Varappes uranaises

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Par André Fontana

Avec 2 illustrations ( 117, 118 ) II. Gletschhorn-Winterstock Le Gletschhorn ( 3307 m .) est à la mode depuis que des accidents s' y sont produits. Son arête sud s' annonce comme très fréquentée selon le registre de la cabane Albert Heim; il est vrai qu' elle s' escamote — comme des traces dans la neige nous l' ont prouvé — en partie par les névés de son flanc ouest. Scrupuleux, nous la suivons dès son origine. Elle comporte un seul passage mémorable, une fissure au fond d' un dièdre, en l' honneur de quoi nous chaussons les espadrilles. A mi-hauteur, on trouve un piton et de quoi se reposer. Qui déteste les fissures peut grimper sur la face de droite dans la partie inférieure, sur celle de gauche dans la partie supérieure.

En trois heures et demie nous sommes au sommet et, après un repos d' une demi-heure, nous partons sur l' arête qui court jusqu' au Win ter stock. Il nous faut deux heures et demie pour atteindre l' Unteres Gletschjoch ( 3086 m .), après avoir contourné quelques tours sur la face nord, dans un rocher moins mauvais que le guide ne le laissait prévoir. Une petite heure nous est ensuite nécessaire pour arriver au sommet ouest du Winterstock ( 3198 m .), où nous débouchons après avoir rampé ( côté sud ) sous une dalle et passé par un trou. La descente par le versant sud à la plus basse dépression entre le sommet ouest et le sommet principal est facile. De ce point nous suivons une bonne vire sur la face nord. Nous remarquons une vaste cheminée, ouverte vers l' est, qui donne accès à des dalles en dessous de l' arête après le gendarme précédant le sommet. Deux blocs coincés en facilitent l' escalade, encore que le second surplombe. En haut nous trouvons une terrasse que nous suivons quelque peu sur la droite pour utiliser les fissures des dalles nous amenant à l' arête. Le sommet ( 3206 m .) qui nous domine de quelques mètres est atteint par son versant nord. Il est bientôt 17 heures, et il convient de ne plus flâner. Un rappel est nécessaire pour atteindre la brèche précédant le sommet sud dont nous descendons l' arête sud, très infidèlement suivie, vu l' heure tardive; nous arrivons à la cabane peu après 19 heures, après avoir essuyé quelques rares gouttes de pluie d' un orage avorté, menaçant depuis midi.

III. Galenstock. Kleine Bielenhörner Le deuxième jour nous escaladons le Galenstock ( 3581 m .) par son arête sud-est. Arrivés près de l' Obere Bielenlücke ( 3100 m. environ ), nous gravissons la pente de neige donnant accès aux rochers du versant nord-est de l' arête et franchissons sans difficulté une maigre rimaye ( 31 juillet ). Le guide nous indique de nous élever à l' arête par une cheminée débouchant à droite du premier gendarme. Des fissures, puis apparemment un couloir, conduisent immédiatement à droite de ce premier gendarme. Plus au nord-ouest une cheminée-couloir conduit à droite du second gendarme. Comme Die Alpen - 1946 - Les Alpes7 VARAPPES URANAISES le franchissement de ce second gendarme apparaît problématique, nous nous décidons pour la seconde voie qui s' avère la bonne. Les rochers, encastrés dans la terre ou en équilibre instable, exigent un maniement délicat. L' arête, d' abord rocheuse, puis neigeuse, est facile. On rejoint la voie normale de l' arête sud peu avant le sommet, où nous arrivons quatre heures trois quarts après avoir quitté la cabane. Pour descendre par l' arête nord-est nous pouvons utiliser soit la pente de glace du versant ouest, soit les cailloux du versant est. La première voie nous apparaît préférable, à condition de mettre les crampons, ce que nous faisons. Nous quittons l' arête au Tiefensattel sud, continuons à descendre de biais et sommes de retour à la cabane trois heures après avoir atteint le sommet.

Le lendemain brouillard complet. Nous nous dirigeons à la boussole sur l' Untere Bielenlücke, dans l' idée de traverser le Gross Bielenhorn si le brouillard se lève, le Klein Bielenhorn en cas contraire. Au col, le brouillard persistant, nous nous décidons pour le Klein Bielenhorn. Arrivés au dernier sommet, nous revenons à la brèche le séparant du précédent, pour descendre par une large gorge sur le glacier de Tiefen.

