Succès au Huascarán en 1978

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D. Bedenig, CAS Weissenstein, SolcurcPhotos 34-39

( Andes péruviennes ) Nous voilà replongés depuis longtemps dans la banalité quotidienne; les sommets étincelants de la Cordillera Blanca se perdent dans un éloignement presque irréel; mais l' éclat de leurs majes- tueuses cimes de glace rayonne encore en nous, et il en sera toujours ainsi — des années durant...

Tout a commence par une brève notice dans les Alpes. Il s' agissait d' une semaine touristique du CC au Pérou: trois semaines d' escalade dans la Cordillera Blanca, avec comme but principal le Huascarân, le plus haut sommet du Pérou, et en outre un voyage d' étude d' une semaine à travers le pays. Direction générale: Peter Güdel, de Gümligen; direction technique: Walter Belina, guide, de Coire.

Après une discussion préliminaire, tout le projet commença lentement à prendre des contours plus nets. C' est ainsi qu' une semaine « centrale » d' excursions n' est à aucun degré complètement organisée d' avance, mais n' est dans un premier temps qu' une proposition de course qui reçoit sa forme définitive surtout des participants. Lors de cette première rencontre, on fixa avant tout l' é et on discuta des fournitures que chacun contribuerait à procurer la communauté. Tentes, cordes, batterie de cuisine, tout fut organisé ou acheté par les participants.

Et voici l' aboutissement de toutes ces démarches: le 29 juin, vingt alpinistes suisses — c'est-à-dire qu' il y avait parmi eux un Autrichien vivant en Suisse - s' envolèrent de Kloten à destination de Lima. L' âge moyen des participants se situait autour de 41 ans. Il y avait en tout quatre guides parmi nous et deux médecins. Le D1 Ulrich Isler, d' Arbon, était notre médecin officiel. Par bonheur, hormis les habituels dérangements gastriques et autres indispositions du même ordre, il n' eut pas grand-chose à soigner. Personne ne fut sérieusement malade, tous rentrèrent bien portants à la maison.

Le lendemain, de Lima, on continua tout de suite par bus vers le nord en prenant la « Panamé-ricaine ». Près de Pativilca, à 190 kilomètres au nord de la capitale, qui se compose principalement de taudis, nous avons oblique vers l' intérieur du pays et suivi, en direction de l' est, la belle vallée du Rio Fortaleza. Tandis que le littoral paraissait plutôt désertique, le pays se révélait toujours plus fertile à mesure que nous remontions la vallée. A 4000 mètres d' altitude environ, nous avons atteint le col qui débouche sur le haut plateau de Conococha. Du lac de Conococha s' écoule le Rio Santa, dont nous avons désormais descendu la vallée vers le nord. Il court parallèlement au rivage, entre la sombre Cordillera Negra à l' ouest, et la blanche et lumineuse Cordillera Blanca à l' est.

A Huarâz, ville de 17000 habitants située en gros à 3000 mètres d' altitude, chef-lieu de la vallée et du département d' Ancash, nous avons atteint le point de départ de nos randonnées en montagne pour les trois semaines suivantes. La majeure partie de notre voyage devait se diviser en deux: premièrement une phase d' acclimata avec des excursions dans la vallée de l' Is, et secondement l' ascension du Nevado Huascarân. Entre les deux, un jour à Huarâz serait consacré au rétablissement et en même temps à l' achat de nouvelles provisions.

La « marche d' approche » dans la vallée de l' Is se fit tout d' abord par bus, en commençant par descendre durant 25 minutes la vallée du Rio Santa jusqu' au pont Paltay. Ici notre véhicule obliqua sur une grande route qui ressemblait plutôt à un lit de rivière et qui était souvent traversée par des cours d' eau. Le bus, lourdement chargé, monta avec peine jusqu' à l' hacienda Collon, à quelque 3350 mètres. C' est là que nous attendaient les arrieros' que nous avions retenus, avec leurs ânes sur le dos desquels on fixa solidement les bagages, tandis nous-mêmes nous devions encore nous coller sur le dos le reste des sacs: un poids assez coquet! Les arrieros euxmêmes ne portaient rien. Dans leur idée, pour trim-baler des sacs il n' y a que des ânes - à quatre pattes ou à deux!

La vallée de l' Ishinca est magnifique. Au début, on y voit encore des villages haut perches, entre lesquels le regard émerveillé monte jusqu' aux sommets neigeux de la Cordillera. A partir de' Muletiers.

