Première ascension du groupe inférieur des Aiguilles du Diable.

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1er septembre 1925.

Ces aiguilles, assez peu connues jusqu' à ces dernières années, sont situées sur l' arête qui se détache du Mont Blanc du Tacul et, se dirigeant vers le sud-est, limite au nord-est le bassin supérieur du glacier du Géant. Il y en a cinq, soit de l' ouest à l' est:

1° l' Isolée ( 4114 m. Vt ., lre ascension par M. E.R. Blanchet, avec Armand Charlet, guide, et Antoine Ravanel, porteur, le 14 juillet 1925 ); 2° la pointe Carmen ( 4109 m. Vt ., lre ascension par MM. Jacques de Lépiney, Paul Chevalier et Henry Brégeault, le 13 août 1923 ); 3° la pointe 4097; 4° la pointe 4074; 5° la pointe 4064.

Les pointes 2 et 3 forment le groupe dit supérieur; les pointes 4 et 5 le groupe dit inférieur qui fait l' objet de la présente note. Deux brèches profondes et escarpées séparent, d' une part, l' Isolée du groupe supérieur, d' autre part, le groupe supérieur du groupe inférieur.

Au delà de ces aiguilles, l' arête s' abaisse pour former le col du Diable ( 3961 m. Vt .), puis porte encore différents sommets dont le principal est le fameux Capucin du Mont Blanc du Tacul.

On trouvera des renseignements complets et intéressants sur la topographie des Aiguilles du Diable ainsi que sur la littérature et les tentatives dont elles ont été l' objet dans le récit de la première ascension de la pointe Carmen, de M. Henry Brégeault, paru dans « La Montagne » du 15 octobre 1924.

Antérieurement aux ascensions de la pointe Carmen et de l' Isolée, M. Etienne Henriot avait attaqué, à deux reprises, en 1921 et en 1922, les pointes du groupe inférieur. Il avait atteint, la première fois, le col du Diable, la seconde fois, la brèche située entre ces deux pointes, par le sud, en montant directement du glacier du Géant, ce qui paraît bien être la voie naturelle et qui s' impose à première vue. C' est en effet la plus directe. Mais les difficultés avaient été grandes, paraît-il, si grandes, que M. Bregeault et ses compagnons, pour la pointe Carmen, puis M. E.R. Blanchet, pour l' Isolée, instruits par les expériences malheureuses de M. Henriot, adoptèrent, afin d' arriver à pied d' œuvre, l' itinéraire suivant: partis du refuge Torino au col du Géant ( 3371 m. Vt .), ils passèrent par le col du Midi ( 3400 m. environ ), le Mont Blanc du Tacul ( 4240 m. Vt .), et redescendirent de là pour atteindre la base de l' aiguille à gravir. C' était un immense détour comportant de fortes dénivellations et une grande perte de temps.

Aussi Armand Charlet, qui m' accompagna avec Antoine Ravanel, me proposa-t-il de reprendre la route de M. Henriot, ce que j' acceptai fort heureusement. Au lieu de bivouaquer, comme M. Henriot, près de la rimaie à la base sud du col du Diable, nous passâmes la nuit au refuge du col du Géant d' où nous partîmes à 2 h. 15. Nous fûmes à la rimaie vers 4 h. et en repartîmes au petit jour, à 4 h. 30. Sans aucune difficulté, contrairement à notre attente, par d' excellents rochers et des couloirs de bonne neige, en obliquant légèrement de droite à gauche ( en montant ), nous atteignîmes le col du Diable à 6 h. et la base des deux aiguilles du groupe inférieur, soit la brèche qui les sépare, à 6 h. 25. Il nous avait donc fallu moins de deux heures depuis la rimaie. La dénivellation ne doit guère dépasser 500 mètres.

La pointe 4064 fut escaladée directement de la brèche par l' arête ouest. Le rocher est excellent. Charlet la gravit en moins de 10 minutes. Un rappel de corde facilita la descente.

La pointe 4074 fut aussi gravie directement de la brèche, par l' arête est. Les difficultés furent plus grandes: le bas de l' arête manquait singulièrement de prises et le rocher n' était pas de première qualité. Il fallut une courte échelle pour franchir un passage délicat. Dans le haut, la déclivité diminuant et les aspérités devenant plus nombreuses, l' ascension devint relativement facile. La descente nécessita deux rappels. La corde de caravane était de 30 mètres, la corde de rappel de 40 mètres, ce qui est amplement suffisant. On peut laisser les piolets à la brèche.

La descente de la brèche à la rimaie se fit par la même voie que la montée, sauf que nous laissâmes le col du Diable à notre gauche et atteignîmes directement le couloir qui descend du col vers le sud. Les crampons ne sont pas nécessaires, du moins avec les conditions que nous trouvâmes.

De la rimaie au Montanvers, nous mîmes environ 4 h. et demie.

Jean Chaubert.

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