Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses

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Soixante-dixième Rapport — 1949Par P.L. Mercanton

Avec 4 illustrations ( 58—61 ) L' enneigement alpin en 1948/49 Octobre 1948, trop chaud, a prolongé un peu le désenneigement, plutôt déficient d' ailleurs, de l' année nivométrique 1947/48. Le réenneigement de 1948/49 n' a commencé qu' en novembre. Il est demeuré très faible jusqu' à la mi-janvier et a été contrarié encore par l' insolation excessive de février. Il a fallu les chutes de neige copieuses du 15 au 20 mars, puis du 9 au 15 avril 1949 pour amener l' enneigement à son plus haut point. Les maxima sont d' ailleurs restés très inférieurs à ceux de l' année précédente: Säntis ( 2350 m. ) 2,5 au lieu de 4,5 m.; Weissfluhjoch ( 2540 m. ) 1,7 au lieu de 2,9 m.

Sauf mars, légèrement trop froid, les mois d' hiver avaient été trop chauds; la même anomalie a affecté tout le reste de l' année nivométrique. De mai à août, l' excès a été au Säntis de 1,3° en moyenne et même de 2,8° en septembre. L' in a été énorme aussi tandis qu' en contrepartie les précipitations restaient de 20 à 25 % déficitaires. Seules les chutes de neige copieuses du 12 au 13 juillet enrayèrent un instant un désenneigement tenace qui a presque atteint les proportions de ceux, célèbres, de 1921 et 1947 l. Au Silvretta les résidus automnaux ont été négatifs pour les deux balises: —1,6 m. à l' inférieure et 1,95 m. à la supérieure ( 1948, respectivement: +2,3 et +3,0 m. ). Aux Clarides la balise supérieure marquait, cet automne, un résidu d' étiage de +0,2 m. tandis que l' inférieure a indiqué un désenneigement de -2,0 m. Au Jungfraufirn ( 3350 m .) la balise 3 ( Haefeli-Kasser ) a eu au début de juin un maximum d' enneigement de 3,96 m. et en automne un résidu de 1,95 m. seulement ( 1948 +5,1 ). Au nivomètre de l' Eis ( 3100 m .) le niveau d' étiage de la « gencive » glaciaire s' est abaissé de 6 m. ( 1948: 3 m.le maximum avait été à 13 m. au-dessus de l' étiage de 1948. Au Tsanfleuron ( 2850 ) l' abaissement a été de 3,2 m. tandis que non loin de là, au nivomètre des Diablerets ( 3030 m .) le niveau d' étiage descendait au degré 58, 10 m. au-dessous du 78 de l' automne précédent.

M. Oechslin a noté qu' au Bristenstock la couverture neigeuse annuelle est remontée, en septembre, jusqu' à 2420 m ., soit 80 m. plus haut qu' en 1948. Sur 14 glaciers uranais la limite d' étiage du névé ( Firnlinie ) était en moyenne à 2580 m., 5 m. plus haut que l' automne précédent. Le Dr Genssler a mesuré l' épaisseur de certains points saillants du revêtement glaciaire de la Bernina au moyen d' un téléscope rapprochant 45 fois — une méthode que le chroniqueur a préconisée depuis fort longtemps sans qu' elle ait rencontré encore toute l' at qu' elle mérite.Voici les constatations: vers 3100 m ., le Vadret da Misaun s' est désenneigé jusqu' au niveau de 1947; l' arête supérieure du Rosatsch ( 3120 m .) a baissé de 3,3 m. en dépit de son résidu positif, 1/2 m ., de 1948. Enfin sur les séracs du sommet central du Palü ( 3740 m .), il n' y avait plus qu' un résidu positif du même ordre où, en 1948, il a atteint +3 m.

1 W. Kuhn, Der Firnzuwachs pro 1948/49 in einigen schweizerischen Firngebieten XXXVI. Bericht der Meteorologischen Zentralanstalt, Zürich 1949.

