Première descente de l'arête nord de la Dent Blanche

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A M. Théophile Payot, président honoraire de la section Chaux-de-Fonds. Respectueusement,W. K.

Deux hivers durant, l' arête nord de la Dent Blanche — le seul parcours important de la région de Zinal non encore effectué — nous avait hantés. Elle constituait le sujet inépuisable de nos conversations. Nous l' évoquions surtout dans la cave — souvent visitée — d' un de mes excellents guides et amis, alors qu' adossés aux fûts recelant les vins généreux du beau pays de Sierre — qui délient les langues et aguerrissent les muscles, à la lueur d' une chandelle, elle nous apparaissait fascinatrice dans sa structure puissante.

Entraînés — et surtout lestésnous quittâmes nos foyers à l' aube d' un dimanche pluvieux, au début de juillet. Et, tandis que le train lourdement chargé haletait en remontant le cours de la Viège, la pluie ne cessait de tomber, enveloppant tout de grisaille et de tristesse. Enfin, à notre arrivée à Zermatt, Phœbus daigna prodiguer quelques rayons, selon nous, présage de succès. Espoir éphémère, puisqu' une pluie fine et pénétrante devait sans trêve nous accompagner jusqu' à la cabane Schönbühl.

Le lendemain, lorsque nous nous mîmes en route, il faisait grand beau. L' astre du jour à son lever, subitement, cessa de faire étinceler la carapace adamantine de la majestueuse Dent d' Hérens; —«signe précurseur de mauvais temps », affirma laconiquement et avec conviction l' un de mes guides. Nous persistâmes néanmoins dans nos projets, quittes à devoir rebrousser chemin. Et, en effet, quelques heures plus tard, nous dûmes battre en retraite, non pas à cause du temps — qui attendit jusqu' au lendemain avant de donner raison au météorologiste infaillible que doublait un guide d' égale valeur — mais de la neige dont l' abondance était telle que la facile ascension de la Wandfluh se trouva transformée en une course longue, pénible et dangereuse, les avalanches descendant de partout avec un fracas infernal de grosse artillerie. Arrivés sur l' arête, nous constatâmes, non sans amertume, que, dans les conditions qui nous étaient échues en partage, la journée ne nous suffirait pas pour atteindre seulement le sommet de la Dent Blanche, point de départ de notre « première ». Nous dévalâmes donc dans la direction de Bricolla où nous arrivâmes fourbus, après avoir péniblement pataugé quelques heures durant dans un magma de neige molle, sous un soleil de plomb rendu plus meurtrier par un voile de brouillard ténu.

A l' été humide et froid succéda le bel automne que l'on sait — propre à faciliter la revanche de notre échec. Gratifiés du beau temps cette fois, nous nous rendîmes à pied d' œuvre — à la cabane Schönbühl — par le Mountet et le col Durand. La valeur de mes guides, Jean Genoud et Marcel Savioz, était garante de notre succès. L' expédition comptait un membre de moins que lors de la première tentative, mon ami, M. René Schwartz, du Locle, ayant été empêché de prendre à notre réussite une part équivalente à celle qui fut la sienne dans sa préparation.

Les refuges alpestres, en cette saison, se prêtent admirablement au repos et à la méditation. C' est dire que nous passâmes dans des conditions idéales les trop courtes heures de répit qui précédaient notre envolée. A peine, semblait-il, avions-nous fermé les paupières que déjà le réveil sonnait. Minuit! Le gardien, très obligeant, ne s' était pas couché et, sitôt debout, nous servait un breuvage chaud, propre à nous arracher sans retour aux bras de Morphée.

