Les variations periodiques des glaciers des Alpes suisses

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Quarante-huitième Rapport — 1927.

I. Une commémoration: les 25 ans du nivomètre d' Orny.

Par une belle journée d' automne, le 22 septembre 1902, trois membres de la section des Diablerets du C.A.S., MM.: M. Lacombe, professeur, L. Ramelet, constructeur, et le soussigné, glaciériste impénitent, aggrippés aux rochers qui, plus tard, devaient porter la cabane Julien Dupuis, y peignaient la première échelle nivométrique de nos Alpes. C' était la réalisation, trop tardive déjà, d' une des heureuses suggestions du maître F.A. Forel; dans son 11e Rapport sur les variations périodiques des glaciers — 1890 — il insistait sur la nécessité d' obtenir une connaissance non plus seulement qualitative, mais quantitative aussi de l' enneigement alpin. Jusqu' alors, on s' était contenté des renseignements, souvent vagues, parfois contradictoires, des touristes et si ces indications bénévoles avaient — et ont d' ailleurs encore — un intérêt indéniable, il fallait qu' on pût les contrôler par des chiffres. Ces chiffres, c' était, dans la pensée de Forel et la nôtre, surtout aux clubistes à les apporter et c' est pourquoi nous nous préoccupâmes d' emblée de placer les nivomètres sur les trajets les plus suivis. Il n' était d' ailleurs pas facile d' accorder les exigences d' un répérage correct de l' enneigement avec celles d' une fréquentation suffisante. A cet égard, le nivomètre d' Orny, mis véritablement à portée de vue et sur le passage même des touristes franchissant le col, paraissait propre à donner toute satisfaction. Hélas! Pourquoi cacherais-je que ce fut une désillusion: un nombre infime de grimpeurs — toujours les mêmes — prit la peine de collaborer effectivement à notre entreprise. D' aucuns lurent bien le niveau de la neige à l' échelle, mais négligèrent de le noter; d' autres le notèrent, mais faillirent à nous le faire connaître. La plupart, en dépit de nos appels répétés et des recommandations de M. Maurice Joris, gardien de la cabane d' Orny, passèrent indifférents. La construction de la cabane Dupuis, en amplifiant la circulation, n' accrut guère le nombre des observateurs: ils se hâtèrent un peu plus encore vers ce gîte convoité. La situation s' améliora pourtant quand le gardien de la cabane, feu Joseph Joris, puis son successeur actuel, M. Léon Farquet, voulurent bien prendre à cœur de lire périodiquement l' échelle et d' inscrire leurs relevés dans le livre de la cabane. Si l'on y joint les observations faites par des équipes de volontaires, montées tout exprès au printemps, lors du maximum de l' enneigement et en automne, lors de l' étiage, visites rendues plus indispensables encore, mais aussi plus fructueuses par le développement des installations, balise, mougin, etc., on obtiendra tout de même un tableau réconfortant de cette activité d' un quart de siècle.

Je ne puis songer à récapituler intégralement ici les observations; on les trouvera dans les rapports et avec le contexte qui leur donne toute leur valeur. Je veux seulement mettre en évidence le résultat le plus précieux: la connaissance du résidu annuel de l' enneigement. A vrai dire — et ce n' est pas le moindre apport de ces nivomètres de paroi à la glaciologie — nous avons appris que l' enneigement d' une région englaciée, soit le niveau absolu de la surface du névé, dépendait en réalité de deux termes: l' apport du matériel nourricier et la déformation ( en général ici l' affaissement ) mécanique de la masse glaciaire, sollicitée vers l' aval par son propre poids. Une balise directement fichée dans le glacier, en donnant la mesure du premier terme seul, permettra de déduire le second des indications du nivomètre. Mais ceci m' entraînerait trop loin. Bornons-nous donc au tableau suivant qui met en regard de l' époque du minimum sa valeur en degrés de l' échelle et aussi le résidu anuuelsignifie un résidu négatif, soit une dissipation ).

Tableau O. Nivomètre d' Orny ( 3100 m.)- Degrés Résidus Degrés Résidus à l' étiage annuel en mètres Epoques à l' étiage annuels en mètres 22 IX 1902 ( 1024 VIII 1915 17 + 0,5 27 IX 1903 9 ( —0,5 ) 17 IX 1916 18,5 +1 21 IX 1904 6 -1,5 27 IX 1917 11 -4 24 IX 1905 5,5 0 1 IX 1918 11 0 21 IX 1906 — 1 —3 19 IX 1919 14,5 +2 9 IX 1907 — 1 0 12 IX 1920 16 + 0,5 23 X 1908 — 1 0 9 X 1921 2 — 7 5 IX 1909 — 1,5 0 11 IX 1922 4 + 1 9 X 1910 6 + 3,g 10 IX 1923 4 0 11 IX 1911 3 — 1,5 21 IX 1924 9 + 2,5 5 VIII 1912 11 +4 7 IX 1925 2 — 3,5 9 IX 1913 12 +0,5 4 X 1926 — 1 — 1,5 3 X 1914 16 +2 9 X 1927 — 3 — 1 Epoque moyenne de l' étiage: 28 IX; degré d' étiage moyen: n° 7; résidu moyen depuis le 22 IX 1902 — 6 m. Amplitude d' étiage: 22 degrés = 11 m.

Le niveau de désenneigement annuel au rocher nivométrique a donc varié beaucoup au cours de ces 25 premières années du XXe siècle; à deux reprises, au début et à la fin de ce laps de temps, l' appareil a été entièrement mis à nu, tandis qu' au milieu du dit laps le réenneigement a accumulé des résidus positifs. Il est remarquable que cette accumulation semble coïncider avec la fin de la phase froide de l' énigmatique cycle de Brûckner.

Répétons enfin ici que les valeurs trouvées se rapportent au seul nivomètre d' Orny, tel qu' il est et où il est installé. Comme la marée dans un port, l' enneigement a, en chaque point de la « gencive » glaciaire ( ce liséré de glace d' où jaillit la dent rocheuse ), un coefficientnivométrique. Ce coefficient change d' une échelle à l' autre. Jusqu' au moment où on aura pu le relier à l' enneigement en ras névé, le nivomètre indiquera les fluctuations, mais pas les valeurs absolues de l' enneigement général.P.L. M.

II. Le lac temporaire du glacier de Crête=Sèche: à propos d' une menace récente.

Le 17 juin 1898, une débâcle d' eau rappelant, toutes proportions gardées, la fameuse catastrophe du Giétroz ( 1818 ), ravageait la vallée de Bagnes, emportant 16 ponts et faisant pour fr. 110,000 de dégâts. Un million de mètres cubes d' eau accumulée au bas du glacier de Crête-Sèche, derrière la grande moraine médiane qui le séparait du glacier d' Otemma, venait de s' écouler subitement par-dessous cette digue précaire. Le flot, en endommageant les défenses élevées par les riverains contre les empiétements du torrent, laissa les berges sans défense contre les grosses eaux que des pluies persistantes provoquèrent les jours suivants. A Lourtier, la Drance se creusa un nouveau lit dans le cône torrentiel supportant la partie amont du village et amena la destruction de plusieurs chalets.

Cette débâcle répétait, en l' aggravant, une éruption observée pour la première fois le 28 juin 1894. Le phénomène était dû à la décrue générale de nos glaciers à la fin du XIXe siècle, à celle des deux glaciers deCrête- Sècheet d' Otem en particulier. Le glacier de Crête-Sèche, entre le Ciardonnet et le Mont Gelé, est un petit affluent, long de 2,5 km ., large de 0,6, du Grand Otemma. Aux époques de plénitude des deux appareils, leurs glaces confluaient sous le Mont Gelé en deux courants parallèles soudés le long d' une moraine médiane imposante; la décrue, en amaigrissant plus rapidement l' affluent, débile, en amena le retrait au point de faire de la dite moraine un vrai barrage devant lui. Une dépression se creusa là, que la fonte printanière eut tôt fait de transformer en un lac. Dangereusement! car la glace, en crevassement perpétuel et peu adhérente au lit glaciaire pendant l' été, ne pouvait manquer de livrer passage aux eaux et si un tel passage est souvent assez graduel pour rester inoffensif, les exemples d' évacuation brutale ne manquent pas. La première alerte avait eu lieu en 1894. En 1895 et 1896, des écoulements brusques se produisirent, mais sans dégâts, la Drance n' étant pas forte à ce moment. En 1897, le lac ne se forma pas; il devait prendre sa revanche en 1898. Je ne répéterai pas ici ce que j' en écrivais dans l' Annuaire du C.A.S. pour 1898 1 ) et j' y renvoie le lecteur curieux de détails.

Le péril renouvelé amena enfin l' exécution du plan de défense proposé en 1894 déjà: on creuserait dans la barre morainique une tranchée suffisamment profonde pour prévenir l' accumulation des eaux jusqu' à un niveau dangereux. Dans un mémoire très intéressant intitulé aussi: « Les débâcles du glacier de Crête-Sèche » 2 ), M. le chanoine I. Mariétan expose avec com- pétence et sur la base de documents officiels l' ensemble des événements qui suivirent; je me permets de lui en emprunter l' essentiel:

On commença par dénuder la glace sur l' emplacement de la future tranchée, puis on l' attaqua elle-même; à la mi-juillet 1899, on en avait enlevé 3000 m3. On se borna dès lors à débarrasser le chenal des matériaux morainiques qui y roulaient sans cesse.

