Les travaux du botaniste

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PAR CHARLES TERRIER

Avant que l' expédition ne prenne le départ pour le Pérou, le botaniste éprouvait quelque appréhension. Pour lui, la question se posait de savoir si, à l' époque choisie - fin de l' automne, début de l' hiver -, favorable aux ascensions des alpinistes, la végétation des Andes déploierait encore ses fastes ou si, au contraire, les plantes des hautes altitudes ne seraient pas déjà plongées dans un repos hivernal. Il est évident que, vu la position géographique de la Cordillère de Vilcabamba, on pouvait s' attendre à rencontrer dans les régions basses, et quelle que fit la saison, la flore exubérante des régions subéquatoriales. Mais, c' est la flore des montagnes qui nous intéressait au premier chef. Notre intention n' était pas d' en faire une étude approfondie, mais de récolter des champignons microscopiques, des micromycètes, vivant en parasites sur les végétaux supérieurs.

Nous rechercherions avant tout ceux du groupe des Urédinées ou Rouilles, nom qui leur a été donne du fait que ces champignons se manifestent habituellement sur les plantes parasitées sous forme de taches minuscules, de couleur analogue à celle que produit la rouille sur une pièce de fer. Nous étions convaincu d' avance que dans ce domaine nos récoltes seraient intéressantes. En effet, la liste des champignons parasites dont la présence a été reconnue au Pérou jusqu' ici laisse supposer qu' elle doit être fort incomplète et que, par conséquent, il doit être possible de découvrir dans ce pays une quantité d' espèces non encore signalées. A notre connaissance, les mycologues qui y ont herborisé se sont limités, dans la plupart des cas, à prospecter des endroits d' accès facile à proximité des grandes voies de communication. Peu d' entre eux, semble-t-il, ont étudié les parasites des végétaux croissant à haute altitude dans les montagnes éloignées des grands centres. Si nous accompagnions les alpinistes jusqu' à la limite supérieure de la végétation, dans des régions restées inexplorées jusqu' ici, nous aurions certainement la chance de recueillir des espèces encore inconnues au Pérou et très probablement aussi des espèces non encore décrites, donc nouvelles pour la science. Comme la détermination d' une rouille ne peut être faite sans identification préalable de l' hôte qui l' héberge, il est indispensable de récolter, dans la mesure du possible, les spécimens parasites à un stade de végétation qui permette précisément leur identification. Serait-ce possible à l' époque où l' expédition serait à pied d' oeuvre?

En plus de ce travail mycologique, nous nous étions assigné de rapporter des graines, non pas spécialement en vue d' en obtenir des plantes susceptibles d' être cultivées chez nous comme plantes d' ornement ou à titre de curiosités, mais pour en faire l' étude caryologique, en déterminer le nombre chromosomique. Chacun sait que tout organisme vivant possède dans chacune de ses cellules un noyau et que celui-ci renferme un nombre déterminé de chromosomes, c'est-à-dire de corpuscules où se trouvent localisés les gènes ou facteurs d' hérédité. Or, on possède encore actuellement fort peu de renseignements sur les nombres chromosomiques des végétaux des hautes altitudes de l' Amérique du Sud. Pour autant que les graines que nous rapporterions voudraient bien germer, donner naissance à des plantes et celles-ci se laisser cultiver, il serait possible par la suite de procéder l' étude prévue.

Il va sans dire que ces tâches particulières ne nous empêcheraient pas de considérer la flore en général. Mais nous savions, par les descriptions qu' en donne Weberbauer dans son ouvrage Die Pflanzenwelt der peruanischen Anden, paru en 1911, réédité et traduit en espagnol en 1945, que la végétation en face de laquelle nous nous trouverions produirait en nous le plus grand dépaysement. Ce fut bien le cas.

