Mer de brouillard au Salève

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Par J. Girod.

Dimanche de décembre. Depuis des semaines déjà, les rayons du soleil ne parviennent plus jusqu' à .la ville. Les êtres et les choses sont noyés dans un gris maussade. Secouant la torpeur qui nous envahit, allons voir si le ciel bleu dont nous commençons à douter existe toujours. En quelques minutes, grâce au téléphérique, la transformation magique s' accomplira.

La nacelle se remplit vite de montagnards, de citadins, de skieurs. Elle s' élève rapidement. Brusquement, au milieu de l' ascension, c' est un éblouissement. Les visages s' illuminent. Clarté! Immense, immobile, lumineuse, uniforme, limitée par la chaîne du Jura, la nappe de brouillard s' étend, sous un ciel d' une limpidité extraordinaire.

En hâte les voyageurs débarquent, pressés de voir, sur l' autre versant, les Alpes dont la ligne dentelée se profile à l' horizon.

Des citadins en tenue de ville, des dames emmitouflées dans leurs fourrures, gagnent, non sans trébucher dans la neige, la table d' orientation qui leur permettra de mettre un nom sur toutes ces pointes. L' alpiniste, lui, épris de tranquillité, se sépare de la foule. Il va plus loin, vers les rochers de Faverge, vers les Pitons, et là il admire, il contemple, émerveillé, le grandiose spectacle des vagues qui agitent doucement l' immense mer de brouillard, en en modifiant lentement l' aspect. Il revit les douces journées d' été, les calmes grimpées, les dures ascensions que lui rappellent toutes ces cimes: tout là-bas, à gauche, le Pic de Marcelly, plus près, émergeant de cet océan d' ouate, la masse du Môle, puis Jalouvre, Soudine et tant d' autres! Et, barrant l' horizon, la merveilleuse succession des aiguilles, des glaciers, des cols et, tout d' abord, à droite du Môle, les Aiguilles du Tour, le Chardonnet, l' Argentière et tout le massif du Trient et de Saleinaz, toute la partie suisse de la chaîne du Mont Blanc; puis, s' élevant de toute sa hardiesse, la fière Aiguille Verte, à laquelle font cortège les fines Aiguilles de Chamonix, le mur des Jorasses. Enfin, dominant cet ensemble magnifique, le géant, superbe et éclatant, le Mont Blanc. Et pour quelques instants on oublie les rails qui s' accrochent aux flancs de ce Salève, le câble qui l' attache à la plaine, on se prend à se représenter la chère montagne d' autrefois, alors qu' elle n' était pas encore envahie par la foule!

Mais le temps passe, il se fait tard, il faut s' arracher à la contemplation, aux beaux souvenirs, quitter le ciel clair, partir, rentrer dans le brouillard et plonger brusquement dans l' obscurité.

Le beau rêve est terminé.

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