Les eaux, qui ne s' étaient plus accumulées en 1899 et 1900, formèrent de nouveau un double lac en 1901, mais s' écoulèrent sans dommage tant par la tranchée que sous la glace. De 1902 à 1908, on ne fit que maintenir la tranchée ouverte et, en 1904, elle avait 40 m. de profondeur sur 100 m. de largeur à l' amont. En 1908, tout danger paraissant enfin écarté définitivement, l' entreprise fut liquidée et l'on se contenta désormais d' une surveillance officielle régulière.

Le péril devait reparaître en 1926 à la suite d' un hiver neigeux prolongé par un printemps froid. Le filtrage graduel sous le rempart glaciaire ne se fit pas et l' eau recommença à s' accumuler. A vues humaines, son niveau devait rencontrer le fond de la tranchée à la mi-juillet, mais le lac contiendrait alors un million de mètres cubes d' eau et le risque d' une évacuation subite par son fond croîtrait de jour en jour. Il convenait donc d' aviser. On débuta par organiser, de Crête-Sèche à Fionnay, 7 relais de signaleurs, pourvus d' explosifs pour donneralarme; l' essai en fut des plus rassurants: l' avertissement franchit les 15 km de son parcours en 15 minutes, soit à raison de 1 km. par minute, vitesse quintuple de celle du flot à redouter.

En même temps on s' affaira à créer au point le plus bas du barrage un chenal d' écoulement. On escomptait avec raison que cet écoulement même abaisserait rapidement le seuil de glace. C' était le raisonnement de Venetz dans son effort pour évacuer sans à-coup les 30 millions de mètres cubes accumulés au Mauvoisin en 1818. Ce raisonnement était juste, mais une action secondaire intervint alors qu' on n' avait pas prévue; le barrage du glacier « régénéré » du Mauvoisin, fait de débris mal regelés, était d' une structure peu cohérente; en même temps qu' elles approfondissaient leur chenal, les eaux de la Drance affouillaient le pied aval de la barre en l' amincissant dangereusement. Elle sauta, alors que 20 millions de mètres cubes d' eau se pressaient encore derrière elle. A Crête-Sèche, la barre étant de vieille glace compacte, beaucoup plus résistante, on pouvait bannir la crainte d' un accident pareil.

Le travail commença le 7 juillet 1926. Le 13, le niveau du lac atteignit le chenal, long de 200 m ., forcé à travers la surface inégale et caillouteuse du rempart. Dès lors, le travail des eaux, activé par l' homme, eut l' effet voulu: le lac, qui avait d' abord 500 m. de longueur sur le glacier et 120 m. de largeur au barrage, baissa de niveau continuellement. Inégalement d' ailleurs, car la baisse journalière varia de quelques décimètres à plus de 1 m. 1/4. Le 3 août, à midi, le niveau était déjà à 19 m. au-dessous de sa cote primitive; il restait 6 m. d' eau à écouler, lorsque, entre 12 et 13 1/2 h., une ouverture se produisit sous la barre et le lac se vida entièrement, sans faire de dégâts dans la vallée. L' exutoire nouveau était un tunnel irrégulier haut de 1 m. et large de 2 à 3 m.

M. Mariétan clôt son exposé par quelques considérations sur l' avenir que l' état actuel des lieux fait présager. Remarquant que le retrait accentué et incessant des deux glaciers d' Otemma et de Crête-Sèche tend de plus en plus à faire de la moraine médiane, née de leur contiguïté, une masse privée de l' alimentation indispensable à son maintien, un véritable « glacier mort », il juge sainement que le barrage ne peut que disparaître assez rapidement, en supprimant toute cause de retenue des eaux. Si le péril devait, par hasard, se présenter, il céderait devant des mesures analogues à celles de 1926.

P.L. M.

III. L' enneigement des Alpes suisses en 1927.

L' année nivométrique 1927 ( 1er octobre 1926 au 30 septembre 1927 ) a eu, en haute montagne, les caractères mensuels suivants, d' après les excellents résumés que le Dr Brückmann, de l' Institut météorologique fédéral, en donne régulièrement au « Journal forestier suisse ».

Octobre 1926 a été trop chaud et beaucoup trop riche en précipitations ( jusqu' à 70il a été aussi un peu trop sombre. Novembre a été, lui aussi, beaucoup trop chaud ( jusqu' à 3° d' excès ); il a été un des novembres les plus chauds des 60 dernières années, ceci particulièrement dans les vallées exposées au fœhn. Précipitation et insolation ont été plutôt normales. Décembre, en revanche, a été un peu trop froid1° ). En Suisse centrale et orientale, la précipitation a été trop forte ( Säntis: 2,5 fois ).

Janvier 1927, trop chaud en plaine, a été trop froid sur les sommets et trop sombre aussi. Quant aux précipitations, elles ont été surabondantes, surtout dans la partie orientale de notre pays. Février, un peu trop chaud, a eu également un peu trop de soleil. Sa précipitation a été normale, sauf dans l' est du pays où elle a été excessive. Mars a été trop chaud de 1 à 2°, avec une insolation normale. Il a reçu 2 à 3 fois trop d' eau. Avril a été aussi trop chaud, trop sombre et trop mouillé. Mai a eu un excès de température de 1,5 à 2° avec une insolation normale et une précipitation déficitaire. Juin, avec une température à peu près normale et une insolation en général excessive, a reçu 20 à 30 % d' eau de trop. Juillet a été légèrement trop chaud et un peu trop sombre. Août a été trop mouillé, de même que septembre. Ce dernier mois a eu un déficit d' insolation de quelque 50 heures et a été légèrement trop froid.

En résumé, l' année nivométrique 1927 a été trop chaude et trop riche en précipitations, ceci pour autant du moins qu' on en peut juger par nos trop rares stations météorologiques d' altitudes élevées. A cet égard, le réseau suisse est encore beaucoup trop lâche; il faut absolument multiplier les observatoires de montagne. Pour commencer, il faut réaliser au plus tôt et avec toute l' ampleur nécessaire, la station scientifique du col de la Jungfrau. Le Club Alpin Suisse peut donner à cette réalisation un appui des plus efficaces et son intérêt bien entendu, tant matériel que moral, le lui commande.

Température, insolation et précipitation ne sont d' ailleurs pas les seuls facteurs météorologiques à connaître: l' intensité et surtout la direction du vent ont une influence considérable et, me semble-t-il, trop méconnue sur l' économie du glacier. L' extraordinaire déchaussement de certaines de nos cimes rocheuses par la formation imprévue de « soufflures » ainsi que les comblements non moins inopinés qui oblitèrent celles-ci, le prouvent surabondamment.

Un mot encore à propos de « l' année nivométrique »: j' arrête celle-ci au 30 septembre. Cette délimitation est un peu contestable; à mon idée, la fin d' une telle année devrait coïncider avec le minimum de l' enneigement permanent, mais l' expérience montre que ce minimum s' attarde souvent jusqu' en octobre, mois où la fusion peut être encore fort active. On a même observé ce minimum en novembre, voire en décembre; on l' a, d' ailleurs, constaté maintes fois aussi en août. Du reste, l' étiage du nivomètre d' Orny tombe en moyenne ( 25 ans ) sur le 28 septembre. Je conserverai donc le terme du 30 septembre, mais je donnerai, de surcroît, ici les caractéristiques d' octobre 1927. Ce mois a été très sec. On n' y a mesuré que les deux ou trois dixièmes de la précipitation normale; son excès de température a atteint 2° et l' insola a été énorme ( Sântis 90 h. de trop ).

L' hiver 1926/27 a eu, comme les précédents, son contingent d' avalanches; ni leur nombre ni leurs dimensions n' ont été exceptionnelles et l' été n' a pas eu de peine à en faire disparaître les restes. On n' en a guère relaté de désastreuses et si quelques-unes ont fait sensation, c' est surtout en raison de leurs victimes:

Le 1er décembre 1926, vers 14 h., une dizaine de chanoines et de novices du Grand St-Bernard prenaient de l' exercice en skis sur le versant italien du Val Ferret. Une avalanche descendue du col de Fenêtre emporta 5 novices, faisant 3 morts. L' endroit avait été balayé, peu de jours auparavant, par une avalanche et c' est pourquoi les moines, gens expérimentés d' ailleurs, avaient pu croire leur terrain d' exercice à l' abri de tout risque pour l' instant. L' événement a démenti leur confiance.

Le 9 mars 1927, à midi, après une chute de neige forte et prolongée, une grosse avalanche se détacha du Piz Minchun, dans le val Samnaun, sur 300 m. de largeur, emportant une caravane de 5 skieurs allemands. Vraisemblablement, la caravane a provoqué ce glissement en coupant imprudemment la pente. On retrouva 4 cadavres. Le même jour, à Münster ( Grisons ), une autre avalanche surprit 4 bûcherons; l' un d' eux resta enseveli.

Rappelons aussi la tragique disparition du gardien de l' hôtel de Naye et de ses trois compagnons, étouffés par une avalanche à la sortie aval du tunnel dans les derniers jours de mars 1927. Il convient de signaler encore une immense coulée tenant toute la largeur du glacier de Brunni et qui balaya le front de celui-ci, éparpillant jusqu' à 350 m. en aval le rempart morainique édifié par la crue de 1926.

