La chaîne du Mont-Blanc à travers les siècles

Hinweis: Questo articolo è disponibile in un'unica lingua. In passato, gli annuari non venivano tradotti.

W. A. B. Coolidge ( section de Berne ).

( Suite et fin. ) Par Dans un article publié dans le dernier tome du Jahrbuch j' ai étudié la nomenclature historique des deux cimes ( à savoir le Mont-Blanc lui-même, et l' Aiguille du Géant ) de la chaîne du Mont-Blanc, dont il est question soit dans la littérature soit sur les cartes, avant 1740 environ, et j' ai parle aussi en détail de la nomenclature et de l' histoire du col de glacier unique ( celui du Géant ) dans cette chaîne, qui ait été indiqué sur les cartes ( à l' exception d' une allusion possible au col du Tour en 1694 ) ou mentionné dans la littérature avant 1800. Il s' agit maintenant de compléter mon travail en étudiant ( D. ) la nomenclature historique des cimes de la chaîne ( à part le Mont-Blanc et le Géant ), dont il est question dans la littérature ou sur les cartes avant 1800. Je ne l' ai pas cru nécessaire de parler de la nomenclature historique des cimes après 1800, car à cette époque elles possédaient toutes, à très peu d' exceptions près ( par exemple le Dôme de Miage, l' Aiguille d' Argentière et le Tour Noir ), les noms qui leur sont attribués aujourd'hui. J' espère donc que mon travail fera ressortir les grande mérites ( souvent ignorés ) de nos ancêtres alpinistes, qui ont baptisé les cimes qui les dominaient, tout en laissant à notre génération le plaisir de les escalader. Qu' il me soit permis d' avertir mes lecteurs que je ferai emploi des mêmes abréviations des titres des ouvrages cités que dans mon article précédent ( voir surtout la note à la p. 246 — les titres de presque tous les ouvrages cités sont donnés sous la rubrique 1. Aiguille du Dru ), et qu' à la fin de cet article-ci ils trouveront quelques „ Corrigenda et Addenda " à mon article de 1902. Quant aux cartes, il n' y en a que quatre qui nous seront utiles: 1742 ( Martel ), 1786 ( de Saussure, t. II ), 1790 ( Berthout van Berchem — cette carte a plus de noms que toutes les autres ) et 1800 ( J. H. Weiss ).

D. Les cimes de la chaîne du Mont-Blanc, outre le Mont-Blanc

et le Géant.

Après avoir soigneusement considéré la question, il m' a semblé que, comme dans mon travail c' est l' intérêt historique et chronologique qui domine, il serait plus clair d' étudier chaque cime d' après l' ordre chronologique de la première mention qui en ait été faite. Mais afin de permettre à mes lecteurs de trouver facilement le passage qui les intéresserait spécialement, j' ai ajouté à la fin de la section D. une liste de ces cimes, classées d' après leur ordre alphabétique, ajoutant dans chaque cas la date de la première mention de la cime dont il s' agit.

1. Aiguille du Dru.

A tout seigneur tout honneur. Personne ne sera surpris d' apprendre que la première cime de la chaîne qui paraît dans la littérature alpine ou sur les cartes de date postérieure à 1740 est le Dru, qui, pour ainsi dire, fait pendant sur le versant de Chamonix à son rival, le Géant, qui se dresse sur le versant valdôtain. Il est curieux que Windham en 1741 ne parle pas du Dru, qu' il a certainement dû apercevoir lors de sa course à la Mer de Glace. Mais en 174-2 Martel ( le premier aussi à faire une mention littéraire du Géant ) nous décrit ce bel obélisque dans les phrases suivantes ( p. 248 de l' édition de sa „ Relation " donnée par M. Dufour ): „ celle qui est vers le midi, que l'on voit d' abord devant soi, est celle que l'on nomme l' Aiguille du Dru. Cette pointe ressemble à un obélisque, dont la cime se perd au-dessus des nues, faisant au sommet tin angle fort aigu. Elle ressemble fort à une grande tour gothique, bâtie d' une pierre blanche et brune, dont les parties sont toutes fort rustiques, car il faut remarquer que les morceaux qui s' en détachent le font toujours verticalement, en laissant de petites parties isolées par-ci parla, et qui font que toute cette montagne paraît composée d' une infinité de petites tours, ce qui fait un très bel effet, lorsque le soleil l' éclaire, par l' agréable mélange de clair et de brun qui est varié à l' infini. " Sur sa carte de 1742 Martel indique bien „ L' Eguille du Dru ", et son traducteur anglais de 1744 ( p. 22 du facsimile Mathews ) ajoute à sa description encore une remarque: „ Cette montagne est trop escarpée pour que la neige ou la glace puisse s' y maintenir " ( j' emprunte la version française donnée par M. Dufour ). En J760, Grüner ( „ Die Eisgebirge des Schweizerlandes " ) reproduit ( p. 216 du tome I de l' édition allemande, ou p. 158 de la traduction française de M. de Kéralio, qui date de 1770 ), la première phrase de la description de Martel, et indique sur sa carte „ L' Aiguille du Dru " sous le n° 133; il en donne même une vue ( sous le n° 4 de la planche en face de la p. 213 de l' édition allemande, ou de la planche XIII de la traduction française de son ouvrage ), dans laquelle notre cime est adossée au Géant, qui la domine de beaucoup plus que des 259 mètres dont elle l' emporte effectivement sur le Dru. En 1762, M. le duc de la Rochefoucauld d' Enville parle du Dru à plusieurs reprises. A la p. 481 de l' édition de sa „ Relation " donnée dans le tome XX de 1' Annuaire du Club Alpin Français, il écrit assez sèchement, bien que très exactement, „ l' Aiguille du Dru, montagne placée exactement vis-à-vis le Mont-Tanvert ", et aux p. 483 et 486—487 il en fait mention en passant. Pour trouver une autre mention de notre cime, il faut aller jusqu' à Bourrit qui en 1773 ( „ Description des Glacières ", p. 43 ) dit que „ le Dru qui les surpasse par sa hauteur est une magnifique pyramide ", et il le figure ( mais sans nom ) sur la gravure en face de la p. 38. Bordier, en 1773 aussi ( „ Voyage pittoresque aux Glacières de Savoye ", p. 198 ) est encore plus bref: „ De ces pointes sinistres, qui semblent menacer les astres, l' une est le Dru. " En 1776 Bourrit de nouveau ( „ Description des aspects du Mont-Blanc du côté de la Val d' Aost ", p. 140 ) en décrivant le panorama depuis le Buet, remarque qu' au du Mont-Blanc „ est le sommet de l' Argentière c' est l' Aiguille Verte, voir le n° 9 plus loin], auquel la pointe du Dru semble être colléeet en 1779 de Saussure ( t. I, p. 512 ), dans les explications annexes à sa planche 8 ( Vue circulaire depuis le Buet ) reproduit cette remarque: „ q. Aiguille d' Ar, et à droite au-dessous d' elle l' Aiguille du Dru. " En 1779 Coxe ( p. 289 ) mentionne 1 ' " Aiguille de Dreux. En effet, l' année 1779 lait époque dans l' histoire du Dru, car M. John Moore dans son livre intitulé „ A View of Society and Manners in France, Switzerland and Germany " ( t. I, p. 217—219 ), nous décrit une tentative pour escalader notre obélisque. ( Je traduit le texte anglais qui a été réimprimé dans l' " Alpine Journal ", t. VI, p. 194. ) „ Notre caravane était occupée à contempler la belle vue dont on jouit depuis le Montanvert, lorsque un de ses membres remarqua que du sommet d' une des aiguilles le panorama serait encore plus beau. Cette idée excita l' ambition du duc d' Hamilton. Il bondit de son siège et se dirigea vers l' Aiguille du Dru, qui est la plus élevée des quatre aiguilles. Mais, bien qu' il sautât à travers la glace comme un jeune chamois vigoureux, il lui fallut un certain temps pour atteindre le pied de l' aiguille — car dans ces régions neigeuses on se trompe beaucoup quant aux distances. S' il arrive jusqu' auprès de la cime ', dit M. G. le regardant avec impatience ,il jurera que nous nous n' avons rien vu. Mais j' essaierai de monter aussi haut que lui, car je n' aime pas voir des gens s' élever plus haut que moi. ' En prononçant ces paroles, M. G. bondit après M. le duc. Bientôt nous les vîmes tous les deux grimper dans les rochers. Le duc avait déjà atteint une élévation assez grande, lorsqu' il se vit bloqué par un passage dans le rocher qui était absolument impraticable ( car il s' était élancé avec une impétuosité si ardente qu' il n' avait pas pris le chemin le plus facile ), de sorte que M. G. put l' y rejoindre.

Ils se donnèrent quelques instants pour reprendre haleine et se reposer un peu. Mais l' un tenait à ne pas être laissé en arrière, tandis que l' autre était d' avis que l' ascension ne valait pas la peine. Donc, comme deux puissances rivales qui ont épuisé leurs forces dans une bataille restée indécise, nos deux aventuriers, fatigués et désappointés, revinrent à l' endroit d' où ils étaient partis. " Il va sans dire que ces deux touristes ne se sont pas élevés très haut sur les flancs du Dru ( dont le point culminant resta vierge, on le sait, jusqu' en 1878 ), mais l' idée même de gravir cette aiguille témoigne d' un courage peu commun à cette époque, à laquelle le Mont-Blanc lui-même n' avait pas été dompté encore. La date de cette tentative paraît avoir été 1776 ( voir le passage de de Saussure daté de 1786 et cité plus loin ).