Gauches encore, à la lueur de nos lanternes, nous nous mettons en route dans la nuit opaque et ouatée. Il faut quelques faux-pas et trébuchements pour nous faire prendre conscience des réalités du chemin et des exigences d' une marche nocturne. Les étoiles scintillent, lointaines, au firmament; petits points brillants, elles semblent résorber égoïstement leurs flots de lumière. A pas prudents et réguliers, nous nous enfonçons dans un gouffre béant qui ne révèle ses profondeurs que par le courant glacé qui nous fouette le visage. En arrière, des éclairs ininterrompus sillonnent l' horizon et illuminent tragiquement la chaîne du Cervin, tel un feu de barrage — infernal et silencieux — à notre frontière, ce qui n' est pas sans nous causer quelque inquiétude. Enfin, nous atteignons le plat du glacier où commence l' esclavage de la corde. Malgré la nuit, nous ne sommes victimes d' aucune des innombrables « boîtes aux lettres » dont les lèvres s' ouvrent sous nos pas. Déjà nous abordons la montée dans des éboulis de neige et de séracs, puis, peu après, nous prenons contact avec le rocher. La lanterne entre les dents se balance sous le menton et son odeur n' est certes pas agréable si près de l' organe olfactif de perception. Deux heures et demie de varappe nous amènent au pied de l' arête. La neige diminue l' opacité de la nuit. Nous chaussons nos crampons et, réchauffés par une lampée d' excellent marc, reprenons notre marche en avant.

La longue, l' interminable Wandfluh finit par nous amener au sommet, non sans avoir offert à nos regards avides une succession de coups d' œil féeriques et somptueux: un lever de soleil inégalé, les géants altiers d' alen — Cervin, Weisshorn et tant d' autres — la Dent Blanche aux aspects imprévus et sans cesse changeants.

Après une heure de repos bien gagné, nous quittons le sommet pour attaquer l' inédit, l' imprévu: la première descente de l' arête nord. Souvent convoitée, fréquemment tentée, elle n' avait pu être encore vaincue.

Telle un colossal sphynx — vue du Mountet — la Dent Blanche ( 4364 m .) s' appuie sur quatre formidables contreforts: la Wandfluh — l' épine dorsale — le plus long et le moins incliné, au sud, et qui vient mourir au col d' Hérens, à l' est, les vertigineuses arêtes du col de Zinal et des Quatre Anes, la meur- trière arête de Ferpècle ( aussi dénommée arête jaune ) à l' ouest, et l' arête nord qui aboutit au col de la Dent Blanche; formidable pentade de l' orien, elle marque de ses bras tentaculaires les quatre points cardinaux.

Trois arêtes seulement aboutissent au sommet: la Wandfluh, celles de l' est réunies et celles de Ferpècle et nord qui bifurquent à 15 minutes du point culminant. Jusqu' à la séparation de ces dernières, pas de difficultés spéciales à surmonter; entassement d' énormes blocs instables, le faîte de l' arête peut être suivi sans varapper à proprement parler.

Ce n' est pas sans fierté que nous attaquons maintenant l' arête nord, ni, en ce qui me concerne, sans une certaine appréhension. Nous voguons vers l' inconnu; comme un esquif ballotté par des flots impétueux, nous montons et redescendons sans cesse pour franchir, en quelque six heures, 15 ou 16 gendarmes hérissés. Ombres chinoises découpées sur un ciel d' azur, nous nous démenons sans repos pour n' avancer qu' avec lenteur et péniblement. La roche est délitée, pourrie, et les bonnes prises bien rares: nous n' osons nous attarder nulle part car tout croule sous nos pas et les mains, partout, ne rencontrent que pierres branlantes. L' arête devient de plus en plus tranchante; elle s' incurve vers l' ouest, tandis qu' un à pic formidable, à l' opposé, plonge jusqu' aux profondeurs du glacier Durand.

Au fur et à mesure de notre avance, le rocher devient quelque peu meilleur. Les prises, par contre, sont de plus en plus imperceptibles.

A l' occasion d' une halte, nous admirons et l' arête des Quatre Anes, qui se profile avec netteté au premier plan, et, plus loin, le farouche Obergabelhorn, et d' autres, d' autres sommets encore, fièrement campés, magnifiques et drapés d' hermine.