On comprend ainsi que durant la saison froide 1948/49 l' avalanche ait fait peu parler d' elle; ses restes dans les vallons ont été insignifiants et tôt dissipés. Le 21 septembre on ne voyait plus trace de vieille neige dans la région de Gletsch, et l' immense amas qui persistait encore en automne 1948 devant le Gratschlucht, encombrant le sentier militaire et noyant nos repères glaciométriques a complètement disparu en 1949.Mercanton ) En résumé l' an 1949 a réduit à néant les espoirs de qui souhaitait le ré-emplissage de nos collecteurs glaciaires. Son enneigement a été fortement régressif jusqu' aux plus grandes altitudes.

Chronique des glaciers en 1949 Le retour, en 1949, de conditions climatiques très semblables à celles de 1947 et à peine moins anormales dans leur excès de chaleur et d' insolation et leur défaut de précipitations, a entraîné l' accentuation qu' on pouvait prévoir dans la déglaciation de nos montagnes. Non seulement le nombre des glaciers en retrait a augmenté, mais l' amplitude de leur recul aussi. Les rares cas de crue enregistrés concernent de petits glaciers de cirque. Quelques-uns même n' avaient pas été mensurés en 1948 et leur faible crue peut n' être que le résultat de la dissipation incomplète d' un avancement de 1948 plus fort. Voici, dans leur présentation accoutumée, les données recueillies sur 81 glaciers par nos fidèles collaborateurs, forestiers, membres de la Commission des Glaciers, clubistes, etc.:

Bassin du Rhône Tableau I Variations, en mètres, en Glaciers 1946/47 1947/48 1948/49 Rhône GratschluchtFieschAletschLangKaltwasserAllalinTällibodenSchwarzenbergOfentalFeeKessjenGornerZmuttFindetenTurtmannBrunneq Duran ( Tsinal)MorningBella-TolaMoiryFerpècleArollaTsigiorenouveDuran ( Seillon)LendarreyGrand DésertMont FortValsorey

- 46 - 10,5 - 24 - 12,5 - 140 - 24 - 38 - 29,5 - 5 - 19 - 64,5 ( 4 ans178,5 ( 4 ans14,5 - 16,5 - 4 - 20>5 - 920 - 21,5 - 23 - 9 - 5 - 27,e - 13 - 9,5 - 20 env.

- X - 4 - 7 -110 ( 2 ans5 - 4 - 4 - 3 - 11,5 - 2 -15,5 I24 - 2 -19 - 8 - 3,5 - 7 - 1,5 - 13,5 - 17 3 ( 2 ans3 - 9 - 6,5 0 - 37 - 22 - 32 - 4,5 - 9 - 12 ( 2 ans41 - 55 - 20 - 42 - 12 - 19,5 - 8 - 23 - 23 ( 2 ans29 - 13,5 - 28 - 11 - 13 6 - 19,5 - 10 - 3 - 23 -9 - 8 - 23 - 13,5 - 8 Tableau I ( suiteVariations, en mètres, en Glaciers1946/471947/481948/49 Saleinaz321828 Trient171528 Grand Plan-Névé 36211 Petit Plan-Névé18028 Martinets136 Prapioz8812 ( 2 ans ) Scex-Rouge913 ( 2 ans ) Paneyrossaz331 ( 6 ans3,5x Sauf un amaigrissement général, bien discernable sur le pourtour de sa cataracte, l' aspect du glacier du Rhône n' a guère changé. Son extrémité s' est enfoncée un peu davantage dans sa gorge, et sur le flanc gauche un éboulement de glace ( visible dans la figure 4 ) souligne bien la décrépitude de la nappe. De plus en plus crevassée, celle-ci laisse de mieux en mieux deviner les irrégularités de son lit de roche compacte. Ici les mensurations directes ont dû faire place, dès 1947, à la photogrammétrie qui nous a fourni pour toute la cataracte vue du repère 53 Rh. V. W., sous le Längisgrat, des données satisfaisantes. En voici le sommaire :Aires globales et variations en hectares Retraits moyens du pourtour, en m.

