Première ascension du Yerupajà

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6635 m.

Avec 2 illustrations ( 79, 80Par David Harrah

Tandis que la Cordillera Blanca, grâce à plusieurs expéditions et publications, est devenue depuis quelques années presque familière aux alpinistes du monde entier, la Cordillera Huaywash, qui en est comme le prolongement au sud, est restée presque ignorée, bien que ses cimes ne le cèdent en rien, comme grandeur et comme beauté, à celles de la Cordillera Blanca. Ici encore, Hans Kinzl et Erwin Schneider furent les pionniers. Toutefois, le point culminant de cette chaîne, le Yerupajà, était resté vierge. Dès 1948, le Club montagnard de V Université de Harvard se mit au travail pour préparer une expédition en vue d' en faire la conquête. Fin juin 1950, G. I. Bell, A. F. Riggs, Charles C. Crush, David Harrah, W. Graham Matthews et James C. Maxwell atterrissaient à Lima. Par Paramonga et la nouvelle route à travers la Cordillera Negra, un camion les amena, eux et leurs bagages, à Chiquian, d' où ils allèrent établir leur camp de base à 4050 m. environ, près du lac Jahuacocha, au pied ouest de la montagne.

La saison de 1950, dans la région du Huayhuash, semble avoir été la plus belle de plusieurs années; nous fûmes certainement favorisés par un temps idéal, sauf la première nuit au camp II, où il tomba 3 cm. de neige. Le lendemain, Harrah et Bell montèrent installer le camp III — Glacier Meadow Camp — sur la moraine du glacier, à 4880 m ., en suivant la route ouverte par Kinzl et Schneider, qui les amena au bord du Glacier de Yerupajà. Ce camp boueux était très inconfortable; en outre il fallait aller très loin chercher de l' eau; par contre, il donnait une vue magnifique sur les cannelures de glace du Rondoy et sur le sommet du Jirishanca2 illuminé par les rayons du soleil levant. Bell et Harrah redescendirent au dépôt chercher de nouvelles charges et, après une nuit au camp, poussèrent en avant en direction du col entre le Yerupajà et le Rassac. Ils suivirent la moraine sur 1,5 km. pour aborder le glacier au-dessus de sa plus haute chute et remontèrent les pentes faciles qui s' élèvent vers le col. Le névé était en excellente condition, ferme, et permettait d' avancer presque tout droit, sans crampons. Aux points les plus exposés, l' allure rapide atténuait le danger d' avalanches éventuelles. Une étroite plate-forme — en fait un pont de neige sur la rimaye — quelques mètres en contrebas de la crête tranchante du col, leur parut être l' endroit le plus sûr pour placer leur tente ( 5730 m. ).

Le lendemain matin, le camp du glacier ressemblait à un studio cinématographique; toutes les équipes y convergeaient en même temps: Bell et Harrah redescendant du col, Crush et Riggs apportant des charges du Boulder Pocket Camp, Maxwell émergeant d' une tente, tandis que nos porteurs indiens appa- 1 Nous remercions bien vivement l' American Alpine Journal et le Harvard Andean Expedition de nous avoir autorisés à traduire et reproduire cet article.

2 On trouvera de belles photos du Yerupajà et du Jirishanca dans le livre d' Arnold Heim « Wunderland Peru », Berne 1949.

raissaient en silhouettes sur la crête, avant de se présenter devant la pile des balots en bouillants quémandeurs réclamant leur salaire.

Schneider avait tenté d' atteindre le sommet en partant du col; par la suite il conseilla d' établir un dernier camp plus haut et plus près du sommet sud. Nos amis suisses de Lima estimaient que ce camp supérieur pouvait consister simplement en un trou creusé dans la glace, avec des sacs de couchage et des vivres pour une nuit. Notre plan initial, conçu pour assurer le maximum de sécurité et de possibilités d' acclimatation, prévoyait au col des tentes et des vivres pour six hommes pendant quinze jours, et un dernier camp plus haut, équipé pour quatre hommes pendant une semaine. Les circonstances nous obligèrent à en rabattre jusqu' à le rendre méconnaissable; par suite de la maladie, il n' y eut jamais plus de trois hommes à la fois au camp du col. Toutefois, la marge de sécurité était fournie par les stocks dont ces camps étaient pourvus et par notre détermination de ne donner l' assaut final que par le temps le plus propice.