En Ì785 Bourrit ( „ Nouvelle description des Glacières " ) nous communique à trois reprises ses observations sur cette cime superbe. „ Tout à coup nous voyons une colonne majestueuse qui s' élève comme un ment' iguste e semble percer la voûte des cieux. C' est l' Aiguille du Dru,. III, p. 67 ). „ La sommité la plus voisine de nous est celle du Dru. Semblable à une pyramide d' une base immense, on la voit s' amincir par degré, et se terminer en pointe. Des rivières de neiges comblent ses ornières et ses fêlures verticales; des amas de glaces en forme de murs décorent ses bases et semblent contribuer à sa solidité. Cette pièce énorme dont la hauteur approche de 1800 toises est d' un pur granit; des torrens, des filets d' eau qui tombent en cascade, l' embellissent, ainsi que quelques plateaux couverts d' une riante verdure " ( t. III, p. 69 ). Et encore ( t. Ill, p. Ill ): „ En avançant vers cet amas l'on jouit de l' aspect du Dru, qui élève sa tête pyramidale par-dessus les pics de glace du Montanvert. Quelquefois, lorsque les nues s' y promènent, il offre un spectacle magnifique; il les perce et paroit lancé en l' air; souvent encore, on le voit au milieu d' épais nuages seul éclairé du soleil; alors on le prendroit pour une colonne de feu, et les vapeurs qui l' environnent pour la fumée d' un volcan. "

En 7786 de Saussure insère le nom „ Le Dru " sur sa carte ( tome II de ses „ Voyages dans les Alpes " ), et, en décrivant la vue dont il jouit depuis le col de Balme, porte l' attention de ses lecteurs sur l' " Aiguille d' Argentière " c' est l' Aiguille Verte] „ de laquelle l' Aiguille du Dru se détache vers le haut comme la serre entr'ouverte d' une écrevisse " ( t. II, p. 94 ). Mais c' est aux pages 7 et 8 du tome II que de Saussure parle du Dru en détail: „ Entre les montagnes qui dominent le glacier des Bois, celui qui fixe le plus les regards de l' observateur est un grand obélisque de granit, qui est en face du Montanvert, de l' autre côté du glacier. On le nomme l' Aiguille du Dru; et, en effet, sa forme arrondie et excessivement élancée lui donne plus de ressemblance avec une aiguille qu' avec un obélisque: ses côtés semblent polis comme un ouvrage de l' art; on y distingue seulement quelques aspérités et quelques fentes rectilignes, très nettement tranchées. Si, comme je l' ai dit, quelques-uns de ces pics peuvent être comparés à des artichaux composés de grands feuillets pyramidaux, ce cône seroit le cœur d' un de ces artichaux. La hauteur de ce pic, au-dessus de la vallée de Chamonix, a été mesurée trigonométriquement par M. Pictet: il l' a trouvée de 1422 toises. Il est absolument inaccessible dans toute sa hauteur: ainsi on est.réduit à l' observer avec le télescope. C' est ce que je fis en 1776, avec M. le chevalier Hamilton, qui avoit fait porter sur le Montanvert une grande lunette achromatique. Nous vîmes que ce cône alongé, dont la pointe est cassée, est couronné de quelques gros fragments entassés sans ordre. Sous ces fragments le haut de l' aiguille nous parut un assemblage de grandes assises horizontales, composées de pièces rectangulaires, comme un ouvrage de maçonnerie; ces assises se répétoient dix ou douze fois de suite; mais de là jusques au bas, on ne retrouvoit plus de vestiges de ces couches, et la plupart des lentes qui divisoient le bloc énorme de granit dont ce pic est composé, paroissoient obliques et irrégulières. "

Entre 1786 et 1800 je n' ai pu trouver que quelques rares mentions ( résumant les traits déjà décrits ) de notre pic; en 1790, dans l' " Itine de la Vallée de Chamonix " par J. P. Berthout van Berchem ( p. 68, 100 et 102 et sur la carte, sous le n° 8 ), et en 1791 dans la première édition de l' " Itinéraire de Genève, Lausanne et Chamouni " par Bourrit ( p. 254—255 ). La feuille 13 ( gravée en 1800 ) de l' Atlas de Weiss indique „ Le Dru ".

2. Aiguille des Charmoz.

En 1742, Martel ( p. 248 ) parle de „ les Chameaux ", voulant indiquer sans doute les pâturages de ce nom; mais deux lignes plus loin ( p. 249 ) il écrit: „ sur cette montagne c' est les pâturages du Montenvers, des Charmas, et de BlaitièreJ s' élèvent quatre pointes dans le goût de l' Aiguille du Dru, et que l'on nomme les Pointes des Charmeaux ", première apparition de ce nom dans la littérature alpine. Or, comme Martel ne mentionne aucune autre des cinq grandes Aiguilles de Chamonix, il est probable qu' il a englobé sous le nom général de „ Charmeaux " soit l' Aiguille de I' M. ( 2836 m ), les Grands ( 3442 m ) et les Petits Charmoz ( 2866 m ), et le Grépon ( 3489 m ), soit ( s' il a considéré les deux Charmoz comme ne formant qu' une sommité ) l' Aiguille de I' M, les deux Charmoz, le Grépon et la Blaitière. Peu nous importe laquelle hypothèse est la bonne, car il est évident que les Charmoz d' aujourd s' appelaient ainsi en 1742 déjà. En 1762, le duc de la Rochefoucauld D' Enville ( Ann. du C.A.F., XX, p. 482 ) parle de „ les Charmaux, qui sont placés sur le Mon-Tanvert ". En 1779, de Saussure, sur sa „ Vue circulaire depuis le Buet " ( en face de la page 512 du tome I ) réunit toutes les cinq grandes aiguilles sous le nom général: „ Les Aiguilles de Chamouni ". Sur sa planche V ( en face de la page 500, où se trouve une explication de cette planche ) il nomme l' " Aiguille des Charmoz” tout en la figurant, mais il est difficile de décider s' il avait en vue les Petits ou les Grands Charmoz. En 1779, aussi, le voyageur anglais Coxe ( p. 289 ) mentionne comme les principales aiguilles celles du Dru, du Moine, du Tacul, et l' " Aiguille de Charmeaux” ( sic ), mais, s' appuyant sans doute sur le texte de l' ouvrage de de Saussure, il ne précise pas plus que son maître la cime exacte à laquelle il pensait.

En 1785, Bourrit reproduit plusieurs fois le nom Charmoz. A la page 60 de son tome III il place „ les Charmos " entre la Blaitière et „ la Fourchuecomme cette dernière cime doit être probablement identifiée avec les Petits Charmoz ( 2868 m ) ( nommé Grépon par Bourrit, p. 149 et 153 ), il semble que les Charmos de Bourrit ne peuvent être que les Grands Charmoz ( 3442 m ) d' aujourd. Cependant à la page 61 il écrit: „ La grandeur de ces objets trompe sur leur distance. L' œil ne peut les apprécier; qui ne diroit pas que l' Aiguille des Charmos fait partie de notre chaîne? Cependant, non seulement elle en est détachée, mais distante encore de plus d' une lieue. " Ici Bourrit a l' air d' attribuer le nom de „ Charmos " aux Petits Charmoz ( 2868 m ) plutôt qu' aux Grands Charmoz ( 3442 m ). La vue en face de la p. 37 de Bourrit ne nous aide pas beaucoup; les cinq aiguilles y sont toutes figurées, mais le titre de la gravure ne mentionne que les noms des Aiguilles des Charmos et du Plan. Celle mise en face de la page 68 ne nous est pas plus utile, car, bien qu' elle figure distinctement les deux Charmoz, Bourrit n' attache aucun nom aux cimes qui y sont figurées. Cependant dans le passage suivant, qui décrit la vue depuis le Montenvers, Bourrit ( p. 69-70 ) entend certainement les Grands Charmoz: rau midi, c' est l' Aiguille des Charmoz. Plus haute que le Druon y remarque des ornières plus considérables et des pics presque détachés du corps de la montagne: ils paroissent si ésilés et tenir à si peu de chose qu' on s' imagine qu' il suffit d' un orage pour les renverser dans la vallée: cette sommité est du plus grand effet, ses couches perpendiculaires sont fortement tracées, sa teinte foncée contraste avec l' éclatante blancheur d' une sommité de glace dont elle masque le corps ". D' autre part, lorsque Bourrit dit ( p. 105 ) que „ du sommet du Couvercle j' ai observé un grand nombre de glaciers qui revêtent les derrières de l' Aiguille des Charmos ", il semble englober sous ce nom et les Grands Charmoz ( 3442 m ) et le Grépon ( 3489 m ). Une dernière mention des Charmos faite en passant par Bourrit ( p. 109 ) doit être enregistrée, bien qu' elle n' éclaircit pas la question que nous étudions. A tout prendre, il semble que „ les Charmos " de Bourrit sont les Grands Charmoz ( 3442 m ) d' aujourd.

Nous arrivons maintenant au tome II de de Saussure, publié en 1786. Sur la grande carte qui l' accompagne, ce savant réunit sous le nom de „ Aiguilles des Charmoz " les grandes Aiguilles de Chamonix, à part celle du Midi qui est nommée en toutes lettres. Sur sa planche I ( en face de la p. 88 ) il figure l' Aiguille de I' M, les deux Charmoz et le Grépon actuels, mais sans leur attacher des noms. A la page 64 il donne une explication de cette planche: „ On compte cinq aiguilles bien distinctes et situées à peu près sur la même ligne. Celles du Crépon et des Charmoz, qui sont le plus à gauche du côté de l' est m' intéressoient moins que les autres: elles sont moins élevées et je connoissois leur pied. " De Saussure place ici les Charmoz à gauche ( ou au nord ) du Grépon, mais il n' est pas possible de dire s' il voulait effectivement attribuer le nom de Charmoz aux Grands ou aux Petits Charmoz d' aujourd. A la page 2 il dit que le Montenvers „ est au pied de l' Aiguille des Charmos ", et à la page 25 que „ les montagnes que nous côtoyons [se rendant du Montenvers par les Ponts sur la Mer de Glace] dépendent de l' Ai des Charmoz ". A mon avis donc, de Saussure ne précise jamais le sens dans lequel il emploie le nom de „ Charmoz ", probablement qu' il l' a attribué à toute la longue crête descendant depuis le Grépon ( 3489 m ) vers le nord.

En 1789, Coxe ( p. 424 ) parle de 1 ' " Aiguille des Charmeaux, sous laquelle un Genevois avait été tué c' est sur l' Aiguille de Tré-laportej — il entend certainement les Grands Charmoz ( 3442 m ). En 1790, Berthout van Berchem indique sur sa carte, sous le n° 22, l' " Aiguille des Charmos ", mais la position donnée du n° 22 sied aussi bien aux Grands qu' aux Petits Charmoz. A la page 98 il dit comme de Saussure, que le Montenvers est situé précisément au pied de l' Ai des Charmoz, et à la page 110 il y reproduit de nouveau la phrase de de Saussure, que la course au Plan de l' Aiguille se fait en marchant le long des bases des Aiguilles de Charmos et de Grépon: mais ni l' un ni l' autre de ces deux passages ne nous permettent de dire définitivement, si Berthout van Berchem ait voulu indiquer sous le nom de Charmos les Grands ou les Petits Charmoz. En 1791, Bourrit ( p. 254 ) mentionne, mais rien de plus, „ les Charmos ", et de même en 1803 ( p. 43 ). Mais en 1803 il nous donne ( en face de la page 40 ) une vue prise depuis' e Montenvers; sur cette vue il figure F„Aiguille des Charmaux ", qui est sans doute les Grands Charmoz. Mais à la page 212 du même ouvrage Bourrit semble songer plutôt aux Petits Charmoz: „ un autre point de vue remarquable est celui de l' Aiguille des Charmos sur le Montanvert: on croirait y voir une place fortifiée de courtines et de bastions. On découvre au-delà le sommet du col du Géant et la plus grande partie du glacier qui y conduit ".

