Prologue à un centenaire. L'Hôtel du Glacier de Giétroz-Mauvoisin

Hinweis: Questo articolo è disponibile in un'unica lingua. In passato, gli annuari non venivano tradotti.

PAR FRANCIS PERRAUDIN, LE CHÂBLE

Mauvoisin: étape sur la Haute Route Avec I dessin à la plume Sur la carte, le Valais est comme une feuille d' arbre. Une nervure principale, le Rhône, où convergent d' autres nervures représentant - autrefois du moins - des rivières.

Les vallées de la rive droite dans les Alpes bernoises sont courtes et coupées de gorges profondes. Celle de la rive gauche vers l' Italie s' allongent démesurément et s' élèvent jusqu' au pied des quatre mille.

L' Entremont, par son embranchement du Val de Bagnes, presque parallèle à la plaine du Rhône, est la plus longue coupure des Alpes valaisannes.

On y pénètre par le corridor de Bovernier entre le Mont Chemin et le Catogne. Aux Vallettes, première brèche dans la montagne: les gorges du Durnand, au départ du vallon de Champex. Franchi le célèbre Tunnel de la Monnaie1, voici l' endroit d' un éphémère couvent de Trappistes, puis Sembrancher, le chef-lieu du district.

Devant nous, derrière le contrefort boisé du Mont Brun, le Val de Bagnes. Il faudrait auparavant, bien sûr, monter jusqu' à Levron d' où la vue sur l' Entremont est magnifique. Le pas du Lin, comme aussi le Col des Planches sur ce Mont Chemin à la couleur de fer rouillé, sont d' antiques voies romaines vers la plaine du Rhône, articulées à la route du Mont Joux ( Grand Saint-Bernard ) et regardant les cols frontières du Val Ferret dont les forêts retentissent du bramement des cerfs. Hiver comme été, le tunnel du Grand Saint-Bernard ouvre désormais une large porte vers le sud.

Les alpinistes cependant préfèrent les chemins que suivaient les soldats de Bonaparte. Nous irons donc à pied sur les hauts du célèbre hospice pour admirer la chaîne du Mont Blanc, les Alpes Graies et les « quatre mille » valaisans.

A l' extrémité du Val Ferret et au confluent de trois pays, voici le Dolent. Plus proches, à portée de main, le Vélan et le Grand Combin: c' est le roi du pays. Il culmine à 4314 mètres.

Redescendons à Bourg-St-Pierre. Remontons le Valsorey jusqu' à la cabane du même nom. Les itinéraires du Val de Bagnes par les glaciers se nomment: Col du Sonadon pour Chanrion, Cols du Meitin et des Maisons Blanches pour Panossière, Col de Lana pour Brunet.

Les alpinistes font volontiers, en passant, l' ascension du Grand Combin par l' arête du Valsorey. Varappe de moyenne difficulté, tandis qu' ils redescendent sur la cabane Panossière par la face nord couverte de neige et de glace.

Le Val de Bagnes De la cabane Panossière, à 2671 m, on descend sur Mauvoisin ( 1840 m ) par le Col des Autannes, autrefois glacier de Plangolin, ou directement sur Fionnay ( 1489 m ) par les moraines de Corbassière.

Mauvoisin et Fionnay, ce n' est pas le cœur du Val de Bagnes. Villages et cultures sont en-dessous. Quand on vient de Martigny par la route, après Sembrancher, on traverse d' abord le Merdenson, immense trait de boue dégringolant des contreforts de la Pierre Avoi jusqu' à la Drance. Une forêt de pins, puis le regard découvre la plus plantureuse des vallées rhodaniennes.

Là-haut, dans le soleil, Verbier: vaste encorbellement de fleurs ou de neige au gré des saisons. Là-bas, tout au fond, fermant le cycle des montagnes, la Ruinette ( 3875 m ), comme une main levée.

1 En 1819, au moment du percement de la galerie, des ouvriers découvrirent une pièce de monnaie abandonnée, croit-on, par les soldats italiens venus au secours de Charles-le-Téméraire en 1476 ( Red. ).

Whymper en fit le premier l' ascension avec Christian Almer et Franz Biner le 6 juillet 1865, huit jours avant la conquête du Cervin.

