Une voie nouvelle dans la face nord des Aiguilles Dorées

Hinweis: Questo articolo è disponibile in un'unica lingua. In passato, gli annuari non venivano tradotti.

Avec 3 illustrations ( nos 145-147 ) et 1 croquis.Par Mario Ganio.

Nous nous trouvons à Orsières quatre compagnons et amis pour gagner la cabane d' Orny par la combe du même nom. Le parcours en est quelque peu pénible, mais combien le plus court, puisqu' en trois heures et demie nous atteignons le refuge.

Nous avançons d' un pas lourd et irrégulier, car cette journée a été extrêmement chaude, et nous nous demandons si nous pourrons arriver au but avant qu' éclate forage que l'on sent imminent. En effet de lourds nuages s' amon et s' étagent comme des montagnes de coton qui, en épaisses volutes, roulent, s' élargissent, s' enflent et forment finalement un édifice étonnant recouvrant toute l' immensité. Nous quittons la zone des forêts pour goûter des premiers effets de la condensation de ces vapeurs qui tourbillonnent. Peu à peu une pluie rageuse se met à tomber, hachée par les coups de fouet que lui porte le vent. Nous recevons pendant deux heures cette douche ininterrompue, et à 22 h. 30 nous arrivons à la cabane.

Joris, le gardien, nous accueille joyeusement, car nous sommes des habitués de son palace.

Le 2 août, diane à 5 h. 30. Arlettaz et Carron n' ont rien oublié. Ils possèdent au grand complet la trousse des cambrioleurs des hauts sommets. Elle contient tous les moyens de forcer les serrures les plus secrètes, et l'on sait que dans la face nord des Dorées il en est qui doivent bien fermer, car elles n' ont jamais été ouvertes.

A 6 heures, après un copieux petit déjeuner, nous avançons tranquillement le long de la moraine. Nous traversons le glacier d' Orny et arrivons directement au sommet du plateau du Trient.

Nous sommes au pied de la paroi. Déjà Arlettaz et Carron ont choisi leur route: une fissure verticale qui, du plateau du Trient, aboutit directement au névé en dessous de l' Aiguille Javelle. Arlettaz est en tête: il traverse la rimaie en son meilleur point en taillant quelques marches dans la glace bleue. Il fait très froid et son coéquipier, pour le moment encore désœuvré, commence à s' impatienter et à se frigorifier. Ils sont au pied du rocher. Cent cinquante mètres les séparent du sommet, mais si la quantité ne peut pas être comparée aux grandes faces des 4000, la qualité en est égale sinon supérieure.

Premier obstacle: un immense surplomb. Déjà le marteau et les chevilles de bois entrent en jeu. Chaque mouvement fait osciller nos camarades dans cette paroi qui s' avèie toujours plus abrupte. Dans cette griserie de l' acrobatie, ils avancent mètre par mètre.

Ils pouvaient choisir un parcours plus conforme aux lois de l' équilibre, mais cela n' aurait pas satisfait leur ambition. C' est au sommet même et par ce parcours entièrement vierge qu' ils veulent arriver.

Die Alpen — 1942 — Les Alpes.31 Arlettaz semble s' excuser de devoir requérir le moyen d' une courte échelle, mais les formules de politesse ne sont pas de mise ici et déjà Carron offre un merveilleux piédestal humain, peu sûr, mais indispensable. A nouveau, une cheville de bois est plantée, puis un piton d' assurage. Les prises sont minuscules. Maintenant, une unique fissure coupe la surface lisse du rocher. Mais cette fissure ne mesure pas deux doigts de longueur. Deux coins de bois sont plantés. Les coups sonnent sec, la face résonne. Les deux camarades ont gagné quelques mètres. Ils se reposent. Arlettaz examine la suite du parcours, tandis que Carron essaie de fixer un foulard au piton qu' ils doivent abandonner. Signal précaire que les choucas auront bientôt fait disparaître, mais qui, au retour, fera revivre des instants inoubliables.

Au-dessus d' eux, une immense cheminée s' ouvre. Dépourvue de prises, elle se rétrécit dans le haut au point d' empêcher toute progression par coincement. De plus, elle surplombe. Hors de ce canal, nulle saillie sur la droite ni sur la gauche. Enfin Arlettaz s' élance. Il a avec lui une cheville, un piton, marteau et mousqueton. Avec cela il arrivera sûrement à quelque chose. Il trouve que Carron se prête admirablement pour la courte échelle. Le voici sur ses épaules. Il n' arrive pas à se coincer. Au détriment de Carron, qui s' écrase le nez contre le rocher pour ne pas trembler, il monte sur sa tête, puis il s' élance. Il n' a que son genou dans la fissure; pour les mains, aucune saillie; mais son art achevé de la varappe lui permet de s' élever pour atteindre une petite fissure horizontale. Il plante un piton, fixe son mousqueton, et le voilà relativement assuré. Encore quelques mètres et son camarade le rejoint.