Si, vue de loin, la région andine paraît recouverte d' un tapis végétal ne différant pas beaucoup de celui que nous connaissons dans nos Alpes, vue de près, aucun de ses éléments n' est identique à ceux de notre flore. Le plus souvent, on se trouve dans l' impossibilité de reconnaître sur le champ la famille à laquelle appartient la plante que l'on a devant les yeux. Parfois, on est en mesure de lui assigner un genre et, tout à fait exceptionnellement, son nom spécifique. Quelle différence entre les descriptions et la réalité, entre les dessins au trait ou les photographies en noir et blanc reproduits dans les manuels, et les spécimens vivants! Que les couleurs sont vives comparées à celles des échantillons d' herbiers! Il n' y a rien d' étonnant que les alpinistes aient été fort surpris en constatant l' ignorance et l' embarras du botaniste qui les accompagnait. Mais celui-ci éprouvait un certain soulagement de devoir se contenter, momentanément, d' admirer les plantes sans les affubler de noms latins plus ou moins bien choisis. Du même coup, il se rendait compte que les appréhensions qu' il avait eues avant le départ et même encore en survolant le pays, n' étaient pas justifiées: les Andes étaient en fleurs.

Il eût été intéressant de pouvoir procéder immédiatement à l' identification de quelques-unes au moins de ces dernières. Malheureusement, nous étions démuni, car il n' existe pas de « Flore de poche » du Pérou, ni scientifique, ni même de vulgarisation. Un ouvrage, comparable à ceux, si nombreux chez nous, grâce auxquels il est possible de déterminer les plantes les plus fréquentes et les plus remarquables par comparaison avec des illustrations en couleurs, fait totalement défaut dans ce pays. Apparemment, les Péruviens ne se préoccupent pas de savoir de quel nom les hommes de science ont baptisé ne fût-ce que les « simples » fréquemment employés par les habitants des montagnes pour la préparation de tisanes ou de remèdes. Par ailleurs, il ne semble pas que se fasse sentir la nécessité d' éditer, à l' intention des touristes qui se rendent au Pérou, une petite flore illustrée des Andes, car ils y sont attirés quasi uniquement par les imposants vestiges de la civilisation des Incas. L' absence d' un tel ouvrage est regrettable, car, en fait, la nature a pare les Cordillères de fleurs qui, par leur beauté, ne le cèdent en rien à celles de nos Alpes.

Evidemment, nous ne saurions généraliser, puisque nous n' avons parcouru qu' un tout petit territoire des Andes, soit la partie de la Cordillère de Vilcabamba limitée au sud et à l' ouest par la profonde coupure au fond de laquelle coule le Rio Apurimac, à l' est et au nord-est par la gorge encaissée du Rio Urubamba, et au nord par la vallée de Vilcabamba et son prolongement en direction ouest. Il serait osé de déduire des observations faites pendant notre bref séjour que la parure florale se maintient durant toute l' année telle que nous l' avons vue. Mais dans ce secteur au relief très accidenté, où l' altitude varie entre 1200 m au bord de l' Apurimac à quelque 6000 m au sommet des nevados gravis par les alpinistes, où les montagnes sont séparées par d' impressionnants ravins dirigés en tous sens, le sol offre à la végétation, et quelle que soit l' altitude, toute la gamme des expositions possibles. Il n' y a donc rien d' étonnant si l'on y rencontre les types de végétation les plus variés, allant de celui de la forêt equatoriale dans les régions basses, où est pratiquée la culture de la canne à sucre, des agrumes, du caféier, du bananier, à celui des pionniers s' installant à la limite des neiges persistantes, et s' il est possible d' y trouver en toute saison des fleurs en plein épanouissement.

Deux facteurs doivent certainement influencer notablement la composition de la flore de cette région. Premièrement, la nature du sol et, deuxièmement, le taux élevé de l' humidité de l' air.

Dans sa majeure partie, le sol a une faible teneur en calcaire. Il est donc probable qu' il s' en un appauvrissement quant au nombre des espèces qui seraient susceptibles de s' installer et de croître dans ce secteur. Au premier abord, on a pourtant l' impression que la flore est très riche. Cela vient de ce qu' au début, chaque espèce végétale attire notre attention, parce qu' elle nous est inconnue. Mais après avoir effectué quelques excursions, on s' aperçoit que leur nombre est moins élevé qu' on ne le supposait. Ceci est vrai surtout en ce qui concerne les plantes croissant au-dessus de la limite supérieure de la forêt, limite qui se situe vers 4200-4500 m sur les versants exposés au sud, donc à l' ubac ( car, ne l' oublions pas, nous nous trouvons au sud de l' équateur ) et vers 3600 à 3800 m sur les versants ensoleillés.