Le lendemain, c' est Bell qui est malade; mais les quatre hommes indemnes montent de nouvelles charges au col. Riggs et Harrah y passent la nuit, afin de pousser en avant le lendemain. Sur le versant est du col, la pente tombe abruptement dans le bassin du Yerupajà-Siulà. Mais du côté ouest, où se trouvent nos tentes, les regards glissant le long du glacier, entre les escarpements formidables et flamboyants du Yerupajà et les murailles ruinées, balayées par les chutes de pierres, du Rassac, vont s' arrêter loin vers le nord, au delà du Rondoy, sur la tour puissante du Huascarân. Durant les sept heures journalières de soleil que nous avions au col, les photomètres enregistraient une lumière quatre fois plus intense que sur la plage par une belle journée d' été. La nuit il y avait de fréquents coups de vent. Nous entendions les rafales siffler comme des obus à travers une brèche de l' arête, puis, après un silence, exploser violemment sur la toile de nos deux tentes. Pour quelques-uns d' entre nous, les « Pilules Seconal » n' ont pas eu grande influence sur le sommeil. A cette altitude, notre appétit ne s' est adapté que lentement. Les fourneaux Coleman ont bien marché; par contre, les matelas pneumatiques en nylon produisaient une condensation beaucoup trop forte. Des trois tentes utilisées sur la glace — une tente militaire de montagne, une « Coop » en popeline et une « Gerry-Cunningham » en nylon, c' est cette dernière qui s' avéra la meilleure sous tous les rapports.

Riggs et Harrah passèrent deux jours au col, pour s' acclimater et pour étudier les routes et le temps. L' arête sud-ouest est trop étroite et trop cornichée pour y monter avec une charge. La seule voie possible était donc dans le flanc ouest, au-dessous de la crête et parallèlement à celle-ci: voie tortueuse et exposée, mais assez facile sur la neige durcie. Depuis trois semaines, nous n' avions vu sur cette face ouest aucune avalanche ni trace d' avalanches récentes; de plus, nos jumelles avaient découvert sur ce flanc, non loin du sommet sud, un site pour le camp supérieur qui paraissait à l' abri des avalanches. L' itinéraire d' ascension à travers les séracs et les hachures de la pente de glace était si compliqué que nous en fîmes d' en bas un croquis avec de nombreux points de repère; nous ne pouvions pas nous égarer.

Un matin de grand vent, après une nuit sans sommeil, Riggs et Harrah se mettent en route à 3 h. 30; mais presque aussitôt Riggs ressent les effets de l' altitude: le froid l' éprouve; il a des nausées; ses muscles travaillent mal. Nouvelle tentative le lendemain, à 7 h. 30,... avec exactement le même résultat. Le cas de Riggs, qui avait été jusque-là le plus fort de la caravane, prouve combien il est difficile de dire à l' avance comment un individu s' adaptera à l' altitude. Après avoir transporté les charges quelques centaines de pieds plus haut, Harrah revint au col pour y accueillir Crush qui remplaçait Riggs. Mais Crush n' était pas complètement remis des troubles intestinaux ramenés de Chiquian, ni de la bronchite contractée au camp de base, et après une nuit misérable, il dut redescendre.

Bell, encore peu bien, monta à son tour au col. Le lendemain matin, Harrah et lui reprennent l' itinéraire marqué par le croquis à travers les falaises de glace, rimayes, crevasses et corridors de la face ouest. En six heures, ils atteignent facilement l' endroit reconnu pour le dernier camp; le seul site vraiment sûr dans la partie supérieure de la montagne. Un bivouac sur l' arête serait trop exposé au vent, et la retraite serait difficile par la tempête. Celui-ci est abrité du vent et des avalanches par un mur de glace surplombant. Pour faciliter le passage de la pente difficile qui domine le camp, ils l' équipèrent d' un piton à glace et d' une corde fixe.

Ils commirent l' erreur de partir pour le sommet le lendemain matin. Bell dut s' arrêter avant d' avoir fait cent mètres. Si quelqu'un méritait le sommet, c' était bien lui, qui avait organisé l' expédition et établi tous les camps sur la montagne. Sa défaillance donna à Maxwell l' occasion de paraître en scène. Bell redescendit, tandis que Maxwell et Harrah attendaient au col de tenter leur chance.

