Les Pins

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Par Sam. Aubert

Ces arbres se distinguent essentiellement des sapins, du mélèze aussi, par leurs aiguilles plus longues, plus épaisses et, chez nos espèces indigènes, réunies en faisceaux de 2 ou 5 dans une gaine commune. Le genre pin comprend un très grand nombre d' espèces répandues sur l' hémisphère septentrional. Dans les lignes suivantes, je me limiterai aux espèces indigènes en laissant toutefois de côté le pin arole qui a fait l' objet d' un article spécial dans Les Alpes \ Je dirai cependant qu' on reconnaît immédiatement ce dernier à ses aiguilles groupées par faisceaux de 5.

Le Pin silvestre se distingue de prime abord par l' ampleur de sa couronne, le large étalement de sa ramification. La première prend parfois la forme d' un parasol à l' instar de son congénère, le Pin parasol de la zone méditerranéenne. Il exige beaucoup de lumière et un climat plutôt sec. Si vous voulez admirer de magnifiques représentants de l' espèce, allez au pâturage d' Orvin au-dessus de Bienne. Ils sont là quelques-uns couronnant une eminence, de taille imposante, sains et vigoureux, grâce à l' insolation intense dont ils jouissent, qui confèrent au paysage un charme indéniable.

Un peu partout sur le Plateau, au faîte des collines, on observe des groupes de notre pin. Par-ci par-là, il s' associe au sapin et à l' épicéa. Mais il ne s' aven guère en altitude, car il redoute les vents glacés et le poids des neiges. Dans le Haut-Jura on en rencontre quelques individus, très disséminés et toujours de petite taille. L' un d' eux n' avait pas pris pied à quelques mètres au-dessous de la cime du Mont Tendre — 1683 m. sur le versant nord encore. Le pauvre! Durant bien quelques années, il avait bravement résisté aux intempéries qui peu à peu en ont eu raison et finalement ont fait de lui un squelette dont les membres sont emportés par la tempête les uns après les autres.

On a beaucoup parlé récemment de la forêt de Finges qui s' étend à l' est de Sierre sur la rive gauche du Rhône et a joué un rôle important dans les guerres que se sont livrées jadis les Valaisans de divers partis. Elle est tout entière composée de Pins silvestres, appartenant à une race spéciale, caractérisée entre autres par son écorce grise, sa petite taille, ses aiguilles courtes. Ce bois de Finges, avec ses pins à l' aspect sévère, ses fondrières, ses gouilles, vous laisse une impression de mélancolie qui ne vous quitte pas tant qu' on vagabonde à l' intérieur de ses fourrés; aussi malgré toutes les observations d' ordre scientifique que l'on y puisse faire, on lui préfère les espaces ouverts où se dressent ces magnifiques Pins silvestres à la couronne glorieusement développée.

Le Pin de montagne diffère sensiblement du Pin silvestre; sa taille est plutôt courte, son écorce grise, ses branches ascendantes. Chez une variété, les écailles des cônes ont la forme de crochets. C' est un arbre d' une extrême résistance, qui ne craint ni la froidure, ni la tempête et grâce auquel on peut repeupler les dépressions ou « creux de froid » du Jura, inhospitalières à l' épicéa.

1 1941.

Pour ce qui est du terrain, il se contente des plus ingrats et n' hésite pas à s' établir contre les parois rocheuses exposées à tous les vents. C' est ainsi qu' on le voit habiter les escarpements des Aiguilles de Baulmes, de la Dent de Vaulion, etc.; de même la sommité du Crêt de la Neige dans le Jura français qui culmine à 1723 m.

Le Pin de montagne croît aussi en denses peuplements dans les tourbières du Jura, et l'on peut s' étonner qu' un arbre habitant les endroits rocheux à sol sec puisse également vivre sui les terrains tourbeux gorgés d' eau. C' est que la tourbe est un corps qui vis-à-vis de l' eau possède un grand pouvoir de rétention; l' eau qu' elle contient, elle l' abandonne difficilement. Elle constitue de la sorte un milieu physiologiquement sec. Les pins qui y élisent domicile se trouvent donc dans des conditions assez semblables à celles qui régnent dans les lieux secs. D' autre part, la tourbe est un milieu froid, acide, pauvre en matières nourricières, aussi l' accroissement des pins y est-il d' une extrême lenteur. La preuve? Un individu haut de 3 m ., mesurant 6 cm. de diamètre à 10 cm. au-dessus du sol, était âgé de 85 ans. Ces bois de pins des tourbières vous donnent la même sensation sévère, mélancolique que celui de Finges et quand on en sort, que l'on revient à la lumière, on se sent comme déchargé d' une oppression.

On connaît une variété rampante du pin de montagne: le Pin couché. Ses représentants sont courts, ramassés et peuplent souvent les couloirs d' ava dont ils protègent le sol contre l' érosion, de même les pentes rocheuses de certaines zones des Alpes calcaires. On peut en observer de magnifiques formations dans le Parc national, en particulier dans le Val Cluozza où ils croissent en fourrés touffus, quasi impénétrables, à l' intérieur desquels au temps jadis les ours avaient leur repaire. Pendant l' hiver, ces pins sont aplatis sous la neige, mais l' été venu, ils se redressent, fleurissent et fructifient. Et l'on ne peut qu' admirer leur résistance, leur faculté d' adaptation aux conditions d' existence que leur impose la nature.

Plusieurs espèces de pins d' origine étrangère ont été introduites en Suisse, non seulement dans les parcs et jardins, mais aussi dans les forêts. Au nombre de ces derniers, citons le Pin de Weymouth ( Pinus strobus ), aux longs cônes cylindriques, et le Pin d' Autriche ou Pin noir ( Pinus austriaca ), caractérisé par son écorce d' un gris foncé, ses aiguilles grosses et assez longues, dont on peut voir un peuplement étendu et prospère contre la pente qui vers l' ouest domine la ville et le Lac de Bienne.

Nos pins indigènes n' ont qu' une lointaine parenté avec leurs congénères des régions méditerranéennes, entre autres le Pin parasol ( Pinus Pinea ) à la couronne largement étalée en forme de parasol et le Pin maritime ( Pinus Pinaster ) dont les aiguilles atteignent jusqu' à 20 cm. de longueur, arbres qui communiquent une physionomie particulière aux sites du Midi et auprès desquels les nôtres font figure modeste. Mais ce n' est pas là une raison pour les mépriser. Nos pins indigènes, ce sont des produits de notre terre, créés par la nature qui, en leur donnant la vie, les a adaptés aux exigences de notre climat.

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