Partout des villages: l' esplanade de Bruson, à droite, hameau de l' Exposition nationale. Ses forêts recèlent de l' argent exploité au temps du Cardinal Mathieu Schiner. Le minerai était dévalé jusqu' à la Drance. On l' y cassait à coups de marteau. L' endroit, le hameau d' aujourd se nomme encore Le Martinet. Trois cent mètres en aval: les prés de St-Marc où les femmes bagnardes, dit la légende, aveuglèrent de cendres la soldatesque valdotaine.

Ne cherchez pas le village de Bagnes. Peut-être a-t-il existé près des sources d' eau chaude qui inspirèrent nos armoiries, deux enfants dans une baignoire. Les sources et l' ancien village central auraient été enfouis sous un éboulement des terrains dominant l' actuel hameau de Montagnier. La capitale c' est Le Châble avec sa banlieue Villette et Cotterg, à cheval sur la Drance. L' abbaye, résidence des seigneurs-abbés de St-Maurice, souverains temporels de Bagnes jusque vers 1800, a résisté au cours des âges à maints assauts de la rivière déchaînée. Elle devint la demeure d' un autre maître du pays, l' homme d' Etat Maurice Troillet.

L' église de Châble est du XVIe siècle, avec son beau clocher octogonal et son bourdon « Marie-Madeleine », second en importance du pays valaisan. Adossée au Mont Brun, elle a servi de lieu de culte aux deux paroisses de Vollèges et de Bagnes. A Châble encore, on vient de commémorer le bicentenaire d' une « Grande Ecole », qui fut à l' avant de l' instruction dès 1766.

Versegères, La Montau, Champsec, Lourtier, gros villages implantés sur maints cônes de déjections ou repoussés à l' écart des frasques de la Drance. Sarreyer, sur un éperon glaciaire de la rive droite, se distingue par sa population typique, dont le faciès semble taillé au couteau.

Toute la race bagnarde qui fut il y a un siècle la plus nombreuse, la plus envahissante des races valaisannes ( en 1800, Bagnes avait 5000 habitants, alors que Sion n' en comptait que 2000 !) est une composante de peuples qui du Léman au Val d' Aoste constituèrent longtemps le duché de Savoie. Les ultramontains d' ailleurs n' ont pas fini d' y mêler leur sang. Mais cela est un phénomène devenu général. L' irruption des chantiers, le tourisme, la main d' œuvre étrangère, l' attrait des villes, l' éman de la jeunesse, se traduisent sur les affiches matrimoniales par une gamme de croisements encore jamais vus. Le « pedigree » se complique.

Le développement fulgurant de Verbier qui compte en période de pointe jusqu' à 12000 habitants ( population de la commune: 4200 ), l' implantation des complexes hydroélectriques dans la haute vallée ont changé bien des choses. Ils ont apporté le travail et l' argent, le goût du commerce et de la technique. Des siècles durant, l' élite bagnarde s' orientait vers le droit et la théologie. Elle devient friande de sciences exactes, de médecine, d' études polytechniques.

Tous ces facteurs n' ont pas réussi cependant à enlever du cœur des gens les qualités foncières qui font du montagnard un homme sain et robuste, à l' image de ces touristes que l'on a du plaisir à rencontrer fete sur les sentiers de l' alpe.

De Lourtier à Mauvoisin Au-delà de Lourtier, nous entrons dans le haut Val de Bagnes. Deux routes désormais conduisent à Fionnay, l' une dite route de la Barmasse qui vient d' être ouverte à travers la forêt et les rochers de la rive gauche. Hors de la zone des avalanches, les gens de Fionnay y circuleront l' hiver en sécurité. Dans la pierre verte du verrou du Lavintziai la Drance a creusé ses premières gorges. En amont, Grange-Neuve et le creux du Plan Pro où les vieux chalets se blottissent près d' immenses blocs erratiques tombés de l' alpe de Louvie ou du massif des Combins. Des masses d' eau, hier encore, surgissaient des hauteurs comme des cataractes. Au pays, on les appelle les « diures », torrents glaciaires maintenant détournés vers le Lac de Mauvoisin. Plus de Drance non plus, sauf au printemps et aux jours de « vidange », lorsque le barrage ouvre ses vannes pour la grande lessive jusqu' au Rhône.