Nous avons cheminé jusqu' ici direction nord; impossible de continuer: nous nous trouvons au sommet du surplomb vertigineux et infranchissable que constitue le versant septentrional de la partie supérieure de l' arête qui, de plus en plus inclinée, s' oriente maintenant à l' ouest, parallèlement à l' arête de Ferpècle. Observée du Mountet, d' où sa déviation n' est pas vue très distinctement, cette paroi semble constituer l' arête nord proprement dite, tronçonnée par une gigantesque marche d' escalier.

Nous avons l' intuition que de sérieux obstacles vont dorénavant surgir. En effet, nous ne pouvons avancer qu' agrippés sur le flanc de l' arête, entre son faîte devenu impraticable et des rochers abrupts — qu' il serait vain de songer à descendre — qui s' étalent à nos pieds; de chaque côté c' est le vide et devant nous la montagne s' incline proche de la verticale... La descente est difficile et périlleuse, d' autant plus que nous retrouvons ici la neige fraîche que le soleil d' automne n' a pu faire disparaître; la couche n' est pas épaisse, mais suffisante pour nous gêner considérablement... Quelques mètres encore et la pose d' un piton est indispensable pour permettre de franchir un surplomb de plus de 35 m ., descente qui s' effectue sans accroc, mais non sans émotion, celle-ci étant proportionnée à la longueur du trajet qui, elle, règle l' amplitude des oscillations du pendule à contrepoids humain et fuyant que, tour à tour, nous figurons. Et le premier guide qui entreprit la descente et eut pour tâche de passer, à mi-hauteur, une seconde corde dans la boucle que la première formait, pour nous permettre d' arriver à bon port, fit preuve d' un rare sang-froid, de même le dernier qui descendit non assuré.

Nous scrutons les alentours: toujours pas d' issue, certain passage envisagé de plus haut s' avérant impraticable. Nous avons retiré la corde, impossible de revenir sur nos pas: la retraite est coupée... Une seule alternative: continuer notre descente dans la même direction pour chercher le défaut de la cuirasse qui nous permettra de passer sur le versant opposé. Vaincre ou attendre sur place un secours problématique, tel est le dilemme dans lequel nous sommes enferrés.

Nous contournons tout d' abord un gendarme ( en rappel de corde fixé à une boucle ) et continuons de descendre en diagonale, ce qui nous permet d' avancer tout en perdant de la hauteur, pour arriver au pied de l' arête, au fond d' un couloir de neige copieusement raboté par les pierres 1 ). Cette partie de l' itinéraire est difficultueuse, elle exige beaucoup de prudence et de circonspection. Et nous ne parlerons pas des aspérités du rocher susceptibles de nous servir d' appuis: n' existant pas, elles sont sans histoire. Nous y sommes; le passage espéré, par contre, n' y est pas. Devant nous, ce ne sont que parois abruptes. Notre modeste outillage et nos cordes de rappel ne nous permettent pas de franchir cette muraille de Chine à son point le plus vulnérable. Le rapide couloir de glace au pied de l' arête de Ferpècle? Impossible d' y songer.

Nous avions pensé pouvoir passer facilement sur le versant nord en cet endroit où l' arête dresse ses derniers soubresauts avant de disparaître et de s' effacer dans l' uniformité du rempart à pic qui monte du glacier. Il n' en fut rien. Nous ne pouvions continuer à descendre sans être acculés dans une impasse et, interrompant l' arête d' un brusque ressaut, un fier gendarme à la face rectiligne, tel une tour angulaire, nous barrait le chemin projeté. C' est néanmoins par là qu' il fallut passer. Prudemment, lentement, avec une agilité déconcertante, le guide en tête le traversa en diagonale, au mépris du surplomb qui, semblait-il, devait le rendre inaccessible. Ce n' est pas sans une vague crainte que je vis approcher le moment où je dus à mon tour imiter cette acrobatie de haute école, cette varappe aérienne. Dès la mi-hauteur, la traversée est singulièrement difficile, plusieurs blocs branlants n' étant d' aucun secours, au contraire. Prises impalpables, pour les mains, qui doivent supporter tout le poids du corps, les pieds ne trouvant rien pour s' appuyer; puis, subitement, l' ordre des choses se trouve interverti: large appui renversé pour les pieds, rien pour les mains, tandis que le rocher repousse le corps dans le vide... J' avoue que je ne gardai l' équilibre qu' en serrant rageusement la corde, de toute la force de mes mâchoires.