Les faits suivants laissent penser que la composition de la flore de la région parcourue doit être largement influencée par la forte humidité de l' atmosphère. Tandis qu' au sud de l' Apurimac le flanc des versants se présente jusque vers 4000 m comme un damier dont les cases ne sont autre chose que des champs de céréales, dans notre secteur, les pentes sont couvertes de pâturages parsemés, çà et là au voisinage des habitations, de champs de pommes de terre. Nous ne pensons pas que cette différence provienne simplement de ce que les habitants de la Cordillère de Vilcabamba seraient moins à même de cultiver les céréales que leurs voisins du sud. Ce doit être le climat qui les en empêche. Cette chaîne de montagnes constitue le premier obstacle contre lequel viennent buter et se condenser les masses d' air chaud et humide provenant du bassin supérieur de l' Amazone. Mais il ne semble pas qu' elles soient entraînées par des courants violents. En effet, nulle part à la limite supérieure de la forêt on ne voit des arbres au port tourmenté, témoignant de la lutte qu' ils auraient à soutenir parfois contre l' impétuosité des vents et des éléments déchaînés. Il est vrai cependant qu' à cette altitude les arbres sont en général petits, n' atteignent que quelques mètres de hauteur, et n' ont pas la majesté de nos aroles ou de nos mélèzes. Du reste, dans ce secteur, il n' existe aucun conifère.

Il ne saurait être question que nous donnions ici un aperçu, même succinct, des divers types de végétation rencontrés durant notre périple; car, ainsi que nous l' avons déjà dit, notre tâche n' était pas de les étudier spécialement et, d' autre part, nous nous sommes trouvé en face d' un monde végétal qui nous était, à peu de chose près, totalement étranger. Nous nous bornerons donc à évoquer ce qui nous a le plus frappé, et nous le ferons en accord avec l' itinéraire suivi.