Le Klein Bielenhorn est une montagne rocheuse facile, dit le guide. Certes, à condition d' éviter souvent l' arête et ne pas aimer les amuse-doigts. Il se compose d' un groupe inférieur à deux pointes, culminant au nord-est à 2883 m ., d' un groupe supérieur, culminant au sud à 2947 m. et comprenant plusieurs tours, sur une ligne quasi horizontale aboutissant à l' Untere Bielenlücke. Du glacier de Tiefen ce groupe, qui dépasse de très peu les névés, fait figure d' une ville en ruines au sommet d' une colline. Le contemplant un jour, j' eus soudain l' impression de me trouver près des Baux, ou d' Eze, ou encore mieux de San Giminiano « delle belle torri ». Le soleil qu' il y avait alors, le ciel intensément bleu, aidait à cette évocation de la Provence ou de la Toscane.

IV. Dammazwillinge-Tiefenstock Le quatrième jour nous nous laissons attirer par les Dammazwillinge, soit ces deux premiers gendarmes de l' arête sud-est du Tiefenstock, à partir de l' Oberes Gletschjoch, qui culminent à 3265 et 3268 m. Nous décidons de gagner la brèche des Jumeaux par le couloir qui y aboutit; mais il est en glace vive et ses rives rocheuses sont inutilisables, sauf parfois à notre droite, pour un pas ou deux, sur des cailloux saupoudrés de neige. Nous n' avons pas de crampons, il faut tailler. Je félicite mon ami de ce qu' il arrive aux montagnes de son pays de prendre l' allure des hautes Alpes, mais je n' en aspire pas moins à un autre genre d' exercice. Enfin j' aperçois sur la rive droite une succession de vires qui nous mèneront à la brèche. Il faut en gagner le début par un mur dont les premiers mètres sont aisément praticables. La suite est représentée par une fissure surmontée par un bec rocheux. Pour atteindre ce dernier, il faudrait utiliser un bloc coincé, qui semble prêt à obéir aux lois de la gravitation. Des cailloux et une dalle viennent de dévaler dans le couloir. Ce qu' ont fait quelques rayons de soleil, mon propre poids pourrait le faire. La prudence s' imposant, je m' efforce de lancer la VARAPPES URANAISES corde par-dessus le bec rocheux. J' y parviens après de nombreux essais. Mon camarade monte se placer à ma gauche pour être à même de m' assurer, et je grimpe... sans écroulement. Nous nous élevons ensuite facilement jusqu' à la brèche et gagnons sans délai le Jumeau oriental, à dix minutes, par un invraisemblable entassement de blocs que rien ne tient les uns aux autres, pour nous reposer sur un sommet.

Restaurés, réchauffés par le soleil de midi, ayant chaussé les espadrilles, laissant sacs et piolets, nous nous élançons à la conquête du Jumeau occidental, représenté par une longue arête dominant le glacier de Tiefen. De la brèche des Jumeaux il convient d' atteindre, côté Tiefen, la base d' un éperon plaqué contre la paroi et de le gravir par la gauche, un semblant de cheminée existant entre l' un et l' autre. On atteint ainsi l' arête sommitale à son extrémité droite et il n' y a plus qu' à la suivre. Une descente met à mal les pantalons de qui se cramponne trop. Au bas l' arête se relève brusquement et n' offre guère de possibilités de se tenir. Nous filons en contrebas sur le versant de Winter, dépassons le sommet et accédons à l' arête quelques mètres plus loin par une cheminée que coiffe une dalle, laquelle réserve cependant une ouverture bienvenue. Nous reconnaissons que l' arête menant au Tiefenstock est praticable jusqu' à la prochaine brèche et gagnons le sommet, dont nous redescendons sur la vire côté Winter par un petit mur hérissé de plaques détachées. C' est une troisième voie que nous prendrons demain: un dièdre peu incliné.

Nous retournons au Jumeau oriental, plaçons un premier rappel peu en-dessous du sommet, descendons sans difficultés les étagements dominant le couloir Gletschjoch-Wintergletscher et arrivons à un bec rocheux où d' autres ont rappelé avant nous. Nous évitons un troisième rappel, qui déposa nos prédécesseurs dans le couloir, et réussissons à traverser, du bas de notre second rappel, sur une cheminée donnant accès à l' Oberes Gletschjoch. L' examen de la paroi du Jumeau oriental me convainc que la montée est possible. Une fissure verticale s' élève juste à droite du col. On en pourrait sortir à droite par un pan incliné portant un piton et donnant accès aux étagements. Nous reviendrons demain. Pour le moment il est 16 heures; la neige du couloir descendant vers le glacier de Tiefen se prête à la perfection à une descente rapide, et nous en profitons avec plaisir.