Quatre jours de temps douteux permirent à Maxwell de s' acclimater, puis les deux montent au camp supérieur avec des vivres pour six jours. Après un jour de repos ils partent pour le sommet Ils ne vont pas loin; Maxwell n' est pas encore adapté. Trois jours de vivres devant être réserves en cas de tempête, le jour suivant représente la dernière chance d' atteindre le sommet. Des menaces de gelures leur donnent de l' appréhension. Maxwell avait dû de ce fait changer de chaussures en montant au camp supérieur. Quant à Harrah, il sentait que ses pieds se refroidissaient de plus en plus chaque jour, conséquence sans doute de la « détérioration » résultant des 14 jours consécutifs passés au-dessus de 5500 mètres. Pour diminuer le danger, ils décident de retarder leur départ jusqu' à l' arrivée du soleil, à 10 h. 30 \ comptant sur la pleine lune pour compenser plus tard le manque de lumière. La température fut relativement douce pendant leur séjour au camp supérieur; le thermomètre ne descendit jamais au-dessous de zéro ( 0 Fahrenheit équivaut à — 18° C ). Un panache de légers nuages qui couronne habituellement le Yerupajà, il n' y a pas d' hésitation sur le chemin à suivre: il faut gagner l' arête juste au nord du pic méridional, puis suivre la crête étroite jusqu' au sommet principal. Comptant sur la chance, ils cèdent à la tentation de se 1 C' est, semble-t-il, une pratique courante sur le versant ouest des Andes; une des caravanes de l' Huascaran ne s' est mise en route qu' à 11 heures.

charger le moins possible — une erreur, comme il s' avéra par la suite. En fait leur plus grosse préoccupation est l' état des corniches, car ils ont présent à l' esprit ce que Sigrist leur a raconté à Lima de l' accident à l' Alpamayo en 1948, et l' arête sommitale du Yerupajà est ourlée de corniches sur toute sa longueur. Ils emportent avec eux 45 mètres de corde nylon de 10 mm. et trois pitons à glace.

Le 31 juillet ils repartent vers le sommet. L' allure est très lente au début. Sur les pentes très raides, Harrah s' agrippe à la glace au moyen de sa hachette et de la pointe de son marteau. La seule brèche dans la barrière des corniches est constituée par une crevasse presque parallèle à la crête. Ils descendent « en opposition » une quinzaine de mètres dans cette rimaye, et la suivent sur une centaine de mètres, cheminant sur ce qui n' est qu' un faux-fond, et remontant à l' autre bout ils se trouvent sur l' arête finale. Ils notent qu' en cas d' avaro cette crevasse pourrait abriter un bivouac. L' arête est large de 7 à 10 mètres; à gauche, les corniches s' avancent sur le vide; à droite, la pente plonge presque à pic. Même par le brouillard, il n' y a pas de problème d' itiné: il n' y a qu' à monter en tapant du pied dans la neige molle, opiniâtrement, en suivant la ligne qui semble la plus sûre.

A 15 h. 15, ils sont au pied de la grande pyramide finale. Le joyeux optimisme de Maxwell a raison des appréhensions d' Harrah quant au danger de ce passage. Avec les plus grandes précautions, utilisant la technique des deux piolets et l' appui occasionnel de quelques rochers, ils escaladent les 100 mètres du pilier d' angle. Une fois surmonté le ressaut rocheux, ils n' ont plus devant eux que la crête finale montant doucement d' une trentaine de mètres, sur une distance de 100 mètres, vers le point culminant; mais elle est vertigineuse et fortement cornichée. Si près du but, ils auraient pu, vu le danger, appeler cela le sommet. Malencontreusement, ils décident qu' en redoublant de précautions dans l' assurage, ils peuvent risquer la traversée jusqu' à l' ultime crête. En fait, dans des passages de ce genre, celui qui assure court autant de risques que celui qui avance ( témoin l' accident de l' Alpa ). A 17 h. 30, l' un après l' autre, ils posent le pied sur le sommet, une corniche aplatie. Les nuées s' entrouvrent un instant, dévoilant un spectable plus céleste que terrestre.

