Mes deux courses dans le champ d'excursions

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W. A. B. Coolidge ( section de Berne ).

Par Pour une raison dont je ne me suis jamais rendu bien compte, la chaîne du Mont Blanc ne m' a pas séduit comme d' autres massifs des Alpes. J' ai visité, il est vrai, tous ses glaciers principaux; et j' ai gravi pas mal de ses grandes cimes, mais à tout prendre, ma liste de courses est relativement très pauvre en ce qui regarde cette chaîne. Et si elle est pauvre en ce qui concerne toute cette chaîne, elle est bien, bien maigre quant à sa partie suisse; car pendant ma carrière alpine de 35 années je n' y ai fait que deux courses, à savoir le passage du Col d' Argentière en 1866, et celui du Col du Tour en 1874. Toutes deux donc ont été exécutées à l' époque pré-javellienne, et cela prêtera peut-être quelque intérêt au récit dans lequel je vais tenter de raviver le souvenir de ces deux courses à l' aide surtout de lettres écrites à ce moment à ma mère, soit par moi, soit par ma chère tante, feu Müo Brevoort.

Au mois de septembre 1865, ma tante et moi, nous fîmes nos débuts comme alpinistes. Nous traversâmes successivement la Strahlegg ( 13 septembre ), le St-Théodule ( 22 septembre ) et le Col du Géant ( 27 septembre ) et montâmes à la Cima di Jazzi ( 20 septembre ). Puis ma tante escalada le 3 octobre le Mont Blanc sans moi, car jeune garçon maladif, de juste 15 ans, on ne croyait pas que j' eusse les forces physiques nécessaires pour entreprendre cette escalade laborieuse. Ces quelques aperçus du monde de neige et de glace nous avaient tellement enthousiasmés tous les deux que nous ne pensions qu' à y faire encore maintes promenades délicieuses. Nous passâmes l' hiver de 1865 à 1866 à Florence, et comme cadeau de Noël ma tante me donna un exemplaire ( que je conserve toujours avec le plus grand respect ) des trois tomes de „ Peaks, Passes and Glaciers ", publiés par le Club Alpin anglais en 1859 et 1862. ( Si je me rappelle bien, nous n' avions à ce moment jamais entendu parler de l' " Alpine Journal ". ) Nous dévorâmes ces trois tomes avec une avidité incroyable, et peu à peu nous acquîmes la conviction que c' était très certainement le devoir de tout alpiniste qui se respecte de faire la „ Haute Route " de Chamonix à Zermatt par les Cols d' Argentière, du Sonadon, d' Oren et de Valpelline. Comme nous avions l' ambition de devenir des alpinistes parfaits, il nous fallut absolument exécuter cette longue promenade à travers les glaces et les rochers. Cependant, nous n' avions qu' une expérience alpine très restreinte, et j' étais très délicat et âgé seulement de 15 ans ( car mon jour de naissance tombe le 28 août ); et surtout nous n' avions jamais couché dans un chalet, et alors faute de cabanes des clubs alpins il nous fallait passer au moins trois nuits dans les habitations d' été des bergers. Mais même cette perspective ne nous fit pas fléchir.