En quittant Mollepata pour Pampa Soray, notre premier sujet d' étonnement est de constater que l' arbuste dont les fleurs donnent à la végétation buissonnante tapissant le flanc de la vallée que nous remontons une dominante bleu pâle, est un Lupin. C' est la première fois que nous en voyons une espèce ligneuse. Plus haut, au sortir de l' étage des buissons, vers 3600 m, les coteaux ensoleillés sont peuplés de colonies étendues d' une plante dont la fleur ressemble à celle d' une marguerite des prés. Mais, ses capitules de trois à quatre centimètres de diamètre ne sont pas supportés par une tige. Ils fleurissent au ras du sol au milieu d' une touffe de feuilles en lanières étroites, épaisses et de couleur glauque: c' est Werneria nubigena. Celle-ci doit vraisemblablement son nom spécifique au fait qu' elle croît à l' altitude à laquelle flottent habituellement les brouillards ou les nuages. Au col du Salcantay, vers 4600 m, nous sommes surpris de découvrir, disséminées dans les pierriers, d' innombrables touffes en coussinet d' une plante aux feuilles petites, découpées, velues, portant des fleurs d' environ deux centimètres de diamètre, bien épanouies, de couleur rouge vineux, dont l' aspect rappelle celui de nos Mauves. C' est en effet une Malvacée du genre Nototriche. Passé le col, en descendant la vallée qui conduit à Colcapampa, nous frôlons constamment de grosses grappes de fleurs délicates, d' un jaune soufre, en forme de petits sabots: ce sont des Calcéolaires. Tout à coup nous apercevons une liane dont les feuilles semblent être celles d' une sorte de haricot. Mais contre toute attente, ses fruits ne sont pas des légumes, mais de jolies petites « tomates » bien colorées, de la grosseur d' une noix. Tout le long du chemin, une fleur au ton chaud, jaune orange, nous tient compagnie. Ne serait-ce pas une espèce affine de nos anémones? Non, c' est une Composée, un Bidens. Au col de Yanama, une plante étrange monte la garde. Haute de 30 à 40 cm, aux feuilles dressées, étroites et longues, surmontée d' un gros capitule penché, de 3-5 cm de diamètre, c' est encore une Composée, mais du genre Culcitium. Elle paraît craindre les frimas et pour s' en protéger elle s' enmitoufle dans une « canadienne » de poils laineux blanc jaunâtre. A Yanama, nous apprenons à nos dépens que cette mauvaise herbe, qui abonde partout le long des chemins au voisinage des endroits habités et dont les jolies fleurs blanches évoquent celles de nos narcisses, sait se défendre contre quiconque cherche à lui porter atteinte. Cette Loasacée est munie d' une quantité de poils urticants dont le contact provoque des brûlures en regard desquelles celles causées par nos orties ne sont que des caresses. En aval de cette hacienda, le fouillis des buissons est dominé par une graminée ( Chusquea ) voisine des bambous, dont la tige, longue de plusieurs mètres et retombante, porte à chacun de ses nœuds une touffe de feuilles et de tiges florifères. En reprenant de l' altitude, en direction du Choquetacarpo, les sous-bois nous offrent des Gentianes à la gorge ciliée et des Lobelia, à fleur solitaire au sommet d' une longue tige dégarnie de feuilles. A Tincoc, les maisons se tiennent sous la protection des Eucalyptus, tandis que dans les jardins fleurissent les roses et les pêchers. Curieux, de trouver ces plantes d' origine lointaine en ce lieu écarté! Montons à Vilcabamba. Les haies foisonnent d' un buisson portant de grandes grappes de fleurs d' un rose tendre. L' aspect caractéristique des feuilles nous indique que ce ne peut être qu' une Mélastomatacée. Une proche parente a des corolles d' un bleu violacé en forme de tubes. Un autre buisson attire notre attention par ses fleurs pendantes, semblables à un parapluie à demi fermé, gris cendré à l' extérieur et violet foncé sale à l' intérieur. A Vilcabamba, les murs entourant la place de l' église disparaissent sous la verdure d' une Labiée aux fleurs rouge vif, d' environ 3 cm de longueur. A juger par son odeur, ce doit être un Stachys. Sur les pentes environnantes, des buissons servent d' étais à une Valériane grimpante à grosses inflorescences blanches qui distillent l' odeur caractéristique de ce genre botanique. Dans la vallée du Rio Mayorina, nous sommes surpris à la vue des buttes tantôt étendues, tantôt très bombées, que forment les rosettes de feuilles dentelées d' une petite umbellifere, dont les fleurs minuscules n' émergent pas du sol. Cette curieuse formation est le fait d' un Azorella. Aux abords du lac Negrococha, sur la pente au sommet de laquelle est installé le camp provisoire, deux plantes bizarres croissent côte à côte. L' une, de teinte rose rouge, nous rappelle un Lycopodium. C' est peut-être celui dont le nom spécifique signifie « queue de saurien », nom qui, dans le cas particulier, ne serait pas mal choisi. Quant à l' autre, on la prendrait pour une espèce de thuya, mais comme il n' y a pas de conifères dans les parages, ce ne peut être cela. Non, c' est une Composée et selon toute probabilité le Loricaria, faux-thuya.

