Pastorale

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Chez les « arpians » ( armaillis ) de Valcornère Trois heures du matin à l' alpe de Prarayé. Les Grandes Murailles sont figées sous la clarté morte de la lune. Les pierres immobiles dans les couloirs. Les torrents, aphones d' avoir chanté tout le jour en coulant à pleins bords, se reposent. Les hommes non. Les « arpians » viennent d' allumer la chandelle. Je me retourne sur la peau de mouton qui sent le petit-lait, comme les vêtements, les gamelles, les verres, la paille, et je les regarde partir... Ils sortent dans la nuit. Ils pataugent dans ces Saques de lumière qu' ils balancent à bout de bras, sous les falots. La lumière et les hommes titubent. Ils sont ivres de fatigue en commençant la journée.

C' est l' heure de traire les « vatse ». Traire les vaches, sortir les vaches, surveiller les vaches, rentrer les vaches, traire les vaches... Un vertige de cornes, d' échinés, de pis, de pattes blessées par les pierres; un tintamarre de clochettes et bourdons emporte les hommes d' alpage pendant 18 heures. Traire, soigner, paître, laver la « tsaudière » à fontine avec de la cendre et des bouchons d' herbe, allumer le feu, casser du bois, sortir le fumier, soulever la « tsaudière » qui, pleine, pèse cent kilos, brasser le lait, presser les fontines, laver les fontines, saler les fontines, sans repos, sans trêve, de nuit noire à nuit noire, dans une ambiance écœurante de bouse et de petit-lait; voilà le vrai visage de la « pastorale » de juin à fin septembre... Un labeur rebutant et harassant. Les « arpians » n' auront pas le temps de changer de chemise; ils traîneront partout avec eux cette odeur de lait sûr; froidure, neige, vent, ils iront nu-pieds dans leurs sabots, tout l' été, presque aussi crottés que les bêtes.

Saint-Loup: Pays à"Aoste, p. 42 Mais c' est fini! Tout ce que j' écris sur le Pays d' Aoste, il faudra bientôt le mettre au passé. Sur les images que je présente, il faudra effacer quelque chose: l' âme de la vallée... Cette évolution prend, au pied du Cervin, son visage de tragédie. Guido Rey disait: « Je mourrai le jour où la route atteindra Breuil. » - La route est venue, et Breuil n' existe plus à travers Cervinia. Tous les chalets de l' alpe transformés en hôtels, dancings, magasins, boutiques de photographes... Palaces flamboyants, chasseurs en uniforme... Les filles du pays ne soignent plus les « vatse ». Elles donnent des leçons de ski aux enfants mal élevés des milliardaires italiens. C' est moins fatigant, et qui voudrait leur jeter la pierre? Les Valdôtains ne sont pas des saints. Eux aussi veulent vivre leur vie... Leur vie et leur mort! Les guides de Valtournanche deviennent moniteurs de ski. Les seigneurs se font écuyers. Ils n' ont pas eu vingt clients pour le Cervin, pendant l' été 1951... Mais ils ont trois mille élèves, chaque dimanche, pour apprendre à jouer aux écureuils sur les pistes de neige. Mettez-vous à leur place. Que feriez-vousSaint-Loup: Pays d' Aoste, p. 47

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