Les gentianes

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Par Sam. Aubert.

Parmi les fleurs que le touriste rencontre toujours sur sa route, que ce soit dans la basse montagne ou dans des régions plus élevées, il y a les gentianes. Le genre comprend de très nombreuses espèces qu' il n' est pas toujours facile de distinguer les unes des autres, mais l' amateur, celui qui s' occupe des plantes, avant tout pour la beauté de leurs fleurs et le charme qu' elles communiquent au paysage, sans se soucier de leurs affinités réciproques, saura toujours, dans le dédale des espèces et des variétés établies par les botanistes, reconnaître le type gentiane et cela lui suffira.

Elles sont nombreuses, ces gentianes, disions-nous, et la Suisse, en ce qui la concerne, en compte plus de trente espèces. Leur floraison s' éche du printemps à l' automne, chaque espèce s' épanouissant à la saison que lui prescrit la nature, maîtresse de ses destinées. Ces gentianes, vous les trouverez un peu partout: dans les marais, les mauvaises comme les bonnes terres, les rochers, etc., mais toutes ou presque toutes réclament la grande lumière des hauteurs.

Dès que le printemps est là et reverdit les gazons, partout à la montagne on assiste à la floraison de la gentiane printanière ( G. verna ); une plante humble par la taille, mais combien glorieuse par le bleu profond de sa corolle. Chacun la connaît, cette petite gentiane, inutile de la décrire, mais chacun a-t-il le sentiment du charme merveilleux qu' elle communique au paysage? Avez-vous admiré comme ils le méritent ces parterres de gentianes dont l' azur est le reflet d' un ciel pur; votre âme a-t-elle jamais vibré au spectacle de tant de beauté? Non? Eh bien! attendez la saison prochaine, ouvrez vos yeux et regardez avec attention la troupe serrée des gentianes constellant de bleu le vert des gazons; alors vous saurez ce que magnificence vent direi Un peu plus tard, au sein de la prairie alpine et sur les plus hauts sommets du Jura, une toute petite gentiane fait son apparition; elle est si menue, si frêle en apparence que des yeux peu attentifs ont peine à la distinguer. C' est la gentiane des neiges ( G. nivalis ). La plante n' a souvent pas plus de 10 cm. de hauteur et ses fleurs 6—8 mm. de diamètre, mais elles sont d' un bleu si vif, si pur que le regard s' y attache aussitôt et les contemple Gentiane printanière.avec amour. Merveilleusement belle et dèli- LES GENTIANES.

cate, cette gentiane des neiges, mais, en fille éprise du soleil, elle ne s' épanouit et ne se donne que sous les caresses de son seigneur et maître. Que celui-ci suspende l' envoi de ses rayons, la voilà aussitôt qui referme sa corolle. Bien entendu, du crépuscule à l' aurore, elle se met en sommeil.

Les hautes Alpes donnent encore asile à deux minuscules espèces, la gentiane alpine ( G. alpina ) et la gentiane fluette ( G. tenella ). Elles sont peu fréquentes, la seconde surtout.

Mais les gentianes de la montagne que les admirateurs de la flore connaissent le mieux et... cueillent parfois sans discernement, sont la gentiane acaule ( G. Clusii ) et sa proche parente, la gentiane de Koch, ordinairement confondue avec elle. Chez l' une et l' autre, la tige est très courte et porte une fleur unique. Mais quelle fleur! Immense, comparée au reste de l' organisme; en forme d' entonnoir évasé et d' un bleu, le bleu le plus profond, le plus éclatant qu' il soit possible d' imaginer. Elles habitent les gazons, les rochers des Alpes et de la plupart des sommets du Jura. Un peu de mousse le long d' une vire minuscule, un peu de terre dans une fissure, en voilà assez pour permettre à toute une colonie de s' établir. Spectacle magnifique que celui d' un Gentiane acaule.

rocher frais, constellé de la multitude des fleurs de la gentiane acaule. En général, partout où elle apparaît, elle est abondante et sur certains pâturages du Jura, elle contribue par sa présence à intensifier le coloris toujours un peu terne du gazon.

