Les Alpes dans la mythologie

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( Monte-Rosa ) Le premier qui aurait tracé sur des tablettes le nom du Rhône ne serait autre que le père de la tragédie grecque, le grand Eschyle, dans une pièce aujourd'hui perdue. Son compatriote Euripide aurait également mentionné ce fleuve. Comment le savons-nous, du moment que les deux pièces où il est question du Rhône ne nous sont pas parvenues? Par Pline l' Ancien, 1 Cependant la caravane de Jean-François Simond et quatre autres guides, qui monta au Mont Blanc le 12 juillet 1808, passa par la Montagne de la Côte, qu' elle rejoignit après avoir traversé le deuxième plateau du Glacier des Bossons.

qui écrit ceci: « Quant à Eschyle plaçant l' Eridan en Ibérie, c'est-à-dire en Espagne et lui donnant le nom de Rhône; quant à Euripide... faisant arriver par une embouchure commune le Rhône et le Pô dans l' Adriatique, on le leur pardonnera, étant ignorants en géographie, comme on leur pardonnera d' ignorer la provenance de l' ambre. » Parmi les auteurs anciens qui font confluer le Rhône vers l' Eridan ou Pô, il faut citer aussi Apollonius de Rhodes. Nous lui devons le premier texte qui existe sur le Rhône et même sur la source du Rhône. A ce titre, il mérite un souvenir.

Ainsi, dans la haute antiquité, chez les auteurs grecs, la confusion est complète. Le Rhône n' est pas distingué de l' Eridan ( Pô ) ou devient son affluent, et on le fait se déverser au petit bonheur, soit dans l' Adriatique, soit dans l' Océan. Il convient aussi de souligner la similitude de ces trois noms de fleuve: Rhodanus, Rhénus, Eridanus dont l' étymologie pourrait bien être commune. Justement, une tradition du temps d' Hérodote voulait que le commerce de l' ambre eût emprunté la voie de l' Eridan, mais d' après cette tradition, ce fleuve se serait déversé dans la mer du Nord. Hérodote s' insurge contre cette embouchure nordique prêtée au fleuve latin. Le commerce de l' ambre, dont les propriétés ont émerveillé les anciens, se faisait du Nord au Sud. Il provenait en général des bords de la Baltique. On lui a donné le nom d' elektron, et d' aucuns ont soutenu qu' il existait vers l' em du Pô des îlots dits: Iles Eleklrides, où l'on trouvait de l' ambre. Fantaisie géographique que tout cela. L' intérêt, c' est de voir l' apparition du Rhône dans les lettres anciennes liée à cette question débattue de l' origine de la fameuse résine de végétaux fossiles qui allait donner le nom à l' élec. Et aussi de constater de quelle parure de légendes a été entourée, au cours des siècles, la grande trinité fluviale qui naît dans notre massif central et dont les cours furent longtemps confondus.

Apollonius de Rhodes est né à Naucratis, au début du IIIe ou à la fin du IVe siècle av. J. Chr. On sait qu' il s' établit à Alexandrie vers 220 avant notre ère et qu' il se retira à Rhodes où il fut comblé d' honneurs. Il est l' au de l' épopée des Argonautiques, et il fait franchir les Alpes à ses héros.

La légende des Argonautes, qui se complique d' anciennes traditions relatives aux origines de la navigation, qui préfigure aussi les premières entreprises maritimes des anciens, à la recherche de terres inconnues, est comme telle d' un vif intérêt. Elle nous renseigne aussi sur l' état ou la somme des connaissances géographiques du temps. C' est surtout une légende géographique. Le poème d' Apollonius a joui d' une grande faveur chez les lettrés grecs et romains. Il nous est parvenu par un manuscrit florentin du Xe siècle qui a été traduit en français, notamment par M. de la Ville de Mirmont, en 1893. C' est la traduction que nous utilisons.

