Les campanules

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Par Samuel Âubert.

Dans de précédents articles, parus dans Les Alpes en 1935, 1936 et 1937, nous avons parlé de quelques plantes — anémones, gentianes, etc. qui sont la parure des hauts gazons et des rochers de nos Alpes et d' autres montagnes aussi. Elles ne sont pas les seules, et il en est bien d' autres qui attirent les regards du touriste et méritent son admiration. Parmi ces autres signalons les campanules que chacun reconnaît facilement grâce à leurs fleurs en forme de clochette couleur bleu de ciel ou violet, plus rarement blanches ou jaunes. Les campanules constituent de nombreuses espèces dont la flore suisse possède une vingtaine environ. Les unes sont localisées dans la plaine, les basses montagnes ou les forêts, où certaines atteignent une taille majestueuse, un mètre et plus. D' autres se rencontrent à la surface des pâturages alpins; un très petit nombre habite les rochers, les pierriers de la haute montagne.

Parmi les espèces des pâturages arrêtons-nous un instant à la campanule thyrsoïde, remarquable par ses fleurs d' un jaune pâle, étroitement agglomérées en un gros épi ayant la forme d' une massue. C' est une robuste luronne Campanule thyrsoïde.

dont la physionomie n' a rien de très attrayant, mais qui, dans le Jura notamment, joue un rôle non négligeable dans la colonisation des terrains nus; car, contrairement à d' autres, elle s' échappe volontiers de la prairie fauchée ou du pâturage, ses stations ordinaires, pour se fixer sur la pierraille. On la range dans le contingent des plantes pionnières, parce qu' en grand nombre elle s' enracine dans les fissures, les interstices de la roche, développe une large rosette de feuilles étalées qui tendent à envahir le sol nu et à le recouvrir d' un véritable gazon, non définitif, car sur leurs débris viendront s' installer d' autres espèces, graminées, etc., lesquelles réaliseront l' ultime couverture.

Presque toujours la prairie alpine héberge la campanule barbue aux fleurs d' un bleu clair, parfois blanches, disposées en grappe unilatérale. Comme son nom l' indique, la plante est revêtue de poils raides, la base de la corolle aussi. Si modeste qu' elle soit, cette campanule trouve sa place dans la LES CAMPANULES.

gamme des couleurs de la prairie alpine puisqu' aux notes blanches, rouges, oranges, jaunes, de maintes et belles espèces, elle vient ajouter la sienne qui est d' un bleu discret. Le passant la distingue-t-il? Il y a passant et passant! Il y a celui qui passe sans regarder ni voir, pressé qu' il est d' arriver là-haut en un minimum de temps, et puis il y a le passant qui tient ses yeux ouverts, scrute la prairie, observe ses éléments et ne manque pas de saluer joyeusement ceux qui lui paraissent les plus beaux. A celui-ci, le vrai touriste qui marche non seulement pour arriver, mais pour le plaisir de ses yeux, la campanule barbue n' échappera pas. Une des plus jolies campanules qui soit est sans contredit la campanule à feuilles de cochlearia ou campanule naive comme on l' appelait autrefois.

Usons de ce dernier nom qui est plus amène. Plante qui de la plaine s' élève jusqu' à 3000 m ., la campanule naine — qui mérite bien son nom — étale gracieusement ses nombreuses et courtes tiges, chargées de petites feuilles arrondies, à la surface des rochers humides, des talus ombragés. Ses fleurs, minuscules clochettes d' un bleu clair, parfois blanches, constellent d' azur le gazonnement des tiges et des feuilles. Les Campanule barbue.

pieds sont quelquefois si rapprochés et les fleurs si nombreuses que des surfaces de un à deux m2 paraissent tapissées de bleu.

Apparition charmante que l'on ne manque pas d' admirer, tant elle est l' in de la beauté la plus délicate que l'on puisse imaginer.

Notre campanule qui hante d' ordinaire les lieux frais et ombragés, ne redoute pas les sols très secs, brûlés du soleil. En effet, il n' est pas rare de l' observer sur les pierriers exposés au midi où elle forme volontiers des plages de plusieurs m2 qui tendent à fixer la pierraille et à l' arrêter dans sa mouvance.

Certes, la plante fait preuve d' une extraordinaire faculté d' adaptation; mais dans ces circonstances, quelque chose vient à son aide, savoir: ses racines qui s' enfoncent profondément dans le gravier où elles trouvent toujours un peu d' humidité.

Et maintenant, faisons un bond jusque dans la haute montagne, dans la région des moraines, des névés, des pierriers croulants. Nous y rencontrons deux petites mais charmantes espèces: la campanule du Mont Cenis et la campanule incisée. La première, assez rare, apparaît le long des hautes chaînes schisteuses ou calcaires. Haute de six cm. au plus, elle est reconnaissable au gazonnement de sa souche, à ses fleurs petites en forme d' entonnoir, Campanule d' un bleu pâle, profondément fendues. L' autre, un LES CAMPANULES.

peu plus haute de tige, se distingue par les segments de sa corolle séparés par des découpures arrondies, comme si l'on s' était servi d' une paire de ciseaux. A l' inverse de la précédente, cette campanule est localisée dans la chaîne lépontine, le massif du Bietschhorn et celui du Baso- dino. Elle apparaît d' autre part dans les Alpes berga- masques. Et à son sujet les botanistes se posent la question: S' agit d' une espèce en voie d' extension ou bien d' une plante dont l' aire actuelle représente les restes d' une aire d' extension jadis beaucoup plus étendue?

Sauf erreur, la question est toujours pendante.

Ces deux minuscules campanules sont jolies comme tout, mais si fragiles; et le touriste les admire au même titre que la renoncule des glaciers, les androsaces et bien d' autres qu' il rencontre dans ces régions élevées où tant d' êtres gracieux, parés des plus somptueuses couleurs, luttent sans cesse contre les forces de mort acharnées à leur destruction.

Aux campanules s' apparentent les raiponces ( Phy- teuma ) dont la corolle se développe d' une façon singulière. Avant l' épanouissement elle se présente sous la forme d' un doigt de gant renflé à la base, contenant Raiponce orbiculaire. les organes intérieurs de la fleur, étamines et pistil. Petit à petit, des fentes longitudinales se produisent à la base de cette corolle close; elles avancent vers l' extrémité et bientôt l' organe se trouve divisé en lanières dont chacune correspond à un pétale. La flore des hautes Alpes comprend deux ou trois de ces curieuses raiponces, des plantes minuscules dont la tige se termine par un chevelu de fleurs bleu foncé, plantes d' une grâce exquise qui recueillent toujours le même tribut d' admiration que leurs voisines, les petites campanules.

Malgré tout le charme qui en émane, les campanules, grandes ou petites espèces, ne sont pas pourchassées comme l' edelweiss, le chardon bleu, le sabot de Vénus, etc. Pourquoi? C' est qu' elles n' ont pas cette originalité, cette physionomie plus ou moins étrange qui frappent l' âme humaine et excitent d' ordinaire la convoitise. Mais ce dont elles sont pourvues, c' est la beauté toute simple, sans fantaisie ni apparat, la beauté que la toute-puissance du soleil im- Raiponce à feuilles de Bétoine. prime aux êtres nés de sa bienfaisante activité.

Cette beauté, tant de gens ne la voient pas, ne la comprennent pas, et c' est tout profit pour les bénéficiaires qui peuvent ainsi vivre leur vie en paix à laquelle seule la mort naturelle viendra mettre un terme.

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