Pâques 1959 dans les Calanques

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PAR RP., CLUB GAO, GENÈVE Avec 4 illustrations ( 132-135 ) Cette année, notre club avait jeté son dévolu sur la Calanque de Sormiou pour y passer les fêtes de Pâques. Sormiou n' est certainement pas une calanque aussi intime que celle d' En Vau, ni aussi délicieusement perdue que celle de Sugiton. Mais c' est une calanque accueillante, qui offre de magnifiques possibilités d' escalade. Nous allions en tâter dès le Vendredi Saint, au Bec de Sormiou.

Nous avons vite fait de perdre le sentier qui conduit à la base du Bec, et devons cheminer dans le maquis avant de le retrouver aux approches de la paroi. Le topo de la face NE est étudié. La voie paraît « tassée ». Aussi nous nous divisons: les six « costauds » vont s' y engager, tandis que, plus modestes dans nos aspirations - ou plus dégonflés - Babar, Ariette, Dreyer, Charly et moi allons à l' Extrême Pointe. J' espère secrètement que ce sera du petit III, mais Charly parle déjà d' un passage de V qui me donne, par anticipation, le frisson. Après la traversée d' une grotte, où s' en la mer, et après avoir longé une vire suspendue au-dessus des flots, nous parvenons à l' Ex Pointe.

Dire que nous sommes tous empressés de grimper serait exagérer un peu. Nous le sommes même si peu qu' excepté Babar personne ne s' offre pour prendre la tête d' une cordée. Aussi allons-nous, comme aux temps héroïques, nous unir tous les cinq à la même corde pour gravir l' arête qui nous sépare du sommet. En réalité, il n' y a que deux passages difficiles, d' une vingtaine de mètres chacun. Mais il vaut mieux ne pas s' y abandonner aux lois de la pesanteur. La vue est splendide et s' étend sur toutes les Calanques, de Marseille à Cassis. Au sommet du Bec de Sormiou, nous retrouvons la première cordée montée par la face NE. Il paraît que la voie est très difficile, plus pénible même que le Dièdre des Etiollets. Brrr! On ne m' y verra pas.

De retour à Sormiou, Babar me propose le Bec par la Momie ( une sorte de Tour St-Jacques sud, en plus effilé, qui aurait poussé comme une excroissance sur le flanc du Bec ). Un rapide coup d' œil au topo m' apprend que c' est une voie où le V supérieur s' allie avec le IV, voire le V. Délicieux! J' essaie de vanter à Babar les mérites de la voie ( dite de IV ) de la face NE, gravie le matin par nos camarades. Mais il réserve les petites voies à Ariette et préfère gravir les voies difficiles avec un copain. Et je suis la victime qu' il a choisie.

Tout en nous dirigeant vers la Momie, je tente encore de faire du charme avec la voie de la face. Finalement, Babar me promet que si le premier passage de la Momie est difficile, nous nous rabattrons sur la face. Pauvre moi! La première longueur est en III, tout ce qu' il y a de plus « à vache ». Je suis donc condamné à me « taper » le V qui suit. Et pas du petit V, je vous assure! Ça démarre tout de suite bien: des grattons et des prises arrondies, et une fissure aussi large que si l'on avait fait une saignée au couteau dans le rocher. Ça monte ainsi pendant 25 m. Et quand j' écris cela, je suis modeste, parce que le haut est encore plus avare en prises que le bas.

Quand vous êtes dans la Niche où conduit la fissure, vous vous dites:

a fait tout de même un passage de V supérieur de passé.

L' empoisonnant, c' est qu' il y en a encore un au sortir de la Niche et que celui-ci reste à franchir.

Tout en assurant Babar, je le regarde grimper; ça à l' air athlétique. Et moi qui n' aime pas les passages en force!... Trop vite vient mon tour de monter. Je parviens à saisir une bonne grosse prise que Babar avait utilisée. J' en trouve une plus petite pour la main gauche. Et avec un gratton pour le pied gauche, ça passe comme par miracle. J' entends Charly qui, d' en bas, me crie: « Bravo! », mais j' ai l' impression de ne pas avoir mérité cette félicitation. Dix mètres de IV et je rejoins Babar dans l' étroite brèche qui sépare la Momie du Bec.

Mon compagnon attaque les derniers mètres de l' aiguille. Le début est facile. A peine du III. Mais la fin, quelle corrida!

Quand je vois que Babar a de la peine à gimper, c' est bien simple, moi, je prends mal. Je sais ce qui m' attend: Justement il est en train de se battre avec la dernière fissure et n' avance pas d' un poil. Tout de même, après des minutes de combat, il pose un pied vainqueur sur la tête de la Momie et m' invite à le rejoindre.

- Tu te tourneras face au vide, me dit-il.

Rapidement j' arrive au bas de la fissure. Il y a un clou planté la tête en bas, qui ne paraît pas très solide. Pour ce qui est de se tourner face au vide, c' est une autre histoire. En admettant que je puisse introduire mes deux talons dans la fissure verticale, je ne vois pas très bien à quoi mes doigts s' agripperont. Babar rectifie:

- Mets le côté droit dans la fissure.