Le long poème d' Apollonius est très remarquable. De bons critiques ont démontré qu' on retrouve chez lui les procédés de certains écrivains modernes et n' ont pas craint de rappeler, à propos de ses descriptions de la mer, la manière inimitable de Pierre Loti.

Donc, ayant ravi la Toison d' Or et Médée, la fille du roi de Colchide, dans la Géorgie actuelle, les Argonautes errent longtemps sur le Danube.

Après toutes sortes d' aventures merveilleuses, leur navire Argo, nef enchantée et dont le mât rendait des oracles, finit par se retrouver à l' extrémité de l' Adriatique, vers l' embouchure du Pô ou Eridan.

Là, un coup de vent d' une rare violence entraîne Argo dans le lit du fleuve; les héros, heureux de découvrir des terres inconnues, poussent toujours plus avant, jusqu' à l' endroit où le Rhône se joint à l' Eridan. Jason, le chef de l' expédition, se laisse alors tenter par cette masse d' eau qui vient des hautes montagnes. Voici le texte du poète: « Sortis de ce fleuve ( Eridan ), les Argonautes pénètrent dans le cours profond du Rhodanos qui se jette dans l' Eridan; en se mêlant, leurs eaux retentissent et se soulèvent... Le Rhodanos vient des terres les plus reculées, où sont les portes et le domaine de la Nuit; c' est de là qu' il s' élance: il précipite une partie de ses eaux sur les rivages de l' Océan, et il jette les autres soit dans la mer Ionienne soit dans la mer Sardonienne ( en Méditerranée ), golfe immense où son cours se déverse par sept embouchures. De ce fleuve, ils passèrent par les lacs aux rudes tempêtes, qui s' étendent à l' infini sur le territoire des Celtes. Et là, assurément, ils auraient trouvé une destinée indigne, car un courant les portait aux golfes de l' Océan, où ils allaient entrer sans l' avoir prévu, et d' où ils n' auraient pu revenir sains et saufs. Mais, du haut des Monts Hercyniens, Héra poussa un cri; en entendant ce cri ils furent, tous à la fois, saisis de terreur, car l' air immense le répercutait d' une manière terrible. Ils étaient donc ramenés en arrière par la déesse, et ils comprirent alors quelle était la route par laquelle leur retour devait s' accomplir. Longtemps après, suivant le dessein d' Héra, ils arrivèrent aux rivages de la mer, s' avançant invisibles au milieu des peuples innombrables des Celtes et des Ligyens. Car, autour d' eux, la déesse avait répandu une nuée obscure qui les enveloppa tout le temps qu' ils traversèrent ces pays. Lors donc que le navire eut franchi l' embouchure du milieu, ils arrivèrent aux îles Stoéchades... » L' incertitude géographique de ce récit est manifeste. Polybe, qui a parlé du Rhône et cité les Alpes quelques décades seulement après Apollonius, est autrement précis. L' idée de la confluence du Rhône et du Pô était bien ancrée chez les géographes alexandrins.

Un scoliaste d' Apollonius pouvait encore écrire, longtemps plus tard: « Le Rhodanos est un fleuve de la Celtique qui s' unit à l' Eridan. Puis ils se séparent en deux; l' une des branches se jette dans l' Océan, l' autre dans le golfe Ionien ( Adriatique ). » Rhône, Rhin, Eridan, pour Apollonius, ne forment qu' une même unité fluviale.

Les lacs aux rudes tempêtes du territoire des Celtes ne peuvent être que les lacs alémaniques. Primitivement, on donnait le nom de Celtes à l' ensemble des populations fixées dans l' Europe centrale, occidentale et septentrionale. Territoire extrêmement vaste, où vivaient des peuplades les plus diverses.

Il est dès lors facile de reconstituer le fabuleux périple. Du Pô, les Argonautes pénètrent dans son affluent, le Tessin, dont ils remontent le cours. Et comme nous naviguons en pleine fantaisie, les hardis nochers arrivent vers le massif du St-Gothard. Comment le franchirent-ils? C' est bien simple. En portant le bateau sur leurs robustes épaules. Ils en avaient l' habitude.

