Lutte pour la sauvegarde de nos paysages

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Nazario Pavoni, Zurich

L' homme d' aujourd est en train de détruire, lentement mais sûrement, son milieu vital. Les éléments dont il a besoin pour vivre, l' eau, l' air et les sites naturels, sont menaces par le surdéveloppement économique et technique et par le fort accroissement démographique de notre pays. Les phénomènes prétendus inoffensifs, apparus en marge de notre civilisation moderne de production économique, ont pris — en s' accu - des proportions telles qu' ils remettent vraiment en question le bénéfice acquis. Le bruit, la pollution des eaux et de l' air en sont des exemples frappants.

Le trésor le plus précieux qui nous ait été confié, nos Alpes, est lui aussi menace par cette évolution. Ces trois dernières années, nous avons pris conscience tout particulièrement du danger et des problèmes engendrés par l' évolution actuelle. Nous sommes parfois tentés de nous résigner en voyant l' abondance des problèmes, l' im de nos efforts, et la pauvreté des moyens dont nous disposons pour lutter en faveur de la sauvegarde du paysage. Pourtant, là on un danger imminent est dénoncé, la volonté et le courage de l' affronter augmentent. Le peuple est de plus en plus dispose à créer des lieux de détente et à sauvegarder les sites.

Nous aimerions rappeler brièvement et ouvertement quelques faits, idées ou propositions qui nous ont beaucoup préoccupés au cours des trois dernières années. Tout d' abord cinq constatations:

i. L' eau, l' air et les sites naturels ne sont pas inépuisables et ne peuvent être remplacés. Alors qu' on n' élève heureusement pas de prétention privée à la possession de l' air et de l' eau, on le fait pour le sol. Il est intéressant de relever que la dis- tribution du sol en propriétés privées n' a été effectuée de façon si intensive dans notre pays qu' au cours des deux cents dernières années. Les pâturages communs, les terrains appartenant à des corporations, les terres et forêts communales étaient autrefois beaucoup plus étendus.

2. L' époque devrait être révolue où n' importe quel groupe d' intérêts peut produire ce qu' il veut et autant qu' il le veut sans tenir compte des autres. Qu' on pense par exemple à ce monstre qu' est la motorisation, qui nous impose désormais partout ses lois!

3. Prenons conscience une bonne fois de la rapidité effrayante avec laquelle nos sites, nos paysages, qui n' ont acquis leur particularité qu' au cours des siècles, voire des millénaires, sont irrémédiablement bouleversés et transformés en paysages civilisés, modernes et monotones.

4. Vivant aujourd'hui la plupart du temps dans une agglomération urbaine, l' homme peut prétendre non seulement aux anciens droits fondamentaux tels que la vie, la santé, la liberté, l' hon, la propriété, mais également, puisqu' il est partie intégrante de la nature, à des droits biologiques fondamentaux: l' intégrité de l' air et de l' eau et la possibilité de se reposer dans un milieu naturel.

5. Plus on attendra avant de créer et de préserver de vastes zones de détente, plus la réalisation en sera difficile et plus la réaction sera dure et profonde.

Il est nécessaire de connaître et de critiquer d' abord la situation actuelle, mais c' est une tâche extrêmement ardue que de trouver de bonnes solutions et de les réaliser. L' homme, en tant qu' individu, devrait absolument rester au centre des préoccupations de ce genre.

Il faut considérer maintenant les points suivants:

Le territoire alpin se verra attribuer une signification très importante, celle de zone de détente. Il faudra séparer dans les régions alpines, si possible dans le cadre d' une planifiation portant sur l' ensemble de la Suisse, d' une part de vastes zones protégées pour leur particularité et leur tranquillité, et de l' autre des centres et régions de tourisme « technicisé ». Nous en avons un projet, par exemple, dans le programme du CAS pour la sauvegarde de la montagne. Seule une solution à grande échelle, qui englobe la Suisse entière, peut vraiment résoudre le problème.

