont multiples, à commencer par la pénurie de d' œuvre agricole, qui entraîne l' abandon, puis la vente des parcelles situées à I' écart. La clientèle indigène des commerçants se réduit, mais la clientèle extérieure compense la diminution. Les charges publiques deviennent plus lourdes et le tourisme ne les allège pas. La population vieillit lentement. Peut-on imaginer, dans un avenir lointain, une vallée entièrement vouée au tourisme, saisonnier par essence, et dépourvue de population et de structures permanentes? Nous ne le pensons pas.

LES CAUSES DU DÉPEUPLEMENT I " Le déclin de la vie pastorale La forme traditionnelle d' exploitation aux Ormonts se modifie peu à peu. Le mobilisme devient un semi-mobilisme qui lui-même disparaîtra probablement plus tard. Le mobilisme comporte plusieurs inconvénients: 1° Il aggrave le morcellement des terres, parce que chacun doit posséder des parcelles situées à différentes altitudes. 2° Il grève le budget des paysans qui sont obligés d' entretenir un matériel relativement important sur chaque pâturage: écurie, maison d' habitation, outillage indispensable. 3° Il entraîne de grosses pertes de temps, puisque les déplacements peuvent prendre jusqu' à trente jours par année. 4° La présence de nombreux touristes dans la région contraint celui qui remue à emporter, pour les mettre en lieu sûr, tous les objets qui pourraient tenter les promeneurs dénués de scrupules; en d' autres termes, le « remuage » prend les proportions d' un déménagement.

Pour toutes ces raisons, le nombre d' étapes diminue et une partie seulement de la famille ou un domestique accompagne les bêtes.

Le déclin de la vie pastorale agit comme l' une des causes du dépeuplement, mais celui-ci aggrave encore celui-là. Les jeunes partent et n' aident plus leurs parents comme autrefois. La d' œuvre suisse et étrangère se fait rare et coûte cher. Les conditions de travail sont par conséquent de plus en plus pénibles; elles stimulent encore le dépeuplement. Il s' agit d' un cercle vicieux difficile à briser. L'on est tenté de croire que l' émigration améliore la situation, en ce sens que le nombre d' exploitations diminue et que celles qui restent s' agrandissent. Amélioration illusoire, car les emigrants ne vendent pas souvent aux paysans, incapables de payer des terrains si coûteux; l' essor du tourisme a provoqué la hausse des prix habituelle et la spéculation a marché bon train. Le cercle vicieux ne se brise pas, il se rétrécit encore. Un plan d' aménagement ou un remaniement parcellaire résoudrait peut-être la question. Les plans d' aménagement ne font pas force de loi; les remaniements parcellaires présentent des difficultés pratiquement insurmontables: les propriétaires ne tombent pas facilement d' accord et l' opération exige des sommes très importantes.

Il " Médiocre profit titre du cheptel bovin Que le profit tire du cheptel soit médiocre, c' est ce que l'on pourrait constater à travers la baisse du nombre de bovins. Ormont-Dessus par exemple a perdu, de 1950 à 1964, 201 têtes de bétail ( 1237-1036 ). Mais dans bon nombre d' exploitations, la diminution en quantité correspond à une amélioration en qualité et en rendement ou à la création d' une possibilité de gain complémentaire. Aussi le recensement du bétail ne fournit-il qu' une indication discutable.

Les bêtes destinées à la boucherie sont peu nombreuses, environ 8%. Le fait qu' aucune des communes ne dispose d' abattoirs joue un rôle certain. Il a été question d' en construire un aux Diablerets, mais le projet a échoué à cause de l' opposition de milieux touristiques qui craignaient de faire fuir leurs clients! Lorsqu' une bête doit être abattue, le paysan la vend au boucher local ou la conduit à Aigle, et ce transport lui fait perdre à la fois temps et argent.

Le bétail d' élevage semble l' emporter sur celui consacré à la production laitière. Mais on ne peut pas les dissocier complètement: l' éleveur vend une partie de ses bêtes en automne, et il conserve l' autre, destinée à donner du lait; par ailleurs, le lait et les dérivés du lait nourrissent les veaux d' élevage. Dans ces conditions, il n' est pas facile de savoir qui des deux, de l' élevage ou de la production laitière, profite le plus aux paysans, d' autant plus que ceux-ci se vouent tantôt à l' élevage en priorité, tantôt à la production laitière surtout, suivant les années. Les revenus dus à la vente des bêtes et à celle du lait apporteraient une réponse, s' il était possible d' obtenir des chiffres précis sur l' élevage, et si l'on connaissait non seulement la quantité de lait coulé, mais encore la quantité de lait produit. Les témoignages oraux donnent un léger avantage à l' élevage.