A. Etat des neiges.

Suisse orientale. Son état de santé a privé cette année encore notre fidèle collaborateur, M. Jacob Hess, de faire sa campagne habituelle dans les Alpes grisonnes. M. le Dr Jean Lugeon l' a remplacé une fois de plus et a pu mener à bien le programme judicieux que nos deux fidèles collaborateurs cherchent à développer là. Le tableau I donne les limites d' enneigement observées.

Alpes grisonnes. 5—12 août 1927. Tableau I. Limite desLimite du RégionExpositionjaquesnévéde neigecontinu m.m.

Porchabella, glacierW3000 ( rocher ) 2950 UertschN2700 ( rocherEngadine moyenne ( versants ) ...S et N3000 ( rocherVal BeversNE2700Lavin, glacierESE2700Jenatsch, glacierSE27003000 Région d' ErrNW2950 Val d' AgnelliS2980Piz ScalottaE2900Région du JulierN28502850 Sursès Oberhalbstein ( vallée ) ...E2950—3000 Septimer ( Lunghino)NE2750 Engadine supérieure ( versants ). .N29002900 Val MurettoW28002800 1 ) Albigna, glacierN2750 CacciabellaE2900 Monte del FornoW et N3100 Vadret da FexN2950 Vadret da MortelN2900 Ces limites sont, en moyenne, de 400 m. plus élevées que celles notées en 1926 une semaine plus tard.

Les soufflures du Piz d' Err, au glacier de Jenatsch, se sont notablement comblées; la plus grande, profonde de 7 m. en 1926, ne l' était plus que de 3 m. en 1927.

Suisse centrale. Notre collègue, M. Ochslin, adjoint à l' Inspectorat des forêts d' Uri, a poursuivi diligemment ses observations de l' enneigement aux flancs du Bristenstock et au Belmeten. En voici le résumé:

Enneigement au flanc nord du Bristenstock et au Belmeten.

Tableau II.

Limite inférieure Limite inférieure Epoques m.

Epoques m.

1926 5 X..

. 2200 1926 4 XII..

440 26...

. 720 20 XII-10I 440 8 XI.

. 2170(foehn ) 1927 15 I...

500 ( foehn ) 21...

. 550 16 1-15 II.

440(15 I soleil 610 ) 30...

. 1100 ( pluvieux ) 18 11-21II 440 Epoque Limite inférieure m.Epoques Limite inférieure m.

1927 7 III.. 10801927 26 VI.. 2050 ( soleil 2230 ) 28 44027 1480 31 820 ( pluvieux10 VIII.. 2310 15 IV.. 102027 1490 1 ) 17 61016 IX.. 2900 ( soleil 2400 ) 12 V... 17501 X... 1600 22 109015 1910 ( soleil 2230 ) Le désenneigement s' est fait en 1927 jusqu' à 2310 m. ( 10 août ); en 1926, le 24 août, l' altitude maximum n' avait été que de 2660 m. L' enneige a fluctué entre 440 m ., niveau du lac des Quatre-Cantons, et 2310 m ., soit sur environ 2 km.

M. Öchslin donne, en outre, les limites du névé ci-après:

Alpes uranaises. Limite du névé à fin août 1927. Tableau III. LocalitéExpositionLimite du névé Bristenstock E2240 » N2270 » S2460 Oberalpstock N2170 » W2310 Brunnipass N2270 » S2360 Düssistock W2380 Salbitschyn NE2320 Schlossberg NNE2310 Jakobiger N2210 Grosse Windgälle N2120 » » S2270 Spitzberge SSE2290 » N2290 Silberberg-Susten E2110 Moosstock S2210 Ici aussi, on constate un relèvement de la limite du névé, de 25 m. en moyenne. Le relèvement n' a cependant pas atteint, et de bien loin, celui de juillet 1925.

L' alpage a été plutôt luxuriant dans les Alpes uranaises, mais les conjonctures pluvieuses et l' arrêt prématuré de la végétation ont raccourci sa durée. La descente des troupeaux s' est faite le 20 septembre déjà, à cause des chutes de neige. La limite du névé s' est relevée surtout sur les flancs exposés aux vents d' ouest et en raison spécialement des pluies dont le rôle important pour l' ablation glaciaire est ainsi mis en évidence une fois de plus.

Dans la région de Gletsch, le 10 août, un reste de la grande avalanche habituelle de la Maienwand pontait encore le Rhône entre l' Hôtel du Glacier 1 ) Avalanches au Citschen et au Griggeler.

et les gorges de In den Lammen, mais de façon précaire. Au pied du Längisgrat, sur le Gletscherboden, on voyait une nappe de neige étendue, mais qui n' atteignait cependant pas le sentier menant au glacier. Les couloirs sous le col de la Grimsel au-dessus de Gletsch montraient encore de la vieille neige à leur partie supérieure, mais en petite quantité. Sur le flanc droit du vallon de Gletsch, au-dessous des Saas, se voyait encore un reste d' ava. Quant au Muttbach, il était encore partiellement ponté en aval de la route de la Furka. Deux névés persistaient sur le Längisgrat, à son rebord du côté de Gletsch. Sur le glacier du Rhône, l' enneigement s' étendait jusqu' au profil Inférieur du Grand Névé.Mercanton. ) Dans les Alpes glaronnaises, M. Streiff-Becker, notre dévoué correspondant, a recueilli les données ci-après:

Limite de l' enneigement EpoquesNS m.m.

1927 20 VI19502050 15 VII22002300 22 IX2550 ( Claridenfirn NE ) L' extrémité NE du Claridenfirn, à 2315 m ., était complètement à nu et témoignait d' un léger retrait par rapport à octobre 1921, particulièrement sous le Gemsfayrenstock.

Suisse occidentale. Notre collègue, M. le Dr Lûtschg, a noté les limites du névé suivantes dans la vallée de Saas, le 13 août 1927.

Glacier de Rotthal, exposition SE3140 m.

»W3075 m.

Glacier de Fee, lobe NE, bord NW3540 m.

» E2900 m.

Le 15 septembre, la limite de l' enneigement était à 2800 m. sur les glaciers d' Allalin et de Schwarzenberg et à 3100 m. sur le terrain solide.

D' autre part, M. le Dr J. Lugeon donne pour les mêmes régions les cotes du tableau IV.

Région de Saas Fee, 20 août 1927.

Tableau IV. Limite desLimite Glacier Exposition flaques de neige du névé m.m.

Massif du Weissmies, Trift. WNW R 32003300 1 ) Langues du Mellig G 3300 Grande cataracte du Mellig WSW3500—3700 Rothplatt ( Portjengrat ).. W et NW G 30003120—3150 August-Kummenhorn et Cresta di SaasW R 28003050 Ritz ( Mittaghorn)N R 27002850 R = sur le rocher; G = sur le glacier.

Tableau IV ( suite ).

Limite desLimite du Glacier Exposition flaques de neigenévé m.m.

FeeN et NE2950 HohbalenE R 2600G 26003450 1 ) Nollen ( Stellihorn ).... N R 29003000 2 ) ThälibcdenNW2750 Keschen ( Britannia ).... E2880 AllalinNE2950 R = sur le rocher; G = sur le glacier.

Pour la région de Zermatt, M. Lugeon nous a fourni les données du tableau V:

Région de Zermatt.

Limite du névé Tableau V. GlacierExpositionle 28 août 1927 m.

FindelenW3050 AdlerW et S3200 TriftESE3300 GabelhornESE3400 ArbenSE3350 HohwänglS3350 StockE3100 MatterhornN3150 Furggl ( versant du Cervin)N—E3250 Théodule supérieurN3100 Théodule inférieurN2900 SchwärzeN2950 Gorner ( branche du glacier de GrenzNW3100 Comparés à ceux de 1926, recueillis 8 jours plus tôt seulement, ces chiffres démontrent un relèvement de la limite d' environ 300 m. Une chute de neige récente entravait quelque peu les observations, mais M. Lugeon croit pouvoir garantir néanmoins leur correction.

Le 11 octobre, le glacier de Corbassière et ses abords étaient libres de toute neige ancienne jusqu' à la cabane de Panossière et, au contraire de 1926, on ne rencontrait pas de restes d' avalanches en aval.Mercanton. ) Le 18 juin, la Combe d' Orny était entièrement dégagée, sauf une avalanche qui obstruait, au-dessus de 1500 m. d' altitude, le torrent des Prés-Nondys. Le glacier d' Orny était encore complètement sous la neige et dans le Val d' Arpettaz, la couverture descendait jusqu' à 2200 m. La vieille « soufflure » au nord de la cabane Dupuis avait 8,3 m. de profondeur sur 19,1 m. de largeur au droit de la Tour rocheuse; un lagot en occupait le fond. ( Gaschen. ) Le 8 octobre 1927, il ne restait plus trace de vieille neige dans la Combe d' Orny, à l' exception de trois vestiges infimes sous les Chevrettes, en amont de la Jonction dont le névé était complètement dissipé. A la cabane d' Orny même, il n' y avait plus rien, ni dans la « tine », ni aux alentours, ni sur le glacier. Seul un névé, aminci et n' atteignant plus l' eau, stagnait à l' extrémité amont du lac. Le glacier lui-même, dans sa partie supérieure, n' était couvert que d' une couche de neige récente et plutôt mince. Le désenneigement intense de l' été se marquait surtout aux abords immédiats du nivomètre et à la « soufflure » inférieure cernant le promontoire de la cabane Dupuis. Jamais depuis son établissement, en 1902, le nivomètre n' a été pareillement dégarni; à parler net, il ne touchait plus du tout le glacier et sa division la plus basse — I le dominait de 1 m ., de sorte qu' on eût dû lire — III. Du côté aval, le rocher portant l' échelle confinait à un pierrier, support devenu apparent du talus neigeux très incliné qu' on voit ici ordinairement. En amont du nivomètre débouchait directement la « soufflure » de la cabane; tout le soubassement rocheux de celle-ci était à sec. De traîtreuses fissures se voyaient ici partout.

