Moron-Graitery-Raimeux à ski

Hinweis: Questo articolo è disponibile in un'unica lingua. In passato, gli annuari non venivano tradotti.

Avec 1 illustration ( 8Par S. Auberf

Il est entendu que le Jura offre aux skieurs des possibilités bien différentes de celles des Alpes ou des Préalpes. Alors que ces dernières sont caractérisées par de longues et souvent raides montées, suivies de descentes tout aussi escarpées et dont beaucoup jouissent d' une célébrité reconnue, le Jura, parent pauvre, ne peut mettre en comparaison que ses combes aux douces inclinaisons, ses pentes peu accentuées, ses forêts immenses ou ses croupes exposées à tous les vents. Il est bien entendu que cette comparaison n' est valable qu' au point de vue technique, la question du plaisir de vagabonder par monts et vaux, sans nul souci des avalanches, des bancs rocheux coupant les descentes, étant réservée.

Et cependant, il existe dans le Jura, spécialement dans le Jura bernois, quelques itinéraires de choix offrant aux skieurs-touristes, à côté du plaisir de parcourir la nature hivernale, des descentes ne faisant pas mauvaise figure en face de leurs rivales alpines. C' est d' un de ces itinéraires, Moron-Graitery-Raimeux, que je voudrais entretenir aujourd'hui les lecteurs des Alpes.

Le point de départ est Malleray, sur la ligne de chemin de fer Sonceboz-Moutier, que l'on atteint assez tôt le matin de Bienne ou de plus loin même pour faire cette course d' un jour. De Malleray à Moron, il y a comme première étape 700 m. de montée, sans funiski. Tout d' abord des champs, des fermes cossues, puis des pâturages, pâturages jurassiens au charme prenant, forment le cadre de la piste. Peu à peu l'on s' élève, le paysage s' élargit, on devine dans la brume matinale la chaîne du Montoz, celle plus lointaine du Hasenmatt-Weissenstein, les villages, mi-paysans, mi-citadins, se devinent sous le soleil pâle de février. Un replat, un pâturage boisé, puis c' est la cote fortement inclinée qui, d' un jet, s' élève jusqu' au faîte: de la chaîne. Une bonne charrière permet d' en faire la montée sans trop de fatigue, alors que le skieur muni de peaux de phoque et de poumons solides prendra l' ancien chemin beaucoup plus court. Il prend la pente en biais, sans s' attarder à contourner les obstacles, traverse de belles futaies, réserves de combustible non encore mobilisée, des taillis de noisetiers; rattrappe la route et changeant brusquement de direction attaque la pente en plein. En une belle envolée il atteint la crête à quelques mètres à l' est de la cabane de la section de Bâle où ceux qui craignent un départ trop matinal peuvent trouver gîte et couvert. Ce plateau incliné qui forme le sommet du Moron, légèrement bosselé, parsemé de bouquets d' arbres, forme un terrain de ski idéal que nos amis de Bâle savent apprécier, et ils y viennent nombreux les dimanches de beau temps.

Nous ne sommes point montés à Moron pour en admirer longtemps la beauté hivernale ou les gracieuses amazones qui, là-bas, en des costumes bariolés, prennent leurs ébats, et prenons immédiatement la direction de Moutier. Une longue suite de pentes douces, quelques replats nous permettent de nous mettre en train pour la descente. Le givre gicle sous les arêtes, les conversions se font sans effort et bientôt nous sommes au haut de la forte pente appelée à tort ou à raison le « Tombeau des Bâlois ». Il me revient à ce sujet les réflexions d' un ami qui, il y a quelques années, disait lors d' un rapport de course: « Quand j' étais en haut tous étaient par terre, quand j' étais en bas tous étaient par terre »; sans insister sur sa descente personnelle. Depuis cette époque l' art du ski a évolué, le matériel s' est perfectionné et cette descente n' offre aucune difficulté à un skieur tant soit peu entraîné. Quelques stemms et christianias, nous sommes en bas, alors que quelques jeunes gens se paient le luxe d' une descente directe. De là une longue descente en flanc, côté nord où la neige est presque toujours bonne, nous amène trop rapidement à Perrefitte, à quelques minutes de Moutier.