Il existe plusieurs syndicats d' élevage aux Ormonts. Ormont-Dessous en compte trois: La Forclaz, Les Mosses et environs, Ormont-Dessous; Ormont-Dessus en possède également trois: Versl' Eglise, Les Diablerets, Ormont-Dessus. Ces syndicats sont directement rattachés à la Fédération suisse de la race qu' ils représentent, de la race tachetée rouge dans le cas présent. Leur travail consiste essentiellement à tenir le herd-book des sujets de l' espèce bovine. En outre, ils organisent les concours d' automne et les expertises de taureaux au printemps; ils lancent à l' occasion des campagnes de propagande pour la vente en plaine. Il y a quelques années, les communes organisaient encore des foires, mais maintenant les marchands de bétail vont trouver les paysans directement.

Quant au lait à vendre, il est collecté par la Fédération laitière de Léman, à Vevey, qui a réuni peu à peu toutes les sociétés de laiterie locales: Le Sépey, Cergnat, La Forclaz, La Comballaz, Les Mosses, Le Rosex, 1' Eglise et Ormont-Dessus. Les producteurs apportent leur lait à ces centres de ramassage qui en revendent une partie directement, tandis que les camions de la Fédération transportent le reste à Vevey. Les Ormonans ne fabriquent plus de fromage ni de beurre, sinon pour leur usage personnel, à cause du manque de d' œuvre qualifiée et à cause de l' organisation rationnelle de la mise en valeur du lait. Celui-ci sera transformé à Vevey en beurre, en fromage, en yogourt, ou simplement pasteurisé et livré en berlingots. Le lait coulé ne représente pas tout à fait la moitié du lait produit. Malgré les syndicats d' élevage et la Fédération laitière, le troupeau ne rend pas au maximum pour plusieurs raisons inhérentes à la méthode d' exploitation.

Les bêtes vêlent d' habitude en décembre. Elles donnent du lait, vendu ou collecté directement, en janvier, février, mars et avril. Elles montent aux mayens en mai, et leur lait, souvent centrifugé, n' est plus commerçable au même titre que précédemment, étant donne le mauvais état du réseau routier. Le bétail gagne les pâturage élevés en juin ou juillet; une bonne partie des alpages n' appartient pas aux paysans, mais aux communes ou à des agriculteurs de plaine qui demandent comme « loyer » 7 litres de lait par jour sur les 10 litres que la vache produit alors. Lorsque le troupeau se trouve à nouveau en bas, il doit être tari. Il est donc rentable pendant cinq mois en comptant, ce qui est beaucoup, les séjours aux mayens et à l' alpage pour un mois de rentabilité à 100%. Au cas où le propriétaire du troupeau possède un alpage, il ne peut garder ses bêtes et faire les foins et les regains en même temps, parce que le réseau de chemins déficient l' empêche d' utiliser des véhicules, tels que les jeeps, pour faire la navette. Il se voit oblige d' engager du personnel. Il éprouve finalement des difficultés à écouler son bétail d' élevage et son lait ( en été, les Diablerets en font monter de la plaine ). Pour gagner du temps, il abandonne les parcelles trop excentriques; il s' arrange avec ses voisins pour obtenir un certain regroupement, limité par le fait que les bâtiments sont répartis sur les différents terrains. L' investissement en bâtiments constitue souvent un danger pour un exploitant dont une partie des terres appartient à des personnes de sa famille domiciliées en plaine et dont il ne connaît pas les projets.

La médiocrité du profit tire du cheptel ne peut pas être démontrée par des données comptables: les Ormonans ne livrent pas volontiers leur comptabilité à des inconnus. La plupart des personnes interrogées à ce sujet ont répondu que les deux tiers des exploitations ne sont pas rentables parce que les entreprises sont trop petites, tant du point de vue de la superficie que du nombre de bovins par train de campagne.

La contenance la plus fréquente des exploitations des Ormonts est de 5,01 à 10 hectares, et celle du canton de Vaud de 10 hectares et plus, alors que le rendement moyen de la pose en montagne est plus faible que celui en plaine ( 1500 fr. contre 3000 fr. ). Cette observation se renouvelle en ce qui concerne la superficie moyenne par exploitation, qui est de 652 ares pour les Ormonts et de 835 ares pour le canton de Vaud.

Le nombre moyen de têtes de bétail par exploitation est variable, et on peut l' estimer en ce moment à 8 UGB ( Unités de gros bétail ). Un tel troupeau ne suffit pas, surtout si l'on tient compte dufait qu' une minorité de paysans aisés possède de 20 à 80 UGB, ce qui abaisse la moyenne pour les exploitations non rentables. Les experts évaluent le nombre idéal à 12 UGB, parce que le temps de travail du paysan est alors bien rempli sans que ce dernier soit oblige d' engager de la d' œuvre extérieure.