3. Les Jorasses.

En 1742 déjà, la carte de Martel, sous le n° 8, donne le nom de „ Le Mont des Echaus " à une cime qui s' élèverait entre le Dru et le „ Col Majou " c' est le Col du Géant]. Il songeait probablement aux Jorasses; et en tout cas il indique le „ Mont Malay " ou l' Aiguille du Géant comme étant séparée du Col du Géant et par le Dru et par le „ Mont des Echaus ". A la fin de la version française de la „ Relation " de Martel on lit, comme une des premières réponses à des Questions ( p. 262 de l' éd de M. Dufour ), la phrase suivante: „ La montagne au bout de la glacière, qui fait pointe de séparation de la glacière qui va à Courmajeux et de l' autre qui va dans le Valais, est nommée l' Echaire. " Dans mon article précédent ( Jahrbuch S.A.C. XXXVII, p. 263 ) j' ai émis l' hypothèse que sous le nom „ l' Echaire " se cache soit „ l' Argentière ", soit le „ Géant ", soit „ Leschauxmais à présent j' incline à l' interpréter comme une forme phonétique de „ Leschaux ". Dans une addition à la „ Relation " de Martel, qui se trouve seulement dans la traduction anglaise de 1744 ( p. 19 du facsimile Mathews ), on lit les phrases suivantes ( je les emprunte à la version française que donne M. Dufour à la page 191, note, de son édition ): „ La vallée de Chamougny est entourée de tous les côtés par de très hautes montagnes, surtout du côté du midi, où se trouve la montagne fort élevée des Eschaux. La glace couvre la face nord de cette même montagne, tandis qu' il n' y en a point du tout sur la montagne qui est en face d' elle de l' autre côté de la glacière. "

Je crois que cette „ montagne des Eschaux " du texte et de la carte de Martel et de l' addition faite en 1744 au texte original de sa „ Relation ", ne peut être que les Jorasses, qui s' élèvent effectivement au fond du glacier de Leschaux et se voient si bien depuis le Montenvers. Mais ce fut Bourrit, qui le premier eut l' honneur de présenter au grand monde, sous son propre nom, la crête grandiose que couronnent les Grandes et les Petites Jorasses. En 1785 il écrit ( t. III, p. 70 ): „ A gauche, sur la même ligne c' est de l' Aiguille du Géant], le Grand Jorasse [sic], mont aussi prodigieux par sa hauteur, qu' il l' est par les amoncelemens de glaces et de neiges dont il est chargé. " A plusieurs reprises, dans le même ouvrage, il parle d' un de ces guides, le meunier Jean-Baptiste Lombard, à qui on avait donne le sobriquet du Grand Jorasse, par cause, sans doute, de sa grande taille ( voir pp. 64, 103. 109, 297 ). En 1786 de Saussure indique sur sa carte „ la Grande Jorasse " et „ la Petite Jorasse ". Il les nomme aussi dans son texte en passant ( t. II, p. 36 ), comme s' élevant au fond du glacier de Leschaux, mais, dans sa description du panorama depuis le Crammont, il en parle plus au long ( t. II, p. 333 ): „ En tirant plus encore au Nord-Est, on reconnoît les Jorasses, que nous avons vues du haut du Talèfre: elles paroissent d' ici, après le Mont Blanc et ses escaliers, les sommités les plus élevées de toute cette chaîne, et elles semblent résulter de l' as de plusieurs suites de feuillets pyramidaux convergents vers leur sommet. " De Saussure avait parfaitement raison quant à la très grande hauteur des Jorasses, qui atteignent 4205 mètres, soit 78 mètres de plus que l' Aiguille Verte. En 1787 Berthout van Berchem écrit ( Excursions dans les Mines du Haut Faucigny, p. 45 ): „ Vis-à-vis de moi, au Sud, je vois le glacier de l' Echau, au fond duquel s' élève la Grande et la Petite Jorasse, rochers escarpés à arêtes vives et tranchantes. " En 1790 le même auteur indique ces deux pointes sur sa carte ( sous les nos 13 et 15 ), et en dit ( p. 117 ): „ Entre le Sud et l' Ouest on voit c' est depuis le Jardin] les Grandes Joraces " [sic]. En 1791 Bourrit ( p. 254 ) mentionne „ le Grand Jorasse ", et en 1803, sur la planche en face du tome I, p. 40, de son livre, il figure et nomme „ le Grand Jorace ". Il est évident que ni l' orthographe ni le genre de ce nom n' étaient encore bien fixés.

4. Aiguille du Midi.

Des cinq grandes „ Aiguilles de Chamonix " ( c'est-à-dire celles qui s' élèvent au S.E. de Chamonix, et s' étendent de la Mer de Glace qu' au Glacier des Bossons ), l' Aiguille du Midi est la première à laquelle les écrivains du XVIIIe siècle attribuent un caractère et un nom personnels: car Martel en 1742 englobe les quatre pointes voisines du Midi sous le nom d' ensemble de „ Charmoz " ( voir le n° 2 plus haut ). Or, l' Aiguille du Midi est à la fois la plus élevée des cinq „ Aiguilles de Chamonix ", et, vue depuis la vallée, produit la plus grande impression, de sorte qu' on se rend très bien compte du fait qu' elle ait la première attiré l' attention de nos auteurs. D' ailleurs les gens du pays ont dû lui attribuer de bonne heure son nom actuel, qui répond parfaitement à sa position topographique.

En 1762 déjà, le duc de la Rochefoucauld D' Enville fait mention à deux reprises de notre aiguille: „ Un autre glacier descend entre le Mont Blanc et l' Aiguille du Midi aussi dans la vallée de Chamouny " ( p. 480et de nouveau ( p. 487 ): „ l' Aiguille du Midi au Sud-Sud quart à l' Est ", c'est-à-dire du village de Chamonix. En 1773, Bordier ( p. 198 ) fait mention de „ l' Eguille du Midi, l' Eguille Percée ", description qui pourrait faire croire ( mais à tort, comme nous verrons plus bas ) qu' il distingue ici deux cimes, au lieu d' attribuer deux noms au même sommet. En 1776, Bourrit ( p. 19 ) mentionne notre cime, mais rien de plus, et il nous faut pousser jusqu' à de Saussure avant d' en trouver une description un peu détaillée. En 1779, ce savant célèbre lui consacre une planche entière ( planche VI, en face de la page 504 du tome I ), dont il donne l' expli suivante ( p. 503 ): „ II y a cependant quelques montagnes de granit, de forme pyramidale, dont les feuillets tournent autour du centre ou de I' axe de la pyramide, presque comme ceux d' un artichaut. Cette montagne inaccessible, que l'on nomme à Chamouni l' Aiguille du Midi, paroît être de ce genre. Mr. Bourrit en a fait un dessin, d' après lequel j' ai fait graver la planche VI. " Cependant sur sa Vue circulaire prise an sommet du Buet ( en face de la page 512 ) de Saussure englobe, sous la lettre s, notre aiguille sous le nom général des „ Aiguilles de Chamouni ", bien qu' à la p. 499, en expliquant cette vue circulaire, il dit: „ L' Aiguille du Midi et les autres rochers en pyramide, qui dominent la vallée de Chamouni, sont au-dessous de la lettre s. " En 1785, Bourrit ( p. 60 ) parle de notre aiguille, sa phrase n' ayant d' importante historique que par suite des deux noms qu' il lui donne, phrase qui éclaircit celle de Bordier: „ La première [de ces aiguilles] se nomme l' Aiguille Percée ou du Midi, parce qu' en effet on y voit le ciel au travers d' un trou. " ( Il serait intéressant de savoir si ce nom d' Aiguille Percée persiste encore à Chamonix. ) En 1786, de Saussure figure notre aiguille avec son nom sous la lettre c de sa planche I ( en face de la page 88 ), sur laquelle il mentionne aussi les Aiguilles de Blaitière et du Plan; mais sur sa carte le Midi seul des cinq grandes aiguilles porte un nom à lui. Dans son texte de Saussure appelle ( p. 74 ) notre aiguille „ la belle et haute pyramide de l' Aiguille du Midi, qui cache c' est depuis le Plan de l' Aiguille à la vérité la cime du Mont Blancet ( pp. 77 et 80 ) il parle assez longuement de sa constitution géologique, qu' il a pu étudier en parcourant les pentes à son pied. En 1790, Berthout van Berchem résume ( pp. 135 et 141-142; les renseignements donnés par de Saussure et indique notre aiguille sur sa carte ( sous le n° 25 ); à la page 142 il écrit: „ L' Aiguille du Midi est élevée 1469 toises sur Chamonix et de 2009 toises sur la mer. " De Saussure nous apprend en 1796 ( p. 228 ) que cette altitude de 1469 toises repose sur des observations faites par lui en 1788 à Chamonix ainsi qu' au col du Géant: „ Pour connoître la hauteur de notre station [au col du Géant], comme le col du Géant n' étoit pas visible de Chamouni, je pensai à mesurer trigonométriquement la hauteur d' une cime visible et de Chamouni et de notre station. L' Aiguille du Midi nous parut la plus convenable, comme la plus voisine des deux postes, et celle dont la cime étoit la plus aiguë et la plus facile à reconnoitre La cime de l' Aiguille du Midi se trouve par cette mesure élevée de 1469 toises au-dessus du Prieuré de Chamouni et de 246 au-dessus de la cabane ", construite par de Saussure tout près du sommet du col du Géant.

5. Aiguille du Tacul.

En 1762 le due de la Rochefoucauld D' Enville fait mention ( p. 483 ), de „ le Tacu " ( sic ), sommet qu' il place entre le Dru et le Talèfre. En 1779 Coxe ( p. 289 ) mentionne l' " Aiguille de Tacul " [sic]. En 1796 de Saussure ( t. IV, pp. 218-219 ) rappelle son bivouac en 1788 lors de son passage du col du Géant près du lac du Tacul „ renfermé entre l' extré du Glacier des Bois et le pied d' un rocher qui porte le nom de Montagne du Tacul il paraît même qu' il avait eu l' idée de donner le nom de Tacul au col du Géant, mais, explique-t-il, „ le nom du Tacul, qui est à 6 ou 7 heures de marche de ces rochers [près du Col du Géant] ne pouvoit point du tout leur convenir ". 11 est à remarquer que sur la carte de Saussure de 1786 on lit „ Glacier de Tacu ", mais dans son texte ( t. II, p. 7 ) „ le Tacul ", et sur la carte de Berthout van Berchem de 1790 „ Glacier du Tacul " ( n° 18 ).