1947 12,180,8810,5 1948 11,301,7422 1949 9,56 Le Rhône sort du glacier au même point du flanc droit qu' en 1948, à quelque 2035 m .; il était encore très gros le 22 septembre. Au Belvédère, le constant amaigrissement du glacier s' exprime bien par l' abaissement graduel du rebord amont de sa cataracte. La distance du bord gauche au repère plombé ( réduite à l' horizon ) était le 21 septembre de 55 m. comme en 1948.Mercanton ) Ce même jour au Gratschlucht non seulement la plateforme du sentier militaire était absolument libre de vieille neige, mais on n' y voyait plus les lambeaux de glacier qui y croupissaient encore en 1947. Le front réel s' étend actuellement à 2580 m. environ, en un liseré régulier dominant le chemin militaire de quelque 90 m. Devant le nouveau repère ( 1948 ) le recul a été de 32 m. ( Mercanton ) Au Grand-Aletsch, le groupe Haefeli a continué l' étude du bilan hydraulique du glacier, du Jungfraufirn spécialement et aussi des conditions du « mouvement » sur son cours inférieur jusqu' en aval du lac de Märjelen. D' autre part la mission britannique Perutz-Seligman a obtenu de très intéressantes données de son forage de 136 m. poussé en 1948, jusqu' au lit, à travers le Jungfraufirn en dessous du Col. Des mesures d' inclinaison en différents points de son tubage ont montré qu' à cet endroit la vitesse d' écoulement des glaces va décroissant graduellement à partir de la surface; à quelque 130 m. de profondeur elle n' était plus que les 45 % de celle à l' orifice du puits ( 38 m./an ).

L' énorme recul de l' Allalin provient d' un éboulement massif de ses glaces frontales, mal soutenues sur un lit escarpé ( Hœck ). C' est ce même phénomène qui a provoqué, le 11 août, l' effroyable catastrophe du glacier du Tour, coûtant la vie à une dizaine de personnes; l' éboulement a jeté dans la vallée de Chamonix un tiers de km3 de glace et de moraine.

L' étroite et confiante collaboration qui s' est établie d' emblée entre l' Energie Ouest Suisse ( EOS ) et la Commission helvétique des glaciers dès le début des prospections glaciologiques pour la réalisation de la « Grande Dixence », s' est maintenue en 1949 au grand piofit de la physique glaciaire notamment dont les spécialistes ont eu le plus large accès aux précieux matériaux recueillis. Voici, dans ses grands traits, l' œuvre si méritoire accomplie par l' EOS en 1949 d' après la documentation obligeamment mise à ma disposition par M. le Directeur Lorétan que j' en remercie ici:

Au glacier de Gorner le réseau de balises installé en 1948 a donné la plus complète image de l' ablation d' un grand appareil alpin obtenue à ce jour de même que les sondages sismiques avaient fourni dès 1948 le premier levé détaillé du lit d' un grand glacier ( 11 km2 ), levé que M. Süsstrunk, actif collaborateur aux sondages de la Commission des glaciers à l' Unteraar déjà, a parachevé pour l' extrémité encaissée du Gorner dite le Boden. En outre les déplacements de ces balises nous ont apporté le tableau non seulement annuel, mais encore saisonnier du mouvement superficiel; ces mesures confirment l' accélération, déjà reconnue ailleurs, du dissipateur glaciaire durant la saison chaude.