La mécanisation, dans l' état actuel des chemins, se limite aux tracteurs monoaxes et aux moto-faucheuses ( 200 en 1960 ). Les jeeps et les tracteurs à quatre roues font figure d' exceptions. Quelques paysans disposent d' aéro et de silos. Il existe à Ormont-Dessus deux installations de traite mécanique.

Il apparaît d' ores et déjà que le désendettement, les remaniements parcellaires, l' amélioration du réseau des chemins, le perfectionnement des méthodes d' exploitation, et des progrès dans l' organi de l' écoulement des produits seraient indispensables à un meilleur rendement. Nous y reviendrons par la suite.

III0 Autres profits Le bétail non bovin figure en premier lieu parmi les autres profits. Il existait autrefois une race de chevaux des Ormonts. Elle a disparu. On compte une centaine de chevaux dans toute la vallée, et il ne s' agit pas de bêtes d' élevage.

L' espèce ovine et l' espèce caprine sont mieux représentées à cause d' un ou deux propriétaires de grands troupeaux. Les moutons et les chèvres demandent beaucoup moins de soins que les bovins; leur nombre varie énormément.

Quelques agriculteurs élèvent des pores, mais on ne trouve pas de grandes porcheries ( total des pores: environ 200 ). Il en va de même pour les poules pondeuses et d' élevage ( total: environ 1500 ).

L' apiculture, jadis florissante, tend à disparaître. Le promeneur peut encore apercevoir des ruches ici et là. Les conditions de climat et de flore dans lesquelles les abeilles travaillent ne leur permettent pas de produire un miel de tout premier choix.

Les chasseurs du pays se font de plus en plus rares. Il en reste peut-être une dizaine. En revanche, ils viennent nombreux de Lausanne et Genève pour chasser le chamois, le chevreuil et le lièvre. La Confédération a créé une réserve à Creux de Champ. La pêche attire un certain nombre d' ama sur les bords de la Grande Eau et des torrents importants.

Lorsque la somme des revenus obtenus par le bétail non bovin, les abeilles et le gibier, est établie, force est de constater que ces gains n' occupent pas une place prépondérante dans l' économie régionale. Comme les jardins potagers, ils améliorent sans doute le menu quotidien du paysan, sans pour autant redresser sa situation financière.

L' exploitation de la forêt apporte en revanche une aide appréciable.Voici comment se répartit la propriété de la surface forestière, en hectares1:

1950Ormont-Dessous Ormont-Dessus Communes 507844 Canton 237310 Particuliers 850352 II faut ajouter au tableau que la commune d' Ollon possède 310 hectares de forêts sur le territoire d' Ormont. La part des propriétaires privés est petite à Ormont-Dessus probablement parce que les forêts y jouent un rôle important pour la communauté en tant que moyens de protection contre les avalanches. La forêt rapporte non seulement par la vente du bois, mais encore par la création d' emplois complémentaires et provisoires. Le recrutement pose des problèmes compliqués à l' inspecteur forestier. Chaque commune compte une dizaine de bûcherons. L' ouragan de 1962 a exigé l' engagement de travailleurs étrangers: 25 Italiens et 12 Autrichiens. Le fœhn a causé des pertes importantes: tout le bois abattu n' a pas pu être exploité immédiatement, l' offre a dépassé la demande, et, en vertu des règlements forestiers, les coupes à venir seront diminuées. La difficulté principale rencontrée dans l' exploitation du bois réside dans l' état déplorable du réseau des chemins forestiers; en conséquence, les bûcherons sont souvent obligés d' installer des câbles transporteurs.

Sept scieries fonctionnent dans la contrée: trois à Ormont-Dessous, quatre à Ormont-Dessus. Elles ne travaillent pas toutes pendant les douze mois de l' année; elles engagent à l' occasion du personnel régional et étranger, et fournissent du bois de construction aux entreprises de l' endroit et à des marchands de la plaine.

Le bétail non bovin et la forêt aident traditionnellement les paysans à vivre et ont représenté pendant longtemps les seules possibilités d' activités complémentaires.

IV Facteurs psychologiques et sociaux Les facteurs psychologiques et sociaux revêtent une importance que d' aucuns se plaisent à négliger. Ici se pose le problème de l' importance relative des causes économiques et psychologiques du dépeuplement. Elles se conjuguent; l' économie de la région influence la psychologie de ses habitants et réciproquement. Il ne nous paraît pas exagéré d' affirmer que la première place revient incontestablement aux facteurs psychologiques, puisqu' une minorité d' agriculteurs dynamiques s' est enrichie peu à peu. Le comportement mental agit à deux titres différents: il contribue à la bonne ou mauvaise rentabilité des exploitations et il motive directement le départ de plus d' un emigrant.

