Brouillard

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Par Fernand Trembley

Avec 1 illustration ( 173 ) Un de mes amis me racontait un jour l' histoire de ce vieux bonhomme vivant dans un de ces villages vaudois où le vin est bon et qui, chaque fois qu' il en avait suffisamment absorbé, se promenait de long en large dans les rues en chantant: « Comme tu l' as voulue, tu l' as, ta cuite. » Pourquoi donc, pendant que je cherche à escalader un petit rocher de rien, tout en portant mes skis sur l' épaule gauche et mes bâtons dans la main droite, pourquoi cette histoire me revient-elle à l' esprit?

Et voilà que mon ami Charly, que je vois à peine quoique moins de vingt mètres nous séparent, me crie: « Comme tu l' as voulue, tu l' as, ta course. » J' ai compris, c' est Charly qui m' a raconté l' histoire du buveur vaudois, et maintenant, dans cet épais brouillard, ses pensées et les miennes se rejoignent. Il se venge de ce que, hier soir, c' est moi qui ai insisté pour partir par n' importe quel temps. Et nous sommes partis de Genève, ce matin vers 9 heures, pour Chamonix, sous une pluie qui ne nous a quittés que vers Sallanches. Il est maintenant 6 heures du soir, voilà près de quatre heures que nous cherchons un moyen d' atteindre la moraine qui nous conduira droit à la cabane Albert-Ier. Voilà des heures que gravissant, qui un couloir raide et triste, mais dont la neige est dure, qui la crête un peu à droite dans une neige pourrie sous laquelle le pied trouve le support incertain des rhodo- dendrons et des bruyères, nous cherchons cette moraine sans oser nous éloigner les uns des autres. Charly hurle à Roger, sur sa crête, pour lui demander ce qu' il voit, et Roger hurle en réponse qu' il voit du brouillard. C' est curieux, l' effet du brouillard sur les cordes vocales. Est-ce parce qu' on se voit mal qu' on se croit obligé de crier alors qu' on est tout près les uns des autres, ou serions-nous en réalité plus éloignés qu' il ne semble? Dans quel sens est l' illusion?

Je réfléchis à cette question, tandis que le couloir devient de plus en plus raide, si raide que soudain ma main gauche bute contre la neige devant moi. D' un seul coup voilà mes skis partis. Nom de...Miracle! Ils s' arrêtent vingt mètres plus bas, mais l' émotion m' a coupé les jambes et, tel un petit garçon craintif, j' appelle Charly qui vient de sortir du couloir un peu plus haut et lui avoue mon malheur. Sans un mot, ce héros de dévouement redescend et va chercher mes skis. « Tu peux dire que tu as de la chance»,me dit-il remontant. Je ne suis pas certain que ce ne soit pas plutôt de la malchance, car enfin, si mes skis étaient redescendus tout en bas et ne s' étaient arrêtés que sur la coulée d' avalanche que nous avons traversée, il y a plus de deux heures, trois peut-être, force aurait été de rebrousser chemin alors que, maintenant, il faut continuer à chercher la moraine...

C' est peu après que je me mis à penser au buveur vaudois et que Charly fit un bruyant écho à mes réflexions.

Dès lors la situation s' aggravait. Le brouillard épaississait et la neige pourrissait de plus en plus.

J' avais une corde de nylon de soixante mètres prise à tout hasard. Je suggérai timidement que l'on s' encordât vu les mauvaises conditions de terrain et le manque de visibilité. A mon étonnement, mes deux amis se déclarèrent d' accord. A les voir s' arrêter et se précipiter sur la corde que portait Roger, j' ai pensé, et je crois encore, qu' ils éprouvaient depuis longtemps, sans oser l' admettre, le besoin d' un peu plus de sécurité.

Pieds mouillés, mains mouillées dans des gants détrempés, autant de raisons de se plaindre de la lenteur des autres. N' ont jamais déroulé une corde? Ont-ils envie de bivouaquer? Enfin ça y est. Nous repartons, cherchant toujours cette moraine. Une demi-heure encore s' est écoulée, il n' y a pas la moindre éclaircie. Charly, en tête de cordée, a décidé de chercher sur la droite, de flanc entre des blocs. Il avance avec l' air de vouloir prendre quelqu'un par surprise; il se cache jusqu' à la taille dans cette neige humide et froide. Ça doit être un jeu. C' est un jeu qui, en tout cas, ralentit sa marche et commence à lui déplaire, car tout à coup il se retourne et me lance: « J' en ai assez, c' est idiot, on n' arrivera qu' à passer la nuit dehors, il faut redescendre avant la nuit. » Avant la nuit. C' est vrai ça. Quelle heure est-il doncDiable, 6 heures déjà. Oui, nous sommes tous d' accord. Rebroussons chemin. Déjà je redescends ce vilain amas de blocs dont l' ascension, tout à l' heure, fut si pénible.

Nouveau cri, de Roger cette fois. « Regarde, vite! » Je me retourne et contemple, à cinquante mètres sous moi et deux cents mètres en avant, la neige blanche ensoleillée: la moraine et derrière, la chute de séracs du glacier du Tour. On voit même maintenant les contreforts rocheux derrière le glacier et pour un instant le ciel bleu et les aiguilles du Tour.

Rapide comme l' éclair, Charly a repéré la voie. « On y va », s' écrie. Ce coin de ciel bleu a chassé ses craintes et ravivé son indomptable optimisme. « De toute façon, ajoute-t-il avec autorité, on sera plus vite à la cabane qu' en bas. » Peu après, nous attaquons la moraine et la nuit monte de la vallée par petits coups toutes les cinq ou dix minutes, comme si la terre n' était pas ronde mais taillée en facettes à la manière des diamants.