Après la prise de quelques photos, la descente commence. Il reste deux heures de jour et le camp supérieur est à trois heures de là. A un moment donné, Harrah rejoint Maxwell sur un des relais, et ce dernier s' apprête à prendre encore une photo. La plateforme, large de deux mètres, a l' air solide, mais elle pourrait aussi bien s' écrouler en avalanche sur le versant est que s' effondrer avec la corniche dans la face ouest. Presque instantanément, un morceau de la corniche céda sous les pieds de Harrah, qui fut projeté dans le précipice de la paroi ouest. Heureusement, les 40 mètres ou plus de la corde étaient bien enroulés. Harrah tomba de toute cette hauteur, ce qui laissa à Maxwell le temps de saisir son piolet et de se jeter à plat-ventre dans la pente opposée en enfonçant le piolet dans la neige. Heureusement encore, le choc s' exerça verticalement plutôt qu' horizontalement; la corde scia l' angle de la cassure, donnant ainsi un assurage élastique ( dynamic belay ). Bien que festonné Die Alpen - 1952 - Les Alpes17 de pitons, de crampons et de hachettes, Harrah ne reçut aucune blessure de tout cet attirail. Après une chute libre de 15 mètres, il ne fit qu' effleurer la pente de 75 degrés. A moitié étourdi par les blocs de glace, il se rendit vaguement compte que c' était la répétition de l' accident de l' Alpamayo \ qu' il en résulterait deux morts. C' était la vengeance des dieux pour le péché d' orgueil.

Sans surprise, mais sans gratitude, il ressentit une secousse nauséeuse à la taille. L' élasticité du nylon avait absorbé une partie du choc; mais ses côtes avaient encaissé le reste. Sur la crête, Maxwell avait été projeté en avant trois fois. Entre deux tractions, il avait pu sortir son piolet et le planter plus avant. Une quatrième secousse l' eut fait basculer dans le vide, car à ce moment ses mains n' étaient plus qu' à 15 centimètres du bord. Tout cela se passa en moins de trois secondes.

« Relâche un peu! » « Je ne puis pas t' aiderl » Entre ses pieds, Harrah pouvait voir les cannelures de glace caressées par le soleil et se perdant dans un surplomb. Au delà du surplomb, il n' y avait plus que le glacier déjà dans l' ombre, 1200 mètres plus bas. D' un geste désespéré et machinal, il enfonça la pointe de ses deux hachettes dans la glace et commence à remonter la pente, parfois sans soutien pour les pieds; parfois appuyant ses crampons contre les parois opposées des cannelures de glace pour reprendre son souffle ou pour se hisser plus haut en opposition. Il lui fallut 45 minutes pour atteindre la crête, très fatigue et toussant à cracher ses côtes cassées, morceau par morceau.

« Cette fois on y a eu! » Un des gants de Maxwell avait file; ils en avaient de rechange. Les deux grimpeurs s' encordèrent plus court. Peu après, une autre section de la corniche céda, juste comme Maxwell faisait un saut en arrière. Les côtes de Harrah le faisaient souffrir; il était sujet à l' illusion du « troisième » homme. Ils prirent tant de précautions pour descendre le pilier d' angle qu' il était nuit lorsqu' ils arrivèrent à la partie plus large et moins exposée de l' arête. Harrah voulait continuer pendant qu' ils en avaient encore la force, disant que la clarté de la lune était suffisante et que sur l' arête ils ne pouvaient pas s' égarer. Maxwell était d' avis contraire et deux fois il s' arrêta pour creuser un abri dans la neige. Ce fut pendant ces haltes que se produisirent les plus graves gelures.