La mentalité des Ormonans résulte de plusieurs composantes, dont les principales sont l' histoire d' une part, le climat et le mode de vie d' autre part. Les événements historiques ont ébranlé moralement la population à plusieurs reprises. Le premier choc important date de la Réforme. Les Ormonans s' opposèrent résolument au predicant envoyé par LL. EE. Ils tenaient à leurs croyances, et c' est seulement en 1529 que Jaques Camerle put être installé et commença à habituer lentement ses paroissiens aux idées nouvelles.

1 Statistique du Département AIC.

Le deuxième choc capital remonte à la seconde moitié du XIXe siècle: il s' agit de la « colonisation touristique ». Le Grand Hotel fut construit en 1857. Il attira une clientèle fortunée et désœuvrée, d' une mentalité diamétralement opposée à celle des gens du pays. Cette juxtaposition de deux sociétés, dont l' une pénétrait dans un monde ferme jusqu' alors, devait jeter le trouble dans l' esprit et les conceptions traditionnelles des Ormonans qui n' ont pas encore assimilé, « digéré » en quelque sorte, l' intrusion des touristes. L' opposition réelle et fréquente entre les milieux agricoles et touristiques en fournit la preuve. Un groupement social victime de coups répétés ne peut qu' adopter dans l' ensemble une attitude défaitiste en face de l' avenir. L' enquêteur entend souvent dire, lorsqu' il parle d' essais positifs: « C' est fichu d' avance. » Le climat particulièrement rude oblige les paysans à lutter constamment contre les éléments: en hiver le froid, la neige et les avalanches; en été de fortes précipitations, qui gênent la récolte des foins. Le mode de vie est caractérisé par un habitat très dispersé, et au surplus mobile, ce qui revient à dire que les agriculteurs ou les familles d' agriculteurs passent leur existence éloignés les uns des autres, dans un isolement regrettable. Il est toujours dangereux de généraliser, mais c' est parfois utile. Le tempérament ormonan se révèle à l' expérience fermé et méfiant. Le manque de contacts sociaux l' explique aisément. Le visiteur citadin éprouve souvent l' impression d' être considéré comme un intrus, et il a de la peine à gagner la confiance de ses interlocuteurs. A cet aspect plutôt rébarbatif de leur caractère, les Ormonans ajoutent un certain fatalisme et, le moins qu' on puisse dire, une sorte de nonchalance dans le travail.

Les conséquences d' une telle attitude sont graves: les Ormonans n' accueillent pas bien les nouveautés techniques; ils sont mal disposés à regard des remaniements parcellaires; d' une manière générale, ils n' acceptent pas facilement l' ingérence d' étrangers dans leurs affaires et manifestent un esprit conservateur qui confine à une prise de position rétrograde.

Si au moins ils s' unissaient contre les gens du dehors! Beaucoup d' entre eux ruminent de vieilles colères de voisins, dont l' origine remonte parfois à plusieurs générations antérieures, à tel point qu' ils l' ont oubliée. Ces rancunes tenaces les empêchent souvent de s' associer dans le cadre d' une aide mutuelle, que ce soit sur le plan privé, par exemple à propos de l' achat en commun de machines, ou sur le plan communal, pour les questions qui exigent la compréhension entre milieux ruraux et commerçants.

Voilà un portrait bien noir. L' objectivité demande de l' achever en rappelant que nombreuses sont les exceptions. Les jeunes paysans, malheureusement minoritaires, semblent plus ouverts et plus dynamiques que leurs aînés. Se sont-ils enfin adaptés à leur siècle? Un autre point positif et un trait fort sympathique chez les Ormonans est constitué par leur sens indéniable de l' humour, à travers lequel transparaissent une philosophie de la vie amère et désabusée, mais aussi une logique simple et solide.

Les établissements touristiques de la vallée reçoivent été comme hiver de nombreux vacanciers. Que les indigènes le veuillent ou non, des contacts s' établissent et des comparaisons s' échafaudent. La population mesure ainsi son propre niveau de vie, en embellissant la situation des personnes en séjour. Les jeunes filles et les femmes, en particulier, se laissent alors tenter par la perspective du départ, et elles n' ont pas entièrement tort. Elles abandonnent un travail pénible, physiquement éprouvant et moralement décourageant, qui finit fréquemment tard dans la soirée et qui ne comporte pas de vacances, un travail dans lequel on ne sait pas de quoi demain sera fait et où l' insécurité règne en maîtresse absolue. Elles l' échangent contre un métier plus facile, réglé selon un horaire qui ménage du temps libre, voire des congés payés, et assure un salaire fixe. L' espoir d' un mariage intéressant les encourage aussi. Le raisonnement des hommes suit dans les grandes lignes le même cheminement. Si l' idée de la perte de leur liberté les gêne davantage, ils la chassent rapidement en pensant au gain, immédiat ou futur, réalisable par la vente de leurs terres et de leurs biens. Etablis à l' extérieur, les Ormonans réussissent généralement bien. A l' instar des Ecossais, ils sont peut-être victimes d' une inhibition collective, dont le fait de quitter leur milieu les libère.