Soudain, je ressens une angoisse; dans un moment il fera nuit noire et nous avons beau être sur la moraine, nous ne verrons pas à deux mètres. Je nous imagine tournant en rond autour d' un bâton de ski pour attendre le matin. Je vois déjà un retour à Genève avec trois paires de pieds gelés, car nous pataugeons dans nos souliers depuis longtemps, et la nuit sera longue et froide. Nous nous entendrons reprocher une entreprise téméraire. J' aurais dû, moi le vieux, m' y opposer, et c' est moi, au contraire, qui ai voulu ça. D' où mon angoisse et mon souhait ardent d' une petite éclaircie. Elle ne vient pas mais, à mon grand soulagement, la nuit n' obscurcit pas absolument les lieux.

Alors qu' importe la durée de l' effort? Nous ne pouvons plus manquer la cabane. Quand l' atteindrons? Une sorte de pudeur m' empêche de regarder ma montre, mais il doit être 9 heures. Il ne fait ni chaud, ni froid. C' est parfait. Lentement nous poussons un ski devant l' autre, lentement nous faisons de multiples conversions qui finissent souvent par une chute. Se relever ajoute encore à notre fatigue. Nous ne sommes plus encordés depuis que nous avons rejoint la moraine et Roger, qui marche en tête, nous annonce, du sommet d' un caillou où il nous attend, qu' il a vu la cabane: « Fonce alors », lui ordonne Charly, peu soucieux de la fatigue de l' autre.

Parfois en marchant, quand je lève mes regards vers le ciel tout gris et sale, il me semble y voir gambader des étoiles minuscules. C' est encore un effet du brouillard. Il n' y a pas dans ce ciel plus d' étoiles que d' eau dans le désert.

Pendant que je gravis péniblement la dernière pente très raide qui nous amène soudain contre les murs d' aluminium de la cabane, voilà que je vois de nouveau des étoiles, moins nombreuses cette fois, immobiles et brillantes. Ce sont de vraies étoiles! Voici même que se dessine l' Aiguille Verte, puis le Chardonnet. Pour un peu je m' écrierais que le ciel est bleu. Il fait grand beau quand, enfin, nous atteignons le refuge Albert-Ier à 11 heures du soir.

Hélas! la recherche d' une boîte d' allumettes au fond d' un sac nous coûte notre seule bouteille de rouge, aussi le moral tombe-t-il fort bas. Il nous semble probable que, vu la mer de brouillard, nous ne monterons pas au Col du Tour demain. La descente suffira.

Elle a suffi, en effet. Après quelques minutes au soleil sur une neige splendide, nous nous sommes enfoncés dans le brouillard et la neige pourrie, le carton, la meringue. Finalement, pour terminer cette expédition, genre première hivernale, nous avons dû poser une main courante pour rejoindre, toujours dans le brouillard, un vilain couloir rempli de mauvaise neige et arriver enfin sur la vaste plaine du Tour.

Walter Simon: Der Senne

In einem steilformatigen Temperagemälde ( von 1954 ), dessen Höhe von 80 cm zweimal die Breite ausmacht, hat der Berner Maler Walter Simon das Bild eines sonngebräunten, jungen Sennen festgehalten. Mit übereinandergelegten Händen stützt er sich, Pfeife rauchend, auf seinen fast mannshohen Bergstock. Derb beschuht, steht er, in leichter Ausruhstellung, frontal vor jäh ansteigendem, horizontlosem Gelände. In Schulterhöhe tauchen hinter ihm zwei Blockhütten oder Stadel auf.

Dies ist die kurze Angabe der Realitäten im Bilde, in dem bewusst auf Tiefenräumlich-keit, zugunsten eines flächigen Farbgefüges, Verzicht geleistet wurde.

Das Thema « Senne » schweizerischer Prägung bedingte teilweise die Farbwahl, die hier stimmungsmässig und subjektiv getroffen, im Hinblick auf Ausgleich von Grün und Braun, unterstützt durch Mittlertöne, beschränkt worden ist. Diese farbige Enthaltsamkeit hält der zeichnerisch-flächenhaften die Waage. Der Braun-Grün-Akkord, aufgelichtet durch ein bisschen Weiss, bestimmt die farbige Grundhaltung. Auf ihn beziehen sich die mancherlei Zwischentöne, die die künstlerische Ebene miterzeugen, in die das Thema - von einem naturalistischen Standpunkt aus gesehen - entrückt erscheint und neben dem rein Gegenständ-lichen ein Eigenleben entfaltet.

Die Bildachse bestreitet die straffe Männergestalt, die durch ihre gestreckten Proportionen und hochgehaltenen Arme schlank und elastisch wirkt. Sie ist Träger der grössten Helligkeit der Komposition im Weiss des Hemdes - das unterhalb der Achseln zu beiden Seiten gedämpfter weiterklingt -, des kältesten Farbtons im grünblauen Älplerkittel und der Sammelpunkte aller Warmtöne in Gesicht und Händen. Von diesem, nach der oberen Bildhälfte verlagerten, Kräftezentrum aus sind in abstrahierender, nicht abstrakter Weise die Linien und Flächen ausbalanciert, die Farbtöne ausgewogen. Die Art, wie dies geschieht, verrät eine ihrer Mittel sichere Kraft. Sie setzt einen sorgfältig überlegenden Kopf und ein farbempfindliches Auge voraus.

Das Ergebnis ist eine Wesensschilderung, fernab von aktionsgeladener Erzählerlust, in der der Ernst, die Herbheit und die Monotonie eines Stückes abgeschlossener Bergwelt zum Ausdruck kommt, ohne Pathos freilich, indessen nicht ohne Grösse.

Margarete Pfister-Burkhalter

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