La « soufflure » inférieure n' était plus séparée de celle de la Tour rocheuse que par un mince remblais neigeux donnant accès à la cabane. La falaise quasi verticale formant le côté glacier de cette « soufflure inférieure » montrait admirablement l' empilement des strates constituant le névé. Notons que les plus récentes y étaient en discordance sur les anciennes et leur dénombrement induirait à admettre que la surface de discordance était celle de l' étiage de 1921. Sur l' alignement balise-cabane, la dite falaise avait au moins 12 m. de hauteur ( 8,5 m. en 1926 ); sa largeur depuis le bloc-repère de la terrasse était de 20,5 m. Le travail du vent a donc continué depuis 1926.

Ce même 9 octobre, la « soufflure » supérieure mesurait exactement 20,0 au droit de la Tour rocheuse et 17 m. de profondeur. Elle s' est donc élargie de 1,6 m. depuis le 4 octobre 1926 et la falaise a gagné 7 m. de hauteur.

( Mercanton. ) Le 20 avril 1927, entre 9 et 11 h., le rapporteur a fait, piloté par M. le premier-lieutenant Cherix, une reconnaissance nivométrique en avion sur l' itinéraire: Dents du Midi-Trient-Neuvaz-Mont Fort-Diablerets-Tours d' Aï. L' enneigement était encore important, mais les avalanches étaient peu nombreuses. A la Cime de l' Est des traînées noires sur le fond blanc du revêtement neigeux dénonçaient de nouveaux éboulements, au même endroit qu' en 1926, mais les quantités éboulées étaient faibles et n' atteignaient pas la gorge étroite du St-Barthélemy. Le dégel printanier avait produit ces chutes, d' ailleurs prévues.Mercanton. ) A la cabane des Diablerets, le 6 octobre, le névé de la source était entièrement dissipé. ( Gaschen. ) M. Ernest Reber, guide, a noté, pour la région de Tsanfleuron-Sommet des Diablerets, que le réenneigement a commencé à la mi-août et atteignait 0,4 m. à la mi-septembre.

Un collaborateur fidèle, M. Fischer-Reydellet, de Fribourg, a pris de nouveau la peine de noter les vestiges de l' enneigement hivernal, visibles de Thôrishaus sur la chaîne préalpine Rothorn-Mâhrefluh ( 21 juin ); ces restes étaient insignifiants comparés à ceux de 1926 à la même époque.

B. Relevés nivométriques.

Ensemble d' Orny. MM. le Dr Gaschen et Farquet, gardien de la cabane Dupuis, l' ont visité les 16 et 17 juin, M. Kersting le 6 août, enfin le rapporteur les 9 et 10 octobre, pour les opérations annuelles; il était accompagné cette fois de M. Ed. Correvon et Mlle M. Correvon, Mlle Morel, MM. le Dr Roud et Farquet.

Nivomètre. Durant tout l' été, M. Farquet l' a lu à intervalles rapprochés et je le remercie ici de ce soin dévoué. Le tableau VI donne lectures et bilans.

Nivomètre du Col d' Orny ( 3100 m. ).

( 2 degrés valenl 1 m. ) Degrés Tableau VI. Epoques 1925 1926 1927 8 VI 13169 23 — 12 — 6 VII 9 10 — 12 8 10 7 175 285 30 5 7 — 3 VIII 5 7 4 10 4 7 2 18 3 6 0 28 3 3 1 1 IX 3 3 — 7 2 2 0,5 4 X 3 — I 9HI ) 1 ) Accumulation Dissipation Residu annuel Hiver Metres Eté Mètres Automne Mètres 1923—1924 > 5 1924

>2,5

1924 + 2,5 1924—1925 > 2 1925 > 5,5 1925 -3,5 1925—1926 > 5 1926

1926 1926—1927 > 5 1927

1927 — 1 La dénudation du nivomètre l' a mis presque hors de service à la fin de la saison chaude. La limite du névé est donc remontée à cet endroit au-dessus de 3100 m.

Balise et sondages. Le 17 juin 1927, la balise émergeait de l,1 m. marquant un réenneigement de 2,2 m. au moins depuis le 4 octobre 1926. Le 9 octobre, elle émergeait de 2,0 m ., ce qui correspond, pour le névé, à un gain de 1,3 m. La dépression angulaire du pied de la balise sous le repère + de la terrasse de la cabane, mesurée au clisimètre Goulier et combinée avec une mesure directe de la distance balise-cabane ( 179 m .) met la surface du glacier à 10,0 m. sous le repère. En décomptant 0,4 m. de neige fraîche, le niveau de l' étiage devient donc — 10,4 m. La surface s' est donc relevée de 1,3 m ., soit précisément de l' épaisseur de l' enneigement résiduel.

Une fois de plus se manifeste la discordance entre l' enneigement du col même d' Orny et le désenneigement du nivomètre. Force est bien de voir là l' effet abrasif de vents soufflant ici sous un régime exceptionnel et depuis plusieurs années. J' ai essayé de trouver une corrélation entre ces manifestations et un changement éventuel de la direction dominante du vent au moyen des observations du Säntis; je n' ai pu aboutir à des conclusions nettes, ce qui n' a rien d' étonnant d' ailleurs, le Sântis n' ayant que 2500 m. d' altitude. Pour de telles recherches, l' observatoire du Col de la Jungfrau rendra des services éminents.

Nous n' avons pas pu percer la surface d' étiage de 1927, à 0,4 m. sous la surface actuelle: elle était trop dure; de sorte que l' ocre de 1926 n' a pu être atteint.

La balise a été laissée en l' état; on a distribué 1 kg. d' ocre rouge sur environ 2 mètres carrés de la surface à 1 m. de la balise du côté du Chardonnet.

Totalisateur. Il s' est bien comporté. Le 17 juin, le liquide arrivait à 651 mm. de sa bouche, avec la densité 1,166; le 9 octobre, il n' en était plus qu' à 605 mm. et sa densité était devenue 1,057. Le décompte des pesées, à cette dernière date, indique 61,180 gr. d' eau météorique, emmagasinée en 371 jours, soit une hauteur de 307 cm. C' est pour 365 jours: 302 cm. La able d' étalonnage du mougin indique pour le 17 juin 278 cm. On a donc eu en définitive:

EpoquesOrny ( 3150 m.Orsières ( 980 m. ) 3 X 1926—17 VI 1927 278 cm.43 cm.

17 VI 1927— 9 X 1927 29 cm.38 cm.

3 X 1926— 9 X 1927 307 cm.81 cm.

Les précieux chiffres d' Orsières nous ont été aimablement communiqués par l' Observatoire de Genève qui fait faire ces mesures.

Après recharge du mougin, ce même jour, le niveau du liquide s' est fixé à 908 mm. de l' ouverture.

Glacier d' Orny. Les mensurations ont eu lieu le 8 octobre.Voici les variations pour chacun des repères:

Repère I: décrue 6,5 m.; II: décrue 4 m.; III: décrue 15,5 m.; IV: crue 2 m .; soit un recul moyen de 6,0 m.

Deux cryocinémètres ancrés presque exactement sur l' emplacement de 1926 et laissés toute la nuit, ont marqué 4,56 et 4,60 cm./j ., soit en moyenne 4,6 cm./j .; c' est l/2 cm./j. de plus que le 4 octobre 1926.

Nivomètres de Bertol. M. André Renaud, lie. ès sc ., assistant de géophysique et météorologie à l' Université de Lausanne, s' est occupé diligemment des échelles établies par lui au rocher de Bertol ( Val d' Hérens ), avec l' aide de MM. Faucherre, J. Georges, Meyer & Berthoud que nous remercions ici. Le tableau VII donne l' ensemble, encore un peu trop pauvre, des lectures:

Nivomètres de Bertol.

Tableau I. Echelle occidentale ( 3360 m. ) Epoquesm.Epoquesm.

1926 24 VIII 31,51927 16 VII 32 14 X2914 VIII. ...29 1927 25 III3623 IX 30 30 VI39 Echelle orientale ( 3350 m. ) 1926 24 VIII 301927 23 III... > 35 ( enfoui ) Ensemble nivométrique des Diablerets. M. E. Reber l' a observé toute l' année au cours de ses nombreuses courses professionnelles dans le massif, aussi avons-nous de l' enneigement du Tsanfleuron un tableau qu' on voudrait pouvoir obtenir aussi complet pour des régions alpines plus nombreuses. MM. Gaschen et Reber ont fait, le 6 octobre 1927, la campagne habituelle.

Nivomètre. Le tableau VIII en donne lectures et bilans.

Nivometre des Diablerets ( 3030 m. ).

( 2 degrés valent 1 m. ) Tableau VIII.