A Fionnay, nouveau palier. Nœud d' usines. La centrale Grande-Dixence est la plus grande centrale alpine et souterraine d' Europe. Les Forces Motrices de Mauvoisin ont la leur, fort respectable. Plus de cascades, plus de torrents hélas! sinon enclos dans les galeries bétonnées, dans l' acier des puits blindés et des conduites forcées. Les mazots du vieux Fionnay - Fionin ( fait le nidy côtoient cependant toujours les palaces des sociétés d' électricité. Mais le tourisme d' été refleurit parce que la montagne est beaucoup plus belle, mille fois plus grandiose que les profanations dont on peut l' affliger. La faune et la flore sont des richesses demeurées intactes et qui ont toujours fait l' orgueil du haut Val de Bagnes: 1500 chamois, 500 bouquetins, l' aigle royal animent les vires rocheuses, les hauts pâturages jusqu' aux confins des glaciers. La vipère cuivrée monte à plus de 2500 mètres. Lorsque souffle le fœhn au premier printemps, lorsque les prés de Fionnay reverdissent et que broutent les bêtes au bas des pentes, nombreux sont les chasseurs d' images qui hantent nos parages.

Vous prend-il la fantaisie de passer par le Col de Severeu ou du Crêt pour vous rendre au Val des Dix, n' oubliez ni vos jumelles, ni votre caméra!

Mais remontons les gorges de l' Eau Noire.Voici le « mayen » de Bonatchesse et la large cuvette emplie du sable de la rivière. Là s' est installé un fort joli bois de mélèzes recherché des campeurs. L' herbe a la douceur de la lame de mouton. L' ancienne cabane Brunet y atterrissait en pièces détachées, il y a 30 ans, un jour de tempête et d' avalanche poudreuse.Vers le haut, c' est la carrière de pierre ollaire maintenant abandonnée et qui servit, au début du siècle, à fabriquer tous les fourneaux de la vallée, pour ne pas dire du Bas-Valais.

Au fond de Bonatchesse, le Tzeppi, forte rampe conduisant à la terrasse de Mazéria, sous les contreforts du Mont Pleureur ( 3700 m ). Le Vasevay, la plus délicieuse des promenades parmi les fleurs de l' été au bout d' une heure de grimpée au flanc d' un second Merdenson, cruel torrent où sont morts le Dr François Carron, propriétaire de l' hôtel de Mauvoisin, et Etienne Richard, ornithologue réputé.

Au cours de cette dernière étape vers Mauvoisin, ne manquez pas de tourner vos regards du côté de Bocheresse ( pays des boucs ), là où précisément passe un itinéraire balisé conduisant à la cabane de Panossière par le Col des Autannes. C' est la seule région en aval du barrage où coulent encore des torrents dans les massifs de vernes. On y tira, voici cinq ans, le premier cerf. Vous pourrez en admirer le trophée à l' hôtel de Mauvoisin.

Franchissez donc l' élégant viaduc construit en 1950 par-dessus les gorges étroites et profondes mais qui font mal à voir depuis que l' eau s' est tue. Admirez en contrebas, l' ancien pont à voûte portant la date de 1828, et relevez la tête: là-haut, c' est l' hôtel. Un peu plus loin, fermant la gorge, l' immense mur de béton. Taillée dans la roche dure, la route atteint son terminus.

Ainsi, de palier en palier, nous sommes arrivés à Mauvoisin. Arrêtons-nous. Non point pour évoquer l' histoire récente et fantastique du barrage, mais celle plus vénérable de ce poste avancé du tourisme bagnard et valaisan: l' hôtel de Mauvoisin.

Entouré d' eaux et de rochers, à la limite des forêts de mélèzes, sa présence centenaire demeure comme liée aux forces originelles qu' il contribue à adoucir et à humaniser.

Bien avant Fionnay et bien avant les cabanes de Panossière et de Chanrion, il fut le témoin d' une époque intéressante entre toutes.

L' histoire des hautes vallées, c' est l' histoire des glaciers, écrite en clair sur la roche nue ou en filigrane au travers des forêts et des pâturages.