A Moutier débute le second épisode de la course, on peut évidemment éviter le premier, la course de Moron, en prenant le train jusqu' à Moutier, par la montée à Graitery, une montée sérieuse celle-ci, environ 700 m ., d' un seul jet. Plusieurs chemins conduisent à cette croupe allongée, coupée sur son flanc nord de plusieurs bancs rocheux et dont la partie ouest fut, il y a quelques années, le théâtre d' un éboulement qui a donné pas mal de soucis aux autorités cantonales et ferroviaires. Nous choisissons le plus raide, mais aussi le plus court, celui de la Verrerie, un vrai sentier de montagne qui ne s' attarde pas en route. En quelques lacets, il prend la pente en écharpe, va, revient, s' approche de la région des éboulements et rejoint finalement une bonne route de montagne. Par neige froide et profonde, ce sentier est peu praticable et la pente si raide par endroits que des glissements de neige assez considérables peuvent se produire; il vaut mieux alors s' en tenir à la route qu' on utilise, du reste, dans la partie supérieure du trajet. Nous voici bientôt dans les pâturages de Graitery où une vaste ferme à large avant-toit nous offre un modeste gîte pour le dîner. On s' attarderait volontiers à philosopher, après le café, sur la rude vie des pay-sans-montagnards de ce haut plateau ouvert à tous les vents, ou sur des effets de neige, de lumière, de brouillard. Mais l' étape est encore loin et les journées sont courtes en janvier. Nous longeons à belle allure la chaîne de Graitery; des vallons et des combes boisées, des montées et des descentes ôtent toute monotonie à ce trajet. Au bout d' une heure on atteint la croisée des chemins ( ou des pistes ); les uns prennent la pente en biais et, par une série de superbes descentes au travers de pâturages semés de noisetiers, gagnent, en son point médian, la grande piste de 1' Oberdörferberg. Cette fameuse piste, les « as » iront la prendre tout en haut après avoir couru la crête encore une vingtaine de minutes. La descente de 1' Oberdörferberg mérite certainement son titre de piste. Toutes les catégories de skieurs s' y rencontrent, l' élégant aux pantalons impeccables, le coureur, les talons vissés aux skis, descend en trombe, gare à qui ne lui fait pas place à temps; le touriste, tirant ses lacets tout en travers de la pente, la skieuse au costume dernier cri.

Cette descente d' environ 700 m. de dénivellement débute par un trajet en forêt, assez malaisé pour qui n' a plus vingt ans; suivent quelques bosses assez accentuées pour mettre à l' épreuve la technique de l' imprudent qui s' y aventure en vitesse. Une longue pente assez régulière aboutit au chalet sur le toit duquel la galerie applaudit les exploits des « descendeurs ».

Nous, vulgaires touristes, passons ignorés de cette jeunesse tapageuse et embouchons la descente inférieure. A première vue assez inquiétante pour les novices de la piste elle se révèle à l' usage de fort bonne composition. L' espace permet toutes les évolutions, la neige est excellente et en moins de temps qu' il ne faut pour le dire on atteint le bas de la prairie où un méchant chemin creux, pelé, raboteux, réserve une dernière émotion. La suite c' est la descente sur Grandval, au travers des champs labourés où, par places, manque la matière première. C' est la fin du deuxième épisode.

Il est 14 heures, l' auberge communale permet une restauration rapide, et le troisième épisode débute immédiatement sous la forme d' une montée de deux heures jusqu' au plateau supérieur du Raimeux. Cette côte sud du Raimeux, excessivement raide, coupée de profondes ravines, de bancs de rocher, ne permet pas de variantes surtout en hiver et le tracé de la piste est obligatoirement la bonne route de montagne qui serpente parmi les sapinières. Point monotone du reste, cette route, à chaque instant elle offre de superbes échappées sur Moutier et ses environs.

Lorsque nous atteignons le plateau supérieur, le soleil est à son déclin, l' air fraîchit, les ombres s' allongent démesurément. Ce plateau du Raimeux si plaisant en été avec ses troupeaux et ses mayens semble complètement abandonné. Les chalets enfouis sous la neige sont déserts et seules quelques traces de skieurs ou de gibier attestent le passage d' êtres vivants.

Ceux qui ont été à Raimeux, soit par le sentier de Moutier, soit par l' arête des rochers ou par toute autre route se demanderont certainement par où on peut bien en redescendre à ski sans se briser les os. Il a fallu la sagacité de quelques chercheurs de routes nouvelles pour découvrir une piste, la piste rêvée, celle qui permet les évolutions les plus hardies, qui demande aussi du cran et une maîtrise absolue de ses skis. Partant à proximité de la tour d' observation, à l' angle nord-ouest du plateau, cette descente est raide, coupée de quelques ravins, de bouquets d' arbres, bosselée, érodée, elle ne présente aucun replat reposant. Du haut en bas il faut travailler ferme des jambes, les genoux sont soumis à forte épreuve et les skieurs fatigués y feront triste figure. C' est à ma connaissance la plus belle et la plus intéressante descente du Jura; avec ses 800 m. de dénivellation, elle fait très bonne figure à côté de ses sœurs des Alpes plus connues.

Il fait presque nuit lorsque nous enlevons nos skis à quelques minutes de Roches, les yeux brûlés par la neige, la peau rougie par l' air vif et le froid. De Roches nous gagnons Moutier en quelque vingt minutes, d' où le train nous reconduira en nos foyers, fatigués, certes, par cette longue journée, cette suite ininterrompue de montées et de descentes, mais enchantés de cette journée passée dans une des plus belles régions du Jura.

.Dénivellation Horaire approximatif sans les arrêts:m.

Malleray-Moron 2 heures700 Moron-Moutier1/2 heure800 Moutier-Graitery 2 heures700 Graitery-Oberdörferberg-Grandval 2 heures700 Grandval-Raimeux 2 heures700 Raimeux-Roches1/2 heure800

Feedback