Une famille de grands guides: les Lochmatter

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Par Charles Gos.

L' Oberland bernois et le Valais ont donne à l' histoire de l' alpinisme deux magnifiques familles de guides, dont les générations s' étendent des temps héroïques de la conquête des Alpes à notre époque: à Grindelwald les Almer, de Christian à ses arrière-petits-fils, et à Saint-Nicolas les Lochmatter, de Joseph-Marie à ses petits-fils.

La famille Lochmatter vient du Haut-Valais. Trois frères, à l' origine, guides tous trois: Franz ( ne en 1825 ), Joseph-Marie ( né en 1833 ) et Alexandre ( né en 1837 ). Les deux aînés jouent un certain rôle dans la conquête des cimes, notamir ent Joseph-Marie. Franz quitte Saint-Nicolas aux environs de 1860 pour se fixer à Macugnaga ( Val Anzasca ), où il fonde le petit hôtel Monte-Rosa, bien connu des grimpeurs de ce temps; il participe à de nombreuses ascensions, dont la première du Lyskamm ( 1861 ). Aujourd'hui il n' y a plus de Lochmatter à Macugnaga. Son frère cadet, Alexandre, accompagna Whymper à plusieurs reprises au cours d' expéditions secondaires, mais il lâcha rapidement le piolet pour ouvrir à Saint-Nicolas l' hôtel Lochmatter.

Quant à Joseph-Marie x ), il sera le fondateur de cette lignée de guides fameux qui, avec les Pollinger, les Knubel et les Imboden, donneront à Saint-Nicolas un lustre incomparable. Franz, de Macugnaga, n' a pas de fils, il laisse x ) Il y a eu deux Joseph Marie Lochmatter. Cette homonymie prête à confusion et il convient de I' éclaircir. En 1886, quand le Dr Julius Kugy escalade le Mont-Rose par le versant est ( 6e ascension ), il s adjoint comme second guide, sur la recommandation de Franz Lochmatter, son neveu Joseph-Marie, momentanément portier à l' hôtel Monte-Rosa, le premier guide étant Luigi tonnetti. Conway, en outre, voyagera également avec ce Joseph-Marie-là, notamment dès 1889.

Ce Joseph-Marie n' était donc que le propre neveu de l' autre Joseph-Marie, le « vrai » celui-là. Il était né vers 1863, fils d' une sœur de son oncle Joseph-Marie; comme guide, il ne s' éleva jamais au-dessus d' une honnête moyenne, vite éclipsé par la renommée grandissante de ses cousins. Il mourut vers 1920.

deux filles; Alexandre, lui, laisse deux fils, dont l' un, Julius, devient guide, mais meurt relativement jeune. Joseph-Marie épouse Josepha-Maria Pollinger, sœur d' Aloys Pollinger ( les Pollinger, eux, sont originaires de la Suisse primitive, Uri ). De cette union naquirent dix enfants: six fils et quatre filles. Les fils: Alexandre, Joseph, Rudolf, Raphaël, Franz et Gabriel sont tous des grimpeurs de grande classe; Alexandre, cependant, meurt à la Dent Blanche à vingt et un ans et ne peut donner toute sa mesure.

Dès 1868, le nom de Joseph-Marie Lochmatter est mis en vedette par son ascension du Cervin en compagnie de son meilleur ami, Peter Knubel, et du Rev. J. M. Elliott, leur voyageur. Pour la première fois depuis le drame de 1865, une caravane se hasardait à reprendre l' itinéraire de Whymper. C' était la sixième ascension et la seconde par le versant de Zermatt. Jusqu' en 1882, date de sa mort prématurée, Joseph-Marie accomplira une série d' expé de premier ordre. Malheureusement, on est très mal renseigné sur lui. Son livret de guide est introuvable, probablement disparu dans la tragédie de la Dent Blanche, et aucun document quelconque n' existe sur ce valeureux montagnard, sinon par-ci par-là un nom et une date. En feuilletant de vieux récits de course, on arrive tout de même à grouper un faisceau de références.