6. Aiguille de Talèfre.

En 1762 le duc de la Rochefoucauld D' Enville ( p. 483 de l' édition de sa „ Relation ", donnée dans le tome XX de l' Ann du C.A.F. ) fait mention de „ le Talèfre " comme une des cimes qui s' élèvent sur le bord du Glacier des Bois en face du Montenvers; il la place entre le Dru et „ le Tacu ", mais il n' est pas certain s' il a effectivement en vue l' Aiguille de Talèfre actuelle ou non. En 1786 de Saussure n' indique pas notre cime sur sa carte, mais dans son texte ( t. II, p. 28 ), il écrit les phrases suivantes, qui semblent se rapporter à l' " Aiguille du Couvercle " de s.i carte ( le mamelon au midi de l' Aiguille du Moine côté 2698 m sur la carte de M. Kurz ): „ Pour parvenir au sommet du Glacier du Talèfre, où il est moins incliné et par cela même moins inégal, nous gravissons le rocher qui est à sa gauche du côté du couchant. Ce rocher se nomme le Couvercle; il est dominé par une cime inaccessible, qui, suivant l' usage du pays est décorée du nom d' aiguille, et, en prenant le nom du glacier le plus proche, s' appelle l' Aiguille du Talèfre. " Bien entendu cette cime pourrait porter ce nom aussi tout bien que celle à laquelle il est aujourd'hui réservé, à comparer le nom d' Aiguille d' Argentière si souvent donnée à l' Aiguille Verte ( voir le n° 9 plus tard ).

Un peu plus loin ( t. II, p. 31 ) de Saussure dit que derrière lui ( il se trouvait alors au haut du Couvercle ) il y avait „ une grande arrête [sic] qui joint le rocher du Couvercle à l' Aiguille du Talèfrecette dernière cime est sans doute identique avec son „ Aiguille du Couvercle ".

En 1787 Berthout van Berchem mentionne à plusieures reprises l' " Aiguille du Talèfre ", qui est certainement l' Aiguille du Couvercle de de Saussure. A la page 42 il écrit: „ Après avoir passé les Egralets — je marchai directement contre le pied de l' Aiguille du Talèfre, que l'on appelle aussi Aiguille du Couvercleet à la page 45 „ l' Aiguille du Talèfre s' élève au-dessus de moi [il est assis sur le Couvercle] au Nord. " En 1790 le même auteur s' exprime de la même façon. A la p. 100 il dit que regardant depuis le Montenvers et à droite du Dru, „ vers le fond de la vallée s' élève l' Aiguille du Couvercleet de nouveau à la page 118 il parle de r„ Aiguille du Couvercle ( autrement nommée du Talèfre ) qui va se joindre aux Rouges " ( c'est-à-dire la chaîne des Droites et des Courtes — voir le n° 27 plus bas ).

Ainsi, à part une mention possible en 1762, le nom „ Aiguille de Talèfre " n' a pas été attribué, au 18 me siècle, à la cime qui le porte aujourd'hui. D' autre part, il est possible que cette cime ait été appelée „ Aiguille de Léchaud " par de Saussure en 1786 ( t. II, p. 36 ) et par Berthout van Berchem en 1790 ( p. 117 — voir le n° 18 plus loin ).

7. Aiguille du Goûter.

Cette pointe se voit si bien depuis Chamonix qu' on ne sera pas surpris d' apprendre que Bourrit en 1773 ( p. 42-43 ) et de nouveau en 1776 ( p. 19 ) et encore en 1785 ( p. 227 ) en fasse mention, sous le nom de l' " Aiguille du Goûté”. Naturellement nos auteurs en parlent souvent à propos des tentatives au Mont-Blanc faites de 1784 à 1786 par le versant de Saint-Gervais, en passant par notre Aiguille. Le 17 septembre 1784 deux des guides de Bourrit, nommés François Cuidet et J. M. Couttet, atteignirent le sommet de l' Aiguille, et poussèrent jusqu' au Dôme de Goûter et même au delà. Bourrit ( p. 301, 305-307 ) ne donne qu' une description assez vague de cette course, qui au point de vue historique est fort intéressante, car elle est la première conquête d' une cime élevée dans la chaîne du Mont Blanc. En 1786, de Saussure parle beaucoup plus an long de notre cime. Il la figure sur sa carte et aussi sur sa planche VI ( en face de la page 558 — voir aussi la note à la page 557 ) sous la lettre A, et la nomme „ Aiguille du Goûté ", et en fait une autre mention en passant ( p. 74 ). A la page 553 de Saussure donne un compte rendu assez détaillé de la tentative de Bourrit au mois de septembre 1784, après sa découverte que deux chasseurs de Saint-Gervais étaient déjà montés peut-être jusqu' à la cime de notre Aiguille. Puis, il décrit assez longuement la tentative qu' il fit le 13 septembre 1785, accompagné de Bourrit et de ces deux chasseurs, tentative qui échoua par suite d' une grande quantité de neige fraîche sans que la caravane, à par Couttet et J. Balmat ( voir Coxe, t. II, p. 13-14 ), ait gagné la cime de l' Aiguille ( p. 558-559 ). Voici la description de l' Aiguille que nous donne de Saussure ( p. 564-565 ): „ cette Aiguille ou haute montagne, vue des environs de Genève, se présente sous une forme arrondie, droit en avant et au-dessous de la plus haute cime du Mont-Blanc. Les arrêtes [sic] de rocher qui en descendent paroissent comme des filons noirâtres. On peut les distinguer dans la vignette qui est au commencement de ce volume [le tome il]: elle représente le Mont-Blanc tel qu' on le voit depuis les environs de Genève. De notre cabane [au pied de l' Aiguille nous voyions bien cette aiguille sous le même aspect; mais comme nous en étions très proches, elle nous cachoit le haut du Mont-Blanc; nous ne voyions que le ciel au-dessus de ces rochers, comme on le voit sous la lettre A, dans la planche VI, qui représente l' Aiguille de Goûté, vue de notre cabane. " Dans son tome IV ( publié en 1796 ) de Saussure nous raconte ( p. 138 ) l' ascension de l' Aiguille et du Dôme du Goûter exécutée au mois de juin 1786, par Pierre Balmat, J. M. Couttet et un autre homme. Sur sa planche II ( à la fin du volume ) de Saussure nous montre le versant chamoniard de notre Aiguille, qui y est distinguée par la lettre C. Enfin, Bourrit ro 1803 nous offre ( en face de la page 136 de son tome I ) une „ vue de l' Aiguille du Goûté prise de l' intérieur de la voûte de glace de l' Ar ". M. Durier {Le Mont Blanc, p. 98 ) dit qu' au 18 me siècle on appelait notre Aiguille 1 ' " Aiguille Blanche, mais ne cite aucune preuve à l' appui de cette thèse.

La signification du nom „ Goûté " n' est pas douteuse; il rappelle l' heure du repas de l' après, et en 1776 Bourrit ( p. 19 ) compare ce nom avec celui de l' " Aiguille du Déjeuné " et de l' nAiguille du Midi ". Il est à remarquer que l' orthographe „ Goûté " paraît encore en 1865 sur la carte de M. Reilly et en 1876 sur celle de M. Viollet-le-Duc; mais celle de Mieulet en 1865 et la carte au 1 80,000 de l' Etat Major Français en 1869 adoptent la forme aujourd'hui habituelle de „ Goûter ".

8. Aiguille du Moine.

En 1773 Bourrit écrit ( p. 43 ): „ l' une de ces pointes s' appelle le Moine ". En 1779 Coxe ( p. 289 ) la mentionne en passant, et de même Bourrit en 1785 ( t. III, p. 103 et 109 ), tandis que de Saussure l' indique sur sa carte de 1786 ( t. II ).

9. Aiguille Verte.

On pourrait s' étonner si cette cime si fière n' eût pas été mentionnée par les écrivains du 18 me siècle, car elle se voit très bien des alentours de Chamonix, de la Flégère, du Brévent, etc. Mais il est certain qu' à cette époque on lui attribuait d' ordinaire le nom de „ Aiguille d' Argen ", nom qui lui sied parfaitement, car elle domine le glacier de ce nom; ce nom est aujourd'hui réservé à une autre cime qui s' élève en face de la Verte, et derrière l' Aiguille du Chardonnet, mais qui jusqu' à tout récemment était confondue avec le Chardonnet. Cependant au 18 me siècle on trouve aussi, mais bien rarement, le nom de „ Aiguille Verte ".

En 1776 Bourrit ( qui déjà en 1773 avait figuré notre cime, sur la gravure en face de la page 38, mais sans lui attribuer un nom ) décrivant le panorama depuis le Buet, écrit ( p. 140 ): „ au-dessous de cet énorme « olosse de glace c' est le Mont-Blanc lui-même], qui résiste au temps et qui brave le soleil, est le sommet de l' Argentière, auquel la pointe du Dru semble être collée ". A la page 75 il dit que depuis le Crammont ( Iil reconnut „ les sommités de l' Argentière et celle du Tour, dont les bases sont dans la Vallée de Chamouni ". En 1779 de Saussure fait mention de notre cime ( t. I, p. 499 ) sous le nom de „ la haute cime du Glacier d' Argentière ", et ( p. 512-513 ) sur sa „ Vue circulaire depuis le Buet " ( planche 8, lettre g ), sous celui de „ l' Aiguille d' Argentière ", ajoutant de suite ( ce qui ne laisse aucun doute quant à l' identité de sa cime avec l' Aiguille Verte ) „ et à droite au-dessous d' elle l' Aiguille du Dru ". En 1786 de Saussure lui attribue sur sa carte le nom de „ Aiguille d' Argentière ", et dans son texte, lors de sa description du panorama dont il jouit depuis le Brévent, il écrit ( t. II, p. 94 ): „ La haute Aiguille d' Argentière, assise entre le glacier de ce nom et celui des Bois, et de laquelle l' Aiguille du Dru se détache vers le haut comme la serre entr'ouverte d' une écrevisse, forme après le Mont-Blanc le plus bel eifet. "

En 1789 Coxe, parlant de la vue depuis le Col de Balme, qu' il passa en 1785, écrit ( t. I, p. 411 de la nouvelle édition de son ouvrage de 1779 ) qu' entre le „ Point de la Tour " et l' Aiguille du Midi, il voyait „ les Aiguilles d' Argentière ".