Par bonheur, les opinions divergent et l'on trouve encore des jeunes gens attachés à leur région et persuadés de ses possibilités de développement, tant agricoles que touristiques.

LES REMÈDES ÉVENTUELS AU DÉPEUPLEMENT I " Le tourisme L' ouverture du Grand Hotel des Diablerets en 1857 ( il donna son nom à la localité appelée jusqu' alors Les Plans ), la construction du chemin defer, achevée en 1913, et l' apparition des véhicules automobiles vers 1920, puis l' incendie, la reconstruction et la réouverture du Grand Hotel en 1962 marquèrent les étapes principales du tourisme aux Ormonts.

La vallée offre de beaux paysages aux yeux des visiteurs, mais le tourisme d' été est gêne par la pluviosité importante des mois de juin, juillet et août, et le tourisme d' hiver par l' absence de pentes intéressantes pour la pratique du ski. Aussi la propagande met-elle l' accent sur le climat « reposant » plutôt qu' ensoleillé, et sur le remarquable équipement mécanique à disposition des skieurs. Tout d' abord, voici le nombre et la capacité des hôtels:

Ormont-DessousHôtelsLits Le Sépey 230 et 2555 LaComballaz 12020 Col des Mosses 430, 25, 10 et 8 = 73 Total 7148 + 5 restaurants-buvettes + 7 homes d' enfants et colonies de vacances Ormont-DessusHôtelsLits 1' Eglise 225,28^125 = 78 Les Diablerets 7150, 30,40, 25,15,20, 2O' et25325 Isenau 134134 Lac Retaud 188 Tota1114456 restaurants-buvettes2 instituts de jeunes gens 1 Dortoirs.2 places de camping Ces hôtels, tea-rooms et instituts ne sont pas ouverts toute l' année pour la plupart: le Grand Hôtel ouvre du 20 décembre au début mars et du 15 juin au 15 septembre, soit 5 à 6 mois sur 12 dans une année moyenne.

L' équipement hôtelier n' a pas beaucoup changé ces dernières années. Chaque établissement s' est perfectionné et accueille mieux ses hôtes de plus en plus nombreux, conformément à l' augmen des nuitées, dont voici un reflet statistique:

19591962196319641965 Ormont-Dessous6 6447 1969 0278 0029 716 Ormont-Dessus 22 088 29 832 36 692 37 415 42 087 Avant 1955, les chiffres manquent. Dès 1959, le système statistique a été modifié. De 1955 à 1959, la courbe connut des hauts et des bas et, depuis 1959, une progression ininterrompue grâce au dynamisme de dirigeants énergiques et lucides. De 1962 à 1963, la station des Diablerets accusa une hausse de 23,0 % alors que dans le même temps, le canton de Vaud en général baissait de 0,81964 à 1965, Diablerets: -I- 12,5%; Vaud: —17,2% ). Pour Ormont-Dessous la hausse de 1964 à 1965 est aberrante: elle est due à l' ouverture d' un camping aux Mosses ( 4000 nuitées ).

Il s' agit ici des nuitées en hôtels. Il est possible, au moyen de la taxe cantonale, d' évaluer le nombre de nuitées total, celles en chalets comprises. La taxe de séjour est fixée à 1,5 % du prix de location pour une villa, un chalet ou un appartement meublé. Le prix de location moyen correspond à 350 fr. par mois pour l' ensemble du canton. Aux Diablerets, les loyers varient entre 300 fr. et 1300 fr. par mois. Il faut donc admettre une moyenne de 450 fr. pour Ormont-Dessus. On estime le nombre de personnes occupant ces chalets et appartements à 5 par prix de location. Comme plusieurs personnes sont exonérées de la taxe, en particulier les propriétaires de chalets pour les séjours de leur famille, l' enquêteur doit compter 10 % du résultat obtenu à partir des données précédentes en plus. D' après ce système d' évaluation, Ormont-Dessus totalise, hôtels et chalets compris, 131410 nuitées. Orla Société de développement des Diablerets a effectué un calcul de son côté et obtenu le résultat de 130486 nuitées. L' estimation pour Ormont-Dessous donne 83 850 nuitées en chalets en 1963. De 1959 à 1963, les deux communes ont presque double le nombre des nuitées en chalets.

Ormont-Dessus, qui reçoit quatre fois plus de touristes qu' Ormont, a construit un parc des sports comprenant trois courts de tennis, un garden-golf, une piscine et quelques tables de ping-pong.

