Varappes dans le Jura

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rrJPar Jean Fuchs

Avec 2 illustrations ( 137, 138Bienne ) Si, ces dernières années, Bienne a vu fleurir toute une pléiade de jeunes alpinistes dont quelques-uns réussirent particulièrement bien, c' est très certainement grâce aux nombreux rochers d' entraînement qui environnent la ville.

Que désirer de mieux pour un citadin alpiniste, si ce n' est d' avoir à portée de la main quelques roches cachant dans leurs flancs toutes les finesses de la technique moderne et, de plus, situées dans un cirque enchanteur de verdure aromatique reposant de la verticalité rugueuse de leur calcaire?

Qu' espérer de mieux après une longue journée passée au bureau que de pouvoir s' échap au pays des rêves représenté par ces rochers sauvages, encore chauds du soleil d' une radieuse journée de printemps? Quoi de plus reposant que cette gymnastique du corps et de l' esprit que vous prodigue la varappe? Rien, à mon humble avis...

Arête du Raimeux Arrivé en gare de Moutier, le grimpeur est immédiatement pris et émerveillé par la grandeur sauvage des rochers qui dominent cette bourgade jurassienne. Il est pourtant bientôt rassuré lorsqu' il apprend que cet énorme bastion émergeant de la Birse à la verticale et se perdant quelque cent mètres plus haut dans la forêt n' est pas l' emplacement de varappe tant connu de tous les Jurassiens. Pourtant, cette gigantesque falaise ( connue sous le nom de « Grande Tête»1 ) qui semble vouloir fermer l' accès des gorges de Moutier, a toute son histoire alpine et elle a su défendre sa face occidentale, si l'on peut dire ainsi, avec autant d' acharnement que l' ont fait ses sœurs d' autres plateaux.

En effet, si son versant sud est depuis longtemps connu pour ses rappels, il n' en est pas de même de celui de l' ouest qui, bien que descendu quelques fois à l' aide de trois rappels vertigineux, n' a été gravi pour la première fois qu' en juin 1948 par une cordée biennoise.

Son ascension verticale d' environ 90 mètres entrecoupée de quelques surplombs nécessita de nombreux pitons et ne demanda pas moins de neuf heures d' efforts!... Folie?... Orgueil?... Non, mais... extrême passion.

Une centaine de mètres plus loin, toujours sur la rive droite de la Birse, s' élève comme une petite sœur bien moins arrogante que la « Grande Tête », mais d' autant plus fine et d' au plus coquette, « l' Arête Spéciale ». De par sa longueur et sa dénivellation plus grandes, elle impressionne moins que sa voisine, écrasée qu' elle est par cette dernière. Son escalade d' une beauté et d' une finesse remarquables se fait fréquemment et le vide impressionnant de quelques-uns de ses passages fait très style « petite ascension ». Elle présente deux ressauts, reliés par une crête très fine et peu redressée. La base de son premier ressaut peut être tournée par la gauche par une cheminée terreuse. Son escalade directe présente une vingtaine de mètres de varappe artificielle obligeant le grimpeur à évoluer avec adresse et précision au-dessus des flots tumultueux d' une Birse menaçante.

Laissons toutefois ces petites spécialités aux rois du rocher et passons à l' arête normale tant connue du Raimeux.

1 Tous les noms locaux sont des appellations usitées par les grimpeurs biennois. Toutefois, il est possible que dans d' autres régions les lieux en question soient connus sous d' autres dénominations.

II y a quelques années cette arête a déjà fait l' objet d' un récit dans cette revue1. C' est donc intentionnellement que je n' en ferai pas une description complète et détaillée, laquelle serait beaucoup trop longue étant donné la variété extraordinaire des « passes » offertes par ce magnifique terrain de varappe.

Peu avant d' arriver à Roches, sur la droite de la route menant de Moutier à Delémont, les gorges se desserrent soudain pour faire place à une combe venant se jeter perpendiculairement dans la Birse. Ce petit vallon est bordé au nord par une chaîne dentelée, rocheuse et très sauvage, qui paraît à peine émerger de la verdure. C' est là que chaque dimanche de printemps de nombreux touristes se retrouvent. Après avoir suivi pendant quelques minutes un sentier tortueux, le varappeur se trouve aux prises avec de magnifiques dalles qui lui font mettre en pratique ses notions techniques d' adhérence. Oh! ce n' est pas que ces dalles soient très raides, bien au contraire, mais leur manque de prises pour les mains font que seules les « gommes » entrent enjeu, et c' est là leur principal intérêt. Une quantité de petits rochers, sans importance pour le gros des visiteurs, font ensuite les délices des techniciens et conduisent aux premiers rochers sérieux, lesquels offrent quatre magnifiques possibilités: le « Kaiserschnitt » et, à la même hauteur mais un peu sur la gauche, le « Cercueil »; puis, entre-deux, une cheminée poussiéreuse dont le surplomb terminal a déjà fait transpirer plus d' un varappeur!... Juste en dessous, la terrible « Fissure des Bâlois », que tout le monde délaisse à quelques rares exceptions près, et qui n' est autre qu' une plaque rigoureusement verticale coupée d' une étroite fissure d' environ quatre mètres s' infléchissant au sommet légèrement sur la droite sans plus aucune prise, tandis que le grand vide vous environne de toutes parts. Ne voilà-t-il pas de quoi vous amuser durant des heures?...