Mais en 1790 diverses phrases de Berthoud van Berchem nous montrent que le nom Aiguille d' Argentière ( employée cependant en 1800 sur la feuille 13 de l' Atlas de Weiss, et en 1806 par Albanis de Beaumont, voir mon article Jahrbuch S.A.C. XXXVII, p. 265 ) cédait déjà à celui d' Aiguille Verte. A la page 169 il reproduit la „ Vue circulaire " depuis le Buet donnée par de Saussure, qui lui attribue le nom d' Aiguille d' Ar. Mais sur sa propre carte il inscrit sous le n° 7 seulement le nom „ Aiguille Verte ", et dans son texte il fait mention de ce nom-ci à deux reprises. A la page 68 il écrit: „ en face l' Aiguille Verte, à laquelle l' Aiguille du Dru est appliquéeet de nouveau à la page 156 il nomme notre cime „ Aiguille d' Argentières ou Aiguille Verte, 1902 toises sur la mer ".

10. Aiguille de Bellaval.

En 1779 déjà cette cime ( 2901 m ) relativement peu importante eut l' honneur d' être représentée par de Saussure sur une planche ( n° VII en face de la page 504 ) tout à fait à part. En 1786 il la décrit an point de vue géologique ( p. 185-186 et 193 ). Il passa le Col des Fours en 1781 exprès pour en étudier la structure géologique et en dit ( p. 193 ): „ ses hautes lames pyramidales, que l'on distingue parfaitement, forment d' ici c' est de la Cime des Fours] le plus bel effet. "

11. Aiguille de Blaitière.

Cette Aiguille prend son nom des pâturages qui s' étendent à son pied nord-ouest. Ces pâturages sont mentionnés sous le nom de „ pascua de Bleteri " dans un document daté de 1298 ( voir l' édition du Cartulaire du Prieuré de Chamonix, donnée à Chambéry en 1879 par MM. J. A. Bonnefoy et A. Perrin, tome I, p. 145 — les éditeurs eux-mêmes adoptent l' orthographe „ Bletière " ), et aussi en 1742 sous l' appellation de la „ Blai-terie " par Martel ( éd. Dufour, p. 248 ). Mais l' Aiguille elle-même est englobée sous le nom de,,Charmeaux"parMartel(p. 249 ), aussi bien qu' en 1786 sous celui de „ Charmoz " par de Saussure sur sa carte. En 1779 sa Vue circulaire depuis le Buet ( tome I en face de la page 512 ) donne à toutes les grandes Aiguilles de Chamonix le nom général de „ Les Aiguilles de Chamouni ". En 1779 de Saussure peut-être figure notre Aiguille ( il est possible qu' il avait en vue effectivement le Grépon d' aujourd ) sur sa planche V ( en face de la page 500 ) sous la lettre d, mais il ne lui attribue aucun nom.

En 1785 enfin Bourrit reconnaît à plusieurs reprises l' existence indépendante de ce pic. A la page 60 il déclare que la „ Blétierre " s' élève entre le Plan et les Charmoz. Il fit la course dite du Plan de l' Aiguille et en la décrivant il nous dit ( p. 147 ) que „ après le glacier du Plan de l' Aiguille nous touchâmes à l' Aiguille de la Blétiere, que nous vîmes entrecoupée de rivières, de neiges et de pics de glaces saillantes prêtes à tomber, et sur lesquelles nous jetions des regards inquiets dans la crainte d' en être atteints ". Enfin, aux pages 156-157, il fait mention en passant de l' " Aiguille de la Blétiere ". En 1786, comme j' ai dit plus haut, de Saussure englobe notre Aiguille sous des noms généraux sur sa carte comme en 1779 sur sa Vue circulaire depuis le Buet. D' autre part, il nomme l' " Aiguille de Blaitiére " et l' indique sous la lettre A sur sa planche I ( en face de la page 88 ). Il examina les débris au pied de cette Aiguille au point de vue géologique ( p. 66 ), et consacre même deux lignes de description à notre pointe ( p. 64 ): „ Je commençai par la troisième [des cinq grandes aiguilles], qui est immédiatement au-dessus du chalet de Blaitiére et qui en porte le nom. La base inclinée de ce rocher pyramidal soutient un glacier [celui des Nan-tillonsj qui remonte assez haut le corps même de la pyramide, où il dégénère en neiges très rapides et presque inaccessibles. "

En 1790 Berthout van Berchem le premier indique ( n° 24 ) notre cime sur une carte sous le nom de „ Aiguilles des Blaitieres ". A la page 117 il dit que depuis le Jardin on aperçoit „ les Aiguilles des Blaitieres ". Plus loin ( p. 134 ) résumant le récit de de Saussure il adopte l' orthographe „ Blaitiére ", mais à la page 142 ( aussi en rapportant une observation de M. de Saussure ) il écrit „ Aiguille des Blaitieres ". Bourrit en 1803 ( p. 197 ) reste fidèle à son orthographe à lui, „ de la Blétiere ".

12. Aiguille de Grépon.

Ce nom, aujourd'hui réservé à la pointe cotée 3489 sur la carte de M. Kurz et s' élevant sur la crête entre la Blaitiére et les Charmoz, a été attribué comme on le sait ( voir ma note dans l' " Alpine Journal”, t. X, p. 420, et les remarques de MM. Vallot dans l' Annuaire du Club Alpin Français, t. XXI, p. 38-43 ) à plusieurs sommets tout à fait distincts. Même nos auteurs du 18 me siècle semblent l' employer comme nom de trois cimes différentes.

1. Le Grépon est l' Aiguille des Petits Charmoz ( 2868 m, carte Kurz ). En 1785, Bourrit ( p. 60 ) place entre la Blaitière et les Charmoz, d' un côté, et du Dru, de l' autre, une cime qu' il appelle „ la Fourchueelle forme évidemment, à son avis, l' extrémité de la grande crête des cinq grandes Aiguilles. Plus loin ( p. 149 ), dans sa description de sa course au Plan de l' Aiguille, Bourrit dit: „ nous tendions à arriver au pied de l' Aiguille du Grépon, qui étoit la dernière que nous devions reconnaître dans cette longue course, " et à la page 153 il fait mention d' un nouveau glacier qui s' est forme au pied de l' Aiguille du Grépon.

2. Le Grépon est Y Aiguille de Grépon d' aujourd ( 3489 m ). En 1786, de Saussure sur sa carte l' englobe avec la Blaitière, le Plan et les Charmoz sous le nom général de „ Aiguilles des Charmoz " tout comme Martel en 1742 ( p. 249 ) dans son texte. De Saussure en 1779 sur sa Vue circulaire depuis le Buet ( en face de la page 512 ) réunit toutes les cinq grandes Aiguilles sous le nom de „ Les Aiguilles de Chamouni ". Peut-être faudra-t-il identifier la cime distinguée par la lettre d sur la planche V ( en face de la page 500 ) avec le Grépon, plutôt qu' avec la Blaitière d' au; mais la question reste indécise. Sur sa planche I de 1786 ( en face de la page 88 ) il figure le Grépon, les Grands et les Petits Charmoz d' au, mais sans y attacher un nom quelconque. Dans son explication de cette planche ( p. 64 ) il écrit: „ Les Aiguilles que je venois d' observer se présentent au chalet [de Blaitière dessus] sous le même aspect qu' à Chamouni. Voyez la planche première. On en compte cinq bien distinctes, et situées à peu près sur la même ligne. Celles du Crépon et des Charmoz, qui sont le plus à gauche du côté de l' est, m' intéressoient moins que les autres; elles sont moins élevées et je connoissois leur pied. " Or, comme de Saussure ne reconnaît que cinq aiguilles et qu' il place les Charmoz plus à l' est que le Grépon, il est évident qu' il attribue ce dernier nom an pic cote 3489™. ( MM. Vallot disent, Annuaire du Club Alpin Français, t. XXI, p. 38 et 41, par un oubli momentané que „ Saussure ne s' est pas occupé du Grépon " ).

3. Le Grépon est l' Aiguille de Blaitière.

En 1790, Berthout van Berchem indique sur sa carte, sous le n° 23, une cime qu' il décrit ainsi: „ Aiguille, du Crépon, dont une dépendance se nomme Aiguille du Plan. " Or, on sait que le Plan s' élève de l' autre côté de la Blaitière, et que cette dernière pointe le sépare de la chaîne du Grépon et des Charmoz. Notre auteur donc aurait identifié le Grépon avec la Blaitière, ou aurait tout simplement fait un petit lapsus. Je crois que la seconde hypothèse est à préférer, car sur cette carte même, sous le n° 24, 1'„Aiguille des Blaittieres " est nommée entre le n° 23, et le n° 25 ( Aiguille du Midi ). MM. Vallot ( Annuaire du Club Alpin Français, t. XXI, p. 38 ) adoptent la première hypothèse. A la page 110, en résumant le récit de de Saussure, notre auteur cependant identifie le „ Grépon " avec le pic qui porte aujourd'hui ce nom.

Voilà les seules mentions, à notre connaissance, du nom Grépon dans les ouvrages des auteurs du 18 me siècle. Elles semblent confirmer ( Bourrit à part ) l' attribution de ce nom à l' Aiguille de Grépon actuelle.