En sus de l' Aigle et des services postaux d' Oex des Mosses-Le Sépey-Leysin, Les Diablerets-Pillon-Gstaad ( supprimé en hiver ), circuit des deux cols Pillon-Les Mosses ( supprimé en hiver ), Le Sépey-La Forclaz, les Ormonts disposent de moyens de transport exclusivement touristiques:

1° Les Diablerets-IsenauTélécabine 2° Ayerne-La MarnècheTéléski 3° La Marnèche-IsenauTéléski 4° Le Vioz-Le RachyTéléski 5° La Forclaz-Crête des TheysTéléski 6° La Lécherette-Les EraisisTéléski 7° Le L' EcuellazTéléski 8° Les L' EcuellazTéléski 9° Le Crettex-DorchauxTéléski 10° Les Fontaines-Lioson d' en BasTéléski 11° Col des Mosses-Pic ChaussyTélécabine 12° Col du Pillon-Glacier des Diablerets Téléphérique Parmi ces moyens de transport, quelques-uns sont utilisables toute l' année, les autres seulement en hiver, ce qui pose la question des rapports et des proportions entre les tourismes d' été et d' hiver. On ne dispose pas de chiffres pour Ormont-Dessous, mais une statistique déterminant la fréquentation mensuelle des hôtels aux Diablerets.

Ormont-Dessus 1963 Jan. Fév. Mars Avril Mai Juin Juillet Août Sept. Oct. Nov. Dec.

Suisses 1825 1644 934 257 86 859 3583 3095 424 156 108 1241 Etrangers 1539 2670 1559 1952 172 1125 3515 6327 683 239 66 2693 Total 2364 4314 2493 2209 258 1984 7098 9422 1107 385 174 3934 Le tourisme d' été domine nettement avec juillet et août. Le tourisme d' hiver suit avec décembre, janvier et février. Les moments creux se situent en mai, octobre et novembre. Signalons les variations importantes dues au temps et à l' enneignement, et rappelons l' affluence des promeneurs et des skieurs du week-end à cause de la proximité de Lausanne. La durée moyenne du séjour en hôtel en 1963 fut de 5,44 jours aux Diablerets, alors qu' elle était de 2,36 jours à Morges ( passage ) et de 6,22 jours à d' Oex ( tourisme ).

Le tourisme profite à la région de trois façons: par la vente du lait pour la consommation directe, par la location des chalets et par la création d' emplois complémentaires. Les paysans vendent du lait aux laiteries de la contrée qui le revendent à leurs clients. Malheureusement la saison touristique coïncide avec le séjour du troupeau sur les alpages et, suivant leur situation, le lait doit être centrifugé et envoyé à Vevey. En outre, l' afflux de touristes et la demande de lait sont tels que la production locale aux Diablerets ne suffit pas en été.

A cause de leur mobilisme, les agriculteurs ormonans possèdent généralement de trois à cinq chalets. Il leur est facile de les louer aux vacanciers, hiver comme été. Le nombre de chalets disponibles se situe entre 200 et 250. Les prix de location varient entre 300 fr. et 1300 fr. par mois, nous l' avons vu, selon la situation du chalet, les possibilités d' accès et le confort de l' installation. Les paysans réalisent un gain très intéressant, rendu possible uniquement par le développement du tourisme.

Les téléskis, les télécabines et les téléphériques emploient un personnel recruté sur place. En hiver, lorsque les bêtes se trouvent dans le bas de la vallée, le paysan peut s' occuper d' elles matin et soir et travailler au téléski de 10 h à 16 h. Ils sont une vingtaine à conjuguer ainsi des activités rurales et touristiques. Les télécabines et les téléphériques fonctionnent presque toute l' année, aussi leur personnel est-il permanent, comme celui de l' ASD. La région compte une quinzaine de guides et de porteurs et autant de professeurs de ski. En été, guides, professeurs de tennis ou employés au parc des sports; en hiver, moniteurs de ski ou préposés aux moyens mécaniques de remontée, plusieurs Ormonans vivent entièrement du tourisme et ne s' en plaignent pas. Les hôtels et les pensions occupent encore des gens du pays. Il s' agit surtout de membres de la famille du chef d' exploitation et non d' agriculteurs cherchant un gain accessoire. Le Grand Hotel embauche du personnel italien.

Le tourisme a stimulé l' agriculture et le commerce dans la contrée. Trop souvent une concurrence néfaste s' est établie entre l' agriculture et le tourisme, parce que ce sont deux activités saisonnières qui se chevauchent en été, et parce qu' elles diffèrent très nettement l' une de l' autre par la mentalité de ceux qui les exercent. L' agriculture demande de la volonté, le tourisme exige de la diplomatie. Les milieux ruraux manifestent une certaine jalousie à regard de la réussite des milieux touristiques, et la collaboration en souffre parfois cruellement. La station des Diablerets va au-devant de grandes difficultés: la commune n' a pas adopté de plan d' extension et elle devra faire face à de très lourdes charges financières.