Degris Epoques 1925 1926 1927 20—25 I 881 IV

> 91

( visible891 ( enfoui ) 12 9029 —

> 91 ( enfoui )

— 9 VI 811591 ( visible ) 20 82 — 91 28 81 — 89 4 VIII 80 — 87,5 16 77 — 84,5 21 76

> 91 ( visible )

84 29 76 91 85 Tableau VIII ( suite ).

Degrés Epoques 1925 1926 1927

1 IX

76 90 84,5 583 14 — 86 83

3 X

— 83 — 9 731683 Accumulation Dissipation Residu annuel Hiver Mètres Eli Mitres Aulomne Mitres 1923—1924

>7,5

1924 > 4,5

1924

1924—1925

>4)ä

1925 > 9

1925 -4,5 1925—1926

1926 > 4

1926

1926—1927

1927 > 4

1927 0 Balise. Le tableau IX en donne lectures et bilans. Balise des Diablerets ( 2850 m. ).

Tableau IX. Enneigement en mitres Enneigement en mètres depuis le 3 octobre 1926 depuis le 3 octobre 1926 1926 3 X 0 1 ( étiage ) 1927 10

VIII

2,i

13 05

14 1,8

1927 8 VI > 3,1

( enfouie ) 20 2,o

26 VII 3,,

( emerge ) 2 !) 2,4

31 2„

5 IX

2 VIII 2„

6 2,g 6 X 2,fraiche ) Accumulation Dissipation Risidu: annuel Hiver Milres EU Mitres Aulomne Milres 1924—1925 > 2,0 1925 > 2,3 1925 -0,3 1925—1926 > 5,1 1926

> 3,x

1926 + 2,0 1926—1927 > 3,1 1927

> 1,3

1927 + 1,8 Une nouvelle perche de 400 cm. a été érigée à côté de l' ancienne; ce 6 octobre 1927, elle saillait de 300 cm. exactement.

Il faut remarquer le désaccord entre le gain de 1,8 m. marqué par la balise et le résidu nul du nivomètre. Y a-t-il eu affaissement réel du glacier au pied de l' échelle ou balayage des neiges par le vent? L' avenir nous le dira peut-être.

Totalisateur. Le 8 juin, M. Reber a trouvé le liquide à 792 mm. de la bouche; le liquide prélevé avait une densité de 1,160. Le 6 octobre, la vidange automnale a livré, pour un niveau de 708 mm. et une densité de 1,083, 37,8 kg. d' eau météorique. La précipitation a donc été:

EpoquesTsanfleuron Diablerets-Villag2870 m.1170 m. ) 13 X 1926—8 VI 1927 110 cm.93 cm.

8 VI 1927—6 X 1927 79,5 cm.75,5 cm.

13 X 1926—6 X 1927 189,6 cm.168,6 cm.

soit aussi 193 et 172 cm. par an.

Remarquons combien fidèlement la répartition des précipitations de Tsanfleuron répète celles montrées par le pluviomètre inférieur observé quotidiennement. C' est un témoignage de fonctionnement correct du mougin.

Une fois de plus s' avère la faiblesse des précipitations dans ces hauts parages; et cette constatation nous garantit rétrospectivement la correction des données obtenues naguère au sommet même du Diableret et qu' on prétendait erronées.

Nivomètie de l' Eiger. Comme précédemment, la Compagnie du Chemin de fer de la Jungfrau en a assumé la surveillance avec une régularité inlassable. Que M. le directeur Liechti et son personnel en soient remerciés toujours mieux! Le tableau X donne lectures et bilans.

Nivomètre de l' Eiger ( 3100 m. ).

Tableau X.2 degrés valent 1 m. ) DegrésDegrés Epoques1925 19261927Epoques1925 19261927 6 I344222 VII104032 311538568 VIII83930 22 II42621543630 12 III2246593082830 312950618 IX102628 8 IV30486215122428 4 V3G425624152228 123144546 X122028 3025484620131626 8 VI2248485 XI24 2018504512 XII2430 30164740223632 8 VII144436 Minimum absolu de 1926 ( X ): 16; maximum absolu de 1927 ( II et IV ): 62; minimum absolu de 1927 ( XI ): 24.

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMètresEtéMètresAutomne Mètres 1923—1924231924221924 + 1 1924—1925111925161925 — 5 1925—1926231926171926 + 6 1926—1927231927191927 + 4 Le résidu est positif. Maximum comme minimum se sont relevés de 1926 à 1927.

Balise du Jungfraufirn. Le personnel de la station du col de la Jungfrau continue d' observer une balise érigée, à l' altitude de 3300 m. environ, dans la vaste cuvette du Jungfraufirn en vue des fenêtres de la station. Le tableau XI donne l' ensemble des lectures. Je l' emprunte, comme la plupart des résultats insérés ci-bas, au rapport très riche dans lequel M. le Dr Billwiller consigne les observations de la Commission glaciologique zurichoise 1 ).

Jungfraufirn ( 3330 m. ). Enneigement depuis le 25 septembre 1926, en mètres.

Tableau XI.

1926 11 X 0,45 1927 4 III 3, 75 27 0,95 17 4,15 8 XI 1,55 2 IV 5.35 1 XII 2,35 20 5.45 6 2,45 3 V 5,25 28 2,05 6 VI 5,35 1927 14 I 2.95 11 VII 4,95 24 3,05 14 IX 4,75

7 II

2,95 20 4,55 22 3,55 Accumulation Dissipation Residu Hiver Metres Eli Melres Automne Mètres 1925—1926 4,75 1926 1,4

1926 +

3,3 1926—1927 5,45 1927 0,9

1927 +

4,55 Ces resultats sont tres interessants et il est bien regrettable qu' en depit de tous nos efforts, nous n' ayons pu maintenir sur le Grindelwalder Fiescherfirn, devant la Station Eismeer, une teile balise, complement indique du nivomètre.

Table Clarides. Le tableau XII donne les lectures aux balises.

Enneigement depuis le 11 septembre 1926, en metres.

BaliseBaliseBalise Epoques inférieuresupérieureEpoques inférieure ( 2708 m.2910 m.2708 m. ) 1926 16 XI 1,11,31927 22 VIII — 26 XII 2,63,213 IX 1,5 19275 VII > 4,64,823 1,45 14 VIII 1,64,8 Balise supérieure ( 2910 m. ) 4,35 >4,5 >4,5 La comparaison avec 1926 montre un enneigement residuel plus grand de 0,2 m. environ, aux deux balises. A la balise inferieure, MM. Streiff-Becker et Durst ont d' ailleurs retrouve l' ocre de 1926 ä 1,9 m. sous la surface au lieu de 1,45 m .; ceci prouve que du 11 septembre au l6 novembre 1926, la surface du neve a encore baisse d' un demi-metre environ. La dite balise s' est déplacée d' environ 3,5 m. vers le sud. On l' a prolongée par une nouvelle perche émergeant de 420 cm ., le 24 septembre 1927. La balise supérieure a décelé un enneigement résiduel de 5 m. au moins.

Quant au totalisateur du Geissbutzistock, il était plein, mais la présence d' huile encore à la surface du liquide garantit que si débordement il y a eu, ce débordement n' a pas été notable. Du 10 septembre 1926 au 22 septembre 1927, la chute d' eau a été donc un peu supérieure à 400 cm ., tandis qu' à Auen-Linthal, elle n' atteignait que 214 cm.

Silvretta. La campagne annuelle a été faite par M. Michaud, guide à Klosters, le 10 octobre 1927. Le tableau XIII donne les résultats.

Enneigement depuis le 11 septembre 1926, en mètres.

Tableau XIII. Balise Balise Balise Balise Epoques inférieure supérieure Epoques inférieure supérieure ( 2760 m. ) ( 3013 m. ) ( 2760 m. ) ( 3013 m. ) 1927 9 II 2,6 2,6 1927 19 IV > 4,15 > 5,0 24 2,85 2,8S 14 V 3,25 3,25 7 III 3,2 3,25 20 2,75 2,4 15 3,4 3,45 10 X 0,9 13 IV — 3,9 A la balise supérieure, le résidu s' est accru de 0,6 m. par rapport à 1926. L' ocre a été retrouvé à 1,2 m. sous la surface à la balise inférieure et à 2,55 m. à la balise supérieure. Cette dernière a été remplacée par une autre émergeant de 5,5 m.

Tandis que Klosters notait 145 cm. de précipitations du 11 septembre 1926 au 10 octobre 1927, le mougin de la cabane Silvretta ( 2375 m .) en mesurait 174 cm. et celui de l' Eckhorn ( 3150 m. ) 155 cm. seulement.

Région du Piz d' Err. M. J. Lugeon a fait les contrôles usuels:

Au glacier de Jenatsch, la balise érigée à 3210 m. était fortement inclinée. Le résidu y a été de 1 m. au moins du 18 août 1926 au 8 octobre 1927. Une balise nouvelle, longue de 5,8 m. et saillant de 2,8 m ., est venue prolonger l' ancienne.

M. J. Hess avait placé deux perches d' ablation, l' une à 3004 m ., l' autre à 2830 m. La perche supérieure gisait maintenant sur le glacier à côté d' une étroite crevasse, mais son trou était encore visible et M. Lugeon évalue à 0,2 m. l' ablation de la glace entre le 18 août 1926 et le 8 octobre 1927; le trou s' est déplacé horizontalement de 40 m ., soit à raison de 9,8 cm. par jour.

Une nouvelle balise, longue de 400 cm ., a été dressée là.

