Première ascension hivernale de la face nord-est du Grand Combin

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de la face nord-est du Grand Combin

Marco Bruchez, guide Laurticr ( VS )

En hommage au guide Bernard Pasche, décédé à l' Aiguille Verte, le 16septembre Tout au fond du val de Bagnes, la paroi nord-est du Combin de Tsessette gardait sa farouche virginité. Dissimulée aux regards des alpinistes, elle ne laissait voir qu' une ombre démesurée à ceux qui la lorgnaient. Toutefois, en août 1942, deux rochassiers bagnards la parcourent en empruntant un éperon peu marqué, à gauche de la face. Une génération plus tard, trois jeunes guides de la vallée rêvent de réaliser une voie sur son éperon central. Du 5 au 7 juillet 1974, Vincent, An- témoins émouvants d' une culture plusieurs fois millénaire, d' autres enfin font encore quelques emplettes... et voilà, l' heure du départ a sonné. Comme pour nous habituer au retour dans notre vie si bien organisée, les sociétés de transport se font un honneur de respecter l' horaire: l' imposant Caravaggio arrive comme prévu à Milazzo et le temps que Dieter pleure la perte d' une bouteille de Malvoisie au pied d' un palmier, le train Pa-lerme—Milan arrive, lui aussi, à l' heure.

C' est avec un brin de mélancolie, mais partageant le sentiment d' avoir vécu une semaine merveilleuse, que nous quittons ce pays enchanteur.

Les rédactrices et rédacteurs de ce récit se font les interprètes de toute l' équipe et adressent un chaleureux merci au chef de course dévoué et infatigable. Le chef de course se plaît à en faire autant à l' égard des participants dont chacun a donné sa part à la réussite de la course.

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage!

dré et Marco engagent, avec enthousiasme, une lutte acharnée et finalement victorieuse sur le bastion haut de 1200 mètres. Daniel, un guide de Verbier, répète cette voie en solitaire, deux ans plus tard. Deux jours plus tôt, André et Marco réussissaient une première escalade de l' éperon de droite ( 5—7juillet 1976 ).

PREMIÈRE ASCENSION HIVERNALE Le désir fou d' une ascension hivernale obsède dès lors les conquérants de cette face. Au cours des hivers 1977 et 1978, chacun s' entraîne, scrute le ciel, s' impatiente, car le temps n' est jamais suffisamment sûr pour permettre la réalisation de cette course. Du matériel est déposé cependant à 2900 mètres, au pied de l' éperon, et des paires de skis attendent, ici et là...

Durant l' hiver 1978/79, l' entraînement reprend: randonnées en montagne, escalades, courses à pied, ski sauvage, nuit à la belle étoile. Le moral se forge!

A la fin de février, la météo annonce enfin du beau temps. Malheureusement, mes amis déclarent forfait pour des raisons professionnelles. J' ap alors que Bernard Pasche, guide à Nyon, vient de réussir le couloir Lagarde dans la face nord des Droites. Nous nous connaissons depuis notre école de recrues, accomplie au Tessin! Un coup de fil, et le voici plein d' enthousiasme pour le projet que je lui propose.

Lundi après-midi, après avoir bouclé nos sacs, nous gagnons Fionnay on Paul, patron des FMM, met à notre disposition une chenillette qui nous conduira au domicile des gardiens du barrage de Mauvoisin.

Dans la nuit prise du 27 février, nous chaussons nos skis au bout du tunnel de La Liaz, à 3 heures du matin. A la lueur des lampes frontales, nous traversons les pentes qui dominent le lac et parvenons à l' aube au bout du glacier. Il fait bigrement froid! Nous sommes à mi-chemin: encore 500 mètres à monter! A 8 heures, nous abandonnons nos skis et déjeunons au soleil. Nous nous sentons tout petits, car 1200 mètres de rochers et de glace dominent nos têtes.

Voici la corde fixe, laissée sur place deux ans auparavant: elle semble en bon état. Nous nous hissons grâce à elle jusqu' à la cachette des sacs contenant les cordes, les pitons, les vis à glace et les mousquetons. Pour les trouver, il faut déblayer complètement la plate-forme. Les cordes gelées auront beaucoup de peine à retrouver leur souplesse!

Alors que Bernard gravit la première longueur difficile, le soleil nous quitte pour aujourd'hui. Cette absence de chaleur n' entame pas notre en- thousiasme. A tour de rôle, nous prenons la tête des opérations, fixons la corde, hissons les sacs. La progression est régulière. Cependant, l' escalade est ardue, car nous ne pouvons guère profiter des fissures et des bons dièdres bourrés de neige instable. Nous devons attaquer sans cesse les flancs verticaux on la neige n' a pas eu de prise.Vers le milieu de l' après, un vrombissement brise le silence des lieux. C' est Jo, qui, avec son hélicoptère descend du sommet et finit par nous frôler. Nous échangeons quelques signaux et bientôt la machine disparaît en direction de la vallée. Impecca-ble! Il a transporté nos skis de la cabane Panossière jusqu' au Plateau du Déjeuner: une action sympathique d' Air Glaciers!