Hélas, de cette gentiane acaule, on peut dire que sa beauté est trop souvent la cause de sa perte, car par exemple au Chasseron, au Mont d' Or sur Vallorbe, à la Dent de Vaulion, il s' en fait, si l'on ose dire, une consommation effroyable. A l' heure de son épanouissement, ce sont des sacs et des paniers que les promeneurs remplissent de ses fleurs pour les emporter à leur domicile. L' homme est ainsi fait: dès qu' il aperçoit un objet qui le charme par sa beauté, sa couleur, vite il faut qu' il s' en empare. Ne parviendra-t-on jamais à faire comprendre à la foule que la fleur, cet être charmant, que la nature édifie de ses propres forces, doit être admirée essentiellement dans son milieu, au sein du paysage dont elle est l' ornement! En effet, ces gentianes éparses au milieu de la prairie, et bien d' autres fleurs, leurs compagnes, ne sont-elles pas bien plus belles à voir, à admirer ainsi que réunies, serrées dans une coupe si luxueuse soit-elle, posée sur la table d' un salon? Que l'on nous com- prenne bien: autant il est légitime que le touriste cueille et emporte chez lui un modeste bouquet des fleurs qu' il aime et prend plaisir à admirer, autant il est condamnable dès qu' il se livre à la cueillette en masse, en razziant avec brutalité tous les pieds qui tombent sous ses regards, geste qui est tout simplement du vandalisme.

Mais il est des gentianes à qui la nature a dispensé le bleu avec parcimonie et qui doivent se contenter d' une teinte violacée plus ou moins neutre. Elles constituent en quelque sorte la plèbe, le menu peuple du genre, car on les rencontre partout dans la plaine et dans la montagne. La plus commune est la gentiane champêtre ( G. campestris ), bien reconnaissable à la teinte lilas de sa corolle à quatre divisions. Si humble soit-elle, elle a cependant aussi son heure de gloire. Quand, à la montagne, l' été approche de sa fin, quand les brillantes fleurs de l' alpe ont achevé leur carrière, quand dans les bois de mélèzes ou d' aroles, les feuilles des myrtilliers commencent à flamboyer, c' est alors qu' entre en scène notre gentiane champêtre, c' est alors que l'on aperçoit partout la multitude de ses pieds couronnés de gai lilas et qui font de la prairie un tableau charmant à contempler.

Il y a encore la gentiane ciliée ( G. ciliata ) aux fleurs allongées, d' un bleu terne, revêtues de longs cils. Habitante des bois clairs, des lisières, etc., elle est la dernière venue de la saison; son apparition précède de peu la chute des feuilles et souvent les premières neiges la surprennent en pleine floraison.

Les hauts pâturages des Alpes s' enorgueillissent de deux espèces qui par le port et la physionomie font un contraste saisissant avec les précédentes. Elles sont l' une et l' autre, hautes de tiges, pourvues de feuilles robustes, ovales, longues et larges. Chez la gentiane ponctuée ( G. punctata ), 1a corolle campanulée est d' un jaune clair parsemé d' une infinité de petits points noirs. L' autre, la gentiane pourpre ( G. purpurea ) possède des fleurs construites sur le même modèle, mais d' une belle couleur pourpre foncé. Une plante vraiment superbe, à la figure noble et aristocratique, auprès de laquelle nul ne passe indifférent.

Mais la plus connue, la plus commune de toutes les gentianes est certainement la gentiane jaune ( G. lutea ) qui pullule sur certains pâturages du Jura, en compagnie du Verâtre, plante qui lui ressemble fort, mais qu' un observateur attentif distingue immédiatement. Cette gentiane jaune dont il est inutile de préciser les caractères propres, est une plante de grande allure qui en impose par la majesté de sa taille et l' éclat de ses fleurs d' or. En année fertile, elle atteint souvent des dimensions extraordinaires et dans plus d' une contrée, des gens vous déclarent d' un ton très sérieux qu' un été caractérisé par une croissance rapide et haute des gentianes sera suivi d' un hiver à neige abondante. Pure superstition, n' est pas, car les plantes, dans leur développement, dépendent-elles du temps à venir?