Une œuvre particulièrement instructive s' est accomplie au Zmutt, dans la langue duquel EOS a creusé une galerie horizontale, longue de l.1 km. à partir du nouveau front ( le torrent a en effet coupé de la langue un lambeau terminal, long de 800 m ., large de 120, épais de 10, devenu du glacier « mort », Renaud ). Cette galerie axiale a servi de laboratoire bienvenu aux études du mouvement des glaces ( Haefeli, Kasser ) et de leur structure granulaire ( Renaud ). D' autre part, M. Süsstrunk, utilisant maintenant le dispositif de sondage sismique à détecteurs électromagnétiques multiples et à grande amplification ( plusieurs centaines de mille fois ) a obtenu là, entre 2400 et 2700 m. d' altitude et sur 3 km2, 600 sondes intéressant le confluent des cours du Tiefmatten et du Schönbühl avec le Zmutt; les épaisseurs maxima ont varié entre 120 et 225 m. Ces sondages, exécutés pour EOS par Knecht et Süsstrunk, S.A.Z.urich, et complétés par la détermination de l' épaisseur d' alluvion devant le front ( 100 m. en moyenne ) comme aussi par des forages au sondeur à eau chaude Calciati sur le parcours de la galerie intraglaciaire, ont révélé des faits du plus haut intérêt: il semble que sur le lit rocheux en auge très ouverte du Zmutt repose un complexe de moraine ou de glace pétrie de cailloux pour 50 à 60 % de son volume. Le ralentissement du forage thermique dès 60-100 m. de profondeur, et aussi celui de la vitesse de propagation des ondes sismiques, suggèrent cette hypothèse. Se trouverait-on au Zmutt devant les vestiges d' une glaciation ancienne qu' une couverture morainique épaisse aurait partiellement conservée jusqu' à la récurrence d' englaciation de ces derniers siècles? Les glaces nouvellement arrivées se seraient étalées sur les anciennes, englobant leur revêtement morainique.

Les sondages au glacier du Mont Collon y font supposer un phénomène analogue: deux auges parallèles constituent, semble-t-il, le lit rocheux du Bas-glacier d' Arolla, à quelque 200 m. de profondeur, mais vers 60-80 m. au-dessus du lit, soit à 100-120 m. sous la surface actuelle, se révèle une nappe de cailloux. EOS a percé aussi une galerie à partir de l' extrémité de ce Bas-glacier d' Arolla, entre sol et glace, le long de la Borgne. Ici le glacier repose directement sur le cailloutis constituant son lit, sans intercalation de béton morainique. Ainsi, de jour en jour, la notion de moraine profonde enrobant uniformément le glacier s' effrite devant l' observation directe, pour faire place à celle de revêtements discontinus, minces et tout locaux.

Les investigations d' EOS ont comporté enfin un très gros travail de jaugeage des différents torrents glaciaires, travail particulièrement précieux, car il concerne une année d' ablation énorme.EOS ) Au front du Trient, qui se retire sans guère changer d' aspect, l' apport des glaces ne se faisait qu' à raison de 1,5 cm./jour, le 23 juillet 1949. ( Mercanton ) Bassin de l' Aar Tableau II Variations, en mètres, en Glaciers 1946/47 1947/48 1948/49 Oberaar

- 22,5 - 13,5 - 28 Unteraar

-17 - 23 - 23,5 Grindelwald Supérieur..

- 23 - 6 - X Grindelwald Inférieur...

- 32 - 25 - 19 Stein

0 0 Blümlisalp

- 7 - 12 - X Schwarz

1,5 0 0 Tsanfleuron

- 41 - 3 — 23 Rätzli

- 34 - 14,5 - 28,5 Gamchi

9 ( 2 ans8 Wildhorn

11 ( 3 ans ) Rosenlaui

- X - X - X Trift

x - X A l' Unteraar, l' ennoyage maximum du front a duré 26 jours, sur 320 m. de déploiement, et le lac a pu attaquer la glace durant 97 jours, amenant l' aban de 11 345 m2 de terrain, dans un recul moyen de 22,5 m. Hauteur de falaise et pente terminale du glacier n' ont guère changé. Le retrait a été de 18 m. sur la moitié nord du front; au centre, il a atteint 38 m. ( maximum 53 ). Plus au sud en revanche le changement a été insignifiant, on y a mesuré même une avance locale de 4 m .; mais la décrue a atteint 40 m. à la marge droite.

