Le ski et sa technique au 17e siècle

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Par Vincenzo Guberti

( Ravenne ) Dans le numéro de mars 1946 Les Alpes ont publié un article de M. Oechslin, Wie die Bauern in der Krain vor 260 Jahren das Skifahren hielten, tiré de la chronique « Die Ehre des Herzogthums Krain », et plus récemment une étude de Mario Cereghetti sur le ski dans la littérature italienne du 16e siècle. Ces articles sont indubitablement d' un très grand intérêt pour l' histoire du ski; mais il me semble qu' ils peuvent être complétés et que les expériences et observations du Ravennois Francesco Negri, toujours sur le ski et sa technique, méritent d' être rappelées.

Singulière figure que ce Negri, à la fois homme d' Eglise, de science et grand voyageur qui, pendant trois ans, de 1663 à 1666, entreprit seul des expéditions aventureuses à travers la Suède, la Finlande et la Laponie, jusqu' au Lac Enard, et par la Norvège jusqu' au Cap Nord. La relation de ses voyages fut publiée après sa mort, en 1700, à Padoue sous le titre de Viaggio settentrionale... 1. La matière copieuse mais intéressante de cet ouvrage posthume est divisée en huit Lettres, suivies d'«Annotations » sur l' œuvre d' Olaus Magnus, ces annotations n' étant pas autre chose qu' une critique sévère des inexactitudes et des exagérations que l'on rencontre dans l' Historia d' Olaus 2.

Et maintenant, laissant de côté ce qui ne cadre pas avec le caractère et le but de cette revue, je voudrais rappeler comment Negri — le premier que je sache — a décrit et exposé les principes de la technique du ski, dans le sens moderne et actuel du mot.

La forme et les dimensions des skis tels qu' ils sont présentés par Negri ( op. cit., Première Lettre ) sont à peu près celles des skis actuels; ils apparaissent très différents des engins fantaisistes et impossibles d' Olaus, comme Negri le relève pertinemment au paragraphe 13 de ses annotations, où il déclare que « si les skis étaient tels qu' Olaus les a décrits, ils embarrasseraient à tel point le voyageur qu' il ne pourrait avancer d' un pas, car le pied, au lieu de presser sur le milieu du ski, appuierait sur l' extrémité postérieure qui disparaîtrait sous la neige, tandis que la partie antérieure se dresserait en l' air... » Les skis décrits et expérimentés par Negri sont, au contraire, « deux minces planchettes longues de 8 à 9 palmes ( 140 à 180 cm .) et dont la largeur ne dépasse pas celle du pied, avec la pointe légèrement relevée en avant pour ne pas pénétrer dans la neige. Au milieu il y a des cordelettes au moyen desquelles on les fixe solidement, un à chaque pied. En outre ils ( les Lapons ) tiennent à la main un bâton dont l' extrémité est munie d' une rondelle de 1 Viaggio settentrionale fatto dal molto Reverendo Sig. D. Francesco Negri da Ravenna, opera postuma... in Padova, 1700. L' ouvrage fut réédité en 1701, illustré de gravures par C.A. Buffagnotti, et de nouveau en 1883 et 1929 ( Ed. Alpes, Milan ).

2 Voir Les Alpes, mars 1950.

bois pour ne pas percer la neige; il est vrai que même sans ce bâton ils cheminent sur la neige quand elle n' est pas gelée et incapable de porter un homme. » Cette description des skis, de la fixation et des raquettes n' a en vérité rien d' extraordinaire; sinon qu' elle est d' une exactitude rigoureuse. Par contre, l' exposé de la technique du ski est extrêmement intéressant, exposé tellement clair par lui-même qu' il n' a besoin d' aucune explication supplémentaire. Il peut se diviser en quatre points: a ) le ski en terrain plat; b ) le ski à la montée; c ) le ski à la descente; d ) l' arrêt.

a... « donc pour cheminer à ski — c' est ainsi que les Suédois appellent ces planchettes — ils ne les soulèvent pas hors de la neige en levant le pied, mais glissant légèrement ils avancent aussi rapidement que s' ils allaient à pied sur terre ferme, et leur trace dans la neige ne dépasse pas la profondeur d' un doigt.

b... aussi ne pourraient-ils avancer d' un seul pas en gravissant les monts, car le ski, du fait du poids de l' homme, reculerait d' autant qu' il a été poussé en amont; c' est pourquoi tous fixent aux skis une doublure en peau de renne, de telle façon que les poils soient dirigés en arrière. Alors à la montée ils sont comprimés et s' enfoncent dans la neige puis, en se rebroussant, ils retiennent le ski et l' empêchent de glisser en arrière. » Il est intéressant de noter que c' était alors l' usage chez les populations Scandinaves de laisser les peaux fixées en permanence aux skis, et cela aussi pour la descente, comme l' indique Negri, à qui nous laissons de nouveau la parole:

c... « Lorsque, parvenus au sommet, ils veulent descendre de l' autre côté, ces mêmes peaux, étant disposées comme nous l' avons dit, ne gênent nullement la descente, et facilitent plutôt le cheminement. » Arrivé à ce point de son exposé, Negri s' empresse de donner des conseils sur la position à garder pendant la descente, conseils dictés par son expérience personnelle, étant donné que plus loin il nous dit s' être exercé maintes fois à ski. Et voici les pittoresques instructions qu' il donne pour la descente.... « comme on ne peut aller lentement, vu que les skis une fois engagés sur la pente ne s' arrêtent plus, il faudra, au moment de la descente, se camper solidement sur les lattes, comme une statue, et descendre d' un seul trait toute la pente jusqu' au plat. » Negri recommande particulièrement de tenir les skis bien droits et parallèles, pour éviter que les pointes ou les talons ne se croisent, ce qui provoquerait la chute de l' homme. Rassurez-vous cependant: « les chutes sont sans danger, surtout si vous tombez de côté, comme cela arrive le plus souvent ».

Mais il n' est pas dit que vous deviez faire toute la descente d' un seul coup. Il y a un moyen d' arrêter la course à mi-pente, ou là où il vous plaira. Avec une précision remarquable il décrit l' arrêt en ces quelques simples mots: « Vous ne vous arrêterez pas en ligne droite, mais en incurvant adroitement votre course de manière à décrire un arc de cercle; quand vous serrez tourné tout à fait en travers la pente, bien que l' élan acquis vous entraîne encore un peu plus loin, néanmoins vous vous arrêterez bientôt. » On ne peut méconnaître que, mise à part la recommandation discutable de « se camper fermement à la descente, comme une statue », l' exposé et les enseignements de Negri résument toute la technique moderne du ski; laquelle, je le répète, ne me semble pas avoir été décrite de façon aussi exacte et aussi rationnelle par personne avant lui, c'est-à-dire avant le 17e siècle. Et vraiment il faut admirer l' esprit d' observation pénétrant et objectif du modeste prêtre de Ravenne, particulièrement si l'on considère que le « Voyage au Septentrion » fut écrit à une époque où un voyage au Cap Nord, et seul, était une entreprise téméraire. Un temps aussi où étant donné l' extrême difficulté, sinon l' impossi de contrôler les faits, il n' était que trop fréquent de la part des voyageurs rentrant des pays lointains, de tomber dans les exagérations fantaisistes qui, quatre siècles auparavant, avaient valu à Marco Polo le surnom de Messer Milione.

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