A minuit, ils étaient à l' extrémité ouest de la crevasse de l' arête, à une heure de marche à peine du camp supérieur. Toutefois, ils n' avaient plus la force de descendre avec sûreté les dernières pentes très raides. Maxwell trouva une sorte de grotte sous un bouchon de glace qui obstruait la crevasse. Ils pénétrèrent en rampant dans cette niche chaude et enlevèrent leurs chaussures. Les chaussettes de Maxwell étaient sèches; il se borna à envelopper ses pieds de sa parka et s' abandonna à sa fatigue. Quant à Harrah, il s' était mouillé les pieds en ouvrant la trace, et les chaussettes avaient gelé au cours 1 Le 24 juillet 1948, lors d' une tentative au Névado Alpamayo par l' expédition suisse de l' AACZ, la corniche cassa, entraînant la cordée Lauterburg-Schmid-Sigrist dans une chute de 200 mètres. Les participants en réchappèrent sans trop de dommages.

de la trop lente descente. C' était là le plus grave défaut de l' équipement: des guêtres auraient empêché la neige de pénétrer dans les souliers, et des chaussettes de rechange sont chose essentielle même dans le sac le plus léger. Toutefois il est certain qu' il y aurait eu quand même des gelures. Harrah s' enveloppa les pieds, puis dégela et sécha ses chaussettes à la flamme d' une bougie. A cette altitude, les allumettes péruviennes refusaient de s' enflammer; Harrah avait heureusement conservé depuis 1942, dans une poche de son sac, une boîte d' allumettes qui firent parfaitement l' affaire.

Le lendemain, à 10 heures, ils se traînèrent hors de leur trou à la douce chaleur du soleil et rallièrent le camp supérieur vers midi. Ils confectionnèrent une limonade chaude et tombèrent dans une sorte de prostration apathique, trop harassés pour procéder à des massages de pieds. Harrah regretta de n' avoir pas emporté de la morphine au lieu du « demerol » inefficace.Vingt-quatre heures plus tard, après avoir enfilé de force leurs pieds enflés dans des souliers impitoyables, ils commencèrent à lever le camp. Par des éclaircies entre les nuages, ils apercevaient leurs quatre compagnons sur le glacier, bien loin au-dessous. Cinquante-quatre heures s' étaient écoulées depuis que ceux-ci avaient vu pour la dernière fois les deux grimpeurs disparaître dans le brouillard. Ils supposèrent avec raison que Harrah et Maxwell avaient les pieds atteints et montèrent à leur rencontre. C' est en cela, dans le support insuffisant des grimpeurs par leurs camarades des camps inférieurs, que se montra le plus grave défaut de l' organisation. Il eût fallu prévoir et préparer à l' avance un système automatique de secours.

Harrah et Maxwell commencèrent la descente, chargés de leur sac de couchage comme sauvegarde contre un désastre encore possible. Maxwell devait s' arrêter tous les 25 pas. La difficulté de retrouver la route dans le brouillard rendait Harrah presque fou. Parvenus sous le plafond des nuages, ils lancèrent de nouveau des appels. Maxwell resta au col cette nuit-là; tandis que Harrah descendait au camp du glacier. Le lendemain, Matthews accomplit le tour de force d' aller en un jour jusqu' à Chiquian quérir des mules et fréter un taxi pour transporter Harrah à Lima.

Le danger des gelures des pieds est que lorsque le sang y « revient », ils font trop mal pour pouvoir marcher; ils enflent à ne pouvoir entrer dans aucun soulier et l' infection s' y met. La circulation ne se rétablit pas aux pieds de Harrah, qui dut marcher jusqu' au camp de base dans des souliers trois numéros plus grands que les siens. Par contre, l' experte application de borofax par Crush empêcha la gangrène. Les pieds de Maxwell avaient moins souffert; il put rentrer une semaine plus tard avec le reste de l' expédition. Harrah fut déposé le 8 août à la clinique anglo-américaine de Lima où il bénéficia des soins excellents du Dr Ned Raker. Mais il fallut sacrifier tous ses orteils, tandis que Maxwell s' en tirait avec la perte de trois demi-orteils.

Avant, pendant et après notre ascension, la presse en accentua l' aspect sensationnel: Le Yerupajà devint le « boucher des Andes ». Peut-être la chose est-elle inévitable quand il s' agit d' un accident « spectaculaire » sur un sommet célèbre; mais pareille publicité fait du tort à l' alpinisme en général, et elle est particulièrement injuste envers les membres de l' expédition qui, du commencement à la fin, s' efforcèrent d' appliquer le principe « sécurité avant tout ». Nous n' oublions pas que nous avons gravi le Yerupajà sur les épaules de Schneider, et que les conditions favorables du temps et de la neige furent la cause principale de notre succès.Traduit par L. S.

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