LES ALPES DANS LA MYTHOLOGIE Ailleurs, lors de leur retour de la lointaine Mer Noire, les Argonautes furent bel et bien obligés de sortir la nef du Danube et de la porter pendant douze jours et douze nuits à l' intérieur des terres avant de rencontrer un nouveau cours d' eau... La barrière n' était pas infranchissable, à telle enseigne qu' ils se retrouvent sur l' autre versant, où ils reprennent le fil de l' eau, traversent les lacs, rejoignent le Rhin et poursuivent le prodigieux voyage. Pour les anciens, la forêt des monts Hercyniens était la plus vaste de toute l' Europe. Elle débordait les limites de la Bohême actuelle pour s' étendre jusque vers le Rhin. C' est donc sur les bords du fleuve, vers notre frontière nord que les nautes entendirent le grand cri d' Héra qui les effraya si fort. La mythologie offre bien d' autres exemples d' un semblable prodige. Ces voix entendues dans la nature passaient pour un avertissement divin ou un présage de malheurs. A ce cri, les Argonautes s' arrêtent, saisis de frayeur. Le destin ne veut pas qu' ils poussent plus loin vers le Nord mystérieux. Ils rebroussent chemin, tantôt naviguant, tantôt portant leur bateau, traversent les lacs de Bienne et Neuchâtel, suivant la Thièle et la Venoge, trouvent ensuite le Léman d' où ils se confient au Rhône qui les amène dans la Méditerranée par son embouchure du milieu. Au fond, tout cela se tient. Ils passent invisibles pour les riverains du Rhône dauphinois et provençal. Ils touchent ensuite aux îles Stoéchades ( Hyères ), font escale à l' île d' Aéthalie ( Elbe ), où ils fondent un port qu' ils nomment Argos, connu des anciens, l' actuel Porto Ferrago, puis rallient la terre d' Iolchos, en Thessalie, d' où ils étaient partis à la conquête de la toison d' or.

Tel est le périple. Apollonius nous a conservé les noms des principaux personnages de la fabuleuse expédition, entre autres Castor et Pollux, ainsi que Médée, la première femme alpiniste...

Les légendes finissent par laisser des traces tangibles. La nef merveilleuse qui franchit les Alpes entra dans l' immortalité grâce aux poètes. Et elle devint une relique très précieuse. A l' époque classique, au témoignage de Martial, un fragment du navire Argo était exposé à Rome: « Ce que les écueils de Cyrène, chante-t-il, si fertiles en naufrages, ce que le courroux de la mer de Scythie, plus dangereux encore, n' ont pu briser autrefois, les siècles l' ont détruit. Mais quoiqu' elle ait cédé à la force du temps, cette petite planche est plus digne de respect que ne le serait le navire tout entier. » Le vaisseau prodigieux a fini par trouver sa vraie place dans les étoiles, puisqu' une constellation de l' hémisphère austral en porte le nom. Il était déjà monté bien haut, au cours de sa carrière vagabonde.

Faut-il chercher à cette histoire une explication rationnelle? Le massif central des Alpes a sans doute longtemps passé pour infranchissable. Les hommes ordinaires n' auraient pu le vaincre. Il fallait les héros des âges fabuleux. Est-ce pour cela que l' antiquité fit également intervenir Hercule? La traversée des Alpes, bien que peu connue, fait en effet partie du cycle des travaux d' Hercule. Seuls des surhommes étaient à même de forcer la grande barrière qui passait pour la sauvegarde du peuple romain. Les Carthaginois furent bien châtiés de leur témérité. «... on voit expirer, écrit Silius Italicus, relatant leur défaite, ceux qui se vantaient d' avoir foulé les mystérieux sentiers des Immortels, et de s' être ouvert les Alpes, inaccessibles aux humains. »

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