Sur le profil Inférieur, Brandlamm, de plus en plus incommode, la vitesse a augmenté, surtout au milieu, région, d' autre part, d' affaissement maximum depuis 1924. Au profil Supérieur, plus régulier, il y a eu à la fois ralentissement et abaissement. Le 13 septembre le bloc Hugi reposait à 366 m. en aval du profil; il a cheminé comme la glace ( 15,5 m. durant l' année ). Diminution aussi de vitesse sur le profil Pavillon Dollfus, avec quelques faibles augmentations locales. Sur le profil Mieselen augmentation de vitesse généralisée avec baisse de niveau. Il en a été de même sur les profils du Finsteraar et du Lauteraar, mais avec des irrégularités nombreuses. Les tableaux 3 et 4 complètent ces indications:

Tableau III Glacier d' Unteraar Glacier d' Unteraar 1948/49 Ecarts sur 1948 Vitesses superficielles en m./an Profils Altitudes m.

de cote, en m.

de section, en m2 moyennes écarts sur 1948 maximum moyenne maximum Grunerhorn, Finsteraar } 2580 - 3,0 - 4,5 - 3190 38,4 + 1,75 52,0 Wildläger, Lauteraar } 2535 - 3,3 - 5 - 3745 31,85 + 2,0 46,4 Mieselen..

2395 -3,6 - 6 - 5105 30,5 - o,9 43,4 Pavillon Dollfus } 2260 - 3,3 - 6 - 3450 24,85 -o,4 33,5 Brandlamm Supérieure } 2100 - 2,7 - 8,5 - 2500 11,7 - o,55 17,6 Brandlamm Inférieure } 1975 - 4,2 - 15 - 2835 6.65 + 0,45 14,3 Le tableau IV donne les quantités de glace dissipées à l' Unteraar en 1947/48 et 1948/49:

Tableau IV1947/481948/49 De front à front 382,000 m3208,000 m3 Du front au profil Brandlamm Inférieure.. 195,000351,000 De Brandlamm Inférieure à Brandlamm Supérieure1,867,0003,729,000 De Brandlamm Supérieure au Pavillon Dollfus2,713,0006,581,000 Du Pavillon Dollfus au Mieselenegg 3,250,00010,315,000 Total des masses dissipées 8,407,000 m3 21,184,000 m3 Excès sur l' année précédente-11.783.000 +12,777,000 Du profil Mieselen au profil du Lauteraar. 682.000 m3 9,268,000 m3 Du profil Mieselen au profil du Finsteraar. 1,924,0008,619,000 L' Oberaar a abandonné encore 12 475 m2, devant un front de 455 m. et dans un recul moyen de 25,5 m.; ce recul a atteint 30 et 32 m. ( maximum 65 ) de part et d' autre du centre. Devant le front s' érige, en avant-garde maintenant, le gigantesque cône de glace revêtu du cailloutis de plus en plus dense auquel il doit sa lointaine origine et sa persistance tenace. Malgré une baisse de 5 m. le sommet en domine encore de 30 m. le terrain avoisinant. Quatre profils transversaux, mensurés dès 1946 sur le glacier, ont fourni pour 1948/49 les données ci-après: abaissement moyen de la surface 3,0 m .; variation de la vitesse —0,3 m./an, vitesses moyennes de l' ordre de 10 m. pour les trois profils amont et 2,5 m. seulement pour le plus près du front; glace dissipée durant l' année: 6 950 000 m3 ( O. K. W.; Flotron ) 1949 a donné le coup de grâce au reliquat de la grande crue du début de ce siècle lequel, en 1948 encore, faisait aux glaces blanches du Grindelwald Supérieur, en avant d' elles sur le torrent, une manière de faux-front. Le 29 octobre, ce glacier « mort » longtemps préservé par son épais revêtement de pierraille, avait disparu quasi entièrement, laissant le terrain, devenu très abrupt, en pleine instabilité. On n' a pu qu' estimer, et à une trentaine de mètres, le recul du front où le cryoninémètre n' a indiqué qu' un mouvement de l' ordre du cm./j.

