Podurelles du glacier

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Par E. Desor.

Une découverte des plus intéressantes nous était réservée pour la fin de la journée x ). Déjà l' année précédente j' avais rencontré, à la surface de quelques creux du glacier de Zermatt, de petits insectes qui avaient vivement piqué ma curiosité. J' en avais même recueilli quelques exemplaires qui m' avaient échappé au moment où j' allais les faire voir à M. Nicolet. M. Agassiz, qui ne les avait pas vus, supposait que ce devait être quelque insecte jeté par les vents sur le glacier. Comme je ne partageais pas cette opinion, je fis tout mon possible pour en retrouver sur les glaciers que nous visitâmes plus tard; mais toutes mes recherches furent inutiles, et je me vis oblige d' ajourner la discussion à une autre année. Cependant j' avais eu soin d' appe sur cet objet l' attention de mes compagnons de voyage de cette année. Ce fut en approchant de l' extrémité du glacier, au moment où nous y songions le moins, que M. Pourtalès en remarqua quelques-uns en soulevant par hasard une pierre qui se trouvait sur son chemin. « Accourez vite, me cria Agassiz, je crois que voilà vos petites puces du Mont Rose. » Je vous laisse à penser quelle fut ma joie lorsque je reconnus les mêmes insectes que j' avais tant regrettés l' année précédente, et qui maintenant allaient me fournil l' occasion de convaincre Agassiz que je ne m' étais pas trompé en soutenant qu' ils devaient être indigènes sur le glacier et qu' ils ne s' y trouvaient pas par hasard. En soulevant encore d' autres pierres, nous en trouvâmes partout une quantité innombrable, quelquefois plusieurs milliers sur l' espace d' un pied carré. Nous en recueillîmes un certain nombre, que nous emportâmes à l' hospice pour les examiner au microscope. Plus tard nous les retrouvâmes sur toute l' étendue du glacier, de même sur le glacier supérieur de l' Aar, sur celui de Grindelwald et jusque dans le névé, mais toujours de préférence sous les pierres ou au bord des crevasses et des baignoires. Nos guides eux-mêmes, quoique très familiarisés avec tous les accidents des glaciers, n' en avaient jamais vu, et ne pouvaient revenir de leur étonnement, lorsque nous leur en montrâmes partout. Mais ce qui nous frappa le plus, ce fut de voir ces petits animaux s' introduire dans la glace en apparence la plus compacte, et y circuler avec une grande agilité. Ce fait mérite certainement d' être pris en considération, parce qu' il est une confirmation de cette vérité démontrée par M. Agassiz, savoir que la glace des glaciers, quelles que soient sa compacité et sa transparence, est toujours traversée par un réseau de petites fissures qui échappent ordinairement à l' œil inattentif; et parce qu' il nous fournit la preuve manifeste que les glaciers ne sont nullement incompatibles avec le développement de la vie organique, ni à leur surface ni jusqu' à un certain point dans leur intérieur.

Ces petits insectes ont à peu près la taille de la puce commune, et sautent comme celle-ci lorsqu' on les tracasse. C' est pourquoi nous les dé-signâmes sous le nom de puce du glacier, quoique, zoologiquement parlant, ce rapprochement soit inexact; car lorsqu' on les examine à la loupe ou au microscope, on s' aperçoit bien vite qu' ils n' ont rien de commun dans leur organisation avec les parasites si incommodes de l' espèce humaine. Ce qui les distingue surtout de la puce, c' est qu' ils sautent au moyen d' un appareil élastique situé à l' extrémité du corps, et non pas au moyen de leurs pattes. Il fut convenu sur place que l'on donnerait provisoirement à cet insecte le nom de Desoria saltans. M. H. Nicolet a reconnu plus tard que l' espèce forme réellement, avec plusieurs autres espèces terrestres, un genre particulier distinct des vrais Podures, auquel il a conservé le nom de Desoria, par lequel mes compagnons de voyage avaient voulu rappeler ma trouvaille du Mont Rose. Il décrit l' espèce sous le nom de Desoria glacialis.

( Extrait de: « Campagne de 1840. Excursions et séjours dans les glaciers et les hautes régions des Alpes », par E. Desor, 1844. )

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