13. Aiguille du Plan.

On dirait de prime abord que cette Aiguille ait été nommée après le „ Plan de l' Aiguille " qui s' étend à son pied nord-ouest; mais il est possible que ce „ Plan " ait emprunté son nom à l' Aiguille. En 1742 Martel ( p. 249 ) englobe notre cime sous le nom de „ Aiguilles des Charmeaux ", comme de Saussure en 1779 sur sa Vue circulaire depuis le Buet ( en face de la page 512 ) l' englobe sous celui plus général encore de „ Les Aiguilles de Chamouni ". En 1785, Bourrit, alpiniste infatigable, mais presque toujours malheureux, non seulement parle de cette Aiguille, mais décrit une tentative de la gravir. Tout d' abord, et ce n' est que convenable, il la figure et lui attribue le premier le nom de „ Aiguille du Plan " ( gravure en face de la page 37 mais plus loin ( p. 60 ) il dit que l' Aiguille qui s' élève entre le Midi et la Blaitière s' appelle „ le Plan de l' Aiguillelapsus amusant de sa part, car il savait parfaitement que l' Aiguille était toute autre chose que le Plan de l' Aiguille. En effet, il décrit ainsi ( p. 143-146 ) sa tentative pour monter du Plan à l' Aiguille du Plan: „ Nous nous vîmes enfin au pied des Aiguilles. Là, je ne pus résister à l' envie d' escalader celle du Plan d' où je m' imaginais déjà avoir sous mes yeux les plaines du Piémont. Animé par cette espoir, je franchis avec courage bien des obstacles que m' opposoient les saillies des rochers, et j' atteignis un roc solide, sur lequel je me reposai. Mais j' en voulois au grand rideau, et l' endroit où j' étois parvenu étoit surmonté par d' autres masses; je grimpai donc encore avec des peines inexprimables, et comme un vermisseau attaché à une plante hérissée, je suivois les découpures des rochers qui du bas de la vallée font de si jolis effets. Il falloit que j' eusse alors une bien faible connoissance de cette chaîne des Alpes pour me flatter que, parvenu sur la crête la plus élevée de cette Aiguille, je pusse voir de là les plaines du Midi; je ne fus détrompé que lorsque je découvris d' autres Aiguilles plus élevées encore qui formoient un second mur dont je me voyais séparé par des vallons couverts de glaces et d' horribles précipices; ces vallons sont les forts des chamois, et c' est là qu' ils se retirent quand ils se voient poursuivis. A l' aspect de toutes ces difficultés, de ce fossé effrayant, du mur hérissé qui le terminoit, je fus forcé d' abandonner une tentative aussi téméraire. " Bourrit donc s' asseoit à I' endroit on il se trouvait, et qu' il estima être plus élevée que le Brévent ( 2525 m, carte Kurz ), afin d' étudier le panorama; puis, il descendit „ avec autant de peine que j' en avois eu à monter " afin de rejoindre ses compagnons. Voyons maintenant ce que de Saussure nous raconte en 1786 à propos de la même cime et de la course au Plan de l' Aiguille. Sur sa carte il englobe notre cime sous le nom de „ Aiguilles des Charmoz ", mais sur sa planche I ( en face de la page 88 ) il nomme l' " Aiguille du Plan” qu' il indique par la lettre B. Aux pages 66 et 76 il fait évidemment allusion à notre Aiguille; car en montant des chalets au pied de l' Aiguille de Blaitière il dit: „ la grande aiguille voisine au sud-ouest de celle que j' observois c' est l' Aiguille de Blaitière] et que je voyais la de profil est toute divisée en grands feuillets pyramidaux, conformés et situés exactement comme ces petites aiguilles " qu' il vient de décrire ( p. 66à la page 76 il dit que „ cette aiguille se distingue par une structure plus régulière que celle des autresmais bien qu' il songe évidemment à l' Aiguille du Plan, il ne la nomme pas, sauf dans la note en marge du paragraphe qui suit la dernière phrase citée plus haut; en effet, nous y lisons „ Descente de l' Aiguille du Plan ", mais l' écrivain vent parler du Plan de l' Aiguille et non de l' Aiguille du Plan. A la page 70 de Saussure écrit: „ le lendemain, 30 août, je procédai à l' examen de la quatrième pyramide, la plus voisine de l' Aiguille du Midi, et qui se nomme l' Aiguille du Plan ". Afin de mener cet examen à bonne fin de Saussure monta jusqu' au lac du Plan de l' Aiguille. Après avoir étudié la constitution géologique de l' Aiguille, de Saussure s' éleva „ sur sa face jusqu' à un endroit où les rochers de dedans ayant été découverts sont pendant un certain temps plus blancs que les autres tout près d' eux ". Citons maintenant ses phrases un peu dédaigneuses touchant le pauvre Bourrit et sa tentative de gravir cette Aiguille ( p. 74 ): „ J' esperois découvrir de là le lac de Genève et les plaines qui le bordent, comme M. Bourrit dit les avoir vus du pied de cette Aiguille; mais son imagination l' aura trompe, et il est en effet très facile de prendre, à de grandes distances, de la vapeur ou des brouillards pour un lac; car Pierre Balme, qui était de cette course et qui vit la place à laquelle monta M. Bourrit, assure qu' il s' était arrêté, au moins à cinquante toises plus bas que moi, et que lui-même, étant monté beaucoup plus haut encore, en poursuivant un chamois par un passage où aucun habitant des plaines n' auroit pu le suivre, et où il ne retourneroit de sang froid à aucun prix, il n' avoit pu découvrir le lac. " En 1790, pour la première fois, l' Aiguille du Plan fit son début sur une carte; en effet, sur celle de Berthout van Berchem on lit sous le n° 23 la description suivante excessivement curieuse: „ Aiguille du Crépon, dont une dépendance se nomme Aiguille du Plan. " Or, en général, une dépendance est censée être plus petite et moins haute que le bâtiment principal; mais il est certain que l' Aiguille du Plan ( cotée 3673 m sur la carte de M. Kurz ) est plus élevée que le Grépon ( cotée par la même carte 3489 m ). A la page 134 Berthout van Berchem résume le récit de M. de Saussure, en adoptant son nom, „ Aiguille du Plan ", et à la page 142 il donne les cotes diverses se rapportant à divers endroits au pied de notre Aiguille, cotes qui avaient été déterminées par M. de Saussure.

14. Dôme du Goûter.

La carte de M. Kurz attribue à cette pointe une altitude de 4331 mètres contre les 3843 mètres dont jouit l' Aiguille du Goûter. Mais, bien que le Dôme ait été gravi en 1784 et en 1786 ( peut-être aussi en 1785 ), par les mêmes caravanes qui ont vaincu l' Aiguille, son existence est loin d' être aussi nettement affirmée par nos auteurs du 18 m0 siècle. Cependant la première notice de cette cime que j' ai pu découvrir la décrit très clairement. Bourrit, en 1785, écrit les phrases suivantes ( p. 59 ): „ trois sommets couverts de glaces éternelles qui semblent atteindre les cieux se présentent aux regards étonnés c' est depuis le village de ChatnonixJ. Le plus occidental, moins élevé que ceux qui viennent après, se nomme le Dôme du Goûté: sa hauteur est de 2000 toises au-dessus de la mer; personne n' y est encore monté, et il m' a toujours paru impraticable par le côté de Chamouni, où les glaces ne présentent que des murs et des crevasses horribles: il seroit cependant utile d' y parvenir, parce que de là on atteindroit le grand Mont Blanc, qui est le second sommet " ( le troisième est le Mont Maudit, nommé Tacul par Bourrit — voir le n° 15 plus loin ). A la page 60 il mentionne le „ Dôme du Goûté ". Plus tard dans le même ouvrage Bourrit rapporte ce que lui ont dit ( p. 305 ) les deux guides, François Cuidet et J. M. Couttet, qui le 17 septembre 1784 réussirent la première ascension authentique et de l' Aiguille et du Dôme du Goûter: „ depuis le moment où vous nous avez perdus de vue, nous avons gravi sur les neiges pendant 41/2 heures, au bout desquelles nous nous sommes vus sur le Dôme du Goûté, dont l' extrémité plonge sur l' Allée Blanche. De ce grand sommet nous avons eu à nos pieds toutes les Alpes, leurs gorges, et des pays si immenses que nous n' avons pu les distinguer: le lac de Genève, plusieurs autres lacs, tous les glaciers, toutes les vallées de glaceces deux guides poussèrent encore en avant jusqu' aux premiers rochers des Bosses du Dromadaire „ un pic de glace qui nous surpassoit [étant sur le Dôme] d' environ 80 toises — il étoit le plus avancé sur la Val d' Aoste ". Or, Bourrit met toute cette description des guides entre guillemets, nous assurant ainsi que nous avons leur verba ipsissima. A la page 307, note, il nous communique les noms des deux guides et fixe la hauteur à laquelle ils étaient parvenue à 2346 toises. Plus intéressant pour nous cependant est une autre note de Bourrit ( p. 305 ), attachée au nom „ Dôme du Goûté " cité dans la description donnée par les deux guides; en voici le texte: „ c' est la Bosse de Dromadaire que le Mont-Blanc figure ". Il est à retenir que cette explication de Bourrit se rapporte au Dôme et pas au „ pic de glace qui nous surpassoit de 80 toises " ou la première des Bosses ainsi appelées aujourd'hui. Mais il est probable qu' à cette époque on attribua le nom de Bosse à toute la crête du Mont-Blanc ( peut être au Dôme du Goûter seulement ), et pas aux mamelons qu' il désigne à présent; en 1785, Bourrit écrit, en effet ( p. 296 ): „ La forme du Mont-Blanc est celle d' un dromadaire; la troupe regarde Genève et le Pays de Vaud — la bosse domine d' un côté la Tarentaise, de l' autre Chamouni; la tête plonge sur la Val d' Aoste et le Piémont. " ( A ma connaissance ce sont les deux premières mentions du nom „ Bosses du Dromadaire ". ) En 1786, de Saussure, tout en n' indiquant sur sa carte que l' Aiguille, mais pas le Dôme du Goûter, en fait mention du Dôme à trois reprises. Il écrit d' abord ( p. 74 ) que depuis le Plan de l' Aiguille l' Aiguille du Midi cache le Mont Blanc, „ mais laisse voir ce qu' on appelle à Chamouni le second Mont Blanc ou le dôme neigé de l' Aiguille du Goûté; puis l' Aiguille même de ce nom ". A la page 94 il parle de „ l' Aiguille du Goûté et le dôme de neige qui la domine ". Enfin, décrivant ( p. 559 ) sa tentative de 1785, il parle du „ Dôme de l' Aiguille ". Sur sa planche VI ( en face de la page 558 ) le Dôme se voit très bien, mais reste innommée ici comme dans l' explication de cette planche que l'on retrouve dans la note à la page 557. En 1789, la phrase suivante de Coxe ( p. 411 ) nous montre que la nomenclature de cette crête était encore peu fixe ( je traduis fidèlement le texte anglais — l' auteur décrit le panorama dont il jouit depuis le col de Balme ): „ Enfin on aperçoit le Mont-Blanc lui-même. La pointe la plus élevée de cette montagne gigantesque a la forme d' un hémisphère comprimé et s' appelle par conséquent La Bosse du Dromedaire; de cette pointe la crête s' abaisse peu à peu et montre une surface neigeuse en concave, au milieu de laquelle il y a une dernière pyramide de glace; alors la crête s' élève pour former un deuxième hémisphère, auquel quelques personnes attribuent le nom de Petit Mont Blanc, mais que d' autres nomment, plus convenablement, le Dòme du Milieu; de ce sommet la crête s' abaisse vers une autre surface concave, qui se termine en une pointe que les gens du pays appellent indifféremment Aiguille de Goûté, Point de Goûté et Dôme de Goûté, et que pour ma part je nommerai le Dôme de Goûté: à cet endroit la crête finit abruptement et se perd dans les montagnes qui limitent la vallée de Chamouni. " Dans ce passage important il est évident que Coxe attribue à tort ou avec raison le nom de Bosse du Dromadaire à la Calotte du Mont Blanc, que sa „ pyramide de glace " est une des Bosses d' aujourd, son Dôme du Milieu le Dôme du Goûter actuel, et son „ Dôme du Goûté " l' Aiguille du Goûter. Il se peut très bien que Coxe ait mal compris les renseignements qu' il avait recueillis à Chamonix; mais il est un écrivain assez méticuleux, et il me semble donc qu' en 1789 la nomenclature des diverses pointes sur la crête du Mont-Blanc était encore assez confuse. En 1790, Berthout van Berchem est le premier à indiquer notre cime sur une carte; il l' ap ( sous le n° 28 ) le „ Dôme du Mont Blanc " et le distingue et du Mont-Blanc lui-même ( n° 26 ) et de l' Aiguille du Goûter ( n° 29 ); il place son Dôme entre ces deux cimes qui portent leurs noms accoutumés. En 1791, Bourrit ( p. 247 ) fait mention du „ Dôme du Goûté " comme de Saussure en 1796, et dans son texte ( p. 138 ) et sur sa planche 2 ( à la fin du volume ) sous la lettre B, la lettre C étant attribuée à l' Aiguille du Goûter. Autre chose intéressante: de Saussure ( p. 138 ) insiste sur le fait que tandis que Pierre Balmat et Couttet montèrent en juin 1786 de Saint-Gervais au Dôme en passant par l' Aiguille ils trouvèrent sur le Dôme François Paccard, Joseph Carrier, J. M. Tournier et Jacques Balmat qui y étaient montés par le versant chamoniard — le Dôme donc en 1786 déjà était accessible par deux routes, privilège probablement unique alors quant à une haute cime neigeuse. En 1803 Bourrit parle à plusieurs reprises ( p. 16, 51, 97 et 107 ) du „ Dôme du Goûté ", mais à la page 60 il lui donne le nom spécial de „ Dôme de l' Aiguille du Goûté ".

