Que nous donne la montagne?

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Par Marc Juland.

Question qui paraîtra oiseuse à beaucoup. Et cependant question que l'on entend souvent poser. C' est que la montagne n' apparaît pas sous les mêmes aspects à tout le monde. Pour les uns c' est un bel ornement dans le paysage; pour d' autres c' est un sujet de crainte ou, plus encore, d' horreur; pour d' autres c' est, au contraire, un but attirant; pour certains, c' est un lieu où les médecins vous envoient chercher la guérison ou, plus simplement, le repos; pour d' autres, enfin, c' est un rempart naturel, et, de fait, les montagnes ont longtemps servi de barrières entre les peuples, barrières que l'on considérait volontiers comme infranchissables. Mais il vint un moment où l'on découvrit en elles des beautés insoupçonnées et si, autrefois, on éprouvait une sorte de terreur en les regardant, c' est que l' imagination les peuplait d' animaux fabuleux. Aussi bien est-il resté, chez certains habitants de la plaine — et même des hauteurs —, la certitude qu' elles sont le séjour des damnés, l' enfer ou l' antichambre de l' enfer. Ne sont-elles pas, d' ailleurs, encore maintenant le refuge des traditions, le lieu d' élection des légendes que nous racontent le murmure des ruisseaux, le sifflement du vent dans les gorges sauvages, le fracas des torrents, des éboulements ou des avalanches.

Mais pour les alpinistes d' hier, la montagne était devenue une amie, une amie qui attire par sa beauté, par sa grâce, par sa splendeur. Aujourd'hui ces sentiments ont sans doute quelque peu évolué: chez les adeptes de l' alpinisme ce n' est plus une amie, mais bien souvent une ennemie farouche dont la conquête présente mille dangers. Beaucoup de ceux qui gravissent les rochers ou les pentes de glace ne pensent même pas à contempler les beautés qui s' offrent à leurs yeux; ils marchent, ils taillent, ils grimpent, ils se suspendent entre ciel et terre, ils s' agrippent comme ils peuvent. Pour ceux-là il n' est plus question de beauté, il « faut » coûte que coûte atteindre le sommet, y faire halte un instant, et repartir immédiatement après ce bref arrêt. A ceux-là il faut de fortes sensations, le sentiment de dangers à courir, d' obstacles à vaincre. Toutefois ils ne sont pas complètement insensibles aux magnificences que la nature offre à leurs yeux une fois le but atteint. Interrogez-les; ils sauront vous exprimer l' admiration qu' ils ont éprouvée en contemplant le spectacle grandiose qu' ils ont eu quelques instants devant les yeux.

Mais au montagnard, disons moyen, qui ne recherche ni les aventures, ni les grandes difficultés, à ces montagnards qui sont légion, la montagne donne bien d' autres jouissances. Elle leur apprend le plaisir de l' effort — sans qu' il soit besoin que cet effort soit exagéréelle leur enseigne la patience, elle leur apprend le sangfroid, la décision rapide. Elle leur fait comprendre la beauté de la nature dans les lieux élevés. Elle leur donne encore le sens de ce qu' est la solidarité entre compagnons, entre gens d' une même cordée, la vraie solidarité; elle les incite à la prudence dans l' action; elle leur donne le goût de la simplicité et leur montre l' inanité de l' orgueil ou de la vanité. Elle leur donne aussi le sentiment de la grandeur splendide et majestueuse de ce monde immense que l'on contemple du sommet et qui, au premier moment, paraît un vaste chaos, mais au spectacle duquel nul ne peut rester insensible. Par l' effort qu' elle nous impose, par la pureté de l' atmosphère, elle nous donne la santé; par la magnificence de ses tableaux, elle développe en nous le sens de l' art; par son profond silence elle nous donne le repos moral.

Par tout ce qu' elle nous offre, par tout ce qu' elle nous enseigne, enfin, la montagne nous fait comprendre la splendeur de la création et nous rapproche de Celui qui en est l' auteur et en qui, même les plus incrédules d' entre nous, nous mettons notre confiance dans les moments où le danger nous menace.

Voilà ce que nous donne la montagne, voilà pourquoi nous l' aimons.

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