Ne sommes-nous pas, nous les hommes, ceux qui devons nous efforcer de lire et de comprendre les pages merveilleuses et pourtant si présentes de la création? Les pas de nos destinées s' y accrochent souvent plus fortement que le lierre au tronc de l' arbre, plus fortement que l' amitié que nous devons aux autres hommes.

L' Hôtel du Glacier de Giétroz-Mauvoisin

Convention Entre le Conseil communal et municipal de Bagnes d' une part, et le conseiller Jean-Maurice Bruchez, domicilié à Lourtier, dite commune d' autre part, a été convenu ce qui suit:

Art. 1 La commune de Bagnes cède et remet au dit conseiller Jean-Maurice Bruchez acceptant ou aux personnes qu' il désignera:

a ) Le terrain nécessaire pour construire et établir tout ce qu' il croira utile en bâtiment et jardin à Mazeriaz près du glacier du Giétroz, rière Bagnes, aux fins de recevoir et loger les touristes et autres qui se présenteront.

b ) Le droit d' établir un pavillon à Champ-riond rière Charmotanaz et un autre au sommet de Corbassière près du Mont Combin.

c ) Le droit de jouir aux environs desdits établissements de l' herbe nécessaire à l' entretien d' une ou deux vaches et de quelques moutons.

Art. 2 Les avantages ci-dessus désignés sont accordés gratuitement au concessionnaire pendant l' espace de vingt ans à l' exclusion de tous autres qui postuleraient les mêmes demandes et conditions dans lesdits endroits, c'est-à-dire que la commune s' engage à ne pas accorder à personne de pareils droits pendant l' espace ci-dessus.

Art. 3 Al expiration de ce terme de vingt ans la commune de Bagnes aura le droit de racheter les prédits établissements avec tous leurs droits à taxe d' experts à défaut d' un rachat conventionnel.

Art. 4 Si le rachat ne s' opère pas dans le courant de la vingt-et-unième année depuis la présente convention l' albergement, soit le bail des sus-dits avantages subsistera en faveur des établissements aux mêmes conditions que par le passé pendant un nouveau laps de vingt ans.

Art. 5 La construction principale, celle de Mont Voisin sera faite dans deux ans dès le premier janvier 1862 à peine de résiliation de la convention.

Bagnes, le 21 juillet 1861 Une œuvre de pionniers L' hôtel de Mont-Voisin a donc été construit en 1862 et 1863 par MM. Jean-Maurice Bruchez, conseiller, Eugène Besse, préfet, François Benjamin Carron, médecin. Il a été édifié avec les matériaux du lieu sur un éperon glaciaire et ensoleillé offrant en hiver toute sécurité. L' actuelle maison est un agrandissement qui respecte l' aspect, l' architecture de l' ancien état. La première construction a coûté environ 4000 francs de l' époque.

Pour apprécier l' audace et l' initiative des constructeurs il faut se rappeler qu' en 1860 l' alpinisme était encore dans les langes. Fionnay n' était qu' un « mayen » ( le Dr F. B. Carron y bâtira le premier hôtel en 1890 ). Les cabanes du CAS n' existaient pas.

C' est le 25 juin 1890 que M. Bernoud, Lombard, Badel, Delétra, Empeytaz du CAS, accompagnés de MM. Gard, vice-président de Bagnes, et Gay-Crosier, président de Martigny-Combe, se sont rendus à Chanrion pour délimiter le terrain de la cabane inaugurée les 22 et 23 août de la même année.

Au retour de l' inauguration, commencée par un temps superbe et achevée sous l' orage, tout le Gotha du CAS et les autorités locales se sont séchés et restaurés à Mauvoisin ( cf. Livre d' or de l' hôtel ). Il y avait eu un essai de construction au Lancet entre 1870 et 1875. C' était « l' abri du Lancet » qu' un Allemand nomme « hôtel » en 1879 et qui s' écroula un beau jour sur ses bâtisseurs, tuant Gillioz de Champsec et blessant Pierre Perraudin de Lourtier.

Quant au refuge de Corbassière au pied des Combins en voici la première mention dans le livre de l' hôtel.

Le 19 juillet 1885, Lasserre et Cramer, avocats à Genève, sont montés au Grand Tavé depuis la cabane Panossière, puis ont passé la nuit à l' hôtel de Mont-Voisin qu' ils ont quitté à 0200 pour faire l' ascension de la Ruinette. Arrivés au sommet à 8 h 45, ils étaient de retour à l' hôtel à 17 h 20.

