Solitude

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Par J.P. Clavel

On peut se demander parfois ce que l' homme va chercher à la montagne. Est-ce l' attrait d' un plaisir d' enfance: grimper? La quête d' une beauté plastique impossible à trouver en plaine? Fuit-il des préoccupations trop pesantes? Veut-il ressentir l' orgueil de la domination, de la maîtrise de soi et de la nature? La joie de vaincre l' obstacle?

Dans cet art qu' est l' alpinisme, tous ces motifs entrent en jeu, selon le tempérament de l' homme. Il est pourtant un mobile plus profond. Harcelé par le vacarme extérieur et intérieur de la vie moderne, l' homme a besoin d' un changement de climat, d' un répit momentané qu' il ne trouve que dans la solitude. Où la chercher? Pour les uns sur le lac, pour d' autres à la campagne, pour nous à la montagne.

« Est-ce qu' on n' admettra pas que, si un homme se complaît dans la solitude, ce n' est pas qu' il chérisse sa solitude, car personne ne l' aime pour elle-même. C' est qu' au contraire il y est moins seul qu' au milieu de certaines foules... » Ce mot de Ramuz nous hante l' esprit chaque fois que la montagne nous attire en sa solitude. Tout alpiniste en a éprouvé la vérité une fois ou l' autre. Car la solitude ne nous laisse jamais seul. Elle enclôt une présence qui se laisse contempler, qui affleure à chaque mouvement des lumières et des ombres. Chaque souffle parsème de sa vie le paysage, et la beauté vient mettre sa joie dans notre contemplation.

C' est une présence unique, portée dans le vent comme l' odeur d' un bois, ou entrevue derrière l' ombre d' un nuage, elle se laisse deviner dans un orage lointain comme par un clair de lune hivernal, elle rôde autour de nous, sans nous effrayer, sans nous être étrangère, elle est proche de nous: la solitude est devenue présence. L' alpiniste a trouvé ce que l' homme cherchait vainement en ville où les présences sont autant d' isolements imposés.

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