Leighton Jordan, Tyndall, Guessfeldt et d' autres grimpeurs connus ont recours à J.M. Lochmatter. En 1873, il accompagne dans le Dauphiné le Rev. C. Taylor, Th. Cox, W. M. et R. Pendlebury et F. Gardiner, avec Peter Baumann et Peter Knubel ( premières ascensions du Râteau [3754 m.] et des Rouies [3634 m.] et deuxième du Pic Central de la Meije ). En 1874, quand Whymper remonte au Cervin, il a comme guides Jean-Antoine Carrel et Joseph-Marie Lochmatter; à propos de Whymper, rappelons que Joseph-Marie et son frère Alexandre faisaient partie de la caravane de secours qui, le 16 juillet 1865, soit deux jours après la tragédie, releva les cadavres sur le glacier du Cervin. En 1876, tentative à la Dent Blanche par un chemin nouveau ( avec Peter Knubel ); en 1879, tentative à l' Aiguille du Géant vierge et deuxième ascension de l' Aiguille du Chardonnet ( première par le glacier du Tour, cet itinéraire est devenu la voie normale ) avec l' Anglais Percy-W. Thomas et le guide Joseph Imboden, de Saint-Nicolas; en 1881, Joseph-Marie est dans le Dauphiné avec W. E. Gabbett et Aloys Pollinger. Selon Coolidge, Joseph-Marie aurait fait la septième ascension de la Dent Blanche, et d' après Javelle la sixième du Rothorn de Zinal ( première traversée Zermatt-Zinal ) avec F. Gardiner et Moore. Le 12 août 1882, il se tuait à la Dent Blanche avec son fils aîné Alexandre comme porteur et W. E. Gabbett, son voyageur. Les malheureux tombèrent un peu au-dessous du sommet, versant ouest; on ramassa les corps sur le glacier supérieur de Ferpècle, la chute avait été de huit cents mètres environ; les circonstances du drame demeurent mystérieuses 1 ). On retrouve le nom de Joseph-Marie lie à un autre drame de la montagne, la mort solitaire du guide Joseph Brantschen, au Cervin italien ( août 1879 2 ).

Il est superflu de rappeler ici les mérites éclatants des fils de Joseph-Marie Lochmatter: Franz et Joseph notamment dont les escalades avec V. J. E. Ryan ou Geoffrey Winthrop Young, ensemble ou séparément, firent sensation au début de ce siècle. Initiés à la montagne dès leur enfance soit par leur oncle Aloys Pollinger ou Peter Knubel, et voyageant plus tard avec l' aîné de leurs cousins, le fameux guide Joseph Pollinger, les frères Lochmatter ont très rapidement fait la conquête des cimes et celle, chose plus ingrate, de tous les cœurs qui les approchèrent. Leur distinction innée, l' excellente éducation qu' ils reçurent de parents soucieux de l' avenir de leurs enfants et le charme de leurs caractères, expliquent l' engouement qu' éprouva pour ces jeunes montagnards l' élite des grimpeurs de notre temps, surtout des Anglais.

En dehors de » Alpes, trois des fils Lochmatter ont exploré des massifs exotiques: Joseph les Cordillères des Andes, Raphaël le Caucase et Franz cinq fois l' Himalaya.

Les fils de Joseph-Marie ont assuré généreusement l' avenir de leur race en totalisant à eux cinq vingt-deux fils et probablement autant de filles! Trois des petits-fi.s seulement de Joseph-Marie sont guides: Erwin, fils de Joseph, Hermann et Xavier, fils de Rudolf; un autre fils de Rudolf, Emil, se révélait un excellent guide, mais il mourut très jeune, peu de temps après son père. Avec leurs oncles Raphaël et Gabriel, les petits-fils de Joseph-Marie maintiennent aver honneur ( tous à Saint-Nicolas ) la valeur de leur nom 2 ).

x ) Une stèle de granit, appuyée contre le mur de l' église de Saint-Nicolas porte l' épi suivante:

W. E. GABBETT AGED 32 FELL FROM THE DENT BLANCHE AUGUST 12th 1882 IN THE MIDST OF LIFE WE ARE IN DEATH I AM THE RESURRECTION AND THE LIFEDans le petit cœur de bronze fixé au centre des deux croisettes que supporte la stèle, on lit, à droite: J. M. L., et à gauche: A. L.

Le professeur Gabbett est enterré au cimetière anglais de Zermatt, son épitaphe est la même que celle du cimetière de Saint-Nicolas.

* ) Traduction: W. E. Gabbett, âge de 32 ans, il tomba de la Dent Blanche le 12 août 1882. Au milieu de la vie, nous sommes dans la mort. Je suis la résurrection et la vie.

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