37oo mètres environ, nous laissons derrière nous les dernières cabanes et les derniers guérets et, à près de 4000 mètres, la vallée, auparavant large, se rétrécit et au lieu des prés régnent maintenant des forêts.

La montée au camp de base, qui constituait une première étape de la phase d' acclimatation, nous réserva quelque peine, car le chemin, à vrai dire peu incliné, s' étirait sur une distance considérable. Assez tard dans l' après, nous atteignîmes, après une marche de six à sept heures, le camp de base, à 4300 mètres, là où la vallée est la plus belle, à l' entrée d' un cirque dont le fond, plat, est un pâturage parcouru par les méandres d' un ruisseau. Tout autour se dressent des cimes couronnées de glace, parmi lesquelles le Tocllaraju, haut de 6032 mètres, que Dölf Reist compte parmi les plus belles montagnes du monde. Même en ce moment, saison de l' hiver péruvien, de nombreuses fleurs s' épanouissaient encore à cette altitude.

Nevado Huascarân Norte 6655 CA I 5100 Glacier de Raimondi Huarâz Yungai CB = Camp de base CA = Camp d' altitude 94 Depuis que, en 1963 pour la première fois, une expédition lausannoise organisa des excursions en montagne à partir d' ici, la renommée de la vallée du Quebrada Ishinca s' est ajuste titre répandue dans les milieux alpinistes. Nous eûmes de la chance. Lorsque nous installions ici notre camp de base, nous étions alors les seuls à troubler la paix de ce merveilleux fond de vallée. Mais à notre descente nous rencontrions déjà pas mal de groupes qui montaient.

Pour notre premier jour dans la vallée de l' Is, il n' y avait à notre programme que d' assez courtes promenades, mais le lendemain déjà nous commencions à équiper un dépôt en vue de l' as du Tocllaraju. Répartis en deux groupes, nous fîmes la cuisine séparément aussi au camp de base. Le groupe 1 avait pour chef Walter Belina; le groupe 2, Peter Güdel. Les deux groupes se partageaient également guides et médecins. Ils s' é fixé tous les deux le Tocllaraju comme premier but.

Sur 6768 Le 4 juillet, nous ne quittons le camp de base qu' à g heures, charges de sacs passablement volumineux. D' abord nous suivons le fond de la vallée en direction de l' est, puis en traversant entre le flanc droit et la moraine frontale que l' Ishinca a percée à l' issue d' un de ces nombreux et dangereux lacs glaciaires. Sur la crête dentelée de la moraine, qui tombe raide du côté de l' est, nous tournons vers le nord et montons une pente escarpée. Grandiose est la vue sur les pyramides de glace du Tocllaraju et les montagnes qui lui font suite au sud jusqu' au puissant Ranrapalca.

Au bout de cinq heures, nous installons le dépôt à 5000 mètres, en bordure d' un névé très incliné, et nous redescendons au camp de base. Le lendemain, nous quittons le camp de base avant g heures et demie déjà. Trois participants d' un groupe restent en arrière pour indisposition. D' abord nous suivons le chemin de la veille jusqu' à notre dépôt, puis nous continuons avec des sacs encore plus lourds. Nous cheminons en premier lieu sur le névé raide et ensuite sur un glacier plus plat. A 5250 mètres, nous arrivons à une grande place unie, assez éloignée de ces endroits que les énormes glaciers suspendus du Tocllaraju couvrent de leurs débris. C' est ici que doit être notre camp d' altitude. Nous avons apporté avec nous trois tentes « Nanga-Parbat ». Nous les dressons en de-mi-cercle et nous creusons au milieu un trou pour la cuisine. Pendant ce temps, on amène aussi du dépôt le reste des provisions. Un crépuscule bref, mais haut en couleur, sur la Cordillera Negra nous laisse espérer que le lendemain, le beau temps demeurant stable, on pourra s' attaquer au sommet.

Il devait en être autrement...

Au matin, brouillard et mauvais temps. Après un copieux petit déjeuner, nous nous mettons en route, à quatre, afin de reconnaître la marche d' approche à l' arête ouest du Tocllaraju. D' abord l' itinéraire monte, en partie très raide, sur des névés suspendus et des glaciers largement crevasses jusque vers le point on commence l' arête. Ruedi essaye d' atteindre cette arête en franchissant une paroi de glace, mais sans succès. Je poursuis vers la gauche, on apparaissent des rochers qui pourraient nous Meyer à l' arête. Je fais là une tentative et vingt mètres plus loin je tombe sur un nœud de rappel - précisément à l' endroit on un névé raide constitue la suite du « chemin ». L' accès à l' arête est évidemment découvert, et avec lui notre tâche de la journée est déjà remplie. Comme il commence à neiger maintenant et que la situation devient inconfortable, retour au camp d' altitude!