Au Grindelwald Inférieur, le 30 octobre, on a mesuré au piédroit de l' arche pontant la gorge un retrait de 19 m. et une vitesse d' apport des glaces de 6 cm./j. Le glissement des masses sur une saillie rocheuse avait ménagé sous ce piédroit un vide spacieux, voûté de glace très pure et que séparait seule du rocher une pellicule de glace pétrie de sable, épaisse de moins d' un centimètre. Il est frappant d' autre part, que le calcaire compact et fortement strié du lit se montre volontiers incrusté de sable très fin qui y adhère fortement et ne s' en détache apparemment qu' à la longue sous l' effet dissolvant des intempéries.

( Jost et Mercanton ) Au Gauli l' épave du Dakota ( décembre 1946 ) a définitivement sombré dans les glaces et ne reparaîtra pas de longtemps. Voici sa position précise en automne 1947, en coordonnées fédérales: Y = 654203; X = 163847; H = 3306 ( m .) m.

( Flotron ) Au Stein, le lagot préfrontal persiste tout en s' approfondissant; néanmoins le glacier est plutôt stationnaire encore.

La masse rocheuse qui divise le Rosenlaui s' est déglaciée davantage. La décrue a été 10-15 m. au lobe droit du front.Campiche ) Tableau V Bassin de la Reuss Variations, en mètres, en Glaciers d' Uri 1946/47 1947/48 1948/49 Griess ( Unterschächen4,5 10,5 - 11 Kartigel - 7 - 1 — Wallenbühl ( Voralp18 - 4,5 - 10 Kehlen - 32,5 - 17,5 - 23 Schlossberg - 20,5 - 12,5 - 27 Hüfi - 14,5 - 24 - 33 Brunni - 18 - 4 - 21 Schiessbach - 38 4 - 18 Damma - 12 - 11 - 18 Ste-Anna - 6 - 27 - 9 Tiefen - 11 ( 2 ans ) -12 - 15 Firnälpli E - 14,5 7 — Griess ( Obwalden53 ( 4 ans ) 4,5 — La surface du Griess n' est plus qu' une nappe de cailloux; seul l' abrupt terminal laisse entrevoir la glace. Au Schlossberg, le vrai front a reculé et le nourrissage du glacier « régénéré », au pied des rochers, s' en trouve amoindri. La langue de l' Hüfi est maintenant à 79 m. du bord de l' abîme, deux fois plus loin qu' en 1948; il a découvert ainsi la naissance de la gorge. Tout le glacier s' est anémié. Le Brunni est très crevassé. Le revêtement morainique du Wallenbühl s' est épaissi par résurgence des cailloux pris dans la masse glaciaire; sur le Schiessbach, trop incliné, ils ne peuvent tenir et vont s' accumuler entre son extrémité et la moraine frontale de 1938. Au St-Anna, une crevasse dont la profondeur avait été mesurée déjà en 1939, a permis de calculer là ( 2500 m .) une ablation moyenne de 0,9 m./an ( Oechslin ). Notre collègue fait la remarque judicieuse que la déglaciation générale est en passe de porter un tort sérieux à certains pâturages en tarissant leurs sources.

Bassin de la Linth Tableau VI Variations, en mètres, en Glaciers 1946/47 1947/48 1948/49 Sulz - 5„ 3 - x Bifertenx Glärnisch - 40 ( 2 ans9 - x Bassin du Rhin Punleglas - 42,5 ( 2 ans12,5 - 60,5 Vorab - 33 20 - 43 Lavaz - 22,5 0 - 18 Porchabella - 41 - 14 - 26 Verstankla - 56 - 13 - 21 Lenta - 19 - 7 - 5 Schwarzhorn - 17,5 0 - 7,5 Piz Sol - 73,56,5 ( 2 ans ) Sardona - 25 28 - 24 Paradies - 46 - 62 - 4 Suretta — 0 ( 2 ans23 Bassin de l' Inn Roseg - 12,5 - 8,5 - x Morterasch - 47,5 - 12,5 - 19 Tschierva - 13 - 11 - 13 Tableau VI ( suite ) Variations, en mètres, en Glaciers de l' Inn ( suite ) 1946/47 1947/48 1948/49 Tiatscha - 30,5X Lischanna - 17,5 ,15 ( 2 ans ) Picuogl.