Dans son Guide pittoresque et historique d' Entremont, l' écrivain bagnard Louis Courthion signale la construction d' un premier refuge en 1881 remplacé en 1892 par la cabane de Panossière. E. Jacottet écrit qu' il est parti le 25 septembre 1881, au soir, de Mont-Voisin avec le guide Séraphin Bessard pour faire le Grand Combin. Le 26, à 4 heures du matin, ils ont quitté la « tente » de la Panossière où l'on dort détestablement ( sic ).

Donc, en 1862, rien en delta et rien au-delà de l' hôtel Mont-Voisin, sinon des pâturages et, en hiver, de terribles avalanches sur des kilomètres de chemins muletiers côtoyantla Drance impétueuse.

L' exploitation commencée en association fut continuée dès 1871 par le seul D' Carron qui exhaussa le bâtiment vers 1890.

A la conquête des sommets Plaçons maintenant cette auberge montagnarde dans le contexte des ascensions qui marquèrent chez nous comme ailleurs le début de l' alpinisme.

Nous nous aiderons de cette formidable encyclopédie des Alpes valaisannes qu' est le Guide Kurz.

A tout seigneur, tout honneur. Voici le Grand Combin ( alt. 4314 m ). Les premières caravanes qui montèrent au Grand Combin ( par le glacier de Corbassière ) s' arrêtèrent à l' Aiguille du Croissant ( 4260 m ). Celle-ci fut gravie tout d' abord par les guides bagnards Benjamin et Maurice Fellay et Jouvence Bruchez, le 20 juillet 1857, puis par William Mathews avec Auguste Simond, Maurice Felley et Jouvence Bruchez le 19 août 1857. La troisième ascension eut lieu le 18 juillet 1858, de Bourg-Saint-Pierre par le col des Maisons Blanches et le Mur de la Côte. Elle fut réussie par Daniel et Emmanuel Baileys, Séraphin et Auguste Dorsaz.

La première caravane qui réussit à atteindre le point culminant fut celle de Charles Sainte-Claire Deville avec Daniel, Emmanuel et Gaspard Baileys et Basile Dorsaz, le 30 juillet 1859.

Le Petit Combin ( 3672 m ) fut courtisé bien longtemps plus tard. Première ascension touristique: 25 juillet 1890 par Ch. de la Harpe et Ed. W. Viollier.

Le Tournelon Blanc ( 3707 m ): de Tsessette en 1865 par Jos.Gillioz. Par l' arête sud-est le 5 juillet 1867 par Hoffmann-Merion avec Justin Fellay et Séraphin Bessard.

Le Pleureur ( 3703 m ): 13 juillet 1866 par Ed. Hoffmann avec Justin Bessard, Séraphin Bessard, Joseph Gillioz.

Le 27 août de la même année La Salle ( 3645 m ) du Pleureur était gravie par J. Isler avec Joseph Gillioz.

Le Mont Gelé ( 3518 m ) ou Mont de la Balme: le 11 août 1861 par F. W. Jacomb avec J. B. et Michel Croz.

Le Bec Epicoun ( 3528 m ): le 21 juillet 1866 par Weilenmann et Jos.Gillioz.

La Singla ( point culminant 3714 m ): 22 juillet 1867 par Carl Schroeder avec Séraphin Bessard.

Notons que la première traversée intégrale de la Singla ne fut réussie qu' en 1926 par Maurice Gilbert, et la deuxième le 20 août 1927 par Jenkins dont c' était la cinquième tentative.

Le Mont Blanc de Cheilon ( 3869 m ): 11 septembre 1865 par Weilenman et Justin Fellay.

La Ruinette ( 3875 m ): le 5 juillet 1865 par Whymper avec Christian Almer et Franz Biner, huit jours avant l' ascension du Cervin. Mais Whymper en parle négligemment et en passant.

Les guides bagnards de cette époque étaient donc: Justin Fellay, François Gabbud, Joseph Gillioz, Séraphin et Justin Bessard, Joseph Bessard, Louis Besse, Maurice Troillet, Maurice Perrodin.

