Rencontres

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Par Mick

Une équipe lausannoise en course collective subit le long voyage qui l' emmène en Engadine. On a passé la corde neuve à la vaseline, on a relu le guide Kurz, consulté maintes fois horaire et carte, tandis que le train franchit les interminables kilomètres!

A Landquart, notre wagon est envahi par un groupe — encombré et encombrant — d' alpinistes aux vêtements très usés, chargés d' innombrables bagages. Bientôt on a fait connaissance avec ces membres du Club Alpin Autrichien. Invités par une section du C.A.S., 30 clubistes du pays voisin s' en viendront ainsi, par groupes de 10, chacun pour trois semaines, camper au Val Roseg. Cette première équipe a fait la veille 700 km. en motos jusqu' à notre frontière, emportant avec elle le maximum de chargement, chaque alpiniste ne disposant que de f r. 30 en devises suisses! Il y a le sac de couchage et le lait en poudre, comme aussi les allumettes et le sel; tout cela en colis divers, bagages de guerre élimés jusqu' à la corde.

Mais ce sont des « purs », des enthousiastes, connaissant par cœur les beaux itinéraires du Bumillergrat, du Palü, du couloir Klucker, du Bianco du Bernina et les varappes du Bergell. Nos vœux chaleureux et nos souhaits saluent leur descente de train à Samaden.

15 jours plus tard En ce neigeux été 1948, il y eut tout de même deux jours consécutifs ensoleillés, vers l' Assomption. Le Val Roseg est plus lumineux que jamais, tandis que je remonte à Tschierva, où m' attend le guide Max Robbi pour l' ascension du Biancograt. Départ sous les étoiles, pour arriver trois heures plus tard au raide Col Prievlus, à l' instant précis où les premiers rayons lancent leurs flèches d' or sur les hauts sommets de l' Engadine. Merveilleuse récompense que ce vaste panorama, offert à la cordée enthousiaste! Les rochers suivants, très enneigés, s' escaladent en crampons. Il fait très froid à partir du Piz Bianco et la valeur de Max Robbi s' affirme lorsqu' il démolit à grands coups de piolet des corniches indésirables ou qu' il rampe sur la neige instable du « Kopf der Scharte ». Au sommet du Bernina, nous sommes rejoints par des cordées arrivant d' Italie; un duo — des campeurs autrichiens — puis un quintette nous suivent de Tschierva. La descente est un plaisir; le vin de la cabane Marco e Rosa est savouré avec respect avant de patauger dans la neige profonde du Buuch. Vers 15 heures, notre cordée est à Boval, perdue dans la foule anonyme encombrant la terrasse. Max s' en va, appelé par d' autres engagements. La cordée autrichienne, vue au sommet, m' invite pour: « ein Ruhetag auf Piz Morteratsch, morgen. Nur um 6 Uhr auf! » Ciel bas et couvert au lever. Une cordée rentre, renonçant à l' escalade du Bernina, car le baromètre est descendu — de nouveau. Avant 7 heures nous partons. Hubert se charge de mon sac, aussi grimpons-nous rapidement. Les rochers de la Fuorcla Boval sont escaladés sans y chercher le chemin ( bien que chacun sache par cœur: « der Einstieg ist 150 m nördlich vom Couloir... » ). Il neige et de grosses volutes de brouillard dansent dans le ciel. Ferri pense qu' il faut tout de même encorder cette demoiselle qu' il a invitée tandis qu' Hubert part en avant, enfonçant dans la neige lourde. Mes camarades autrichiens ont les dents longues et bientôt ils préparent un emplacement confortable, tassant une plateforme neigeuse; on s' assied sur les sacs, tandis qu' ils rabattent sur nous une toile de tente cousue sur 3 côtés; on brûle une pastille d' alcool solidifié et c' est le plus gai et le plus confortable pique-nique qui soit, tandis que la neige tombe dru et que le vent rageur siffle. Ils n' ont pas fait la guerre au Caucase sans y apprendre le « système D... ». Même pique-nique au sommet, où nous arrivons en quatre heures et demie, sans y voir d' autres visiteurs. En fin d'après-midi, ce trio mouillé est à Tschierva. « Punaise des champs », la tente de mes compagnons, a bien résisté au mauvais temps. Nous y buvons le thé ( de guerre, à la teinte jaunâtre ) et partageons les provisions. Ferri m' offre une volumineuse tartine de pain — margarine — corned beef! Deux chamois, que la neige chasse des hauteurs, sont descendus tout près de, '.. i.;... Tschierva, où ils cherchent leur maigre pitance. Il fait si froid que nous allumons des bougies et bouclons la tente. Les garçons chantent, mettent à jour leur livre de bord, tandis que je répare les accrocs des crampons, en attendant le souper. Hubert et Ferri sont ouvriers; toute une année, ils ont économisé leurs « Groschen » pour en tirer les fr. 30 suisses nécessaires à leurs vacances! Ce sont de très bons varappeurs, habitués aux grandes parois aériennes des Dolomites et que le granit du Bernina étonne et ravit.

Je dois ce soir souper « à la Tyrolienne » et je regarde, un peu ahurie, le mets qui se prépare. Sur la lampe à benzine chauffent: de l' eau, du lait en poudre, du sucre, du chocolat; à ebullition, on y verse des nouilles... C' est nourrissant, mais il faut beaucoup rire et beaucoup de temps pour arriver à bout de sa pâtée!

Le trio passe la soirée à la cabane, distante de 50 m ., mais il n' ose plus toucher au baromètre, ni parler d' ascensions, tant il y a de neige aux environs. Et jeudi matin, lorsque je quitte le vallon de Tschierva, « Punaise des champs » somnole encore dans le brouillard. Au dernier lacet, Ferri et Hubert me lancent une joyeuse « yodlée », puis c' est un autre horizon qui s' ouvre, sur un nouveau jour de vacances où j' ai tout loisir de philosopher sur cette rencontre inattendue.

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