Montagnes perdues

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Avec 1 illustration ( 165Par A. Szepessy

Les touristes montant de Panossière au Grand Combin ne prêtent généralement que peu d' attention à la ligne de sommets qui bordent à main droite le Glacier de Corbassière, chaînon secondaire d' aspect peu imposant et rejeté 1 Le numéro de juin donnait une description détaillée des « Maisons Blanches » entreprises côté Corbassière; les voici vues de l' autre côté.

MONTAGNES PERDUES dans l' ombre par la royauté de son puissant voisin. Mais si l'on s' aventure une fois sur l' autre versant on sera étonné: toute cette chaîne prend alors une allure grandiose et sauvage. Le Glacier de Challand qui, honteux de sa petitesse, se cache presque entièrement sous les éboulis, est enfermé entre de hautes murailles déchirées par des glavinières, sillonnées de longs couloirs, encadrées d' arêtes droites et raides hérissées de gendarmes.

Midi est passé lorsque je traverse les névés supérieurs du Glacier, de Challand pour attaquer l' immense couloir montant au Col du Ritord. Le soleil tape dur et libère les cailloux scellés par le gel; ce n' est heureusement que de la petite mitraille. Pas à pas je gagne de la hauteur; une couche de neige sur la glace me permet d' avancer sans tailler et retient quelque peu les projectiles. Cependant je quitte le couloir et continue la grimpée par des rochers instables où pas une prise ne tient. Malgré l' heure tardive je trouve encore du verglas ci et là, aussi la varappe réclame toute mon attention. Enfin voici l' arête où je puis poser mon sac et souffler un instant, heureux d' échapper à cette canonnade qui, malgré son petit calibre, devenait agaçante.

Je longe d' abord au sud une crête aérienne qui me conduit à l' Aiguille de Challand. Il est déjà tard; beaucoup de travail m' attend, et c' est à regret que, renonçant à poursuivre ma chevauchée, je reviens à mon sac. Au nord, quelques gendarmes me séparent du Col du Ritord. Après avoir traversé une aiguillette en forme de hallebarde, puis une taupinière d' où se détache au NE l' arête menant au Combin de Boveyre, je continue en direction du Dôme et de l' Aiguille du Ritord. Le vent soulève jusqu' ici de longues écharpes de brume, et j' ai l' impression d' avancer sur une passerelle suspendue aux nuages. A ma droite les premiers névés du Glacier de Boveyre se perdent dans une grisaille mouvante; à ma gauche les rochers remblent émerger de la mer. Le silence est complet et si impressionnant que je prends garde de ne pas le troubler en heurtant le piolet contre les rochers.

La chance me favorise au moment où j' arrive à l' Aiguille du Ritord. Un coup de vent a rabattu les brouillards qui se tapissent maintenant aux creux des vallées.

Ma besogne est bientôt terminée: cartes, bloc-notes, longue-vue, échantillons disparaissent dans mon sac qui reprend son poids « géologique ». Après un dernier coup d' œil sur le Combin et le Vélan et tout ce fond du cirque de Valsorey où j' ai fait ces derniers étés tant de randonnées solitaires, j' entre la descente, tantôt varappant, tantôt dévalant prudemment les raides glavinières. Presque en face de moi j' aperçois mes traces de montée dans la neige profonde, tandis qu' ici, à cette heure, le névé de nouveau durci exige des précautions.

Quand je m' assieds au bord du premier alpage, la nuit monte de la vallée. Le Dolent et son cortège d' aiguilles se détachent sur le ciel coloré. Me retournant, je vois la dernière lueur disparaître des sommets de ces « montagnes perdues ».

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