Cet obstacle franchi, nous nous retrouvons face au Grand Cornier, à l' extrémité d' une lignée de dalles verglacées et traîtresses que nous ne son-gerions certes pas à traverser, si elles ne constituaient le seul passage qui puisse être tenté. Elles s' étirent vers l' ouest, dès le pied de la paroi qui, d' un jet vertigineux, rejoint l' arête supérieure, à la fin des gendarmes: l' obstacle que nous venons de tourner. Surplombant le glacier, un à pic impressionnant et non moins infranchissable nous coupe toute issue de ce côté.

La recherche d' un chemin praticable, les difficultés nous avaient absorbés à tel point que la fuite des heures ne nous avait pas préoccupés jusqu' ici. Presque sans transition aucune, en fait, subjectivement plus brusquement encore, la nuit était tombée...

Nous ne sommes qu' à mi-chemin et le passage le plus dangereux — s' il existe — reste devant nous, d' aspect plus redoutable encore dans les ténèbres qui nous enveloppent. Que faire? Avancer à tout prix. Et, deux heures durant, à la lueur d' une lanterne électrique de poche, nous allons, sans succès, nous essayer avec acharnement à passer l' obstacle. Effort vain qui, poursuivi, nous eût amenés à la chute inévitable.

« Entre deux maux, il faut choisir le moindre »! Nous nous résolvons à nous exposer aux morsures du froid plutôt que de courir à une mort certaine.

Sur l' épaulement du gendarme que nous avons traversé tout à l' heure, nous allons nous fixer pour passer la nuit. Disposant chacun d' une longueur de 5 à 6 mètres de corde, il ne nous sera même pas possible de jouir de notre liberté relative, étant donnés l' escarpement et l' exiguïté des lieux. Soutenus par la corde, nous nous étendîmes sur le roc et, serrés les uns contre les autres, fîmes des efforts désespérés pour nous laisser aller au dolce far niente, si ce n' est au sommeil. Ce fut en vain; un quart d' heure n' était pas écoulé que déjà nous dûmes renoncer à notre position intenable. Sac au dos — pour nous protéger contre le froid — nous passerons la majeure partie de la nuit debout, occupés des bras à nous battre les flancs. Nous perchons à près de 4000 m. et si la température n' est pas ce qu' elle pourrait être, elle est néanmoins fort réfrigérante, d' autant plus que, par intermittence — heureusementsouffle un vent d' est qui n' a rien de commun avec les alizés. Nous claquons des dents, tandis que le froid nous agite de tressaillements convulsifs fort difficiles à réprimer. Jean s' y abandonne sans chercher à réagir, prétendant — ô paradoxe — que son tremblement finit par le réchauffer!

Quatre heures. Quelques lueurs blafardes signalent le jour, enfin! Une lanterne quitte la cabane Constantia et zigzague dans la nuit; à l' ouest, les fenêtres de l' hôtel de Bricolla s' éclairent: faits anodins qui rapprochent du monde habité et qui atténuent la sensation de notre isolement.

Il nous reste de redoutables difficultés à affronter. Quant à nos forces, un gobelet de Fendant chaud et sucré nous remet, on ne peut mieux, en forme pour attaquer les dalles.