Le 14 juillet 1866 donc, nous nous retrouvâmes à Chamonix, étant venus de Bex ( où nous avions laissé ma mère et ma sœur ) par Champéry, le Col de Sagerou, Sixt et le Buet. Là, nous prîmes notre guide de l' année passée, Michel Dévouassoud ( frère aîné du célèbre François ), avec qui nous avions fait connaissance sur le Col du Géant; en effet, nous y avions rencontré une caravane venant de Chamonix avec les trois frères Dévouassoud ( François, Michel et Henri ), et nous avions échangé un de nos guides de Courmayeur contre Michel Dévouassoud. Nous fîmes d' abord la course classique au Jardin, puis nous nous préparâmes pour notre grande tournée vers Zermatt. Mais le temps laissait à désirer, et ce ne fut que l' après du 23 juillet que notre caravane partit pour aller coucher aux chalets de Lognan ( pas d' hôtellerie alors ). Nous étions assez nombreux, car outre Michel nous avions comme second guide MédéricSimond, et deux porteurs, Alexandre Tournier ( dit „ le Cabri " ) et Henri Dévouassoud. A part Simond, les autres avaient été avec ma tante sur le Mont Blanc. Je me souviens encore de ma première nuit dans un chalet de bergers, expérience qu' on ne fait que rarement jourd' hui où il y a des cabanes des clubs alpins et des petits hôtels de montagne partout. Il faisait beau temps lorsque nous quittâmes Chamonix, mais la pluie se mit à tomber pendant la soirée, et continua tout le lendemain. N' est pas? c' était bien là une assez dure expérience pour deux alpinistes enthousiastes, mais peu habitués à être ainsi bloqués par le mauvais temps lors de leur premier bivouac à la montagne. Heureusement le temps s' améliora un peu le matin du 25 juillet, et nons pûmes partir de notre chalet infect à 3 h. 20 du matin. Mais au bout d' une heure la pluie nous surprit, et nous dûmes passer une heure à l' abri d' un gros rocher où les guides allumèrent un feu, auprès duquel je fis du pain grillé pour aider à passer le temps. Profitant d' une éclaircie, nous mîmes pied enfin sur le grand Glacier d' Argentière, et le remontâmes pendant un certain temps. Mais j' avoue que mes souvenirs de ce glacier sont des plus vagues, peut - être à cause des brouillards. Vers 9 h. nous fîmes notre second déjeuner sur quelques rochers, où nous laissâmes une bouteille avec nos noms. Puis nous repartîmes au milieu d' une tourmente de neige qui ne se calma qu' à de rares intervalles pendant tout le reste de la journée. Impossible donc d' admirer ce qui doit être le beau cirque supérieur de ce glacier, alors à peine connu aux touristes, à part les Cols d' Argentière ( 1860—1861 ), du Tour Noir ( 1864 ), et du Mont Dolent ( I860 ). Enfin, dit ma lettre à ma mère, nous parvînmes „ au pied des Aiguilles Rouges, mais pas celles de Chainonix ". Je ne me doutais pas que 22 années devaient encore passer avant la conquête de ces Aiguilles Rouges du Dolent par MM. Kurz et Barbey en 1888, ce qui fit bien connaître ce nom, qui ( à ce que je sais ) n' est pas mentionné par des touristes avant ma lettre. Là nous fîmes de la' limonade, apparemment pour nous réchauffer dans cette tourmente de neige. Mais bientôt nous nous égarâmes pendant plus d' une heure, errant dans un cercle l' un après l' autre comme des moutons. Michel s' en alla alors pour explorer le chemin, et lorsqu' il nous cria de suivre ses traces nous le fîmes très obéissants et le rejoignîmes sur un contrefort de neige et de rocher, à peu près à 20 mètres au-dessus du vrai Col d' Argentière. Il était une heure de l' après lorsque nous y parvînmes, et je crois que la tourmente furieuse ne nous tenta pas d' y rester un seul instant. Tout de suite nous descendîmes des rochers, qui nous parurent excessivement raide8 et difficiles, quoique les guides craignissent plus la neige et la glace rencontrées pendant notre trajet. Voici la description dans ma lettre de cette partie de notre course:

