Les voyages à travers les Alpes du professeur Oswald Heer

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Cest aux voyages d' exploration des naturalistes que l'on doit la découverte des Alpes suisses dont les premiers visiteurs furent, au XVIIIe siècle, Jean-Jacques Scheuchzer et Albert de Haller. Ces deux hommes de science ne quittèrent cependant guère les chemins battus. Le premier savant qui se hasarda sur les glaciers des Alpes fut le physicien et géologue genevois Horace-Bénédict de Saussure, le vainqueur du Mont Blanc en 1787.

Au XIXe siècle, les travaux des géologues et glaciologues Hugi, Agassiz et Desor permirent d' approfondir nos connaissances des hautes Alpes et de leurs glaciers. Le géologue Arnold Escher de la Linth parcourut les Alpes en tous sens. Parmi les explorateurs des Alpes suisses de cette époque, il convient de mentionner Bernard et Gottlieb Studer, Melchior Ulrich et, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Edmond von Fellenberg.

Le professeur Oswald Heer, savant à la culture universelle et à la renommée étendue, fut certainement un des plus importants explorateurs des Alpes du siècle passé. Fils d' un pasteur qui exerca plus tard son ministère à Matt ( Glaris ), Oswald Heer naquit à Niederuzwil ( Saint-Gall ) et passa une heureuse jeunesse dans la vallée glaronaise du Sernf. Son père lui enseigna non seulement les langues anciennes, mais il l' initia également aux mathématiques. Par des calculs trigonométriques, il détermina, avec l' aide de son père, l' alti des sommets dominant le village de Matt et compara ses résultats avec ceux qu' il obtint par le calcul de la pression barométrique. A 14 ans, le jeune garcon se constitua une collection de coléoptères et de papillons, puis, à 17 ans, il se lanca dans le règne vegetal.

Meme après sa confirmation, Oswald Heer resta ä Matt oü son pere le preparait ä affronter l' Universite. A cette epoque l' adolescent faisait, toute l' annee durant, des observations meteorologiques et, les jours de beau temps, il parcourait avec son pere les hauts päturages du Sernftal qu' il connaissait ä fond pour y avoir cherche des insectes et des plantes. Peu ä peu leurs excursions se prolongerent au-delä du Col Segnas jusqu' ä Coire. Par Ragaz, Pfäfers et le Kerenzer Berg, les infatigables marcheurs regagnaient le Sernftal et leur village de Matt.

Au cours de l' automne 1828, Oswald Heer se rendit ä Halle tantöt en diligence, tantöt ä pied suivant l' humeur du temps. Apres un voyage de quinze jours, il atteignit la ville allemande, celebre par son universite, et oü il allait commencer ses etudes de theologie. Oswald Heer n' en continua pas moins ses recherches dans le domaine des sciences naturelles, et il fit la connaissance de nombreux professeurs fort connus dans les milieux scientifiques. Souvent, il etait assailli par le doute, ne sachant quelle orientation donner ä sa vie. En 1831, il n' en acheva pas moins ses etudes de theologie et rentra au pays. Mais le travail acharne avait altere serieusement la sante du jeune homme; aussi son pere decida-t-il de le garder quelque temps ä Matt oü il pouvait d' ail l' initier au ministere pastoral tout en le laissant assouvir sa passion des sciences naturelles. Cest ä cette epoque qu' Oswald Heer commen9a sa carriere d' alpiniste - la periode d' intense exploration s' etendant de 1831 ä 1835 - au moment meme oü il acceptait une fonction ä Zürich. Son travail consistait ä mettre de l' ordre dans une grande collection d' insectes. Peu apres, il etait Charge de cours, puis professeur de botanique et d' entomologie ä l' Universite recemment fondee de Zürich et professeur egalement de botanique au Polytechnicum ( Pactuelle Ecole polytechnique federale ). En compagnie de ses etudiants, il entreprit de longues et penibles excursions dans les Alpes. Oswald Heer se specialisa ensuite dans la phytopaleontologie ( botanique des plantes fossilisees ) et acquit dans ce domaine une celebrite mondiale. Sur son principal ouvrage, le professeur Grandjean a écrit notamment: « Si le grand siècle de la découverte scientifique des Alpes a trouve un écho dans la littérature, c' est avant tout grace à l' oeuvre magistrale d' Oswald Heer: Les origines de la Suisse ( 1865 ). Dans un style à la fois clair et brillant, l' auteur brosse un vaste tableau de la formation du paysage suisse, et alpin en particulier, dans son passé géologique et botanique. » Oswald Heer était un membre actif du Club alpin suisse ( fondé en 1863 ). Il en fut d' ailleurs un des premiers membres d' honneur, sinon le premier.