Cette gymnastique vous a dès lors préparés pour l' assaut de « L' Armoire à Glace », qui ne présente pas d' autre difficulté que celle d' être absolument lisse. Le « Canapé », terreur de la grande foule, mais très bon garçon quoique un peu original. Voici d' ailleurs ce qu' un jour il se dit: « Tout le monde me connaît et personne ne veut plus parler de moi? Que je me débarrasse donc de quelques mètres cubes de roche et j' aurai une tout autre physionomie! » Le lendemain il était méconnaissable et chacun se reprit à penser à lui.

Mais, si le « Canapé » est d' humeur bonace, la dalle qu' il surplombe lui est tout opposée. Assez redressée, sans être verticale, elle offre au départ de rares prises, si petites au surplus, que seul un doigt peut y trouver place. Gare donc aux varappeurs peu ou mal entraînés qui, voyant évoluer au-dessus de leur tête des grimpeurs souples et agiles, pensent s' éloigner de là par des gestes rageurs! Il faut qu' ils paient leur tribut en retirant des doigts endoloris par l' effort ou en laissant un peu de peau ou de sang dans la roche.

Si les difficultés se suivent et peuvent être augmentées à loisir en passant à quelques centimètres de la voie normale ou en supprimant telle ou telle prise, vous pouvez aussi les ignorer en suivant un splendide sentier forestier. Le grimpeur est toutefois ainsi fait, que lorsqu' il sort victorieux d' une passe renommée difficile il ne se déclare pas sans autre satisfait et recommence en se passant d' une prise qui, au début, lui semblait être la clef du problème.

Tout à coup, le grimpeur que la fatigue avait lentement lassé voit son attention attirée par l' apparition d' un rocher tout rondet comme posé en équilibre sur une base douteuse. C' est la « Noisette ». Mais qu' il ne s' y arrête pas, car tout de suite il trouvera une superbe paroi barrant tout passage vers le haut et n' offrant pas la moindre issue pour le sentier; 1 Les Alpes 1932, p. 168: Der Petit-Raimeux-Westgrat.

c' est ici la seule difficulté de toute l' arête qui ne permette aucun détour. Pour combler cette lacune, le CAS, je crois, a scellé il y a bien des années déjà quelques pitons, de sorte que ce magnifique bastion n' est plus aujourd'hui qu' une misérable « échelle à poisson », pour employer une expression bien chamoniarde!... A force d' exercice et en ignorant ces fiches les unes après les autres, le grimpeur est arrivé aujourd'hui à s' en passer totalement, mais cette prouesse n' est pourtant pas encore à la portée de tout le monde.

Ces efforts, quoique un peu téméraires, sont ensuite largement récompensés par la vue d' une touffe de gentianes d' un bleu magnifique offrant un agréable contraste pour l' oeil avec la grisaille terne du calcaire. Plus loin, ce sont les sommets jurassiens qu' à peine quelques semaines plus tôt, encore recouverts de leur blanche parure, nous parcourions chaussés de nos skis. Graitery, Moron avec le fameux « Tombeau des Bâlois » et même, dans le fond, Chasserai qu' une traînée de neige sillonne encore dans toute sa hauteur. Les pâturages du Droit fraîchement reverdis s' étendent à nos pieds. Au milieu, minuscule, vue de notre belvédère, une fontaine... Ce détail momentanément insignifiant grandira au fur et à mesure que les gorges se dessécheront... Cette soif harassante qui torture tant de grimpeurs!... Mais le haut de l' arête est encore très éloigné et il faut cesser rêveries et contemplations.

Le sentier se faisant plus accueillant à chaque pas, la foule du dimanche dédaignera certainement bon nombre de rochers tels que le « Nez de Juif », la « Fissure, Cheminée et Traversée Christen », le « Pic André », la « Boîte à Singe »... Il est fort probable pourtant que beaucoup d' entre eux se laisseront tenter par un beau rappel, descendront les trente mètres surplombants du « Philosophe » et qu' ils finiront en beauté en escaladant le petit « Cervin », ne serait-ce que pour se donner un avant-goût des magnifiques joies que toute la saison à venir leur réserve.

Rochers du Schilt C' est en longeant, en direction de l' est, la crête de Jobert, crête sur laquelle se trouve la cabane du Jura, propriété de la section biennoise du CAS, qu' apparaissent sous leur angle le plus favorable les rochers du Schilt dans leur ensemble. Pourtant, c' est de plus près et vue du nord que l' arête principale, véritable lame rocheuse jaillissant de la verdure, est la plus belle à contempler.

De La Heutte, en une demi-heure de marche, on accède très facilement au pied de cet imposant versant rocheux. Totalement ignoré des varappeurs jusqu' à ces dernières années, et d' un aspect bien différent des terrains d' entraînement connus jusqu' alors, il fait d' hui, de par sa solidité et sa verticalité, les délices des grimpeurs biennois, de sorte qu' il n' est pas rare, au cours des longues soirées d' été, de rencontrer plusieurs cordées à l' en.

L' arête terminale, haute d' environ quatre-vingt mètres, offre à elle seule bien des possibilités, qu' il s' agisse d' escalade libre ou d' escalade artificielle. Elle est équipée de cinq bons pitons d' assurage. Le grimpeur peut donc malgré le grand vide qu' il domine, évoluer en toute sécurité et braver dalles, fissures et surplombs récalcitrants sans risques aucuns.

Trop difficile pour connaître la cohue de Raimeux, le Schilt restera longtemps encore le lieu de prédilection de quelques grimpeurs expérimentés et gardera pour eux son aspect sauvage et tranquille ainsi que le secret de ses faces. Longtemps encore, je l' espère, il restera le confident, le témoin des heures d' ivresse et d' action que nous aurons passées dans ses flancs.

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