Le groupe i a eu hier son jour de repos et il est monté aujourd'hui à son dépôt, situé à 5100 mètres, on il a aussi établi son camp d' altitude.

4 heures: diane. Le temps, sans être beau, ne paraît du moins pas désespéré. Tous se mettent en route et reprennent en trois cordées les traces de la veille. Puis nous voici à « l' entrée »; nous escaladons les rochers et, passant le névé, arrivons à l' arête. Pas difficile, mais exposé. Là-dessus il se met à neiger toujours plus fort. Donc, rentrée. Rappel sur la paroi de glace de Ruedi, et retour au camp d' altitude.

Avec cette retraite, c' est aussi le rêve du Tocllaraju qui s' est envolé. Nous avons trop peu de réserves de vivres et devons descendre le lendemain au camp de base. Comme il apparut plus tard, ce fut évidemment la seule période de mauvais temps de notre voyage, et elle coïncida toutjuste avec notre tentative au Tocllaraju. Sans cette poisse météorologique, nous aurions pu sûrement homologuer déjà notre premier sommet andin.

La chance ne sourit qu' à Hanspeter et à Albert. A cause de maux de tête, ils étaient demeurés au camp de base, mais s' étaient remis rapidement et avaient « fait » le Nevado Urus. Pour des raisons de temps, il ne nous restait désormais plus d' autre solution que de choisir un sommet qui pût être atteint en un jour. La plupart d' entre nous se décidèrent pour l' Urus dont la cime s' élève, blanche et brillante, exactement en face de notre camp de base.

Le 8 juillet, à dix, nous escaladons l' Urus. Quatre heures nous sont nécessaires pour franchir les t t 20 mètres de différence de niveau qui nous sé- parent de son sommet de glace, à 5495 mètres. Le temps n' est pas exceptionnellement beau, et la vue sur les sommets à la ronde n' est donc pas ce qu' elle pourrait être. Quoi qu' il en soit, c' est notre premier sommet des Andes!

Deux autres camarades gravissent ce jour-là le Nevado Ishinca ( 5530 m ), y trouvent cette neige « sans fond » des Andes à la fâcheuse réputation, ne peuvent poursuivre leur route qu' à l' aide de raquettes et font, toute l' équipe, onze heures de marche.

Le dimanche 9 juillet, il s' agit de prendre congé de la belle vallée de l' Ishinca. La veille au soir, les arrieros, comme il était convenu, sont montés nous rejoindre. On charge les bêtes de somme pour la descente. A Collon nous attend Klaus Thiele avec Croquis de la vallée de l' Ishinca un bus, et l' après nous sommes de nouveau à Huaraz.

Je profite du jour de repos suivant pour faire, d' entente avec quatre camarades, une excursion jusqu' à Chavin, un centre ( relativement proche ) de la culture précolombienne. Un taxi nous transporte par de mauvaises routes et par un col situé à près de 4500 mètres au village de Chavin de Huantar, dans la vallée du Rio Mosna. Plus tard j' aurai l' occasion d' admirer au musée anthropologique de Lima les objets trouvés à Chavin, entre autres la célèbre stèle de Raimondi et l' obélisque de Tello, ainsi nommé en l' honneur du grand archéologue.

Le 11 juillet est le jour du départ pour l' étape principale de notre voyage. Il commence de nou- veau par un trajet en bus: la descente de la vallée du Rio Santa. Près de Mancos, nous bifurquons et nous continuons de cahoter jusqu' au village de Musho, situé à 3000 mètres. Des äniers nous y attendent avec leurs bêtes. Mais cela n' exclut nullement, pour nous, des sacs qui ne sont point légers.

La montée dure trois heures parmi des moraines d' abord plus ou moins plates puis de plus en plus raides. Notre camp d' altitude est de nouveau installé dans un endroit charmant, sur une petite selle herbeuse entre le massif du Huascarân et un modeste sommet morainique, à quelque 4 t oo mètres d' altitude.

Le lendemain déjà, on équipe le camp d' altitu I. Le groupe 1 y reste, tandis que le groupe 2 redescend au camp de base. Le jour suivant, le groupe 2 monte au camp d' altitude I qui, à 5100 mètres, se trouve en bordure d' une zone crevassée du glacier de Raimondi, tandis que le groupe i établit le camp d' altitude II tout juste à 5900 mètres, au-dessous de la selle de Garganta.