Industrie et industrialisation Les industries actuelles se résument à peu de choses: les scieries dont il a été question plus haut, les entreprises de construction et l' exploitation des forces hydrauliques de la Grande Eau. Les scieries emploient une dizaine de personnes en permanence, et quelques autres à l' occasion, dont le nombre n' est pas stable. Les entreprises de construction, au nombre de quatre, embauchent surtout du personnel étranger. Néanmoins, leur présence a entraîné l' établissement d' un certain nombre de personnes exerçant des métiers corollaires: 2 architectes, 12 menuisiers-charpentiers, 4 maçons, 2 plâtriers-peintres, 1 appareilleur, 1 forgeron, 1 couvreur, 3 transporteurs. Il est clair que la construction a effectué un bond en avant dû au développement du tourisme, mais cette situation ne durera pas.

L' usine électrique du Pont de la Tine ( 25 millions de kWh par année ) occupe une vingtaine de personnes au total. L' usine des Diablerets ( 12 millions de kWh par année ) est entièrement automatique, télécommandée du Pont de la Tine. Ces deux usines prennent leur eau à la Grande Eau et au Lac d' Arnon, par une conduite souterraine. En effet, la construction de la centrale du Pont de la Tine fut achevée en 1920. Etant donné l' étiage très bas de la Grande Eau en hiver, le Lac d' Arnon fut acheté par la Société Romande d' Electricité et utilisé comme réservoir. La chute d' Ayerne aux Diablerets n' était pas exploitée avant 1957, année de mise en service de la centrale automatique. Les Forces motrices de la Grande Eau fournissent du courant à toute la région, Aigle et Leysin compris.

L' industrialisation de la vallée se heurte à plusieurs obstacles:

Le problème de la d' œuvre, l' opposition des milieux touristiques et agricoles, les craintes des industriels1.

La Zone-Témoin: bilan provisoire L' expérience de la Zone-Témoin a commence en 1956. Sa création fut inspirée par des exemples français, américains et soviétiques. La commune d' Ormont fut choisie pour les raisons suivantes: elle appartenait à une région défavorisée, elle manifestait une volonté d' amélioration, elle comptait plus de 25 exploitations, elle disposait d' un groupe d' étude agricole ( l' UPMO; l' Union des paysans montagnards d' Ormont ), et son potentiel de production était déjà assez élevé. La Zone-Témoin s' est fixé pour but d' examiner si les exploitations de montagne peuvent être rentables. A cet effet, l' Etat de Vaud lui a attribué un subside de 610000 fr. pour une période de dix ans. Le Syndicat Zone-Témoin réunit 80 membres. Un comité de 9 membres porte la responsabilité de la Zone-Témoin et gère les fonds mis à sa disposition. Un agent technique travaille sur place et un organe technique à Lausanne. Les décisions du comité doivent être approuvées par l' organe technique. On vient de décider la prolongation de l' expérience pour une durée de trois ans.

A la suite d' une étude préalable, la Zone-Témoin a adopté un programme dans les détails duquel seuls les spécialistes se meuvent avec aisance. En voici les idées directrices:

Plus d' engraisPlus de fourrages y Meilleurs moyens mécaniquesMeilleurs fourrages et techniques Plus de fourrages etPlus de bétail meilleurs fourragesI Affourragement bien équilibréPlus de lait, + contrôle laitiermeilleures bêtes d' élevage + sélection résultat :rentabilité accrue 1 La place nous manque malheureusement pour développer ces différents points. 302 Les résultats provisoires peuvent se résumer ainsi: de 1956 à 1960, le rendement laitier par vache a augmenté de 500 litres, le revenu social par tête de bétail a passé de 549 fr. à 650 fr. et la consommation familiale s' est accrue de 400 fr. par personne.

Sur le plan technique, de nombreux essais ont été réalisés dans le domaine de la mécanisation ( monoaxes, machines à traire ), de l' élevage des pores ( intéressant, semble-t-il ), de la stabulation libre ( essai positif ). Des spécialistes ont donne des cours ( maçonnerie, emploi des machines, raccom-modage ) et des conférences sur des sujets techniques et économiques, les uns et les autres suivis avec intérêt.