Ses excursions dans les Alpes avaient pour but de déterminer les zones de la faune et de la flore alpines ainsi que les limites de la vie organique. Partout où il observait un changement de végétation, il calculait l' altitude avec son baromètre, relevait la température de l' air et souvent celle de l' eau et notait la nature du sol et les caractères de la végétation. Pour déterminer l' altitude, Oswald Heer utilisait uri baromètre de Fortin quelque peu modifié et que lui avait prete le Dr Horner, conseiller aulique. « Dans son enveloppe de cuivre, cet instrument avait l' apparence d' un fusil, et quand le botaniste partait en expédition avec son baromètre, dont l' extrémité supérieure sortait de l' étui de cuir au-dessus de ses épaules, plus d' un le prit sans doute pour un chasseur de chamois » ( Justus Heer: Biographie ).

Le calcul de l' altitude au moyen du baromètre supposait que la pression relevée par Heer en montagne füt chaque fois comparée avec celle notée par Homer au meme moment à Zurich. Les points mesures étaient donnés en pied de Paris ( 0,3248 m ). La différence constatée entre les résultats obtenus par Heer et les cotes de nos cartes nationales ne doit point nous étonner. En comparant 25 points mesures, j' ai remarque un écart moyen relativement peu élevé de + 7 mètres. Dans ig cas, les cotes don- 1 Cf. Herbert Maeder: Les montagnes de la Suisse. 142 nees par Heer sont trop hautes et, dans 6 cas, trop faibles. D' ailleurs, comme les relevés varient énormément, une moyenne ne signifie pas grand-chose. Ainsi la cote donnée pour le Galenstock est de 56 mètres inférieure à la réalité, celle du Kärpf est de 56 mètres supérieure à l' altitude réelle. Ces erreurs sont dues sans doute aux fortes et rapides variations de la pression atmosphérique ( foehn ). Ajoutons que, pour les recherches de Heer sur les limites de la végétation, ces différences d' altitude importent peu, étant donne qu' il ne s' agit pas de limites fixes. Les notables différences sont dues essentiellement ä l' i.

Les zones de végétation fixées par Heer sont encore généralement valables de nos jours. Il distingue les étages suivants: Etage des collines780-1300 m Etage subalpin1300-1800 m Etage alpin1800—2300 m Etage subniva12300-2760 m Etage niva12760-3200 m Aujourd'hui, on classe le plus souvent l' etage subnival selon Heer dans la zone alpine. II convient de signaler enfin que les indications de Heer concernent strictement les Alpes centrales et orientales de la Suisse et ne peuvent donc etre jtppliquees au Valais.

Au cours des annees 1831 et 1832, partant de nouveau de Matt, Oswald Heer gravit les montagnes si familieres du Sernftal, mais egalement d' autres sommets du canton de Glaris: Weissmeilen, Heustock, Ruchsiten, Magereu, Gulderstock, Gandstock, ( plusieurs fois ), Kärpf, Hanenstock, Hausstock ( premiere ascension ), Fronalpstock, Schilt, Brückler, Schinberg, Bockmattli, Rädertenstock, Deyenstock et Glärnisch Rüchen.

En 1833, Oswald Heer explora, en partant de Zürich, le massif du Gothard et les Alpes grison- 9-18 juillet: Vallee d' Urseren, Gothard, Glacier St-Anna, Bäzberg, Nufenen, Piscium; 25 juillet: Monte Camoghe; 29-31 juillet: San Bernardino, Pizzo Uccello, chaine qui sépare le Val Calanca et la Mesol- cina; 9-17 aoüt: Alpe de Zapport, sources du Rhin posterieur; 9-17 aoüt: Haute-Engadine, Palü, Val Bever, Val Chamuera, Lavirum, Serlals, Albula.