Inspectons les environs du camp de base de Camballa. A voir tout ce qui fleurit dans ce secteur, nous nous demandons si nous sommes effectivement en automne et non au printemps. Enumérer tout ce que nous y avons vu serait fastidieux. Ce qui suscite ici notre étonnement, c' est l' abon et la diversité des représentants de la famille des Composées qui peuplent l' étage andin. Mais on y chercherait vainement une forme comparable à l' Edelweiss de nos Alpes. Et pourtant il y a une multitude de formes, tant dans les escarpements rocheux que dans les éboulis, tant sur les pentes herbeuses que dans les buissons et dans la forêt. Les espèces des rochers voisinent avec des Nototriche, celles des moraines avec un Ephedra, celles des éboulis avec des Valé-rianes, celles des gazons humides avec des Gentianes délicates aux fleurs pareilles à celles des Myosotis ou à corolle verte demeurant fermée. Nous passons sous silence les Graminées, mais nous n' omettrons pas cette plante qui croît dans les fissures de rocher et attire de loin le regard par ses fleurs d' un rouge orangé vif, disposées en bouquets serrés. Il s' agit vraisemblablement d' un Fuchsia qui offre la particularité de perdre ses feuilles au moment de la floraison. Quittons ces hauts lieux pour descendre en direction d' Arma. Quels sont ces arbres qui presque tous portent de grands bouquets d' un rouge éclatant? Erreur, ce ne sont pas leurs propres fleurs, mais celles de plantes auxquelles ils servent de support. Et à Arma, nous retrouvons la végétation arbustive où dominent également les Composées. Partons en direction de Choquetira. Après avoir passé un premier col, nous découvrons non seulement le versant sud de l' imposant Nevado Panta, mais un spectacle étrange, celui qui sans conteste nous a cause la plus vive émotion. Au loin, en face de nous, sur le versant ensoleillé de la vallée qui se dirige vers le sud, nous apercevons tout un peuplement d' une plante qui nous paraît d' un autre âge. Les plus grands exemplaires ont un tronc d' environ 4 m de haut portant à sa partie supérieure une énorme touffe de feuilles étroites retombantes, le tout surmonté d' une inflorescence en massue très élancée d' environ 6 m de hauteur. Il n' y a pas de doute, c' est la plante que nous connaissons pour en avoir vu des photographies dans l' ouvrage de Weberbauer, c' est Puya Raimondi, une Broméliacée, famille à laquelle appartient l' ananas.

Jamais nous n' aurions pensé la recontrer au cours de notre voyage et, surtout, nous ne nous imaginions pas qu' elle pût croître si proche des montagnes enneigées.

Montons au col qui nous donnera accès à la vallée du Rio Monochayoc. Le promontoire qui flanque ce passage est jaune d' une végétation dense d' un Hypochoeris que l'on identifierait à un pissenlit s' il n' était acaule. Passé le col, une magnifique Gentiane, à corolle fermée, de couleur rouge sang, égaie les gazons humides. En aval de Choquetira, nous reprenons contact avec la forêt buissonnante L' altitude baisse rapidement et nous le constatons à la végétation qui se modifie rapidement, prenant toujours plus un caractère de forêt « vierge » avec ses plantes grimpantes et ses épiphytes. Nous passons auprès d' Orchidées qui malheureusement ne sont pas en fleurs. En compensation nous pouvons admirer de jolis buissons de Fuchsia à petites fleurs rouges et d' autres plantes auxquelles nous ne saurions donner de noms pour le moment.

En approchant de Pacaypata, après avoir suivi la haute route qui court sur le versant droit de la vallée encaissée de l' Apurimac, notre attention est attirée par un arbre portant des fleurs semblables, mais plus grandes que celles de notre liseron blanc des jardins. Ici encore ce ne sont pas les fleurs de cet arbre, mais celles d' une liane de la famille des Convolvulacées, probablement un Ipomoea. Nous rencontrons aussi et pour la première fois un Iris élancé, de teinte jaune d' or, qui pousse parmi les hautes Graminées des pentes très escarpées. A Pacaypata et plus bas, en direction de l' Apurimac, les plantes en fleurs se font plus rares. Nous ne connaissons plus rien de la végétation, si ce n' est quelques Légumineuses au nombre desquelles il faut citer une espèce de Mimosa aux rameaux épineux. Malheureusement, une pluie equatoriale nous tient compagnie alors que nous montons de Pacaypata à Occoro, ce qui nous empêche d' admirer tout à loisir la plus belle forêt sans doute que nous ayons parcourue, et dans laquelle nous pouvions voir pour la première fois des fougères arborescentes, aux dimensions impressionnantes, voisinant avec des arbres vraiment dignes de ce nom.

