Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses — 64e rapport, 1943

Hinweis: Questo articolo è disponibile in un'unica lingua. In passato, gli annuari non venivano tradotti.

Soixante-quatrième Rapport — 1943 Rectification: Les légendes des figures 53 et 54 ( Les Alpes, n° 6, 1944 ), au haut de la seconde page des illustrations du Rapport, ont été interverties par mégarde lors de l' impression. Le lecteur voudra bien excuser et rectifier.

La Rédaction Le Trient est décidément en crue. M. Guex fait à ce propos l' intéressante remarque suivante: la phase de décrue qui vient de se terminer a duré 17 ans ( 1925-1942 ) comme la précédente ( 1897-1914 ), mais à la récente phase de crue ( 1916-1924 ), qui dura 9 ans, s' oppose la précédente ( 1882-1895 ) qui en dura 14. Crue et décrue consécutive ont duré respectivement 31 et 26 ans. ( J. Guex ) Nous voici bien loin des l>5 ans fatidiques du « cycle de Brüeckner » trop hâtivement admis par le monde savant, surtout par les non-météorologues, comme vérité d' évangile et actuellement discrédité peut-être avec quelque imprudence aussi.

de la grotte qui y est creusée nous avons, M. Jost et moi, été vivement frappés de l' exceptionnelle transparence de leur glace. Le regard y pénétrait à des profondeurs de plusieurs décimètres. Sa teneur en matériaux morainiques, sable, gravier, cailloux, était infime mais assez fréquemment des vides lenticulaires, sortes de pochettes allongées plutôt selon le cours du glacier, y faisaient des taches grisâtres. Nous avons pu en éventrer quelques-unes: elles contenaient de l' air et de l' eau; c' étaient des points d' active ablation interne. Certains de ces accidents mesuraient plusieurs centimètres de longueur et un à deux cm. dans les autres sens. La grosseur du grain glaciaire, variable, était plutôt forte.Jost et Mercanton ) Le glacier Inférieur n' a guère changé d' aspect si son retrait a été général sur tout le front. Au prix de quelque effort nous avons avéré un recul de 8 m. environ dans l' axe de la gorge où la langue terminale s' est encaissée encore davantage. Au bord droit du glacier le recul a été de 26 m. environ.

( Jost et Mercanton ) J' emprunte au rapport toujours si soigneusement élaboré et si riche de M. Flotron sur les mesures qu' il fait aux glaciers de l' Aar pour la Compagnie des Forces motrices de l' Oberhasli — et que celle-ci met courtoisement à la disposition du chroniqueur — les renseignements suivants:

A YUnteraar les eaux montantes du lac ont atteint le glacier, à la cote minimale 1904,4 m ., le 11 août 1943; l' ennoyage maximum — 1913,0 m. s' est réalisé le 1er septembre ( 1942: 31 août ) et a duré jusqu' au 1er octobre, maintenant le front dans 5 m. d' eau en moyenne, sur une longueur de quelque 360 m ., pendant un mois entier. La conséquence a été une ablation énorme prolongée encore au cours de l' émersion qui ne fut totale que le 9 novembre. Parallèlement la surface du glacier s' affaissait sous l' action continue de chaleurs exceptionnelles, de sorte que l' Unteraar a abandonné en 1943 14 930 m2 de terrain, dans un recul moyen de 29,0 m. en 382 jours. Réduit à 365 jours, ce retrait serait de 16 m. plus fort que celui de 1942 et de 3 m. encore supérieur à celui de 1941. Il fut plutôt uniforme sur tout le front; à la rive gauche seulement il s' est élevé à 61 m. Le tracé frontal s' est régularisé, ses promontoires ayant perdu leur saillie. Toutefois une indentation profonde de 43 m. s' est découpée encore près du centre. D' ici à la rive droite le bord n' a fait que reculer de quelque 35 m ., sans changer de forme.

La cote minimum du terrain au front, 1904,4 m ., témoigne que celle de 1942, plus basse de 0,e m ., n' était qu' un accident local. En 1943 la falaise n' avait plus que 28 m. de hauteur moyenne et 35 au maximum; les chiffres de 1942 étaient 35 et 50.

Comme le tableau III le montre le niveau moyen de la glace a baissé dans tous les profils mais on rencontre quelques anomalies, quelques courts segments où la cote 1943 dépasse un peu celle de 1942, par exemple vers la droite du Brandlamm Inférieur et sur les profils du Pavillon Dollfus, du Mieselen et du Grunerhorn. Il s' agit de surélévations toutes locales et de 1 à 2 m. Le 12 octobre 1943 le bloc Hugi était à 259 m. en aval du profil Supérieur de Brandlamm, toujours au pied sud de la grande moraine; il avait fait 23 m. de chemin en 400 jours, 5 de plus que la glace sous-jacente, ce qui manifeste son dérapage. Les vitesses superficielles de la glace ont été en général un peu plus faibles qu' en 1942 sauf sur les profils du Grunerhorn et du Brandlamm Inférieur.