La perche inférieure était également abattue, indiquant ainsi que l' abla avait dépassé un mètre; la balise avait cheminé à la vitesse de 16,4 cm./j.

Au glacier d' Agnelli, le 5 octobre et de Scalotta, le 9 octobre, la sonde a mesuré des résidus annuels de l' ordre de l,5 m.

Les mougins du Piz Scalotta ( 2170 m .) et du Julier ( 2300 m .) jouent décidément de malheur; une fuite s' est déclarée chez le premier et le second a été coiffé de neige ( ou, plus probablement, de givre ) à diverses reprises.

Parsenn et Weissfluh. Le Skiklub de Davos a surveillé les deux balises. Celle de la cabane ( 2280 m .) a marqué un enneigement hivernal de 2,3 m. le 8 avril 1927. A celle de la Weissfluh ( 2740 m .), le maximum, du 8 avril aussi, a atteint 3,2 m .; malheureusement, l' étiage n' a pas été observé et c' est dommage I Säntis et Gothard. Le tableau XIV expose les observations de l' Institut fédéral de météorologie: Tableau V. Enneigement en mètres.

St-Gothard SântisSt-Gothard Sântis ( 2100 m.2500 m.2100 m.2500 m. ) Epoques Début: le 21 oct. aux deux stationsEpoques Début:le 21oct. auxdeuxstations 1926 29 X 0,350,21927 11 III 3,41,612 XI 1,65 0,2 1 IV 4,4 2,3 26 2,8 0,5 15 3,65 2,5 3 XII 2,90,4292,92,8 31 2,8 1,4 13 V 2,21,8 1927 21 I 2,62,0201,751,4 4 II 2,21,83 VI 0,60,6 181,91,617désenneigement total des deux stations Le maximum du Sântis, 2,8 m ., dépasse de 0,6 m. celui de 1926, tandis qu' au Gothard, l' excès a été de 1,85 m. pour un maximum de 4,4 m.

Totalisateurs du Mattmark. L' essaim de totalisateurs installés par le Dr Lûtschg et contrôlés par ses soins, dans le bassin de la vallée de Saas, a fourni les éléments du tableau XV, qui est très instructif par les différences entre mougins divers et les variations de leurs indications individuelles d' une année à l' autre. Remarquons notamment les écarts, en sens inverse, et d' environ 0,5 m. d' eau, aux deux appareils de l' Allalin et du Seewinenberg qui ont pourtant la même situation. On voit combien il sera difficile d' établir une loi de la répartition de la précipitation.

Région de Mattmark 1926/27.

Tableau V. Précipitation Différence LocalitéAltitude ( 365 jours ) 1927_1926 cm.cm.

EPlattje2210 Totalisateur viedEWeissta1227010742 WSchwarzenbergkopf... .256524018 EGa1menhorn2850127 EGa1men2690148,515,5 EOfentalpass2800210,50,5 W«In den Kessjen » 28401510,5 WSeewinenberg302528741 WGlacier d' Allalin336024751 Tableau XV ( suite).Altitude, Précipitation Différence Localitém. ( 365 jours ) 1927_1926 cm.cm.

W Schwarzenberg-Weisstor. 357030727 Goraergrat3100143,5 Furgghorn3390304,5 W = versant occidental de la vallée de Saas. E = versant oriental de la vallée de Saas.

Conclusàon. En résumé, l' enneigement a été progressif dans les Alpes suisses en 1927.P.L. M.

IV. Chronique des glaciers suisses en 1927.

En 1927, le contrôle n' a pu porter encore que sur 96 glaciers; quelques autres ont bien été visités, mais ont été trouvés ou enneigés ou démunis de leurs repères; quelques-uns en ont été pourvus pour la première fois. La plupart des données nous viennent des forestiers cantonaux; elles émanent, pour le reste, de membres et de collaborateurs bénévoles de la Commission des glaciers de la Société Helvétique des Sciences Naturelles. Ce sont MM. Guex ( Trient ), F. de Quervain ( Lötschental ), Volken ( Binn ), Gaschen et Custer ( Bagnes, Val des Dix ), Campiche ( Rosenlaui ), J. Lugeon ( Piz d' Err ), Streiff-Becker ( Clarides ), Maag ( Findelen ), Renaud ( Zermatt ), K. Vogt et Meisser ( Bregaglia ); enfin MM. Jost, Lûtschg, Öchslin, de la Commission. La Compagnie des Forces Motrices bernoises a continué, sous l' impulsion heureuse de son directeur, M. Käch, ses mensurations détaillées à l' Unteraar en y adjoignant le contrôle nouveau de l' Oberaar. M. Blumer, ingénieur-topographe à Berne, a fait pour la Commission des glaciers la campagne annuelle du Grindelwald. Enfin, M. Mercanton, grâce à l' obligeance de l' Aviation militaire fédérale et spécialement de deux de ses pilotes, MM. Cherix et Wüst, a pu faire quelques vols fructueux. L' un d' eux, du 31 août 1927, avec M. Cherix, l' a porté de Lausanne au Val Anzasca, lui permettant de constituer, d' une hauteur de 5000 m. environ, une très instructive série de vues de glaciers valaisans; le présent rapport en donne quelques-unes 1 ). Un tel vol consacre définitivement la valeur essentielle de l' aéronef pour la documentation glaciologique.

Voici maintenant, présentés dans leur forme habituelle, les résultats des contrôles.

I. Bassin du Rhône. Tableau I. Variations, en mètres, en Glaciers192519261927 Rhône103,5 5,5 Fiesch 48 1,5 Aletsch1013,525 Thali ( Binn ) 3,508 Mittlenberg 07 2 Tableau XVI ( suite).Variations, en mètres, en Glaciers192519261927 Turben 271,, Lötschen7,57 27 Allalin10,6(max.79,5 Schwarzenberg 011028,5 Fee1,553(max.12 ) Gorner7610Findelen2211 Turtmann3,51,53 Duran ( Tsinal ) l,s2 4 Moming9 Moirg4,56,526 Ferpècle2,5624 Arolla3,524Tsigiorenove4,52314,5 Duran ( Seilon)505 Grand Désert121,510,5 Mont Fort4,543 Corbassière2 Saleinaz 19410,5 Orng0,53,56 Trient562 Martinets 021 Paneyrossaz4,5119 Grand Plan Névé 3 4 Petit Plan Névé 2,53 19 Prapioz2110 16 Scex Rouge1, En outre les glaciers suivants sont donnés comme en crue: Jägi, stationnaires: Pierredar, Valsorey, Giétroz, en décrue: Thäliboden, Otemma, Breney, Montduran.

La campagne annuelle au glacier du Rhône a été faite par MM. Jost et Mercanton, du 11 au 13 août, époque imposée cette année-ci par des raisons pratiques impérieuses, mais incontestablement trop précoce à tous égards. Le début de septembre est certainement le meilleur moment pour les contrôles glaciaires dans nos Alpes. Comme d' habitude, on a relevé le pourtour du front, mais en employant, cette fois-ci, la méthode du rayonnement avec théodolite et stadia. Un télémètre à superposition de Leitz ( base 40 cm .) s' est révélé très pratique pour le lever des points difficilement accessibles au porte-mire. Cet instrument, nouveau, est très léger, se loge facilement dans le sac, est robuste et d' un prix modéré; il me semble appelé à devenir un auxiliaire précieux du lever expédié. Jusqu' à 200 m ., il est d' une précision satisfaisante et permet à la rigueur des portées plus grandes.

Le glacier a regagné encore environ 1000 m.2 de terrain en s' y avançant de 5,5 m. en moyenne, du 7 septembre 1926 au 11 août 1927; la fin de l' été a probablement quelque peu réduit cette avance, mais certainement sans l' effacer. L' instabilité du gigantesque portail, en perpétuel changement, détourne d' ailleurs de rechercher ici une précision qui ne pourrait être qu' illusoire.

La réapparition du repère frontal n° 9 1910 nous a permis de rattacher plus sûrement nos repères actuels aux repères anciens des « Mensurations au glacier du Rhône ». Nous en profiterons donc pour fixer définitivement les valeurs des aires envahies ou abandonnées par le glacier, à partir du profil bleu des « Mensurations », depuis 1921, époque du dernier maximum. Le tableau XVII renferme ces données; on le substituera au tableau XV, page 230, du XLVIe Rapport 1925.

Glacier du Rhône. Front en aval du profil bleu. Tableau I. AiresLargeur surVariationsAires Ordonnéescomplètesle profild' aireréduites moyennes Epoquesm.2m.m.2 m.2 m.2 23 VIII 192121 020268511016 94075,5 5 X192215 910226228013 55074 29 VIII 192313 630232116010 83057,5 10 IX192412 470240352010 87055 7 IX 1925 8 95022416907 550 41,5 7 IX 1926 10 64021610108 240 47,5 11 VIII 1927 1165023910 290 52,5 Le tableau donne, on le voit, d' une part les aires occupées par le front depuis le profil bleu, avec leur largeur sur le dit profil et leurs variations et, d' autre part, les aires mesurées après décompte d' une bande large de 40 m. et comprenant la région changeante du portail. Cette bande partage ainsi le front en deux lobes, à gauche et à droite du torrent. On a calculé aussi l' ordonnée moyenne de cet ensemble d' aires latérales parce que cette ordonnée représente assez nettement l' allure du front.