Sur le chemin du retour à Tincoc par Arma et le col de Chuquito, rien ne mérite d' être signalé, sinon que l'on s' aperçoit que la saison avance. Certaines essences arbustives se sont dépouillées d' une partie, si ce n' est de la totalité de leurs feuilles, et les gazons en altitude sont encore plus roux qu' à l' aller. Quant aux cols, ils sont enneigés. Ce n' est qu' à l' approche de Tincoc que nous retrouvons des buissons de Fuchsia et de Melastomatacées en fleurs. Et, sur les arbustes bordant le chemin s' élèvent des Mutisia aux magnifiques capitules à ligules rouge rose repliées, aux feuilles terminées par des vrilles, caractère que l'on ne connaît pas chez les Composées de chez nous. En remontant en direction du Choquetacarpo, nous sommes fort surpris de voir certains arbres portant des fleurs absolument pareilles à celles des pommes de terre. Nous ne les avions pas remarqués à l' aller, tout comme nous n' avions pas vu au sud de ce col, vers 4000 m, cette espèce de trolle aux pétales rouge sang. Et phénomène curieux, cette plante fleurit, bien que le sol soit gelé et qu' à cette saison il ne soit plus du tout exposé aux rayons du soleil. Du reste, nous avions déjà observé le même phénomène pour d' autres plantes, par exemple les Nototriche, Werneriapygmaea et d' autres, alors que nous nous trouvions au camp de base de Camballa. Il nous faut rejoindre Colcapampa par Yanama pour retrouver, dans la vallée qui aboutit à Huadquina, une flore que nous ne connaissons pas encore. Dans un fourré, nous récoltons une plante proche parente des Tradescantia que l'on cultive chez nous en appartement sous le nom de « Misère ». Nous retrouvons des Cal-céolaires, mais ce sont d' autres espèces que celles que nous avons vues jusqu' ici. Cela n' a rien de surprenant puisqu' on en compte environ une soixantaine d' espèces au Pérou, si ce n' est pas davantage. Plus en aval, les buissons sont envahis par un Begonia qui atteint par endroit plus de deux mètres de haut. Et nous retrouvons quantité de buissons appartenant à la famille des Com- posées, dont une espèce exhale un parfum de vanille Puis, tout à coup, dans le maquis inextricable semble-t-il, une trouée faite par la main de l' homme. C' est l' emplacement qui servira sous peu à une plantation de bananiers. Quelle surprise de voir ces cultures à flanc de coteau, vers 2000 m! Plus bas, un bonhomme procède à la récolte du café sur de jeunes arbres qui voisinent avec des orangers, dont les fruits iront s' amonceler en vrac à la station terminus du chemin de fer qui les emportera vers Cuzco.

Cette brève enumeration ne peut évidemment donner qu' un pâle reflet de la végétation rencontrée au cours de notre séjour dans cette partie du département de Cuzco et moins encore de ce qu' elle peut être tout au long de l' année. Nous sommes convaincu de n' avoir récolté qu' une infime partie des plantes qui croissent dans ce secteur puisque nous n' avons rapporté que quelque cinq cents échantillons. Il serait prématuré de prétendre que parmi ceux-ci se trouvent des espèces phanéro-gamiques nouvelles. Nous ne le saurons que lorsque chacun d' eux aura été examiné soigneusement par un ou des spécialistes, ce qui demandera un certain temps. Il en sera de même pour les parasites. Mais nous pouvons déjà dire, d' après ceux que nous avons pu étudier parmi les 240 spécimens de rouilles, auxquels s' ajoutent une vingtaine d' autres micromycètes, qui constituent notre « moisson », que nous avons certainement mis la main sur un certain nombre de parasites nouveaux pour le territoire péruvien et que d' autres peuvent être considérés comme nouveaux pour la science. En plus de ce matériel desséché, nous avons recueilli environ quatre-vingts échantillons de graines dont près des trois quarts ont déjà germé, ce qui laisse entrevoir qu' il sera possible sans doute de procéder à l' étude caryologique envisagée.

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