La perte de substance de tout l' appareil, en aval du Mieselen, a dépassé encore celle de 1942.

Tableau mGlacier d' Unteraar Mensurations de la Compagnie des Forces Motrices de l' Oberhasli Grunerhorn, Finsteraar Wildlager, Lauteraar.

Altitude des profil; 2590 rr. 2545 ta.

Variations du niveau moyen, en m./an Vitesses superficielles moyennes, en m. jan 1940/41 1941/42 1942/43 — 45)8Ï 47,., 31,85 34,e6 — 19*0/41 1941/42 0,85 1942/43 Mieselenegg2405 m.

Pavillon Dollfus.. .2270 m.

Brandlamm, Supérieur 2115 m.

Brandlamm, Inférieur1990 m.

( 2 ans ) -o,„s 1 ». 1* 1,45 -2,1S -1,3 1,9 -2,s 33)96 29,25 36,6 31,3 15„ 6,7 30,,, 14.M 7,,o,,, A>441, Le tableau IV donne les quantités de glace dissipées à l' Unteraar en 1942/43.

Tableau IV1941/42 1942/43 De front à front333,000 m3 420,000 m3 Du front au profil Brandlamm Inférieur.. .229,000 m3 324,000 m3 Du Brandlamm Inférieur au Brandlamm Supérieur 1,556,000 m3 2,235,000 m3 Du Brandlamm Supérieur au Pavillon Dollfus. .3,018,000 m3 3,550,000 m3 Du Pavillon Dollfus au Mieselenegg4,633,000 m3 5,254,000 m3 Total des masses dissipées9,769,000 m3 11,783,000 m3 Du profil Mieselen au profil d u Lauteraar * .4,603,000 m3 »5,500,000 m3 Du profil Mieselen au profil du Finsteraar. .4,400,000 m3 5,422,000 m3 * estimation.Flotron, Oberhasli-KW. ) Le glacier d' Oberaar a délaissé 8325 m2 de terrain dans un recul moyen de 18,3 m.

( Flotron, Oberhasli-KW. ) Tableau V III. Bassin de la Reuss Variations, en mètres, en 1940/41 1941/42 1942/43 — 7 - 3,.

1 — 9 — 4 - 7 — 16 — 13 - 212 - 4X 0 5,.

- 6,, 35,5 — 10 — 102 21 — 4 - 7 — 8 — 20 - 17 — 4 — 411 — 4 - 9,, 13 2 ( 3 ansGlaciers d' Uri Griess ( UnterscMchen ) Kartigel

Wallenbühl ( Voralp ).

Kehlen

Schlossberg

Hüfi

Brunni

Schiessbach

Damma

St-Anna

Tiefen

Firnälpli E

Griessen ( Obwald )..

— 20 ( 2 ans ) La décrue a été particulièrement forte chez les glaciers uranais ouverts vers l' W et le SE comme ceux d' Hüfi, de Wallenbühl et de Damma.

L' extrémité du Griess ( Unterschächen ) disparaît sous un revêtement morainique si dense qu' on la devine plus qu' on ne la voit; l' amaigrissement du glacier est en revanche très apparent. Le front du Schlossberg continue de s' ébouler sans trêve, alimentant, une sorte de glacier régénéré.

Le grand lambeau de glace encore attenant l' an passé au front du Hüfi est maintenant complètement dissipé et le glacier est entièrement confiné sur la banquette rocheuse supérieure; il est là très crevassé. Le retrait affecte surtout le côté oriental du Wallenbühl. Le Schiessbach et le Kehlenalpfirn dé- posent en se retirant un épais manteau de pierraille. Le dernier nommé, et le St-Anna aussi, a un double portail, correspondant vraisemblablement à un double cours torrentiel sous-glaciaire. Au Tiefen la langue qui descendait naguère vers le vallon d' Alpetli n' existe plus.Oechslin ) Tableau viIV. Bassin de la Linth Variations, en mètres, en Glaciers1940/411941/421942/43 Sulz6,69,6 ( 2 ans ) Glärnisch— 5 ( 3 ans14 ( 2 ans ) Clarides, en décrue continuelle.