L' aspect général du glacier n' a guère changé; sa cataracte s' est cependant visiblement élargie dans sa partie moyenne. Pourtant, au Belvédère, son bord gauche était, le 13 août 1927, à 18,5 m. du repère et à 12,0 m. au droit de l' ancien repère plombé; le 4 septembre 1926, trois semaines plus avant dans la saison, nous avions mesuré respectivement 15,6 et 10,7 m. Il y a donc eu ici rétrécissement. Les effondrements observés en 1925 sur le parcours du torrent latéral droit qui forme la cascade si pittoresque au bord même du glacier, sous l' Untersaas, ne sont pas réapparus. Près de la dite cascade on voyait des éboulis de glace.

Le lagot sous la Scheidfluh était vide le 13 août; ses eaux s' étaient écoulées par le fond, comme en 1926. Le mougin avait emmagasiné 176 cm. d' eau, soit 188 cm. par an; c' est 70 cm. de moins que l' année précédente.

Deux cryocinémètres installés le 11 août d' abord devant le lobe gauche du front, puis devant le lobe droit, de part et d' autre du Rhône et à peu près aux mêmes endroits qu' en 1926, ont indiqué les vitesses d' écoulement de la glace suivantes:

Rive gauche, à 30 m. du Rhône: 13,9 cm./j .; à 15 m., 12,8 cm./j. Moyenne: 13,3 cm./j.

Rive droite, à 25 m. du Rhône: 28,2 cm./j.

En retenant que la vitesse va décroissant durant l' été, on constate que l' écoulement s' est ralenti depuis 1926.

A la demande de M. Joseph Seiler, nous avons cherché à identifier certaines des levées de pierres qu' on voit sur le Gletscherboden. Ces chaînes de blocs encore tachés de peinture noire, ont été édifiés par Philippe Gosset, au début des mensurations au glacier du Rhône, pour conserver la trace des fronts successifs. Nous avons pu reconnaître sans ambiguïté les levées de 1874, 1875 et 1876. M. Seiler se propose d' attirer l' attention des visiteurs sur ces alignements par des écriteaux explicatifs; on ne saurait trop louer cette initiative.

Le glacier de Gratschlucht a débordé le chemin militaire du Lângisgrat en le noyant sous des amas de cailloux et de boue. Le Dr Jost et le chroniqueur ont eu beaucoup de mal, le 12 août, à le munir de repères stables; finalement, deux points ont pu être assurés, à 56 m. l' un de l' autre, sur le roc devant le front.

Le glacier d' Allalin a reculé de 9 m. « Auf der Schanz », laissant voir que dans son attaque du rocher, incliné à cet endroit, la glace a érodé plus énergiquement encore que sur le replat du promontoire. Elle a réussi même à disloquer et à écraser des parties compactes.Lùtschg. ) Le Schwarzenberg est en retrait sur tout son front.Lùtschg. ) Par suite de son recul persistant, le glacier du Gorner s' était tant éloigné de sa base de repérage qu' il a bien fallu en établir une nouvelle deux cents mètres plus près. Le travail délicat du raccordement a été fait par M. le forestier Bodenmûller. De 1926 à 1927, le retrait a été de l' ordre de 10 m .; on ne peut préciser mieux sa grandeur.

Le Zmutt a été muni de repères le 13 août par M. A. Renaud.

Le glacier de Moming l' a été par M. l' inspecteur Müller, auquel nous devons également d' excellents documents photographiques du glacier de Moiry.

La crue du glacier d' Arolla en 1926 semble avoir fait place au stationnement. Mais était-elle aussi forte qu' on l' a noté? Je remarque, en effet, que le cryocinémètre a mesuré ( Renaud ), le 23 septembre 1927, à 20 m. du portail, 16,8 cm./j ., ce qui est bien une vitesse de crue, mais alors le stationnement ne s' explique plus guère! Peut-être faut-il répartir sur les deux dernières années les 24 m. de crue indiqués pour 1926. Attendons le contrôle de 1928.

Le Tsigiorenove, en retrait accentué, n' avait, le 22 septembre 1927, qu' une vitesse frontale de 9,6 cm. par jour. Le glacier de Lendarrey a été muni de repères ( Custer et Gaschen ). Le Montduran, malaisément accessible au repérage direct, l' a été par triangulation à partir de deux points de la Montagne de Chanrion. Il avait été vu en 1917, 1920 et 1923 et paraît toujours en recul.

L' Otemma s' est beaucoup retiré depuis 1923 ( une centaine de mètres ). Le cryocinémètre appliqué à son front sur la rive droite de la Drance a marqué 6,3 cm. par jour.

Le Breney paraît aussi en recul; le 13 août 1927, on y a mesuré 3,5cm./j .; à la même époque en 1923, la vitesse était de 6,2 cm./j.Gaschen. ) Le cas du glacier de Giétroz nous préoccupe depuis longtemps. Sans doute les dimensions de son cône d' éboulis, à la fin de la saison chaude, décèlent assez bien l' allure du glacier nourricier, néanmoins mieux vaudrait pouvoir en contrôler le front même de celui-ci. Une reconnaissance de MM. Custer et Gaschen démontre que seules des observations trigonométriques, de préférence photogrammétriques, satisferaient ce desideratum. Nous espérons bien pouvoir les exécuter.

Le chroniqueur a visité, le 11 octobre 1927, le glacier de Corbassière et l' a trouvé fort peu changé. Le portail, élargi en voûte surbaissée, laissait voir la structure très nettement rubannée de sa glace, avec, sur le côté gauche, des intercalations de souillure morainique. La voûte avait 7,5 m. de hauteur à l' aplomb de son entrée et 30 m. de largeur. Elle s' abaissait en cul-de-four sur le cailloutis du lit glaciaire et le torrent s' échappait entre lit et glace, en une nappe sans profondeur. Le bord gauche du glacier, masse quasi-morte, cachée sous un épais manteau de moraine, avait subi par glissement des débris et ruissellement torrentiel des bouleversements tels que les repères n° 0 et n° 2 de 1926 étaient enfouis. De ce fait, le contrôle a été sérieusement entravé; néanmoins, on peut admettre un recul d' environ deux mètres.

Deux cryocinémètres placés devant la partie droite du front aux mêmes endroits qu' antérieurement, à 15 et 25 m. du torrent, ont marqué 1,8 et 1,17 cm./j ., soit en moyenne 1,1 cm./j. Ces vitesses sont de même ordre qu' au et signifient: décrue.

Dans les Alpes vaudoises, le Petit Plan Névé a culbuté sa base de repérage dans une avance de 19 m ., tandis que le Grand Plan Névé, son voisin, a plutôt reculé.

II. Bassin de l' Aar.

Tableau I. Variations, en mètres, en Glaciers1925 19261927 Oberaar4,5 Unteraar7 — 215,5 Rosenlaui6 010 Grindelwald Supérieur ...15 — 106 » Inférieur ...9 ( front ) 21 » »...77 ( gorge ) 1439 Eiger20 — 16Stein9 — 52 Blümlisalp1 75 Schwarz1 6 - 1,5 Tsanfleuron18 — 211 En outre les glaciers ci-après sont en crue: Renfen, Schwarzwald, stationnaires: Thierberg, en décrue: Gauli, Trift, Wildhorn, Gamchi.

La langue terminale du Rosenlaui s' est amincie et retirée de 10 m.

Le Schwarzwaldfirn donne naissance, par alimentation « en cascade », à trois glaciers « régénérés » et non plus à deux; le troisième amas, au fond de la vallée, date de quelques années déjà.

Au glacier de Griessbach un lagot temporaire ( 250 000 m.3 ) s' est formé, puis vidé sans débâcle.Campiche. ) L' Oberaar est en forte décrue. Le retrait de l' Unteraar, enrayé un peu en 1926, s' est accentué derechef, donnant raison au cryocinémètre qui, l' année précédente, ne marquait qu' une vitesse de 0,5 cm./j. au voisinage du « Refuge Vaudois ». Une fois de plus, ce petit instrument a prouvé sa grande utilité. Voici maintenant un extrait des données recueillies par la Compagnie des Forces Motrices bernoises ( B. K. W. ), que son directeur, M. Kâch, m' au obligeamment à présenter ici:

Tableau X. Glacier d' Unteraar.

Mensurations de la Compagnie des Forces Motrices bernoises.

Altitude Variation du niveau Vitesse moyenne Vitesse maximum Profilen m.moyen, en m./anen m./anen m./an 1925/261926/27 1925/26 1926/27 1925/26 1926/27 Mieselen2420 — 1,453,5 36,8 40,0 52 54,5 Pavillon Dollfus 2290 — 0,4 — 1,35 34,3 37,3 45 48 Brandlamm Sup. 2130 — 0,05 — 1,7 20,2 14,0 27 21 Brandlamm Inf. 20200,85 — 0,4 6,8 9 10,5 13 Une baisse de la surface glaciaire s' est donc manifestée ou accentuée dans les trois profils inférieurs; en revanche, la hausse est notable sur le profil de Mieselen. D' autre part, les vitesses superficielles, tant moyennes que maximums, ont crû sur ce même profil et aussi sur celui du Pavillon. Notons la singulière variation de cet élément sur les deux profils du Brandlamm :1a baisse du profil Supérieur s' accompagne d' un ralentissement marqué, tandis que le profil Inférieur montre une accélération notable!