A 5½ heures, nous nous mettons en route, pleins d' espoir et bien décidés à aboutir. Ces dalles s' étendent sur une longueur de 250 à 300 mètres et, dans les conditions qui furent les nôtres ( légère couche de neige recouvrant du verglas ), elles demandèrent 4 1/2 heures d' efforts d' équilibre et de patience pour être traversées de part en part. Très inclinées, elles s' étalent à environ 60°. En aucun point, nous ne pouvons nous assurer mutuellement avec sécurité; la moindre tension de corde inopinée provoquerait immanquablement la dégringolade fatale. Leur danger est augmenté encore par d' abon chutes de pierres ( c' est d' ailleurs là un phénomène propre à l' arête nord dans toute sa longueur ). En septembre, le soleil n' atteint plus ces parages et, le dégel ne se produisant pas, les cailloux tombent au compte-gouttes.

Ces dalles passées, la partie était virtuellement gagnée. Un rapide regard rétrospectif fait briller dans nos yeux l' âpre satisfaction que procurent l' effort couronné de succès et le contact du danger, tandis que nous ressentons une impression de soulagement, dans une ambiance, toute nouvelle, de sécurité.

Nous nous trouvons maintenant sur l' arête qui mène directement au col, et notre trajet, dès l' extrémité de l' arête des 16 gendarmes, est assez exactement représenté par l' hypoténuse et la base d' un triangle rectangle dont le ressaut de l' arête nord serait le grand côté de l' angle droit et les dalles la base, figure dont les côtés ne seraient naturellement pas tracés sur le même plan.

La rapide pente de neige est coupée en de nombreux endroits par des dalles — encoredont un large banc nécessite bientôt l' emploi de la double corde 1 ): ci, 30 nouveaux mètres que nous descendons en vitesse, tels d' agiles araignées. Nous appuyons sur la droite pour aboutir à un couloir verglacé 2un troisième et dernier piton doit être posé pour fixer encore une fois la corde de rappel.

Dans les deux cas, favorisé de meilleures conditions, et moyennant un sacrifice de temps approprié, il serait fort possible de monter ou de descendre sans le secours de la corde.

Nous arrivons enfin sur la crête de rocher noir qui émerge de la neige — blocs croulants entassés les uns sur les autres au mépris des lois de l' équilibre — et qui constituera le fil conducteur de nos derniers pas sur l' arête nord. La neige permettrait d' atteindre rapidement le col en glissade, mais la forte déclivité de la pente rend plus prudente la marche sur le rocher: la rimaie s' ouvre béante sous nos yeux...

Et une heure plus tard, le 10 septembre 1926, nous atteignions le col de la Dent Blanche, 37 heures après avoir quitté la cabane Schönbühl, dont 28 ½ de marche effective.

La virginité de l' arête nord n' est plus!

Nous filons sur Bricolla et Les Haudères, et de là, endormis sur l' arrière d' un camion, avec nos sacs pour oreillers, nous gagnons Sion, puis Sierre où la cave qui avait vu naître notre téméraire projet nous entendit remémorer les péripéties émouvantes de son exécution.

Dans son ensemble, l' état de la montagne au début de septembre 1926 était des meilleurs et les conditions dans lesquelles s' effectua notre « première » furent bonnes. Seule la neige fraîche nous a quelque peu contrariés.

Cette descente présente presque tous les genres de difficultés que l'on peut rencontrer à la montagne; elle rivalise avec les courses dans les Alpes suisses réputées les plus casse-cou. Les différences d' altitude ( de Schönbühl au col de la Dent Blanche ) s' expriment par 2474 m ., selon l' atlas Siegfried.

Une amélioration locale se trouverait immanquablement contrebalancée par un surcroît de difficultés dans un autre endroit. Ainsi, une couche de 10 à 15 cm. de neige durcie sur les dalles permettrait de les franchir aisément, tandis qu' elle rendrait quasi impossible le cheminement plus haut.

Dans des conditions normales, l' éventualité d' un bivouac doit et peut être exclue; nous n' y avons été acculés que parce que nous sommes partis trop tard ( ce que nous ne pouvions prévoir puisque nous étions les premiers à effectuer ce trajet ), ensuite par le temps que nous avons dû consacrer à la pose de trois pitons ( plus de deux heures ) et à la recherche d' une voie praticable.