V. Bassin du Rhin Punteglas169Vorab1,6 ( 2 ans847,s Lavaz1814,t23,6 Porchabella7,,23 ( 2 ans ) Verstankla27,6 ( 2 ans14,6 Lenta2108,6 Schwarzhorn10 ( 3 ans2,6 ( 2 ans ) Piz So136 ( 3 ans12,6 Sardona3 ( 4 ansParadies17,5 ( 3 ans2039,5 Suretta14,, En décrue ces dernières années: Kesch.

VI. Bassin de l' Imi Morteratsch22,622,s20 Roseg17,68,,12,6 Tiatscha32,617,624 Lischanna16 ( 2 ansPicuog129 ( 4 ans1014 VII. Bassin de l' Adda Forno36,6 ( 2 ans18,6 VIII. Bassin du Tessin Rossboden 15 12,66 Basodino532 ansBresciana 11 — 37 Mise par la conjoncture présente dans l' impossibilité de poursuivre convenablement ses sondages de l' Unteraar la Commission des glaciers a tourné son effort vers celui de Morteratsch, plus accessible. Le préjudice n' est pas trop grand car il importait de contrôler une fois la pertinence de nos méthodes sur un glacier différent, et on y pouvait étudier tout aussi bien la propagation des ébranlements sismiques et le fonctionnement de nos appareils. Trois belles semaines de juillet ont permis une campagne fructueuse, sous la direction de nos collègues Jost, Kreis et Renaud, que secondait une équipe vaillante et zélée de jeunes, dont M. Süsstrunk, assistant à l' Ecole polytechnique fédérale.

Les résultats s' élaborent actuellement. Dores et déjà notons qu' au haut de la rampe montant du front sur le glacier l' épaisseur de celui-ci atteint quelque 80 m.; dans le cirque, en arrière de la cabane de Boval, on a trouvé 300 à 350 m. Devant le front du glacier l' alluvion n' a guère que 5 à 10 m. d' épaisseur. D' autre part la vitesse d' écoulement des glaces terminales du Morteratsch était à la même époque de 0„ cm./j ., chiffre du même ordre que celui que nous avons fréquemment obtenu jadis au front de I' Unteraar, aussi en persistant recul.

( Jost, Kreis, Renaud ) Les glaces du Boval, ce même été de 1943, se terminaient par un front assez abrupt sur des dalles rocheuses inclinées où elles reposaient sans intercalation quelconque de moraine profonde.Mercanton, Oechslin ) Jusqu' en 1934 on pouvait tenir pour un appareil unique l' assemblage intime des cours glaciaires de Tschierva et de Roseg proprement dit, et c' est sous ce dernier nom qu' on a toujours donné les résultats des contrôles réguliers. Mais le confluent des deux fleuves glacés disparaissait sous une moraine médiane puissante qui rendait très aléatoire la mesure de la variation chez la branche de Roseg. Dès 1934 la séparation s' est marquée toujours davantage. A l' heure actuelle 250 m. de laisse bourbeuse s' étendent entre les deux glaciers et le Roseg s' y termine par un front arqué classique.

Le glacier qu' on mensure actuellement est donc le Tschierva et il va falloir placer des repères aussi devant le Roseg devenu indépendant. En 1943 son extrémité présentait une particularité de structure plutôt rare: à une centaine de mètres en amont du front une guirlande de pointements, en saillie de plusieurs mètres, une dizaine de mètres parfois, allant d' un bord à l' autre, séparait les glaces propres d' amont des plages plus sales d' aval. Ces protubérances étaient de glace pure mais recouverte d' une couche dense de moraine; c' était autant de « cônes sableux » typiques, mais ici gigantesques. L' examen des lieux révéla qu' ils jalonnent une faille, une surface de glissement interne des glaces propres du Roseg sur un culot de vieille glace pétrie de moraine datant vraisemblablement du stade de confluence des deux cours glaciaires et qui forme sabot pour les masses descendantes du Roseg. Le glacier du Rhône a montré jadis de telles résurgences de la moraine profonde à la surface, en amont du front; bien d' autres glaciers aussi.Jost et Renaud ) Le Kesch est en retrait notable et continu depuis plusieurs années.

( Hosang ) Le Verstankla est très amaigri.Flury ) Le tableau VII récapitule les observations suisses de 1943.

Tableau VII Nombre Bassins Rhône

Aar

Reuss

Linth

Rhin

Jnn

Adda

Tessin

Totaux

% en 1942

% en 1943

observés en crue stationnaires en décrue 32 4 27 9 ( I 1 8 12 110 2 0 0 2 9 0 0 9 4 0 0 4 1 0 0 1 2 0 0 2 71 5 3 636 0 94 — 7 4 81 ) Différences en%145 Conclusion: En 1943, de 100 glaciers des Alpes suisses, 7 étaient en crue, 4 étaient stationnaires et 89 étaient en décrue.P.L. Mercanton

Feedback