Il y en eut d' autres certainement avant eux, mais de très occasionnels, tel Jean-Pierre Perraudin de Lourtier, inventeur de la théorie des glaciers, grand chasseur de chamois, et qui convoyait ingénieurs et savants au moment de la grande débâcle du Giétroz en 1818 et longtemps après. De tous temps, on a franchi les cols: on fuyait plutôt les sommets.

Inscrits au livre d' or Les livres de l' Hotel du Glacier du Giétroz-Mauvoisin donnent à leur tour des reflets du mouvement touristique dans le haut val de Bagnes durant près d' un siècle.

Si les premières pages font défaut, tout est consigné à partir de 1868. En voici quelques extraits.

En septembre 1868, Henry Dart Lincoln de Londres est venu d' Aoste par le col de Fenêtre. S. Williams, de Bourg-Saint-Pierre par le col des Maisons Blanches, avant de repartir pour Aoste avec le guide Daniel Baileys.

Visites également des avocats parisiens Renault et Patmot; du Berlinois von Mühler. D' un groupe d' Anglais allant de Chamonix à Zermatt. De personnalités suisses, membres de la Société botanique ou du Club alpin.

Parmi les signataires de 1869: Dr W. Bernouilli, Maurice Gard, Louis Favrat, Jacobi, Bonna, Labarthe, Lucien de Candolle, Barbezat, Verdan, etc., plus un certain nombre d' Anglais. Quelques ascensions du Grand Combin mais surtout des traversées sur Aoste par les cols de Fenêtre ou de Crète Sèche.

Les hôtes se déclarent satisfaits de l' accueil qu' ils reçoivent à l' hôtel. Ils adressent volontiers leurs compliments à la serveuse ( la « belle » Pauline Emonet ) ainsi qu' à Martin Fellay, domestique et guide à l' occasion.

1870-1872: Charles Binet, Dr Piachaud, Albert Piachaud, Jacques Guhl, des Anglais, des Allemands, des Russes.

Le 11 août 1871J. H. Isler, de Lausanne, narre sa tentative d' ascension du Combin de Graffeneyres ( sic .) du col du Sonadon, en compagnie du guide Joseph Gillioz dont il fait l' éloge.

Ils réussirent cette ascension l' année suivante. Le 16 septembre 1872 en effet, Isler note: Partis du Lancet à 5 h du matin; arrivés au sommet à 3 h 25. De retour au Lancet à 9 h 15, en tout 16 h et 114. Magnifique course, recommandable à tout voyageur ayant bon pied et bonne tête avec un guide tel que Gillioz.

Le 19 juillet 1873, Armand Gerber ( CAS, Bàie ) relate son ascension du Mont Gelé par un chemin nouveau, un peu au-delà du col de Fenêtre, avec les guides Séraphin et Justin Bessard. Le temps était magnifique. De la vue au sommet Gerber dit: Je ne crois pas que Von puisse trouver dans les Alpes un panorama plus grandiose.

Le 23 juillet, c' est T. S. Kennedy qui vient de Valsorey et du Grand Combin. Le ler septembre, J. Clifford et J. S. Warren arrivent du col de Sonadon pour se diriger sur Arolla par le glacier du Giétroz. Struve et Oppenheim viennent de Bourg-Saint-Pierre par le Sonadon avec les guides Pollinger et Lochmatter ( 1895 ).

Voilà quelques noms permettant de rattacher les légendes d' aujourd à celles d' hier...

Mais les signatures se multiplient. Les noms deviennent une forêt où l'on se perd. Les lecteurs de ces lignes comptant de fervents montagnards parmi leurs ancêtres auraient tout loisir de les consulter à l' occasion d' un passage à Mauvoisin.

On continue d' apprécier l' accueil de l' hôtel. Fort contents de trouver un hôtel dans un endroit si écarté, sans quoi il serait impossible pour une grande partie des voyageurs de visiter le val de Bagnes jusqu' à Vextrémité ( 4 août 1874, Dr Mrs Prior, Bedford, England ). Et le 4 septembre 1874 avant de partir pour Zermatt, Louis Soldano de Genève note: L' hôtel est charmant et possède la plus belle jeune fille de la vallée.

Mon guide est Louis Besse, toujours gai, de bonne humeur, prévenant vos moindres désirs.