C' est avec une certaine tension que nous suivons, le lendemain, partie dans notre champ visuel direct et pour le reste par radio, la montée du groupe 1 au sommet septentrional du Huascarân. La première cordée, composée de Reto, Hansjakob et Andreas, avance bien. Walter, Karl et Leander la suivent, puis vient la troisième, faite de Werner, Uli et Albrecht. Toutes les trois parviennent au sommet en ce 14 juillet, par un temps resplendissant. Un réjouissant succès! Mais la maudite cape de nuages des sommets est aussi propre à celui-ci: généralement vers midi, de puissantes formations nuageuses montent en bouillonnant de l' Amazonie et se massent de préférence autour des pointes du Huascarân.

Dans l' intervalle mon groupe monte - par endroits c' est raide - au camp d' altitude II. La première et la plus jeune cordée du groupe i est déjà de retour et descend au camp d' altitude I. Survient plus tard la deuxième cordée, quelque peu exténuée: depuis dix heures déjà elle est en route. Elle aussi descend. Enfin arrive la cordée 3 et elle reste avec nous au camp d' altitude II.

Ici, la nuit, il fait déjà sensiblement froid, et le matinal exercice « sortir du sac de couchage pour entrer dans ses souliers raides » exige énergie et victoire sur soi-même.

Samedi 15 juillet 1978. Un merveilleux matin promet une belle journée pour donner l' assaut au sommet. A 6 h 45 notre troisième cordée se met en route. Je vais avec Peter Güdel, en contournant d' abord de grandes crevasses, jusqu' à la selle de Garganta; puis nous nous élevons sur le flanc toujours plus raide et tout autant crevasse du sommet septentrional. Derrière un avant-sommet la pente s' adoucit et, à 13 heures environ, apparaît un fanion suisse qui signale le sommet convoité. Ce symbole du succès de la veille nous montre au moins, dans l' épais brouillard, que nous sommes « en haut ».

La pause de midi a lieu sur l' avant précédemment cité, d' où le regard plonge dans la profondeur de la vallée du Rio Santa à nos pieds, et embrasse en s' élevant la Cordillera Negra. Comme un mur qui n' est pas interrompu par une seule vallée transversale, elle s' étend à vol d' oi sur plus de 130 kilomètres en chiffre rond, du col de Conococha jusqu' à la brèche du Rio Santa vers le Pacifique. Cette impression « de mur » est encore renforcée par une couleur brune homogène et par le fait que les sommets d' alentour sont uniformément hauts et ne s' élèvent que de façon insignifiante au-dessus du massif ensemble de la chaîne montagneuse.

A 15 h 15 nous sommes de nouveau au camp d' altitude II, heureux et satisfaits. L' altitude du sommet méridional m' a déjà tire l' œil au cours de l' ascension. Ici, il n' y a, bien entendu, aucune trace, et la neige profonde exigerait une forte cordée de trois où l'on pourrait se relayer pour faire la trace, rude travail. Malheureusement, aucun de nos camarades ne s' annonce prêt pour assumer cette corvée: le sommet nord - de 6655 mètres - a pourtant coûté un certain effort. C' est pourquoi je décide, avec un camarade qui, à cause d' une indisposition, n' a pas encore conquis le sommet nord, de grimper encore une fois là-haut.

Dans la nuit il neige, et le lendemain on ne distingue plus trop bien nos traces; mais le temps promet d' être encore plus beau que les jours précédents.

A 7 heures nous nous mettons en route et nous avançons d' un bon pas. Tous deux nous sommes bien acclimatés et en excellente forme physique. Nous ne faisons jusqu' à l' avant qu' une seule halte pour manger, et nous continuons presque sans peine. L' altitude ne peut plus avoir prise sur nous. En quatre heures déjà nous atteignons le sommet. J' y suis, moi, pour la deuxième fois en l' espace de vingt-quatre heures. Cette fois-ci encore nous jouissons d' une belle vue, sauf bien entendu vers l' est. De ce côté-là s' approchent déjà de lourds paquets de nuages; mais, comme il est seulement t t heures, ils n' ont pas encore enveloppé le Huascarân.

A 12 h 45 nous revoici déjà au camp d' altitu II, où Geni et Hanspeter nous attendent. Nous levons le camp et nous nous mettons à descendre avec nos sacs pesants. A la nuit tombante nous sommes arrivés au camp de base, Pierre et moi, après une montée de près de goo mètres, suivie immédiatement d' une descente de plus de 2500 mètres en différence de niveau. Compensation: une caisse de bière que Peter Güdel a fait monter de Musho.