A la brusque détente de leurs nerfs correspond un apaisement du paysage brutal et tourmenté. Certes, tout près, et derrière eux, la paroi s' abîme dans une chute sans fin, mais la ligne de faîte s' est abaissée. Au lieu de la muraille aux multiples cheminées, ils voient le ciel au-dessus de leurs têtes. Encore une courte échelle, une cheville de bois et ils arrivent au névé. A partir de là, une taille classique dans la neige durcie et quelques minutes de varappe dans un rocher facile et ils toucheront à la fin de leur ascension.

Avec Tornay nous avons suivi toute la montée, depuis le pied de la paroi jusqu' au névé, et nous rallions l' échancrure entre l' Aiguille Javelle et la The Crettex, par la voie normale.

Quelques minutes après nous les deux héros atteignent leur but. Instant magnifique, car pendant près de quatre heures ils ont lutté pour vaincre les difficultés.

Nous nous asseyons sur une dalle chaude, puis nous nous restaurons. Le soleil semble nous caresser; il fait bon se laisser faire.

Nous laissons Arlettaz et Carron se reposer, et nous escaladons l' Aiguille Javelle. C' est un monolithe vertical que partage par le milieu une étroite cheminée haute de quinze mètres et dont la deuxième partie offre une montée facile, mais très exposée. Cette grimpée, devenue très classique, est toutefois la meilleure varappe d' entraînement pour un débutant secondé par un bon grimpeur. De plus la vue depuis le sommet est magnifique: les aiguilles de Chamonix resplendissent sous la lumière étincelante du matin. Les Alpes Valaisannes, toutes plus belles les unes que les autres, jettent leurs feux d' argent. On dirait une immense table nuptiale où s' étalent pêle-mêle des cadeaux royaux.

Par un rappel de corde nous rejoignons nos deux camarades.

L' heure de la descente sonne déjà, cette heure qui brutalement nous rappelle à la nécessité de retourner en plaine et d' y retrouver nos charges. Finie l' escalade, finie la fuite dans la nature sauvage. Sans aucun doute, l' heure du départ s' impose, si Voie d' ascension de la cordée Arlettaz-Carron.

nousvoulons espérer un court repos à la cabane du Trient.

Silencieusement, nous traversons le grand plateau glacé. Le soleil nous accable de ses rayons de plomb, et l' intense réverbération de la neige nous cuit la peau. Le refuge est le bienvenu. Nous y trouvons une ombre bienfaisante et le grand remède contre la soif: du thé.

Carron profite de cet arrêt pour inspecter à la jumelle la Chandelle du Portalet. Beau souvenir du dimanche précédent, où Arlettaz gravit, en quelques minutes, ce monolithe sans aucun jet de corde. Nous y avons laissé un petit drapeau et un piton au sommet, pour marquer la première descente en rappel sur la face nord. Rappel de 40 mètres environ, dont 20 mètres en surplomb.

Maintenant le soleil incline vers l' ouest; nous dévalons à toute allure la combe d' Orny et nous arrivons à Orsières, 24 heures après être partis pour cette si belle journée dans ce sauvage enivrement que nous offre la région du Trient.

Note de la rédaction. La première ascension de l' Aiguille Javelle a été faite le 6 août 1896 par Egon Hessling, accompagné des frères Onésime et Adrien Crettex, de Champex. Le guide Kurz de 1a chaîne du Mont Blanc mentionne, à la page 58, deux variantes delà voie ordinaire, dont la première fut effectuée par Emile Fontaine et Emile Crettex, le 30 août 1906, et la deuxième, le 3 août 1922, par Daniel Chalonge et Jean Matter.

Au nombre des ascensions des Aiguilles Dorées il est intéressant de mentionner que les premières ascensions d' hiver de l' Aiguille Javelle et de la Tête Crettex ont été faites le 3 janvier 1910 par Georges Couchepin, ancien président, actuellement membre d' honneur de la section Monte-Rosa, avec Maurice Crettex. Après avoir rendu visite à la Fenêtre de Saleinaz, ces deux alpinistes montèrent encore à l' Aiguille du Tour pour effectuer ensuite la première descente à skis du Glacier des Grands sur le Col de la Forclaz.

D' autre part, Léonce Arlettaz, dont il est question dans notre article, a effectué, avec deux collègues du groupe de Martigny de la section Monte-Rosa, la première descente de la face est de la Cime de l' Est des Dents du Midi par une série de rappels impressionnants. Les difficultés très sérieuses les forcèrent à bivouaquer, dans des conditions fort précaires, avant d' avoir atteint le premier tiers de la descente.

Feedback