Ces quelques lignes sur la Zone-Témoin, ses activités et ses résultats intermédiaires, montrent d' une part les progrès remarquables que certaines exploitations bien conseillées ont réalisés, et d' autre part les difficultés et les limites de l' entreprise. La Zone-Témoin s' attaque aux problèmes qui relèvent de la technique agricole, mais elle est impuissante ou presque en ce qui concerne l' écou des produits, le morcellement, l' endettement et la spéculation. Atteindra-t-elle le but qu' elle s' est propose? Son mandat a été prolongé, et il est dangereux de risquer des pronostics; cependant, il semble que plusieurs exploitations tireront grand profit de l' expérience, alors que d' autres poursuivront leur décadence. La recherche d' une solution dans le problème du dépeuplement exige la collaboration des différents milieux visant à une harmonisation des activités économiques de la contrée. Une entreprise comme la Zone-Témoin constitue un premier pas: l' analyse et l' amélioration d' un secteur économique. Le tourisme florissant ne demande pas une telle étude, mais l' industrie, peut-être viable, appelle un examen sérieux et éventuellement des essais prolongés. Au-delà de la phase où chaque branche de l' économie se perfectionne en elle-même, il faut viser à l' unification économique de la région dans le cadre de laquelle les différents secteurs profitent les uns des autres et s' entraident mutuellement.

IV L' aide aux montagnards Ce serait un travail gigantesque que d' établir le bilan de l' aide aux montagnards. Les organismes fédéraux, cantonaux et privés tentent d' éviter que les paysans ne confondent l' aide avec la charité, afin de ne pas créer de malaise psychologique en eux, ou les subventions avec des cadeaux, pour ne pas se laisser exploiter par eux. Chaque cas est soigneusement examiné sous ses aspects économiques et humains, et les secours sont octroyés pour payer un pourcentage déterminé du prix des terrains, des engrais ou des machines que l' agriculteur désire acquérir, seul ou en commun.

CONCLUSION Au terme de cette étude, la conclusion s' impose d' elle: les destinées d' Ormont et d' Ormont diffèrent nettement. L' avenir d' Ormont s' annonce difficile; sauf au Col des Mosses, le tourisme n' y prendra jamais des proportions très sérieuses; l' industrialisation y est aléatoire. En revanche, Ormont-Dessus reconvertit peu à peu son économie et verse le surplus de sa population agricole dans le secteur touristique, parvenant même à augmenter le nombre total de ses habitants grâce à la balance des naissances et des morts et une modeste immigration. Les perspectives de développement de la région des Diablerets paraissent réelles, et si la dépopulation semble devoir se poursuivre à Ormont-Dessous, tel n' est pas le cas à Ormont-Dessus.

Il serait présomptueux de vouloir fixer des limites précises à ces mouvements démographiques contraires. Tout au plus peut-on présager que dans une vingtaine d' années les deux tiers environ des exploitations agricoles d' Ormont auront disparu, tandis que la population d' Ormont aura peut-être atteint le chiffre de 1500 ou 1800 habitants, puisque le nouveau peuplement, malgré le caractère saisonnier du tourisme, n' est visiblement pas superficiel. Les lignes du graphique représentant l' évolution de la population des deux communes se sont croisées pour la première fois en 1962, Ormont-Dessus dépassant alors Ormont-Dessous, et vraisemblablement elles ne se croiseront pas une seconde fois.

BIBLIOGRAPHIE Nous ne citerons pas, dans l' énumération qui suit, les ouvrages de caractère général ou théorique, ni les articles de revues qui ne présentent d' intérêt qu' à titre de termes de comparaison. Nous nous bornerons à mentionner les livres et les brochures qui nous ont été directement utiles, afin de ne pas allonger la liste indéfiniment. Service topographique fédéral, Wabern-Berne: Carte Nationale de la Suisse 1:25000. Feuille 1265: Les Mosses ( 1959Feuille 1285: Les Diablerets ( 1961 ).

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Eugène Pichard: Les Ormonts ( guide ). Leysin, Imprimerie Nouvelle, 1934. Bureau fédéral de statistique: Recensements décennaux de la population; années 1850,1860,1870,1880,1888,1900, 1910, 1920, 1930, 1941, 1950, 1960. Mariages, naissances et décès, de 1941 à 1960.

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Organe technique de la Zone-Témoin: Rapport sur l' activité de la Zone-Témoin durant les 4 années 1958-1961. Office du tourisme du canton de Vaud: Produit et répartition des taxes cantonales de séjour et de tourisme. Années 1955, 1959 et 1963. Rapports généraux ( nuitées ). Années 1955, 1959,1963 et 1965. P. Schmidhauser: Les forces motrices du Lac d' Arnon. Extrait du « Bulletin technique de la Suisse Romande », 1923.

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Les ouvrages ci-dessus constituent une documentation indispensable, mais incomplète. Dans notre enquête, les témoignages oraux ont revêtu une importance toute particulière, et c' est sur eux que nous nous sommes fondé en premier lieu.

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