La nuit nous surprend au cours de la septième longueur. L' altimètre indique 3250 mètres. Ale! pas de bonne plate-forme dans cette zone! Tant pis! Nous nous installons sur deux minuscules replats superposés.

Bernard, qui inaugure un réchaud perfectionné par ses soins, prépare des boissons qu' il laisse glisser le long d' une cordelette jusqu' à moi. Nous nous enfouissons, en position assise, dans nos duvets adossés à la paroi. Malgré de longs intervalles de sommeil, nous avons tout le loisir d' assister à la naissance d' une aube nouvelle.

Me voici au soleil et en pleine escalade du mur très raide qui surplombe notre bivouac. Ah! comme nous nous sentons vivre! Au relais, Bernard sifflote. En fin de matinée, deux hélicoptères viennent nous saluer une nouvelle fois: en effet, on fête aujourd'hui Fernand Martignoni, pilote des glaciers depuis 25 ans! Alors que nous dînons sur un confortable balcon, le soleil passe derrière la montagne. Encore quatre longueurs en rocher et nous aurons surmonté le ressaut principal, haut de 450 mètres. Dans le feu de l' action, nous ne voyons pas le temps s' écouler, et c' est dans I' obs que nous creusons la neige au faîte du deuxième névé en vue du second bivouac. Le ciel s' est couvert, et il commence à neiger! Bernard, « relaxe », lâche:

- Ben, on va avoir du « bouillon ».

Sa décontraction me redonne du courage. Nous nous trouvons sous le dernier ressaut rocheux et, de ce fait, à l' abri d' éventuelles avalanches. Mais ça n' a pas l' air sérieux cette petite neige. Après nous être restaurés, nous nous assoupissons, assis l' un contre l' autre, avec le ronron du réchaud comme berceuse.

Tout est blanc, ce jeudi ier mars. Il n' a guère neigé plus de io centimètres, mais un brouillard très dense nous enveloppe. Nous nous ébrouons délicatement. Je veux changer mes bas, car j' ai les pieds un peu engourdis. Chaque mouvement est exécuté avec précaution, car la perte d' une chaussure, ici, aurait de fâcheuses conséquences! Vers g h 30, nous voici enfin d' attaque.

Cette fine couche de neige a plâtré les rochers et nous « grattonnerons » crampons aux pieds. Dans ces conditions extrêmement délicates, il nous faudra quatre heures pour franchir la dernière barre rocheuse, haute de 80 mètres.

Au début de l' après, nous nous accordons une bonne pause, au fond de la pente de glace qui descend du sommet. Nous avons déjà gravi plus de 750 mètres.

Pas la moindre mésentente dans notre cordée. Quel type, ce Bernard! toujours « relaxe », confiant et avec ça une volonté à toute épreuve! L' ambiance est fantastique, d' autre part, le temps se lève.

Tout le matériel pour le rocher a maintenant regagné nos sacs qui doivent bien peser i 8 à 20 kg. Avec ces charges, l' escalade glaciaire sur les pointes frontales de nos crampons se révèle très pénible. Tous les 40 mètres, nous relayons et reposons nos mollets.

Nous venons de dépasser l' altitude de 4000 mètres. Au-delà du profil de la paroi, nous apercevons, très loin, à notre droite, la cabane de Panossière. Y serons-nous ce soir? II est t 7 heures, un froid très vif règne en ces lieux. Battue par les vents, la zone sommitale de la paroi est recouverte de glace bleue. Nous concentrons toute notre attention sur ce dernier obstacle. A 18 heures, Bernard débouche sur le sommet, je le rejoins et nous assistons, émerveillés, à un coucher de soleil fabuleux. Dans nos regards embrasés se lit une joie extraordinaire.

Nous dévalons le Corridor et chaussons les skis au Plateau du Déjeuner. Sans témérité, nous glissons vers la cabane de Panossière que nous atteignons, complètement exténués, vers 21 h 30. Une formidable surprise: sur la table de la cuisine des amis ont laissé des oranges et du miel. Nous les savourons les yeux fermés.

Vendredi, dans la journée, nous regagnons Fionnay. Demain, nous aurons repris notre vie quotidienne, apaisés... pour quelque temps.

Le même été, Bernard et ses camarades genevois explorent le Groenland. Quant à moi, je découvre la Cordillère Blanche.

En automne, nous aurons du temps pour nous revoir et échanger des souvenirs.

Dieu en a décidé autrement!

Le jeudi 20 septembre, parmi beaucoup d' amis, j' accompagne Bernard pour sa course vers l' éternité.

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