L' annee suivante ( 1834 ), Oswald Heer revint dans les Grisons on il fit les excursions et ascensions suivantes:

14 juillet: Col du Panix; 16 juillet: Col du Valserberg et Rheinwald; 17 juillet: Col du Splügen et Val Bregaglia; 19 juillet: Col de la Maloja et Haute-Engadine; 23 juillet: Val Roseg et Gletscherinsel; 28 juillet: Val Chamuera, Fuorcla di Lavirum, Val Livigno; 30 juillet: San Giacomo et Val Müstair ( S1* Maria ); 31 juillet: Col Wormser ( Umbrail ) et Sponda-lunga; 1-4 aoüt: Exploration des montagnes et cols des environs: P. Umbrail, M. Braulio, Stelvio; 5 aoüt: Ascensions des P. Costainas et Chan tun; 6 aoüt: Traversée dans le Val Müstair, puis dans le Val Scarl; 7 aoüt: Fetan; 8 aoüt: Ascension du Piz Minschun; 11 aoüt: Col Scaletta; 12 aoüt: Davos.

Et enfin, les excursions et ascensions de l' annee 1835:

15 juillet: Col du Panix, Brigels, Disentis; 17 juillet: Val Sumvitg, Col de la Greina, Val Camadra; 18 juillet: Col Sureden, Zervreila; 19 juillet: Col Canal, Alpe de Zapport; 21 juillet: Col du Splügen, Val d' Emet, Val d' Avers; 23 juillet: Stalla, Col du Julier; 27 juillet: Ascension du Piz Lairum; 28 juillet: Livigno, Ofenpass, Zernez; Ier aoüt: Piz Linard ( première ascension ).

Oswald Heer a donne une description détaillée de cette ascension dans 1' Annuaire du CAS de 1866. Un extrait a paru dans Les Alpes en 1939 ( pp. 201-206 ); 2 aoüt: Lavin; 5 aoüt: Samnaun; 6 aoüt: De Compatsch ( Samnaun ) à Sent par les hauts; 7 aoüt: Alpe d' Urschai ( Val Tasna ); 11 aoüt: Massif de la Bernina; 12 aoüt: Ascension du Piz Palü ( première ascension du sommet oriental ).

Les années suivantes, Oswald Heer explora souvent encore l' Engadine, le Rheinwald, l' Albula, le Lukmanier, Churwalden et le Stätzerhorn. Il botanisa dans les montagnes qui dominent le Lac de Come ( Comi di Campo, San Martino, Legnone ), au Gothard ( Pizzo Centrale ), à la Furka, au Grimsel, au Glacier de l' Oberaar, à Zermatt et ä Chamonix.

Jusqu' en 1870, Oswald Heer entreprit avec ses étudiants des excursions dans les Alpes, au cours desquelles le groupe réalisait generalement des performances dans le domaine de la marche. Plus tard, souffrant d' un genou, Oswald Heer ne put plus quitter sa maison et les maux de rage vinrent assombrir les dernières années de sa vie.

Dans la plupart de ses excursions, il fut accompagné par Johann Madutz qui exenjait à Matt le métier de tailleur, mais qui était aussi certainement un chasseur de chamois. II se révéla un excellent guide dans toute situation, me dans les massifs qu' il ne connaissait pas. Sur la recommandation d' Oswald Heer, Madutz fut engagé comme guide permanent par Arnold Escher de la Linth avec lequel il fit de nombreuses courses dans les Alpes suisses et frangai-ses. Il entreprit également plus d' une excursion avec le professeur Melchior Ulrich. Rudolph Bühler a souligne les qualités de guide de Johann Madutz dans Les Alpes de 1940 ( pp. 334-337)- 1Escalade libre sur la Grande dalle du Rüttelhorn 2Escalade dans le calcaire du Rüttelhorn

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