Comme cela, ça va déjà mieux, mais c' est tout de même vachement dur.

Du sommet de la Momie, la suite paraît encore plus difficile. Le topo dit IV et IV inférieur. Ce n' est pas possible, il plaisante, ce topo!

Un rappel nous ramène à la Brèche. Et c' est vrai, le reste est bien du IV. Il y a des prises partout où l'on met les mains.

Programme du samedi: Aiguille de Sugiton et Grande Candelle. Nous sommes de nouveau toute une meute dans la course. Tandis que je m' attarde avec Ariette pour prendre des photos, le reste de l' équipe poursuit son chemin. Babar ( qui n' a pas confiance en moi, ou en Ariette, ou en tous les deux ) nous attend un peu plus loin. Naturellement, à une bifurcation, nous prenons le mauvais sentier et nous parvenons à Morgiou par un chemin détourné, bien après nos camarades - qui, eux, ont envahi le bistro. A Sugiton, Kurt, Buisson, Ariette, Babar et moi, nous nous dirigeons vers la Candelle, tandis que les autres cordées iront à l' Aiguille de Sugiton.

Trois heures après avoir quitté Sormiou, nous parvenons au pied de la Grande Candelle, à l' at de l' arête de Marseille. Ça s' annonce tout de suite bien: une fissure verticale avec surplomb. Le premier contact est peu encourageant. Babar passe bien, mais Ariette et moi peinons. Quand il faut, sous le sommet du gendarme, franchir la brèche qui nous sépare de l' arête, ni elle, ni moi ne sommes encore réchauffés. Troisième longueur: un départ corsé, en dévers, achève de nous roder. Et sur l' arête nous goûtons les joies de la varappe délicate et aérienne. La cordée Buisson-Kurt est sur nos talons, et en très peu de temps nous sommes au haut de l' arête. Nous avions déjà abandonné la corde quand un ultime obstacle se dresse devant nous, sous la forme d' un gendarme plutôt sévère que nous contournons par la droite, mais que Kurt, puis Buissons escaladent, assurés d' en haut.

Nous regagnons Sugiton par le ( mauvais ) chemin des écoliers, après avoir traverse un camp de nudistes que nos habillements ne troublent point. Il n' y a aucune gêne entre eux et nous et nous nous souhaitons gentiment bonjour.

Le retour, depuis Morgiou, s' effectue en bateau, sur une mer un peu houleuse et sous de petites averses de pluie.

Dimanche, jour de Pâques, nous allons, Babar, Ariette et moi, entreprendre une escalade que nous estimons pépère: le Bec de Sormiou par la face NE ( voie empruntée l' avant par nos amis ). Après notre ascension de la Momie, ça va être du gâteau! Justement les copains sont dans la Momie et nous les regardons grimper. Installé au soleil, à l' abri du vent, je n' ai plus envie de grimper. Je regarde les autres souffrir: quel délice!

Mais avec Babar, ce n' est pas possible de rester longtemps tranquille. Il est déjà au pied de la première fissure et nous devons, Ariette et moi, le rejoindre.

Quinze mètres de petit IV: ça débute gentiment et je grimpe décontracté. La deuxième longueur est plus exposée et presque toute sur grattons, et en traversée. Babar me recommande de ne pas « voler » si je tiens à m' épargner un vaste pendule. Après?... Après,je ne sais trop où nous avons passé et si nous avons longtemps suivi la bonne voie. Ce qui est incontestable, c' est que nous l' avons perdue et que nous nous sommes lancés dans une voie directe qui ne descendait pas souvent au-dessous du V.

Elle comporte en tous cas deux longueurs effarantes.

La première débute par une traversée ascendante avec de petits trous pour les doigts et peu de chose pour les pieds. Une fois les trois premiers mètres franchis, il faut se hisser sur une sorte d' éperon presque vertical, dépourvu de prises. Comme notre force s' est usée dans les trois premiers mètres, il faut un miracle pour franchir les 20 m qui suivent. Babar me disait qu' il n' avait plus de bras après la traversée. Moi, je n' en avais plus, longtemps avant déjà. Agrippé à un mousqueton, je pensais que la course allait s' achever là et j' imaginais ce qu' allait être la retraite. En me laissant penduler vers la gauche, je parvins à de bonnes prises de pied. A force de me persuader par autosuggestion qu' il fallait monter, je suis arrivé vers Babar. Mais je me demandais comment allait faire Ariette qui devait enlever l' étrier dans le passage le plus difficile.

La dernière longueur est tout aussi acrobatique. Le rocher y est mauvais, arrondi. Babar ne le contestera pas, qui « vola » avec une prise dans les mains. Mais à deux pas c' était la sortie, le soleil et la fin de nos peines.

La voie, dans l' ensemble, est magnifique et se déroule au-dessus d' un vide impressionnant, avec la mer très loin vers le bas.

Comme c' était la troisième fois que nous nous trompions d' itinéraire en deux jours, Babar disait:

- Si nous continuons à sortir ensemble cet été, nous ne serons pas souvent dans la voie!

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