Mauvoisin est de plus en plus couru par les naturalistes, géologues, botanistes. En septembre 1873, en août 1874, le Dr Müller de Genève établira une collection de 25 fleurs rares et de 30 nouveaux lichens décelés dans la seule partie basse de Torrembé ( actuellement recouverte par le lac ) et près de l' hôtel. En juillet 1880 Henry Correvon et Emile James herborisent dans toute la vallée jusqu' au col de Fenêtre.

Mauvoisin est naturellement le pied-à-terre de bien des guides de l' extérieur: les Carrel, Payot, Balmat, Croz, etc.

1890-1930 Dès 1890, le mouvement touristique s' accélère avec la construction des cabanes du CAS et des hôtels de Fionnay. Les Anglais deviennent nombreux. Parmi les Confédérés les plus fidèles à Mauvoisin, il y a des familles Meylan, Fiala, Vaucher, Aubert ( GenèveJacottet et Wavre ( NeuchâtelSecretan, de Rham, Guisan d' Albenas ( 15 séjours !), Lausanne; Cérésole, Morges. Plus tard des Chappuis, Rambert, Paschoud, Bertin, Mangisch, Suter, Denis de Rougemont.

Vers la fin du siècle, au pied de la magnifique cascade du Giétroz, et de 1905 à 1926 à Crête Sèche, on procède à des travaux dans l' intention de prévenir de nouvelles débâcles de la Drance. L' hôtel enregistre quelques passages supplémentaires.

De 1914 à 1918 et de 1939 à 1945, Mauvoisin deviendra place militaire, front d' arrêt, et l' hôtel, P.C. de compagnie. Parmi bien d' autres réfugiés de la dernière guerre, le cap. André Panchaud, commandant de la couverture frontière de Bagnes, actuellement président du Tribunal fédéral, y accueillera Luigi Einaudi, futur président italien, et Caveri, autonomiste valdotain qui deviendra président de la Junte.

Et parmi les habitués du haut val, nous citerons encore l' abbé Ignace Mariétan, président de la Murithienne, dont les observations et les études demeurent précieuses.

Les successeurs Au début du siècle, le vieux Docteur Carron étant décédé, l' hôtel passe en main de sa fille Mme Augusta Carron-Exquis. A la suite d' un partage familial, en 1920, il devient propriété du Dr François Carron, médecin, qui périra en juillet 1930, emporté par une coulée de boue dans le torrent du Merdenson, tandis qu' il revenait de Fionnay avec deux jeunes employées.

Mme V™ Dr Carron l' exploite jusqu' à son décès en 1936, puis il est repris par sa jeune nièce Mlle Simone Bochatay qui le dirige encore après trente ans. A Noël 1939, la délicieuse patronne épouse un officier de la couverture-frontière de Bagnes, le lieutenant Francis Perraudin. Et comme l' officier est le signataire de la présente chronique, il vous révélera qu' il a commence par remplacer, dans la table de nuit de la patronne, le coït qui ne fonctionnait pas par un véritable pistolet...

Notons que l' hôtel, dont le nom est désormais modifié en Hotel de Mauvoisin, est aussi en sep- tembre un rendez-vous des chasseurs de chamois, et que Monsieur le Conseiller d' Etat Maurice Troillet y prenait régulièrement quartier avec ses amis.

En 1946, intéressante rénovation sous la direction des architectes Bujard et Rössler, puis en 1952, en pleine période de chantiers, avec les mêmes architectes, la capacité est doublée, l' eau et le chauffage sont installés et les aménagements extérieurs exécutés.

Les chantiers hydroélectriques représentent près de vingt ans de bouleversements, d' infernal chahut, mais aussi de chiffre d' affaires décuplé. Dès la fin de la guerre, on a vu se promener dans les parages M. l' ingénieur Albert Maret avec son géologue, M. le professeur Maurice Lugeon. Les premiers sondages datent de 1947, la construction de la route et du village ouvrier de 1949-1951.

L' an passé enfin, après l' achèvement du palier supérieur ( centrale de Chanrion ), la société Electrowatt a procédé à la remise en état des lieux. Nous avons voulu attendre ce moment pour commémorer le centenaire d' une maison qui nous est chère.