15. Mont-Blanc du Tacul ou le Mont Maudit.

En 1785 Bourrit, en décrivant le panorama dont on jouit depuis Chamonix même, nous dit ( t. III, p. 59-60 ) que de là l'on aperçoit „ trois sommets couverts de glaces éternelles qui semblent atteindre les cieux ". Ce sont le Dôme du Goûter, puis le Mont-Blanc lui-même; „ après lui c' est le Mont-Blanc] c' est celui du Tacul, ainsi nommé parce qu' il regarde la partie de la Mer de Glace qui porte ce nom: plus élevé que le Dôme du Goûté il paroît moins accessible encore ". D' après la carte de M. Kurz le Mont-Blanc du Tacul atteint une altitude de 4249 mètres, et le Dôme du Goûter 4331 mètres. Probablement Bourrit à confondu le Mont Maudit ( 4471 m ) avec le Mont-Blanc du Tacul.

En 1800 la feuille 13 de l' Atlas de Weiss indique „ Tacul M. ", mais le place à l' angle des Glaciers des Bossons et des Pèlerins, soit dans la position qu' occupe effectivement l' Aiguille du Midi.

16. Aiguille à Bochard.

En 1785 Bourrit ( t. III, p. 119 ) parle „ du Bocliart, montagne de l' autre côté du glacier " c' est de la Mer de Glace J. En Ì78fì de Saussure nomme 1 ' " Aiguille à Bochard sur sa carte, et en dit ( t. II, p. 9 ): „ si l'on considère l' Aiguille du Bochard que l'on voit du Montanvert sur la gauche du Dru et au-dessous de lui ". Mais en 1790 Berthout van Berchem ne l' indique pas sur sa carte, cependant très détaillée; d' autre part il en dit ( p. 100 ): „ sur la gauche du Dru on voit l' Aiguille du Bochard, moins élevée qu' elleet p. 105 il l' appelle „ Aiguille à Bouchard ", forme à retenir.

17. Aiguille Noire de Pétéret et le Mont Brouillard.

Au 18 me siècle de Saussure seul, en 1786, décrit les crêtes escarpées et superbes qui descendent du Mont-Blanc vers l' Allée Blanche, de sorte que nous pouvons les comprendre toutes sous la même rubrique.Voici d' abord une description générale ( t. II, p. 274-275 ) de ces arêtes magnifiques qui se présentent si majestueusement à un voyageur descendant du col de la Seigne dans la direction de Courmayeur: „ Cette longue vallée c' est l' Allée Blanche] étoit bordée à notre gauche, ou au nord-ouest, par la chaîne du Mont-Blanc, qui domine toujours majestueusement les hautes aiguilles qui l' environnent. Les flancs escarpés de ces montagnes entrecoupées de grands glaciers, leurs sommités qui se terminent, tantôt en troupes arrondies couvertes de neige, tantôt en roches nues élancées jusques au ciel, forment un tableau magnifique. On distingue parfaitement la structure générale de ces rochers de granit; on voit de profil les grands feuillets verticaux et de forme pyramidale dont ils sont composés; leurs plans se dirigent ici du nord-est au sud-ouest, exactement comme du côté de la vallée de Chamouni, à laquelle celle-ci est parallèle. Entre ces feuillets pyramidaux, on distingue, vis-à-vis du Mont-Blanc, un obélisque, élancé avec une hardiesse extrême, et dont on reconnoît d' ici la stratification, semblable à celle des autres rochers de cette chaîne. " Cette belle cime qui a tant frappé de Saussure n' est autre que l' Aiguille Noire de Pètéret.

Plus loin ( t. II, p. 312 ) il continue ainsi: „ Ces prairies se nomment les prairies de Péteret, et elles ont, suivant l' usage, donne leur nom à la montagne qui les domine c' est probablement l' Aiguille Noire de Pétéret]. Cette montagne est une des trois grandes pyramides qui forment les bases avancées, et en quelque manière, les augives qui soutiennent le Mont Blanc. Le Mont Péteret est donc un immense feuillet pyramidal qui présente aux prairies la face plane, dirigée, comme la vallée, du nord-est au sud-ouest. Cette pyramide est séparée de la suivante par une gorge de difficile accès. La montagne suivante, qui forme le second feuillet pyramidal des bases du Mont-Blanc, se nomme le Mont Rouge: les chalets Fresnay sont situés au-dessous. " On pourrait s' étonner de ce que de Saussure fasse tant de cas du Mont Rouge de Pétéret, qui n' atteint que 2951 mètres et n' est qu' un contrefort de l' Aiguille Noire de Pétéret ( 3780 m ), mais à la page 332 il remarque que „ les injures du temps ont détruit la pointe du Mont Rouge, tandis que celles des deux autres pyramides sont demeurées entières ".

A la page 315 de Saussure reprend sa description: „ La montagne qui domine cette petite plaine [entre les chalets de Fresnay et le glacier de Miage] n' est plus le Mont-Rouge: c' est le Mont-Broglia, le troisième et le dernier des grands feuillets pyramidaux qui sont situés au pied du Mont-Blanc. " Il résume, à la page 332, sa description de ces trois grands feuillets pyramidaux qui se voient ( dit-il ) si bien depuis le haut du Crammont. Mais non content de les décrire il les figure aussi sur plusieurs planches. La planche III ( en face de la page 286 ) donne la vue depuis le pied du glacier de la Brenva, la planche IV ( en face de la page 302 ) celle dont on jouit depuis le Val Ferret'( les Aiguilles Noire et Blanche de Pétéret y sont visibles ), enfin la planche V en face de la page 326 ) figure ce versant du Mont Blanc tel qu' on le voit depuis le Crammont, et a été faite d' après un dessin exécuté par Bourrit. Il est à remarquer que dans son explication ( p. 325 ) de cette dernière planche, de Saussure distingue soigneusement entre „ son obélisque " et le Mont Pétéret et le Mont Rouge — peut-être sous le nom de „ M. Péteret " a-t-il voulu indiquer le Mont Noir de Pétéret ( 2916 m ), bien que sa carte ne semble pas confirmer cette hypothèse. Sur sa carte de Saussure nomme seulement le „ M. Rouge " et le „ M. Peteret ", mais il y in-vertit leurs positions relatives.

18. ..Aiguille de Leschaux. "

Le nom Lechau, Lechaud, Leschaux ( il y a sans doute d' autres orthographes encore ) appartient à un des glaciers qui se voient le mieux depuis le Montenvers. Ainsi ce nom a-t-il été attribué à plusieurs des sommets qui le dominent avant d' être réservé spécialement à l' Aiguille de Leschaux d' aujourd.

Sur la carte et dans le texte de Martel ( 1742-1744 ) le „ Mont des Eschaus " semble être la crête des Jorasses ( voir le n° 3 plus haut ). En 1762 le duc de la Rochefoucauld D' Enville ( p. 482 de l' éd de sa Relation donnée dans le tome XX de l' Ann du C.A.F. ) écrit: „ Le côté où nous fûmes est bordé par le Mont-Tanvert, les Charmaux qui sont placés sur le Mont-Tanvert, et les Echaux qui sont à côté: de l' autre côté est le Mont Logan c' est Lognan], sur lequel appuient le Nan Blanc, ainsi appelé nomme à cause d' un nan très blanc qui y coule, l' Aiguille du Dru, le Tacu et le Talèfre. " Comme „ les Echaux " de cet auteur se trouvent près des Charmoz, il est clair qu' ils n' ont rien à faire avec le glacier de Leschaux qui est en face: mais peut-être notre auteur a-t-il commis ici un petit lapsus.

En 1785 Bourrit nous apprend ( t. III, p. 91 ) qu' il fit un dessin ( à ce qu' il paraît depuis le Tacul ou peut-être depuis le Jardin ), sur lequel il esquissa, entre autres choses, les „ sommités d' Envers, au pied desquelles nous étions ". Mais cette phrase ne nous aide pas beaucoup.

En 1786 de Saussure ( t. II, p. 36 ) écrit: „ Nous étions là c' est sur le glacier de Leschaux] en face du fond du glacier de Léchaud qui se termine en un cul-de-sac, bordé par les Aiguilles de Léchaud, et par la Grande et Petite Jorasse. Ce cul-de-sac est fermé, comme celui du Taléfre, par une enceinte de murs de granit, que couronnent des pics extrêmement élevés. Les glaces, en s' élevant contre ces rochers, vont aussi se perdre sous des pentes de neiges très rapides, qui se terminent en langues étroites entre des tables de granit nues et verticales. " Malheureusement pour nous de Saussure n' indique pas sur sa carte les „ Aiguilles de Léchaud ", mais comme il les distingue des Jorasses et qu' ailleurs il fait mention de l' Aiguille du Tacul ( voir le n° 5 plus haut ) et des Périades ( voir le n° 23 plus loin ), qui toutes deux se dressent sur la rive gauche du glacier de Leschaux, il est possible que par le nom „ Aiguilles de Léchaud " il ait voulu désigner la chaîne hérissée qui s' élève sur la rive droite de ce glacier, c'est-à-dire la crête qui comprend les Aiguilles de Leschaux et de Talèfre d' aujourd. Mais on ne saurait rien dire de précis ni de certain quant à ce point.

