Stéréophotographie de l'alpiniste

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Avec 1 figurePar P. L. Mercantar*

N. B. Les deux premiers stéréogrammes de la planche du n° de mars ( stéréos 1 et 2 du texte ) diffèrent en ce que dans le second on a permuté les deux vues.

La base du troisième stéréogramme — gorge du Brandlamm — était de 24 m. soit d' environ un vingt-cinquième de D ( stéréo 3 ).

Comment choisir position et longueur de la base stéréographique? Son orientation sera autant que possible normale à la ligne de visée générale du sujet; une base oblique, outre qu' elle équivaudrait à une base normale plus courte, donnerait des premiers plans deux images d' iné grandeurs, ce qui en compromettrait la fusion mentale. On choisira également des stations de niveaux peu différents, évitant, par exemple, des écarts supérieurs à quelques décimètres pour une base de quelques mètres. Dans la règle on photographiera sur une surface sensible verticale. Pour les lointains ce sera aisé et l'on aura assez de ciel; si l'on doit incliner l' appareil, il faudra le faire également pour les deux vues. Bien que trépied et niveau sphérique puissent faciliter beaucoup les opérations on s' habituera à opérer correctement « en volée », comme le chasseur avec son fusil, car souvent le temps presse et d' ailleurs on ne peut établir un trépied partout. On fera bien enfin, avant toute photographie, de reconnaître les deux futures stations de la base et de vérifier que les objets intéressants sont bien visibles de toutes deux.

Mais l' exigence capitale, impérieuse, à satisfaire ici, est que lors des deux prises de vue les axes de visée — soit les perpendiculaires tombant du centre optique de l' objectif sur la surface sensible — film ou plaque — soient parallèles entre eux ou sinon convergents. Le moindre degré de divergence empêcherait en effet radicalement la perception du relief. Or le parallélisme est pratiquement impossible à assurer sans moyens spéciaux; en revanche une convergence allant à une dizaine de degrés et même davantage est sans inconvénient majeur; on cherchera toutefois à la restreindre afin de ne pas diminuer trop l' étendue de paysage commune aux deux images.

Les éléments qui règlent la longueur de la base sont divers. Le premier est la profondeur même du champ de relief en cause, soit la distance outre laquelle la perception du relief cesse. Si l'on fait d' abord abstraction des exigences supplémentaires qu' imposent appareil photographique et stéréoscope, la longueur e^ de la base est à e, écart normal des yeux, comme la profondeur ?„,„ du champ de relief à atteindre est à la profondeur p du champ dans la vision naturelle, ce qui s' écrira. Pp d' où £ml.e.

ep Die Alpen - 1944 - Les Alpes STÉRÉOPHOTOGRAPHIE DE L' ALPINISTE Si maintenant il s' agit de photographies obtenues avec un appareil à foyer j, examinées dans un stéréoscope grossissant G fois, l' expression prendra la forme plus complète P FI P f G où F est la distance de vision distincte à l' œil nu ( 25 cm. environ ). En appliquant cette formule à un lointain de 10 km. photographié avec un foyer de 10,6 cm. ( Kodak ) et vu à l' aide d' un stéréoscope grossissant 2 fois, on devra avoir une base longue de 1,5 m. au minimum.

La valeur ainsi obtenue n' a qu' un intérêt tout théorique; la pratique montre qu' il faut s' en écarter beaucoup « par excès » pour avoir un effet de relief satisfaisant. Colardeau ( avec e = 63 mm. et p = 200 m. seulement ) prend comme base optimum, pour la stéréographie d' un site s' étendant à l' infini et dont le premier plan intéressant est à la distance D, la base E, soit donc 50 2 % de l' éloignement de ce plan. Les géodésiens comptent avec 1/20 soit 5 % de la distance à laquelle portera leur restitution du terrain, afin d' en assurer la précision cartographique; dans leurs prises de vues aériennes à la verticale ils vont même à % soit 25 % de la hauteur de vol.

L' alpiniste n' a évidemment pas les mêmes raisons d' agrandir pareillement ses bases. Cela le gênerait même, car cela exclurait souvent du paysage tout ce qui peut en agrémenter les avant-plans. Les objets rapprochés n' étant plus les mêmes dans les deux images ne se superposeraient plus dans la vision stéréoscopique et devraient être éliminés. D' autre part, en terrain accidenté, on ne peut pas toujours donner à la base l' ampleur requise par la théorie. En prenant E de l' ordre du centième, soit 1 % de D, on aura satisfaction en général; à la rigueur on se contentera de moins encore.

Quant au format des photographies, le 6 x 9 me paraît le plus commode. En prenant la vue en hauteur on a le plus souvent assez de ciel et le montage peut se faire sans résection notable des images, ce qui ne serait pas le cas pour des photographies prises en largeur; il faudrait alors sacrifier quelque deux centimètres de chacune.

Le montage se fera généralement par collage sur un carton. Il requiert du soin et quelque travail. On veillera:

1° à ne pas permuter les images; celle prise à gauche doit venir à gauche et vice versa; 2° à ce que les images conjuguées des points les plus lointains viennent au maximum à l' écartement des yeux; elles peuvent sans inconvénient être un peu moins distantes; 3° à ce que les deux vues viennent sur leur support commun en position naturelle, c'est-à-dire de niveau et avec leurs verticales respectives parallèles. Ce dernier point exige quelque explication. En effet, quand on a opéré en volée, il est rare que le film ait été tenu avec son long bord dans un plan bien vertical et que l' axe optique de l' appareil ait eu chaque fois la même inclinaison sur l' horizon. Force est donc de retailler les deux images de manière à rétablir le parallélisme des bords et la communauté de leur niveau. Je me suis bien trouvé d' opérer ainsi:

La stereoscopie à grande base nous montre la nature sous un aspect qui échappe à notre vision directe, dans un raccourci fidèle et qui nous permet de saisir des particularités inconnaissables autrement. N' a pas pu par elle mesurer la hauteur des montagnes de la Lune? C' est un moyen précieux d' investigation pour le géographe, l' explorateur, mais aussi pour qui étudie des objets rapprochés, volcans, glaciers, édifices, etc. D' où son attrait puissant et la fidélité de ses adeptes renseignés. Avouons toutefois loyalement une infériorité manifeste du procédé: la non-simultanéité des prises de vue exclut son application à des sujets mobiles. Leurs déplacements dans l' intervalle des deux déclenchements engendrent flou et brouillage. Si donc l'on veut garder un personnage dans le champ photographique, il faut exiger de lui une immobilité absolue... qui n' est pas toujours facile à obtenir. Mais même pour un paysage immuable on aura parfois à lutter contre des variations d' éclairage, l' apparition et la disparition d' ombres gênantes par exemple; il faut alors savoir patienter et saisir l' instant propice.

Un dernier mot, encourageant: il n' est pas indispensable à la perception du relief que les deux yeux soient d' égale acuité visuelle; l' un d' eux peut même être fort médiocre sans que l' effet stéréoscopique s' abolisse. On dirait que la perception grossière des plages claires et sombres dans la superposition binoculaire suffise à engendrer la sensation de profondeur.

Les présentes lignes ne sont qu' une incursion dans le domaine étonnamment vaste et varié de la stereoscopie, incursion volontairement limitée aux besoins et, j' aime à le croire, aux désirs de l' alpiniste photographe. Puisse-t-il en retirer agrément et profit!

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