2. La démarcation entre zones à bâtir d' un côté, qui servent au tourisme de masse, et zones de repos, de protection de la nature de l' autre, exige, comme il se doit, une compensation. Au moment où, par exemple, une parcelle de la première zone est vendue comme terrain à bâtir ou dès qu' elle est construite, un certain pourcentage de sa valeur doit être verse à une caisse de compensation, laquelle paye les dédommagements nécessaires. Cela est valable également pour les nouvelles constructions dans les zones désignées comme terrains à bâtir. Un tel système de compensation, à la fois simple et juste, est concevable aussi bien à l' intérieur de petites zones que pour des régions plus importantes. Le développement économique des régions et des sites alpins pourrait en être accéléré.

3. Ce sont, aujourd'hui surtout, les communes et les cantons qui sont compétents pour désigner les zones de détente ou les sites protégés. Actuellement, on fait rarement valoir ces compétences, par crainte des frais de dédommagement. A cela s' ajoute que le plan de zones des communes se révèle souvent insatisfaisant parce que de nombreux intérêts personnels et situations foncières ont joué un rôle décisif dans son élaboration. C' est pourquoi, dans l' intérêt d' une vraie planification, il faut accorder la Confédération des compétences accrues et clairement définies, afin qu' elle puisse intervenir là où les cantons n' agissent pas d' eux.

4. Il faut mettre à sa disposition, pour réaliser ces tâches de planification, des moyens importants. Une bonne planification du pays signifie une défense du pays au meilleur sens du terme. Les sommes consacrées chaque année à la planification devraient représenter une bonne partie de ce qu' on dépense pour la construction de routes et la défense militaire du pays!

Nous aimerions beaucoup, naturellement, ne pas avoir à dire crûment les quatre vérités, comme nos représentants l' ont fait à Berne en traitant du projet sur le droit foncier. Ce n' est pas ainsi que nous arriverons à une solution. Seule une solution d' ensemble, honnête et rapide, résoudra vraiment le problème. C' est du peuple que devra partir, vu la situation actuelle, l' im décisive et un mandat précis aux autorités. Une initiative non liée à un parti, qui est en quelque sorte un fruit de l' Année de la nature 1970, est en préparation, initiative qui voudrait accorder à la Confédération, au cas où les cantons ou les communes manqueraient à la riche, les compétences et moyens nécessaires à la création de zones de détente et de réserves naturelles. Puisse-t-elle trouver un large écho également dans les cercles du CAS! La lutte pour sauvegarder le mieux possible la beauté de nos montagnes et de nos paysages est une tâche essentielle et vitale que notre époque confie à notre génération. Elle exigera sans aucun doute de nous tous certains sacrifices et renoncements, des mesures qui nous seront peut-être personnellement très désagréables, et des égards pour nos concitoyens. Du côté des propriétaires fonciers également, certaines restrictions devront intervenir. Mais cela n' amènera certainement pas la ruine de la Suisse! Au contraire! Qu' on jette un coup d' œil sur la situation actuelle si inquiétante, puisque des sociétés anonymes toujours plus nombreuses achètent une part toujours plus grande du sol de la Suisse, et que, justement dans les Alpes, les hôtels, centres touristiques, pistes de toutes sortes, financés surtout par des capitaux étrangers — les constructions, résultant en partie de spéculations brutales - poussent comme des champignons.

C' est comme une participation aux questions actuelles et comme une référence à des solutions possibles qu' il faut considérer les apports au thème de la protection de la nature et de la planification en montagne, publiés dans les numéros de septembre, de décembre 1970 et de mars 1971 de la revue trimestrielle du CAS. Comme divers auteurs y ont contribué, certains recoupements sont inévitables, ce qui d' ailleurs n' est pas un mal.

Quelle solution adopterons-nous finalement? Nous ne le savons pas encore. Il faut d' abord la rechercher. Pourtant, avec de la bonne volonté, avec du courage et du discernement, nous trouverons une solution adéquate, pour le bien de nous tous, pour le bien et l' avenir de notre pays.

Traduit de l' allemand par Annelise Brocard

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