- 13 - 6)6 - 14,, Glaciers Bassin de l' Adda Forno - 30,5 - 28)6 - 40 Bassin du Tessili Rossboden - 1,5 0 - 11 Basodino - 116!

( 144,6 ) 2!

- 78 Bresciana - 105 ( 2 ans18)6 ( 2 ans ) Pour le Piz Sol les données +53 ( 1948 ) et —80 ( 1949 ) sont remplacées ici par le chiffre global de variation des deux années, car la première, +53, tout à fait en désaccord avec les constatations faites généralement ailleurs impose l' idée que la mesure de 1948 a porté en réalité sur un reliquat neigeux de l' hiver précédent.

Le tableau VII récapitule les contrôles:

Tableau VII Nombre de glaciers Bassins observés en crue stationnaires en décrue Totaux

81 4 2 75 % en 1948

— 13 10 77 % en 1949

— 5 2 93 Différences en %

— 8 — 8 + 16 Conclusion: En 1949, de 100 glaciers des Alpes suisses, 5 étaient en crue, 2 étaient stationnaires et 93 étaient en décrue.

Epilogue: Ce rapport est le soixante-dixième d' une série créée en 1881 déjà par le génial F.A. Forel, qui a donné ainsi l' élan à la surveillance systématique des glaciers, de leurs variations spécialement. Maintenant ce contrôle s' étend graduellement aux appareils de notre globe entier sous l' impulsion continue de la Commission Internationale de la Neige et de la Glace ( UGGÌ ) qui a pris la succession de la Commission Internationale des Glaciers fondée aussi par Forel avec Marschall-Hall dès 1894. Météorologie comme hydrologie mondiales recueillent aujourd'hui le fruit de l' initiative du grand savant suisse.

Forel a rédigé seul ses quinze premiers rapports ( 1880-1894 ), avec feu Léon Du Pasquier ceux de 1895 et 1896, avec M. Lugeon et E. Muret ceux de 1897 à 1906, avec Muret et P.L. Mercanton ceux de 1908 à 1911. La mort a enlevé Forel en 1912, et les rapports ultérieurs ont été établis encore pour 1912 et 1913 par Muret et Mercanton. Depuis lors et durant 35 années le dernier nommé en a assumé seul la charge, honorable certes mais parfois lourde.

Si l' effort des glaciologues suisses a pu ainsi aboutir à une série sans lacunes et pareillement longue de tels rapports, c' est aussi qu' il a trouvé d' emblée l' appui du Club Alpin Suisse et l' hospitalité annuelle de ses publications: l' Echo des Alpes pour 1880 et 1881, puis 1*Annuaire, dans ses formats croissants, jusqu' à ce que Les Alpes aient recueilli le rapport de 1925 et ses suivants. Peu à peu les Rapports Forel, en dehors de leurs statistiques des variations, avaient pris figure de vrais sommaires des recherches glaciologiques suisses, parfois même étrangères, en bref, de la publication spécialisée qui manquait. Malheureusement, le renchérissement graduel de l' impression et peut-être aussi une certaine évolution des goûts chez les clubistes ont peu à peu réduit l' étendue du Rapport Forel, l' appauvrissant notamment de sa documentation sur l' enneigement alpin, un domaine dont les rapporteurs ont été pourtant les pionniers dès le début du siècle. Quoiqu' il en soit, cette collaboration continue des glaciologues suisses et du CAS a servi — et bien servi — jusqu' ici à la fois la science et le crédit culturel de notre grande association d' alpinisme. M.

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