Le lendemain, partis à 5 h. 40, nous sommes à l' Ober Gletschjoch à 7 heures. Les souliers sont fourrés dans les sacs. La fissure se prête à l' esca jusqu' au pan incliné, qui présente une tête arrondie admirablement placée tant pour les mains que pour une boucle qui soutiendra un pied. Il est un peu délicat d' arriver jusqu' au piton. J' y passe un mousqueton et, soutenu par la corde, peux descendre, tout en continuant d' avancer, afin de poser les pieds sur de bonnes prises en dessous du pan incliné. Les étagements sont ensuite atteints, et nous arrivons à 8 h. 50 au Jumeau oriental, après avoir passé à droite du mur descendu la veille en rappel. Quarante minutes plus tard nous sommes au second Jumeau, où nous nous arrêtons une demi-heure.

Nous sommes décidés à pousser jusqu' au Tiefenstock, le plus possible par l' arête. Le guide décrit une ascension faite par la brèche des Jumeaux *«t mi, et qui se déroule sur la face nord-est jusqu' à la tour précédant le couloir neigeux montant du glacier de Winter. Les vires qu' il faudrait utiliser nous apparaissent sans intérêt et surtout sans caractère. L' arête nous conduit jusqu' à la brèche après le premier gendarme que nous traversons par la faille qui le scinde en deux. Le second gendarme ne pouvant être gravi, nous le contournons par le nord-est et rejoignons l' arête au pied du troisième. C' est le premier d' un groupe de quatre, que nous traversons tous par le haut. Les deux du milieu sont de fines aiguilles surplombant côté Tiefen. Il faut une courte échelle pour atteindre la première, et j' ai l' impression, quand mon camarade s' y hisse à son tour, que nos poids conjoints vont la faire basculer. Un bloc formant pont relie le troisième au quatrième gendarme du groupe. Avant la brèche qui marque la fin de la partie basse de l' arête nous évitons par le nord-est deux gendarmes de formes bizarres dont le second semble accessible. De cette brèche nous montons à une tête dès laquelle le granit est en partie recouvert par des schistes marmoréens, délités en parallélépipèdes, formant en un singulier échafaudage une pointe bien individualisée, d' où nous redescendons sur la fenêtre à laquelle aboutit le couloir neigeux montant du glacier de Winter. Pour y atteindre nous posons un rappel au piton que nous trouvons. Nous faisons alors notre seconde halte, de 13 h. 30 à 14 heures. Nous continuons par une tête rocheuse difficile, après quoi nous nous voyons contraints d' emprunter le versant nord-est sur une bonne vire qui nous conduit à une cheminée et à des blocs étages que nous remontons de gauche à droite, évitant plusieurs gendarmes. L' arête sera désormais suivie jusqu' au sommet. Elle n' est plus difficile, mais nous apparaît terriblement fastidieuse, étant donné la fatigue de nos bras et les écorchures de nos doigts, malmenés par les lichens noirs et durs qui garnissent le granit.

Nous restons au sommet ( 3519 m .) de 15 h. 40 à 16 h. 20, dominant la vaste cuvette du glacier du Rhône, où l'on imagine des descentes à ski merveilleuses, sur une neige dont je me dis qu' elle sera l' eau où je me baignerai prochainement. A l' ouest des nuages courent du nord au sud en une file régulière; à plusieurs reprises nos regards s' attachent à une des fenêtres qu' ils laissent ouvertes, et il est amusant de nommer les sommets qui apparaissent isolément l' un après l' autre du Schreckhorn au Blindenhorn. Après quelques visions nous pouvons reconstituer l' ensemble et désigner à coup sûr.

Après avoir remis nos souliers, nous descendons la facile arête sud, pour être de retour à la cabane à 18 h. 10.

V. Blauberge Nous entendons consacrer notre sixième et dernier jour aux Blauberge. Nous passons la Lochberglücke ( 2818 m .) de préférence à l' Alpiglenlücke, pour ne pas perdre trop de niveau, laissons le principal de notre charge sous un bloc de l' Alpiglengletscher et gagnons le pied de l' arête nord-ouest du NW Blaubergstock, sommet percé d' environ 2980 m ., plus individualisé par ses propres voies d' accès — difficiles — que par une situation indépendante.

