Traversée de 1'Obergabelhorn

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Avec 2 croquis.Par C. Berner.

Durant la dernière semaine de juillet 1942, la station de Zermatt connut une affluence toute particulière. Il faisait un temps magnifique et les cimes les plus renommées étaient en excellent état.

Nombreuses furent les caravanes qui, profitant de ces conditions, gagnèrent en particulier le Hörnli pour tenter le lendemain avant l' aube l' ascension du Cervin. Et, fait extrêmement rare, il n' y avait, ce vendredi, pas un souffle au sommet, de telle sorte qu' il était possible de s' y chauffer étendu au soleil comme sur la terrasse d' un hôtel.

Cet état de chose était trop beau pour durer et déjà dans la journée suivante, jour de la Fête Nationale, le vent se mit à souffler, tandis que des traînées de nuages de mauvais augure venaient petit à petit envelopper les sommets environnants. Le soir de l' illumination du lei août, quelques gouttes se mirent à tomber et le lendemain ce fut le mauvais temps.

Profitant de ce repos forcé, tandis que dehors la pluie tombait à torrents, je choisis comme passe-temps de consulter ma carte et de faire des projets pour le moment où le beau reviendrait. J' avais l' intention de faire une dernière ascension avant de quitter Zermatt, et le guide Alfred Aufdenblatten qui devait m' accompagner me proposa la traversée de l' Obergabelhorn par le Trift, la Wellenkuppe, sommet avec descente par l' Arbengletscher, sur Zermatt. Il fut décidé d' un commun accord que nous partirions à la première occasion et ferions la traversée en un seul jour.

Le mardi soir, les conditions météorologiques semblèrent s' améliorer et le départ fut décidé pour le lendemain matin à 1 h. y2. Le mercredi, en effet, nous quittions Zermatt à l' heure dite pour monter, à la lueur de la lanterne, le chemin escarpé des gorges du Trift. Le ciel était variable et il était encore difficile de se prononcer sur le temps qu' il ferait dans la journée. Après l' hôtel du Trift, marchant d' un bon pas, nous atteignîmes le ;; alpages et des éboulis aux multiples ruisseaux, puis la longue et quelque peu raide moraine qui conduit au glacier de Trift que nous devions traverser.

Si une exclamation nous échappa à ce moment, ee ne fut pas pour exprimer notre admiration. Le jour qui commençait à se faire complet nous laissait voir s' avançant sur nous par le Triftjoch de gros nuages, chargés de TRAVERSÉE DE L' OBERGABELHORN.

Obergabelhorn.

lourde neige qui ne tarda pas à déferler sur nous. Au surplus, il faisait un froid peu ordinaire, si bien que sitôt la corde passée, nous commençâmes sans plus attendre la traversée du glacier.

Heureusement cette tempête fut de courte durée; le vent se calma au bout d' une demi-heure, mais les nuages traînant autour de nous n' en étaient que plus épais et plus sombres. Arrivés à la rimaye précédant les rochers de l' arête de la Wellenkuppe, nous fûmes complètement entourés de brouillard, ce qui nous obligea à faire halte et à nous demander s' il était possible de continuer l' ascension ou s' il fallait rebrousser chemin. Au bout de quelques minutes se produisit un heureux changement. Le brouillard se dissipa et le sommet du Mont Rose nous apparut soudain découvert dans le ciel bleu. Considérant cela comme un indice favorable à la continuation de l' ascension, nous nous remîmes joyeusement en marche pour attaquer le beau granit rouge qui forme l' arête de la Wellenkuppe. Le sommet ( 3910 m .), où un rayon de soleil nous salua, fut atteint sans difficultés à 8 h. %.

C' est là seulement que commence la partie intéressante et délicate de l' escalade. Pour atteindre le sommet de l' Obergabelhorn, il faut suivre l' arête, longue de 1000 m. environ, reliant ce sommet à la Wellenkuppe. Cette traversée, qui en temps normal ne présente pas de sérieuses difficultés, fut rendue délicate par la présence d' une couche de 40 cm. de neige fraîche sur la glace et par l' état déplorable de fantaisie de la corniche, disjointe à plusieurs endroits et suspendue au-dessus des rochers du versant sud d' une façon inquiétante. La seule possibilité était de suivre la corniche sur l' ex limite solide, ayant à notre gauche la paroi de rochers descendant de quelque 1000 m. et à droite la pente glacée à 80° environ aboutissant au glacier de Zinal.

TRAVERSÉE DE L' OBERGABELHORN.

- Cette traversée dura deux heures et demie pendant lesquelles la plus grande prudence fut observée. A grande distance de corde Alfred Aufdenblatten taillait d' innom marches tandis que moi-même, à l' arrière, assurais la corde le mieux possible au piolet. Il fallut souvent s' y reprendre à plusieurs fois pour trouver un appui favorable, car le piolet planté du côté de la pente traversait à tout moment la corniche sans trouver de résistance.

A ussi quel plaisir n' éprou pas, quand, après cette traversée, il nous fut donné de poser à nouveau le pied sur une bonne prise de granit. Alors, dans la dernière partie de l' arête, par quelques couloirs et quelques dalles de bon rocher, nous atteignîmes, Obergabelhorn. Le grand gendarme.

à 11 heures, le sommet de l' Obergabelhorn ( 4073 m. ).

La descente du versant sud ne comporte presque eue du rocher et constitue une partie de varappe très intéressante dans ce granit rouge adhérent et avec d' excellentes prises. Quelques pitons dans le rocher facilitent l' emploi de la corde double à certains passages.

Après être descendus l' arête ouest sur une certaine distance, nous obliquâmes à gauche pour prendre dans la face la piste battue aboutissant à l' Arbengletscher par des rochers faciles et quelques névés. Ce glacier très crevassé et découvert nous réserva quelques surprises en nous obligeant à de nombreux détours pour atteindre la moraine au faîte de laquelle reprend un sentier qui mène au chemin de la cabane Schönbühl.

A 16 h. % nous étions de retour à Zermatt fort heureux, comme bien l'on pense, de la complète réussite de notre course faite dans des conditions plutôt difficiles, réussite dont tout le mérite revient d' ailleurs au guide Alfred Aufdenblatten qui, en tête de cordée, déploya un bel effort et qui, grâce à sa grande expérience et à sa maîtrise, vint à bout de tous les obstacles sans se départir un seul instant de son calme habituel.

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