Il est bon de signaler également les inappréciables services que nous rendit l' usage ininterrompu des crampons — dans le rocher et sur la glace — que nous ne déchaussâmes qu' à notre arrivée au col de la Dent Blanche. Pour le passage des dalles, ils furent une condition sine qua non de réussite. Dans le rocher, ils permettent d' utiliser les moindres aspérités pour fixer les pieds.

A notre avis, la pose d' une corde d' appui, voire d' un câble métallique, longeant les dalles est d' aussi impérieuse nécessité que les échelles qui facilitent l' ascension de l' arête Young, au Weisshorn, par exemple.

Il ne serait pas recommandable de tenter à nouveau la descente de l' arête nord à plus de trois à la même cordée: pour ne perdre aucun instant et pour avancer dans les meilleures conditions de sécurité possibles. En outre, il serait indiqué de profiter d' une soirée de pleine lune pour la marche de nuit. La qualité maîtresse de ceux qui désireront l' entreprendre devra être une endurance à toute épreuve. Quatre-vingts mètres de corde de rappel devront être emportés et la corde de sécurité devra au moins mesurer la moitié de cette longueur 1 ).

Une constatation s' impose: l' arête nord ne peut être montée dans son état actuel, du moins en la suivant strictement; l' obstacle le plus considérable et qui arrêterait infailliblement toute caravane est le grand surplomb dont l' ascension nécessiterait la pose d' échelles fixes. Et l'on conçoit que les tentatives faites jusqu' ici, en partant de sa base, aient toutes avorté. L' échec était inéluctable.

Une voie d' accès qui pourrait être tentée ( nous n' entendons même pas affirmer ici que la chose soit possible ) consisterait à remonter le couloir de glace qui sépare l' arête nord de celle de Ferpècle pour rejoindre celle-là au-dessus du premier surplomb que nous avons descendu. Dès cet endroit au sommet, la montée s' effectuerait facilement en 6 heures. Toutefois, comme nous l' avons fait remarquer au cours de notre récit, le danger résultant des chutes de pierres est considérable et il faudrait tailler un nombre de marches inusité.

Et, pour terminer, je me dois de rendre un témoignage enthousiaste à mes guides, Marcel Savioz et Jean Genoud, tous deux de Zinal, qui ont pris la lourde responsabilité de mener notre entreprise à bonne fin et qu' au difficulté n' a jamais rebutés en cours de route. Par les multiples qualités que nécessitait notre course — et qu' ils possédaient toutes — ils se sont haussés au rang des grands conquérants des Alpes, dont ils prolongent l' auguste lignée. Toujours, en tous lieux, ils m' ont émerveillé par leur sang-froid, leur agilité insurpassable et leur parfaite connaissance de la montagne.

A eux, les artisans du succès, vont ma reconnaissance et l' hommage de mon admiration pour leur technique alpestre impeccable et l' incarnation du guide parfait que, l' un et l' autre, ils constituent.

Novembre W. Kropf.

Notre horaire:Horaire normal:

Départ de Schönbühl Ih. Départ de Schönbüh122 h.

Arrivée au sommet 9 » Arrivée au sommet 6 » Départ du sommet10 » Départ du sommet 6½ » Bifurcation arêtes de Ferpècle etArrivée au grand surplomb... 12 » nord101/4 » » au fond du couloir... 13 ½ » Arrivée au grand surplomb... 16 » » aux dalles14 » » au fond du couloir... 19 » » fin des dalles18 » » aux dalles20 » » au co121 » Essai de traversée des dalles 20 à 22 » » à Bricolla23 » Bivouac22 à 5 ½ »Durée de la course: 25 heures.

Fin des dalles10 »Marche effective: 24½ heures, petites Arrivée au co114 »haltes comprises.

» aux Haudères17 » Durée de la course: 40 heures. Marche utile: 29 ½ heures, petites haltes et temps perdu compris.

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