Le groupe i a déjà eu un jour de repos au camp de base et, le 17 juillet, il reprend le chemin de la vallée. Nous restons sur place encore deux jours, jusqu' à l' arrivée des arrieros. Le premier nous le consacrons au « dolce far niente », nous nous étendons sur l' herbe au soleil, nous contemplons là-haut les sommets étincelants, nous nous baignons dans l' eau froide et claire d' un torrent, nous écrivons... Mais déjà le deuxième jour rien ne nous retient plus. Nous nous avançons sous le sommet septentrional du Huascarân, en direction du nord jusqu' à une crête dentelée, prolongement de l' arête ouest de ce sommet septentrional. Nous parvenons à cette arête par de magnifiques dalles de granite. Elle offre une vue grandiose. A nos pieds, dans la profondeur d' une vallée entaillée en forme de gorge se déroule le ruban clair et brillant d' une piste de sable qui conduit, à 3800 mètres, aux deux lagunes de Yungay. Sur le versant en face de nous - incroyablement près - s' érige le puissant massif aux trois sommets du Huandoy. Escarpements à vous couper le souffle, parois rocheuses, moraines, glaciers et sommets isolés se découpent sur un ciel bleu sans nuages! Nous avons peine à nous arracher à ce spectacle, et nous montons encore jusqu' à une deuxième bosse de la crête, à environ 4800 mètres, d' où le regard plonge sur la lagune et va jusqu' aux géants de l' arrière. Je ne voudrais pas que ce jour fût rayé de mes souvenirs: il fut un des plus beaux de notre voyage!

Le 19 juillet, notre descente à Musho met fin pour de bon à notre expédition dans les Andes. Bien souvent notre regard se reporte en arrière vers « notre » sommet et son voisin du sud qui resta hors de notre portée. Tous deux luisent dans une blancheur presque irréelle, car de nouveau le temps se montre dans ses meilleures dispositions. C' est d' un jour pareil que nous aurions eu besoin au Tocllaraju!

La partie de notre voyage vouée aux ascensions fut sans doute une réussite: 18 hommes sur vingt au Huascarân! Ce qui ne signifie pas, bien entendu, que l' ascension du point culminant du Pérou soit un jeu d' enfant. Le succès fut la conséquence d' une bonne préparation, d' un bon établissement de nos plans, d' une acclimatation faite avec soin et, bien sûr, une fois dans les montagnes, de conditions favorables.

A notre arrivée à Lima, les journaux annonçaient la mort de trois grimpeurs américains au Huascarân.

Je ne voudrais pas oublier de remercier ici cordialement, encore une fois, Peter Güdel et Walter Belina du rôle qu' ils ont joué dans la préparation et la conduite de notre entreprise. A Walter avaient incombé notamment la planification et le soin de l' intendance générale, devoirs difficiles et qui prennent du temps, mais qu' il a remplis à la satisfaction de tous. Nous englobons dans nos re- merciements M. et Mme Jenal, de Lima, qui se-condèrent activement et conseillèrent avec intelligence Walter lors de l' achat du ravitaillement à Lima, ainsi que Caesar Morales Arnao, président du Club alpin péruvien.

En complément à notre programme « montagnard », nous avons encore visité pendant une semaine quelques-unes des curiosités les plus importantes du pays, entre autres les impressionnantes cités des Incas: Machu Picchu et Pisco, comme aussi diverses réalisations architecturales de cet ancien peuple des Andes, aux environs immédiats de Cuzco, la capitale de son empire d' autrefois; et plus loin les les flottantes des Indiens Uros sur le lac Titicaca, Arequipa et Lima. Cette partie de notre voyage fut bien un peu bousculée quant au .temps, mais elle contribua beaucoup à nous donner une meilleure connaissance du pays et des gens.

Je ne puis que recommander à tous les amis de la montagne une randonnée dans les Andes. Grâce aux vols « charter » relativement avantageux ( Zurich—Lima et retour pour environ i 400 fr ) et grâce à notre monnaie forte, de telles vacances sont en peu de temps devenues accessibles à beaucoup. Quand on se limite, comme nous l' a fait, à des ascensions de sommets connus, on bénéficie d' une information suffisante pour pouvoir entreprendre un tel déplacement même de sa propre initiative. Et ce n' est pas en dernier lieu qu' il faudrait consulter, pour des références et des conseils, ces messieurs de la commission des courses du CC, dont quelques-uns ont pris part au voyage dans les Andes ici décrit. Moi aussi je suis prêt à donner des renseignements. Le Pérou vaut un voyage!

traduit de l' allemand par G.W.

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