La répartition des vitesses d' un bord à l' autre du profil transversal de Mieselen a repris sa symétrie par rapport à l' axe du glacier; le profil du Pavillon a gardé la sienne aussi. En revanche, sur le profil Supérieur du Brandlamm, le ralentissement a affecté surtout la moitié droite du glacier, tandis que la moitié gauche s' accélérait légèrement même; sur le profil Inférieur, c' est le côté droit, au contraire, qui a marché le plus vite.

J' extrais les données concernant les appareils du Grindelwald du rapport adressé à la Commission des glaciers par son ingénieur M. Blumer. Les mensurations ont été exécutées à la fin d' août 1927 selon un programme un peu réduit:

Glacier Supérieur. Le recul s' est accentué. Du 25 août 1926 au 1er septembre 1927, le glacier a abandonné 4750 m.2 de terrain; cela fait 6 m. de recul moyen; toutefois, à son bord gauche, sous le Milchbach, à la faveur, sans doute, de son épaisse couverture morainique, le glacier s' est encore légèrement gonflé. Le 29 mai, lorsque MM. Jost, Öchslin et le chroniqueur l' ont visité, des pointements de glace trouaient cette couverture dont les cailloux s' éboulaient encore sur les buissons bordant l' ancien chemin du restaurant; en revanche, le lagot voisin s' était étendu.

La végétation a déjà"repris pied sur la laisse glaciaire à gauche de la Lutschine.

Le cryocinégraphe a enregistré les vitesses suivantes dans les mêmes parages du front qu' à l' ordinaire:

Glacier Supérieur du Grindelwald. Vitesses moyennes du front en cm./] ., en 1927. Tableau XX.

Janvier 7,2Juillet 16,4 Février 7,5Août 13,7 Mars 8,9Septembre 10,6 Avril 14,4Octobre 7,7 Mai 18.1Novembre 6,5 Juin 20,4Décembre 5,9 Grâce au soin avec lequel M. le Dr Lûtschg, initiateur de ce genre d' en, et son collaborateur, M. Steuri, ont surveillé la marche de l' appareil, nous possédons aujourd'hui des séries de mesures pour toutes les saisons et pour les deux régimes de crue et de décrue du glacier. Ces documents sont infiniment précieux, parce qu' ils permettront d' interpréter correctement les mesures isolées faites ailleurs, à n' importe quelle époque, au moyen des cryocinémètres.

Glacier Inférieur. Sur son profil longitudinal exhaussements et affaissements ont alterné. Les abaissements ont prévalu en moyenne sur la longueur totale ( 2,45 km .) du profil par 0,9 m. Sur le dernier segment, en aval du profil IV, rabaissement a atteint 3 m.

Quant aux vitesses, le tableau XXI les donne pour les 4 profils.

Glacier Inférieur du Grindelwald.

Tableau I. Vitesses superficielles en cm./jour Profils transversaux192S/2B1928/27 Profil I, sous le Zäsenberg 19,419,4 » //, en amont de la Bäregg.. 20,820,3 », en aval de la Bâregg... 25,725,9 » IV, près du front 22,720,5 Il n' y a de changement appréciable que pour le profil le plus aval, celui où précisément l' affaissement a été le plus fort.

Le côté droit du front a, comme en 1926, gagné un peu de terrain, à raison de 280 m2 par an, ce qui correspond à une avance moyenne de 3,6 m. Le côté gauche, au contraire, a reculé à raison de 380 m.2 par an, soit de 4,7 m. par an. Dans la gorge de la Lutschine, le retrait a atteint 40 m. et, comme nous avons pu nous en convaincre de visu, la masse accumulée au fond de la gorge n' est plus en relation directe avec l' extrémité même du glacier, et ne représente plus qu' un cône d' éboulis souillé de débris rocheux et en voie de disparition par défaut d' alimentation. Deux cryocinémètres installés par nous, le 29 mai 1927, sur le côté gauche du front ont indiqué 16,0 cm./j. près de la gorge et 21,4 cm./j. plus près de la rive gauche, à un endroit déjà exploré en 1926. Ce sont des vitesses du même ordre que les antérieures et plutôt de crue encore.

M. Blumer signale que les cônes d' avalanches, sous le Kalli, étaient presque entièrement dissipés à fin août.

Les mesures de l' ablation institutées sur le profil longitudinal du glacier au moyen de perches et demeurées jusqu' ici plutôt infructueuses, ont donné cette année un résultat valable pour la partie supérieure du profil. Vers le point I l' ablation a été de 7,2 m. par an et, à 190 m. du dit point, elle a atteint 8,1 m .; moyenne 7,6 m./an. On a placé de nouvelles perches sur tous les profils transversaux.

Le glacier de l' Eiger n' a pas été contrôlé en 1927. En revanche, le Räzli a été l' objet des soins diligents de M. l' inspecteur forestier Schwammberger qui l' a muni de repères, reportés sur un plan du front très soigné. Les documents photographiques qui accompagnent ce plan sont aussi des mieux venus et nous formulons ici le vœu que de telles photographies viennent parfaire de temps en temps les mensurations de nos glaciers.

III. Bassin de la Reuss.

Tableau I. Variations, en mètres, en Glaciers 19251926 1927 Firnàlpli E14128 Firnälpli W3Griessen562 Kartige119,596 Wallenbuhl ( Voralp ) ...4,571,5! 8 Kehlefirn10,514,57 Schlossberg1414,5 2,5 Hüfi.. 35 8 Brunni13,5119 Schiessbach932,528 Damma51310,5

St-Anna1

Tiefen7,5 Au glacier d' Hüfi, la crue a refoulé la moraine postérieure du Schafloch; la langue tombe abruptement dans la gorge, restée encombrée de vieille neige. Le Brunni a reculé de 19 m. en moyenne, mais son côté gauche a avancé de 6 m. encore. On voyait le 17 août, sur le glacier entre Abfall et le Bûndnergrat, deux lagots, de forme arquée. L' un d' eux se terminait au nord par une falaise de 10 m.; sa rive sud était en pente douce et la corde de l' arc avait 40 m. de longueur.

Le Schiessbach, en retrait moyen de 28 m ., a fait néanmoins une crue de 11 m. sur son côté droit. Même dissymétrie au glacier de Kehlenalp, où le recul est de 28 m. à gauche et l' avance de 7 m. à droite. Au Tiefen, la poussée en avant a donné lieu à un phénomène instructif: le glacier, en butant au rocher Albert Heim, s' est scindé en deux couches. L' une, inférieure, épaisse de 4 m. environ, s' est arrêtée contre le rocher, l' autre, supérieure, épaisse de 3,5 m ., a glissé sur elle en formant peu à peu un porte-à-faux de 5,2 m.

( Öchslin. ) Nous sommes sans nouvelles des glaciers de la Linth et c' est regrettable, car aux Clarides, notamment, on poursuit des observations nivométriques dont il faudrait bien connaître les rapports avec l' extension du Claridenfirn.

Grâce aux efforts de M. l' inspecteur cantonal des forêts Enderlin 1 ) et de son dévoué personnel, les mesures se poursuivent dans ces montagnes si compliquées des Grisons. L' état de crue, si sensible ces années dernières en Valais et dans les Alpes centrales, n' a pas atteint et semble ne pas devoir atteindre l' est de notre pays; les glaciers grisons sont presque tous restés en phase de recul.

IV. Bassin du Rhin.

Tableau I. Variations, en mètres, en Glaciers19251926 1927 Sardona592 Piz So11311,5 — Punteglas1052,5 Ober-Segnes456 Vorab796,5 Lavaz855,5 Tambo110 Zapport1411 14 Porchabella7,58 Parodies16721 Uertsch95 Verstankla30 V. Bassin de l' Inn.

Morteratsch699 Roseg23,53234,5 Jenatsch6,5 413,5 Lavin4 4,55,5 Lischanna 2 28,526 Schwarzhorn1,522 Picquog14,51,510,5 Tiatscha29,5 VI. Bassin de l' Adda.

Forno5Palü74,5 Albigna3,5 Bondasca15 Cantone6 1 ) Et non Wehrlin, comme imprimé par erreur l' an dernier.

VII. Bassin du Tessin.

Tableau XXIII ( suite).Variations, en mètres, en Glaciers192519261927 Rossboden 91234 Muccia1715111,5?

Bresciana5,550,5 Basodino 10,57En outre, le glacier suivant est vraisemblablement en décrue: Cengalo.

Dans le Val Bregaglia, MM. K. Vogt et Meisser signalent spécialement l' amaigrissement du Cengalo.

Le Muccia aurait reculé de 1926 à 1927 de 111,5 m.! Ce serait dû à la minceur de sa langue terminale! Un retrait si grand nous paraît sujet à caution; l' avenir nous renseignera.

Le tableau XXIV récapitule toutes ces observations. Tableau XXIV.

Bassins Nombre de glaciers observis en crue stationnaires en décrue Rhone

41 12 4 25 Aar

16 12 2 5 1 13 7 Reuss

Linth

13 2 1 10 Rhin

Inn

8 4 2 1 7 4 2 Adda

Tessin

Totaux

96 22 6 68 % en 1927.

100 100 22 52 7 8 71 40 % en 1926

Differences en %

-30 — 1

+ 31

En résumé:

En 1927, de 100 glaciers des Alpes suisses, 22 étaient en crue, 7 étaient stationnaires et 71 étaient en décrue. C' est à peu près l' état de 1925.

P.L. M.

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