Dès maintenant, nous convions les amis de Mauvoisin, anciens et nouveaux, à venir nous honorer de leur visite le samedi 8 juillet 1967.

Nous nous réjouirons ensemble, dans la simplicité de la montagne, d' avoir pu maintenir solide et fier ce bastion avancé du tourisme bagnard: l' hôtel de Mauvoisin.

Autres pièces historiques Outre l' hôtel, ce qui demeure du vieux Mauvoisin, c' est l' écurie qui hébergeait vaches et moutons, au temps d' un certain self-service; c' est le pont de pierre sur la gorge portant la date de 1828; c' est la petite chapelle sur son rocher dans les mélèzes.

Louis Courthion attribue la construction du pont à un certain maître Pierre, entrepreneur valdotain. Une chronique plus sûre dit que l' ingénieur cantonal A. Venetz ( qui avait dirige en vain les travaux pour prévenir la débâcle de la Drance de 1818 ) dressa les plans du pont et en confia l' exécu au maître-maçon Julien Loia, sans doute Italien. Le pont fut construit durant fete 1828. Le coût total s' éleva à 3385 francs suisses anciens.

Quant à la chapelle, dédiée à Notre-Dame des Neiges, on ne connaît pas la date de sa construction. Selon l' archéologue genevois Louis Blondel, elle est une ancienne tour de vigie sur le chemin de l' Italie, aménagée en chapelle après la catastrophe de 1818. Au siècle dernier, on y venait une fois par année en procession de tous les villages de la paroisse. Puis elle fut délaissée.

Voici cependant une notation dans le livre de l' hôtel: Le 22 août 1942, octave de la fête de V Assomp-tion, la messe a été dite en la chapelle restaurée de Notre-Dame des Neiges, par M. le Rév. Chanoine Jean Marie Boitzy, Directeur du Collège de Bagnes, pour la l"e fois depuis la cérémonie de bénédiction en 1930.

La petite cloche est un don de M. Meylan, de Lausanne, dont les cendres reposent dans une anfractuosité du rocher.

Electrowatt vient de financer une nouvelle restauration qui est plutôt, extérieurement, une défiguration.

Nous renonçons à évoquer les débâcles de la Drance au cours des siècles. La présente revue en a donne une relation complète en mars 1957 sous la signature de son rédacteur, l' écrivain et alpiniste Louis Seylaz.

Voici, en revanche, un épisode de la longue dispute entre Bagnards et Valdotains pour la possession de la vallée en amont de Mauvoisin. Ce renseignement nous a été transmis par le Docteur et avocat Paolo Farinet qui fut syndic d' Aoste, député au Parlement italien, et qui exploitait, rière le Col de Fenêtre, à By, l' Hotel du Cheval Blanc devenu maison de maître.

« Le 24 juin 1539, une troupe de Bagnards, armés de lances, d' épées et de frondes, assaillirent les feudataires ( exploitants de l' alpage de Chermontane ), enlevèrent chaudières et fromages, et conduisirent tout le bétail sur leurs terres. Les Valdotains recoururent à leur souverain, Charles II, qui ne put rien faire pour eux. Ils s' adressèrent alors au pape et à l' empereur Charles-Quint.

L' empereur, par un décret date de Spire ( 5 février 1540 ), donna raison aux Valdotains. De son côté, le pape fit afficher, à l' hospice du Grand St-Bernard, une citation aux Bagnards à comparaître à Evian pour exposer leurs raisons. Ces deux notes eurent leur effet. Le 1er juin 1541, on signa, à Sembrancher, un accord en vertu duquel les gens d' Ollomont rentraient en pacifique possession de l' alpe de Chermontane.

Mais les Bagnards ne se tinrent pas pour battus, et c' est toujours avec l' espoir de s' y installer définitivement un jour qu' ils abandonnèrent le beau pâturage aux produits si savoureux. Cet espoir devait trouver sa réalisation en 1551 déjà. Le gouvernement du Valais occupa Chermontane et l' in aux Bagnards le 23 avril 1551, prétextant que: Ce lieu étant ouvert et offrant un libre passage pour entrer en Valais, il était de toute prudence de s' en emparer... On imposa à la commune de Bagnes de garder ledit passage et l' alpe de Chermontane fut désormais perdue pour les Valdotains. »

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