Certaines personnes considèrent notre gentiane d' un œil méprisant, sans doute parce qu' elle est commune et manque de la finesse et de la grâce que l'on se plaît à trouver chez la plupart des autres types du genre. D' autres, au contraire, sont attirées par l' effet décoratif qui émane de la plante entière et prennent plaisir à décorer leur foyer d' une gerbe de gentianes jaunes en LES GENTIANES.

pleine floraison. Transplantée au milieu d' un parterre, d' une plate-bande, la gentiane jaune n' en serait-elle pas l' ornement, le point de mire de bien des regards! Dans l' idée de mettre de la beauté en de telles installations, on fait volontiers appel à des végétaux d' origine étrangère, des arbustes sans charme aucun, alors que l'on aurait sous la main des espèces indigènes, capables Gentiane pourpre Gentiane ciliée.

de remplir avec avantage la même fonction. Mais voilà, pour beaucoup de personnes, ce qui vient de loin, ce qui est plus rare, a toujours plus de valeur. Nul n' ignore qu' avec les racines ou plutôt les rhizomes de la gentiane jaune, on fabrique une liqueur souveraine contre bien des maux, en particulier contre les troubles intestinaux. A ce propos, voici une « histoire » très authentique à ce que l'on prétend. Quelque part dans le Jura, dans une ferme-auberge où l'on distille de la gentiane, vendue sans patente, aux amis, un gendarme en civil se présente et commande un litre de gentiane pour l' emporter dans....:.

l' intention que l'on devine. La patronne connaissait-elle le gendarme ou soup-çonnait-elle en l' homme un gendarme en civil, car rien ne ressemble plus à un gendarme en uniforme qu' un gendarme en civil? C' est ce que l' histoire ne dit pas! Toujours est-il qu' elle lui livra, au prix normal, une bouteille pleine d' un liquide transparent, mais sans étiquette. Et le gendarme de faire rapport pour vente illicite de boisson spiritueuse. Sitôt après, la dénoncée est citée devant le magistrat compétent qui lui dit: « Alors, vous reconnaissez avoir vendu de la gentiane sans patente. » — « Monsieur le juge, ouvrez s' il vous plaît la bouteille et constatez... » On ouvrit le flacon qui contenait... de l' eau. Tête du gendarme qui avait négligé de vérifier la qualité de la marchandise.

Voilà donc l' esquisse sommaire de nos principales gentianes indigènes, plantes connues, aimées, dont on guette l' apparition dès que le printemps est là, dont on suit le développement mois après mois et dont on se plaît encore à observer la présence dans la prairie à la chute des premières neiges. Les premières surtout, celles du printemps, les graines arrivées à maturité, achèvent leur cycle annuel d' existence, en faisant provision dans leurs organes souterrains, de substances alimentaires qui, tenues en réserve pendant l' hiver, leur permettront, le printemps revenu, de s' épanouir promptement.

A chaque saison, nos gentianes, elles renaissent aussi belles, aussi séduisantes, pour l' ornement de nos prairies et le plaisir de nos yeux. Sans doute, et comme toutes les plantes, elles doivent lutter pour se maintenir une place au sein de la nature, mais en organismes pacifiques, elles ne pratiquent pas la guerre sanglante et destructrice à laquelle se livrent les hommes, pourtant les êtres les plus évolués de la création, pour anéantir l' adversaire ou lui faire céder la place. Ah! si les hommes étaient capables de régler leurs relations réciproques comme le font les plantes, que de souffrances, de misères, de larmes il y aurait en moins sur la terre!

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