VARAPPES URANAISES La première partie, sans passages mémorables, conduit à des terrasses, d' où nous examinons les parois pour découvrir la suite. Un feuillet de 12 m. de haut, dont la tranche est de 30 cm. et qui laisse un vide moindre entre lui et la paroi dont il se détache sur la droite, apparaît à l' évidence correspondre à l'«absteigende mächtige Platte » du guide. Ce n' est pas sans passablement souffler que je me hisse au faîte, la jambe gauche dans la faille, le dessus du pied droit prenant appui sur le bord intérieur de la tranche. Plus haut on traverse le premier gendarme de l' arête dans la faille qui le divise et l'on franchit l' arête pour contourner le second gendarme sur la face nord-est. Le guide écrit ceci: « Nun auf dem Grat selbst etwa 5 m. vorwärts und vor dem dritten Gratturm in die Südwand etwa 15 m. absteigen. » Or un troisième gendarme suit immédiatement le second, séparé de lui par un « coup de sabre », et il faudrait se glisser entre eux sur plusieurs mètres avant de déboucher sur la face sud, ou mieux sud-ouest. Nous pensons qu' il faut considérer ces deux gendarmes comme n' en formant qu' un — bifide —, et nous continuons sur la face nord-est. Ayant pris suffisamment de recul, nous constatons que dès l' endroit où nous l' avons traversée l' arête n' existe plus que par le sommet des gendarmes, que sur le versant nord la seule issue serait une grande cheminée s' ouvrant largement en dessous du sommet et dont une gorge nous sépare, qu' enfin l' itinéraire normal continuant sur la face sud doit nécessairement être rejoint par la faille que nous avons négligée, entre ce qui correspond bien, malgré la fâcheuse description, aux deuxième et troisième gendarmes. Nous apercevons une boucle permettant un rappel sur l' autre rive de la gorge, d' où nous pourrons accéder à la cheminée. Mon-tons-y et prenons le chemin de qui l' a posée, qu' il se soit égaré ou ait parcouru une voie inédite. Une bonne couche de glace gît au fond de la cheminée; on y peut prendre appui, ce qui allège l' opposition. Un beau feutre, que son propriétaire aura laissé tomber du sommet, s' offre à point pour qu' on y pose le pied. La cheminée est fermée par un mur vertical qui se laisse gentiment escalader, et l'on aboutit sur une large terrasse formant le dessus du feuillet. Pour la troisième fois je hisse les sacs qui contiennent souliers et piolets dans l' éventualité d' une traversée complète. En face de nous s' ouvre un tunnel qui correspond certainement au trou que nous avons aperçu ce matin. A gauche, la terrasse donne accès à une gorge dont la paroi rive droite comporte une fissure que nous escaladons. Peu après, une courte échelle nous fait aboutir sur un gendarme voisin du sommet, à peine plus élevé. Un piton permet un rappel de 3-4 m. sur le bloc coincé entre les deux. Le vrai sommet nous présente une paroi lisse, mais je m' y hisse par l' ouest au moyen de la corde lancée par-dessus. Il comporte également un piton qui facilitera la descente. Nous remontons au gendarme grâce à la corde qui passe toujours au piton qui y est fiché, posons un peu plus bas une boucle pour descendre sur le versant sud-ouest, par lequel nous gagnons la brèche entre les sommets NW et Central du Blaubergstock.

Il est passé 14 heures. Mon camarade, fatigué, préfère s' en tenir là. Je regrette de quitter si vite les cimes et m' élance seul à l' assaut du Mittlerer Blaubergstock ( 3000 m. environ ) dont le sommet comporte une dalle con- VARAPPES URANAISES fortable. Je me hisse au plus haut des deux gendarmes qui s' y érigent et rejoins la brèche, 55 minutes après en être parti.

Nos impedimenta retrouvés, je laisse mon camarade prendre les devants et descends à pas lents les névés, les dalles, puis le sentier conduisant à la Göscheneralp. Plus j' avance en âge, plus il me devient pénible de quitter la montagne; seule une nécessité urgente m' oblige à en descendre hâtivement. Je me retourne constamment, m' arrête et contemple. Peut-être ne reverrai-je jamais ces lieux; il faut les graver dans ma mémoire. Peut-être serai-je retenu longtemps loin des Alpes, où j' ai goûté tant de joies pleines et hautes, où je me suis si parfaitement accompli; il faut prolonger les heures où j' y suis. Pentes, rochers et neiges, vous m' avez donné de combattre et de vivre austèrement, noblement. Plus je vous hante, plus je m' attache à vos solitudes, alors que mes semblables me lassent. Tant d' autres, venus pleins d' enthousiasme, vous quittent avec empressement. Certes ils courent vers les maisons des hommes, les boissons multiples, les nourritures abondantes, les couches confortables, les lumières qui désarment la nuit; mais on dirait aussi qu' ils vous fuient, qu' après vous avoir désirés en plaine ils ne tolèrent pas longtemps de vous éprouver, de s' éprouver eux-mêmes à votre contact. Ils justifieraient la formule: Post culmen homo inquies. Le royaume de la verticalité les attire, mais ce n' est point le leur; à le fréquenter ils le découvrent hostile. Ce n' est point sans raison, car seules sont essentiellement humaines les terres fertiles; c' est là qu' on élève les bêtes, qu' on cultive les champs, qu' on bâtit les villes, qu' on travaille, qu' on pense, qu' on crée, qu' on aime. Il reste que la haute montagne ouvre sur le ciel, qu' elle attire et retient ses propres moines qui y trouvent discipline et sanc-tification.

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