„ Puis, nous descendîmes pendant plus de 4 heures des rochers à peine recouverts de neige, et par conséquent très glissants. Ensuite, nons parcourûmes un glacier très glissant, fouettés à la figure d' une fine et au milieu d' un brouillard des plus épais. Vers 6 h. du soir nous quittâmes le glacier. " La nuit arrivait, et à ce moment-là les moraines d' un glacier ne sont jamais agréables, surtout pour des alpinistes aussi peu expérimentés que nous. Enfin nous atteignîmes les chalets de la Fouly, puis le village de ce nom. Mais aux chalets il n' y avait personne, et au hameau, malgré un brin de sapin indiquant l' existence d' une auberge, personne ne répondit à nos cris et à nos coups qui faisaient trembler la maison. Force nous fut de pousser en avant. Deux des guides nous précédèrent, car on croyait qu' à Praz de Fort il y avait une auberge. Mais arrivés là à moitié morts de fatigue, ni auberge ni guides. Une femme interrogée nous consola en nous assurant qu' il n' y avait point d' auberge avant Orsières. A la Ville d' Issert, encore ni auberge ni guides. Enfin nous parvînmes à Orsières, où nous retrouvâmes nos deux braves hommes, qui avaient réveillé l' aubergiste et nous avaient fait préparer un souper et des lits. Et c' était bien temps, car ( je me le rappelle très bien ) je ne pouvais guère mettre un pied devant l' autre et je tombais de sommeil. Il était 1 h. 20 du matin le 26 juillet lorsque nous arrivâmes à Orsières. Ainsi le premier col de la „ Haute Route " nous avait pris juste 22 heures ( y compris des haltes de 3 heures ). A une exception près ( la traversée des Ecrins en 1881, qui me prit 22 heures 5 minutes ) cette course est la plus longue que j' aie jamais faite. Bien entendu, elle était beaucoup trop difficile pour deux commençants, mais nous nous consolâmes en nous disant que ma tante était la première dame qui eût jamais passé ce col redouté, et que notre caravane était la première de l' année. Mais quoique déchirés, brûlés affreusement à la figure, et trébuchant de fatigue, notre courage n' était pas épuisé. Nous avions eu l' idée de rendre une visite au Grand St-Bernard ce jour-là. Mais nous nous contentâmes d' aller seulement jusqu' à Bourg St - Pierre, puis de monter coucher aux chalets de Valsorey. Le 27 nous traversâmes le terrible Col du Sonadon pour bivouaquer au chalet de Chanrion. Le 28 nous passâmes le Col d' Oren à Prarayé, où nous trouvâmes M. Reilly occupé à dresser sa carte de la Valpelline, et enfin le 29 nous gagnâmes Zermatt par le Col de Valpelline. Ainsi nous exécutâmes bien notre programme dans tous ses détails, mais toujours par le mauvais temps. Plus tard lorsque j' ai pu me faire une idée plus exacte de notre trajet, je fus vraiment ébahi de penser qu' un jeune garçon et une dame avaient pu faire ce long voyage sans autres inconvénients que la fatigue et des figures rôties.Huit ans devaient s' écouler avant que nous mîmes de nouveau le pied dans le champ d' excursions actuel. Pendant cette période nous étions devenus des alpinistes beaucoup plus expérimentés, et nous avions fait maintes explorations dans diverses parties des Alpes. Nous avions déjà commencé nos voyages dans les Alpes du Dauphiné, qui devenaient peu à peu notre région préférée. Le père Aimer était devenu notre guide chef en 1868, et le 25 juin 1874, nous nous rencontrâmes à Martigny, où il arriva accompagné de deux porteurs de Grindelwald, car alors on ne trouvait pas même des porteurs dans le Dauphiné, et il fallait tout emporter avec soi, hommes, provisions, tentes, etc., etc. Nous couchâmes cette nuit à Orsières, et le lendemain ( 26 juin ) nous partîmes ( notre chien fidèle Tschingel toujours avec nous ) pour Chamonix ( en route pour le Dauphiné ) par la Fenêtre de Saleinaz et le Col du Chardonnet. Nous aurions bien voulu revoir le Glacier d' Argentière, par le beau temps s' entend. Mais ce beau temps nous fut impitoyablement refusé, de sorte que dans mes souvenirs personnels le champ d' excursions est un centre d' orages et de tourmentes. Partis d' Orsières à 2 h. 20 du matin nous montâmes par ce qui est sans doute la route ordinaire, dépassâmes ce que mes notes appellent „ une espèce curieuse de petite plaine " ( sans doute le Plan de l' Arche ), et, passant au milieu de gros blocs, parvînmes à 8 h. 20 à la chapelle d' Orny. Mais la neige avait déjà commencé à tomber et, après avoir attendu quelque temps, nous comprîmes que noms ne pouvions pas aller plus loin ce jour-là. Nous pensâmes un instant à bivouaquer dans la chapelle ( prière de se rappeler que ce ne fut que deux ans après notre course que la première cabane d' Orny fut bâtie, cabane remplacée en 1893 par une nouvelle qu' on me dit être fort confortable ), mais elle manquait de toit, et était presque ruinée. Alors nous redescendîmes à la petite plaine, et nous installâmes tant bien que mal sous un gros bloc, expédiant les porteurs à Orsières pour y chercher des provisions. Plus tard, nous nous transportâmes à un autre bloc sur le bord gauche de la petite plaine. Les porteurs revinrent à 8 h. du soir avec des provisions, mais sans casserole. Ainsi pas de soupe ni de café ni quelque chose de chaud; nous n' avions pas de couvertures, mais seulement deux caoutchoucs et quelques châles. Ajoutons qu' il plut à verse pendant toute la nuit. On conçoit donc que mes souvenirs de ce bivouac ne sont pas des plus agréables. Enfin le matin du 27 le temps avait meilleure mine, et continua ainsi jusqu' à ce que nous eûmes fait un bon bout de chemin. En 25 minutes de notre bloc nous regagnâmes la chapelle, et mîmes pied sur le Glacier d' Orny à 5 h. 55. En haut, la tourmente, le vent et le brouillard s' abattirent sur nous. Impossible même de penser à la Fenêtre de Saleinaz, car il fallait à tout prix échapper de ces régions peu hospitalières. Aimer n' avait jamais passé le Ce! till Tour, mais cela ne faisait rien, et vers 10 h. 30 nous y parvînmes. Sur l' autre versant l' orage devint plus furieux, la neige ( au mois de juin ) sur le glacier était très molle et très profonde, des rafales de neige, de pluie et de grêle étaient accompagnées du tonnerre et des éclairs. Du col nous descendîmes une muraille de neige et ensuite prîmes à droite, parvenant à la moraine à 12 h. 45. Alors suivirent des pentes d' herbe glissantes et des rochers raides. Nous étions encore sur la moraine lorsque un gros bloc bondit d' en haut, et menaça de nous tuer. Ma tante raconte dans sa lettre k ma mère que je fis un saut merveilleux à travers un torrent mugissant afin d' échapper à ce bloc qui, heureusement, ne nous fit pas de mal. Nous étions arrivés au terme de nos misères et on ne peut plus mouillés, quand le soleil daigna se montrer. Une heure encore et nous gagnâmes Argentière, d' où une voiture nous transporta à notre hôtel à Chamonix, après une des courses les plus humides que j' aie jamais faites.

Voici mes expériences dans le champ d' excursions, et on comprendra bien qu' elles n' étaient pas faites pour m' attirer vers cette région. En tout cas je ne l' ai jamais revu de plus près que depuis le Col de Balme en janvier 1876. Je me suis toujours promis de m' y rendre afin d' en admirer les beautés restées jusqu' à présent invisibles pour moi. Mais alors je m' établirai dans l' hôtellerie de Lognan ou dans la belle cabane d' Orny.

II.

Freie Fahrten.

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