En 1790, Berthout van Berchem dans son compte rendu de ce qu' il vit depuis le Jardin, écrit ( p. 117 ): „ au Sud on a l' Aiguille de l' Echau et les revers de cette aiguille à l' Ouest ": comme l' Aiguille de Leschaux d' aujour ne se voit pas depuis le Jardin, cette phrase se rapporte à l' Aiguille de Talèfre d' aujourd, qui domine les deux glaciers de Talèfre et de Leschaux. Le même auteur nous apprend ( p. 84 ) que „ on dit qu' il y a de la molybdine dans les rochers de l' Echau ". Sur sa carte il nomme ( sous le n° 12 ) „ les Aiguilles de Léchaud ", qu' il place très exactement à côté des Petites Jorasses: mais par un lapsus quelconque ses „ Aiguilles de Léchaud " dominent le glacier de Talèfre et pas celui de Leschaux, ces deux glaciers étant aussi indiqués sur sa carte.

Il reste donc incertain si l' Aiguille de Leschaux actuelle ait porté ce nom au 18 me siècle. Il est possible, mais les données qui nous sont fournis par les auteurs de cette époque se contredisent.

19. Aiguille du Tour ou la Grande Fourche.

En 1742 nous lisons sur la carte de Martel ( voir le facsimile à la page 257 de mon article précédent ) sous le numéro 7 les mots „ Mont du Tour ", qui probablement ne veulent indiquer que les pâturages de ce nom, car Martel dit en 1742 ( p. 262 ) que du „ Prieuré de Chamougny, à la montagne du Tour, d' où sortent les fontaines qui sont la source de l' Arve, il y a deux petites lieues ".

En 1786 sur sa Vue circulaire prise du Buet de Saussure indique ( t. I, p. 512-513 ) sous la lettre o „ l' Aiguille et Glacier du Tour ". MM. Vallot ( Ann. du C.A.F., t. XXI, p. 42, note ) sont d' avis que de Saussure visait la Grande Fourche plutôt que l' Aiguille du Tour, ce qui est très possible. D' autre part ces messieurs se trompent certainement en disant que de Saussure ( t. I, p. 507 et 512-513 ) confond l' Aiguille du Tour avec le Mont Vélan, car de Saussure avait visité lui-même les environs du Mont Vélan, et savait très bien que ce pic n"avait rien à faire avec la chaîne du Mont-Blanc ( voir t. II, p. 463 et suivantes ).

En 1789 Coxe ( t. I, p. 411 ) nous dit qu' en 1785 il aperçut da col de Balme une cime appelée „ Point de la Tour " [sic]. En 1790 Berthout van Berchem reproduit ( p. 169 ) la „ Vue circulaire depuis le Buet " de de Saussure, et sur sa propre carte nomme sous le numéro 4 l' " Aiguille du Glacier du Tour ", qui pourrait être soit l' Aiguille qui porte actuellement ce nom ( 3540 m ) soit la Grande Fourche ( 3610 m ) qui s' élèvent toutes deux au fond du Glacier du Tour.

20. Aiguille de Bionnassay.

Sur la planche VI ( en face de la page 558 ) de son tome II, de Saussure en 1786 semble attribuer le nom de „ Aiguille de la Rogne " à cette cime. En expliquant cette planche il dit ( p. 557 note ): „ la cime couverte de neiges, que l'on voit plus haut vis-à-vis de B., est l' Aiguille de la Rogneet à la page 559 il ajoute: „ Sur la droite de ces rochers [de l' Aiguille du Goûter], nous admirions une cime neigée, nommée la Rogne, qui nous paroissait d' une hauteur prodigieuse, et l'on nous pro-mettoit pourtant que nous la verrions sous nos pieds depuis le dôme de l' Aiguille. "

Mais en 1790 Berthout van Berchem est le premier à faire mention ( sur sa carte sous le n° 33 ) des „ Aiguilles de Bionassay ", qui dominent le glacier du même nom.

Les cartes de Mieulet et de Kurz donnent le nom de „ Les Rognes " à une chaîne au nord du glacier de Bionnassay; par un hasard bizarre elle fut visitée en 1785 par de Saussure qui décrit cette course ( sans attribuer un nom à la pointe gravie ) à la page 559, immédiatement après sa mention de „ la Rogne " ou Aiguille de Bionnassay.

Notons aussi en passant que MM. J. et H. Vallot identifient notre cime avec l' Aiguille de la Rogne ( Ann. du C.A.F., t. XXI, p. 42, note ).

21. Mont Dolent.

En 1786 de Saussure ( t. II, p. 290, 292 et 294 ) fait mention du „ Glacier du Mont Dolent ", mais sans parler du Mont Dolent lui-même. Cependant le nom attribué à ce glacier le rend certain qu' une cime quelconque portait alors effectivement le nom de Mont Dolent.

22. Aiguille des Glaciers.

En 1786 de Saussure nomme sur sa carte l' " Aiguille du Glacier ". Dans son texte il dit ( t. II, p. 185 ) que le glacier en face du hameau du Glacier [entre les Chapieux et le col de la Seigne]a descend d' une haute montagne, qui se nomme Y Aiguille du Glacier, et qui ferme de ce côté-là la petite vallée que nous venons de parcourir ". Il en fait mention aussi aux pages 193 et 276-277, mais sans en dire rien de plus. Sur la planche V ( en face de la page 326 ) du tome II de Saussure indique notre cime sous la lettre c ( voir aussi p. 325 ). En 1800 l' Atlas de Weiss ( feuille 13, gravée en 1800 ) indique l' " Aiguille du Glacier ".

23. Les Périades.

En 1786 de Saussure ( t. II, p. 7 ) dit que les glaciers de Leschaux et du Tacul se séparent „ au pied d' une haute montagne qui se nomme les Périades ", mais il n' indique pas ce nom sur sa carte. En 1790 Berthout van Berchem écrit ( p. 100 ): „ au fond du glacier des Bois on découvre les Périades, aux pieds desquelles cette vallée de glace se divise en deux branches "; et de nouveau ( p. 117 ), en décrivant la vue depuis le Jardin, il dit: „ on voit s' élever les Grandes Joraces, et au-devant les Périades, la Noire plus reculée ". Cependant il ne nomme pas cette cime sur sa carte.

24. Aiguille de Trélaporte.

Nommée en 1786 sur la carte de Saussure ( t. II ). En 1796 ( t. IV, p. 219 ) de Saussure fait mention du „ Glacier de Trélaporte ".

25. Aiguille de Trélatête.

En 1779 de Saussure nomme sur sa petite carte le „ Glacier de Trélatête ", mais sur sa grande carte de 1786 il écrit „ Glacier de Tréla Tête " [sic]. Dans son texte de Saussure écrit en 1786 ( t. II, p. 193 ): „ mais le Mont-Blanc ne se voit pas depuis la Cime des Fours; il est cache par une aiguille qui se nomme Trélatête, et qui paroit si haute qu' on seroit tenté de la prendre pour lui ". Cependant l' Aiguille de Trélatête n' atteint qu' une hauteur de 3911 mètres, tandis que le Mont-Blanc s' élève à 4810 mètres. Enfin, sur sa planche V du tome II ( en face de la page 326 ), faite d' après une esquisse de Bourrit, de Saussure indique notre cime ( mais sans lui donner un nom ) sous la lettre d.

Sur la feuille 13 ( gravée en 1800 ) de l' Atlas de Weiss on lit „ Tre la Tête M. ", ce nom étant attribué à une haute sommité, située où se trouve l' Aiguille de ce nom.

26. Aiguille de Triolet.

Sur sa carte de 1786 de Saussure inscrit le nom „ Aiguille de Chenavier " à l' endroit où s' élève l' Aiguille actuelle de Triolet, car son Chena- vier domine directement le Val Ferret italien et le Col Ferret. Je n' ai pas pu découvrir dans son texte aucune allusion à ce nom si curieux, mais il y fait mention ( t. II, p. 291 et 293-294 ) du Glacier de Triolet sur le versant italien de la chaîne et du „ Mont Ru " ( les Monts Rouges 3311™ ) qui le sépare d' un glacier voisin. Le nom de „ Chenavier " ne se trouve pas non plus sur la carte de Berthout van Berchem en 1790, mais à la page 118 de son ouvrage cet auteur, décrivant la vue depnis le Jardin, fait emploi de la phrase suivante assez mystérieuse: après avoir mentionné les Droites et les Courtes il continue ainsi: „ puis au-dessous le rognon à Chenavié, entre l' Ouest et le Nord: il est borné par l' Aiguille du Couvercle ( autrement nommée du Talèfre ), qui va se joindre aux Rouges ".

27. Les Courtes et les Droites.

Le nom de „ Courtes " paraît pour la première fois en 1785 dans l' ouvrage de Bourrit ( t. III, p. 105 ), mais alors il n' est pas attribué à une cime quelconque: „ autrefois encore la plaine supérieure du glacier du Talèfre, qu' on nomme les Courtes, étoit un Pérou pour les chercheurs de crystal ". Et de Saussure écrit en 1786 ( t. II, p. 34 ): „ mais au-delà du Courtil c' est le Jardin], sur le haut de l' amphithéâtre que je décrivois il y a un moment, est un endroit nommé les Courtes, dont l' abord passe pour un des plus pénibles et les plus périlleux de ces montagnes ". Mais en 1787 Berthout van Berchem dit très clairement que ces noms voulaient bien indiquer des sommets; à la page 45 il écrit: „ enfin, à gauche le glacier du Talèfre, et les murs qui l' entourent se présentent à mes regards; j' y distingue les Droites et les Courtes, pointes fameuses par la quantité de cristaux qu' on en a tiré, et funestes par la mort de plusieurs Cri s talli er s,"-. En 1790 le même auteur écrit ( p. 117 ) que depuis le Jardin il vit très bien „ les deux Droites, hautes et grandes pointes, et les Courtes qui sont à côté, et qui ne se distinguent que par leur moindre hauteur "; il ajoute ( p. 119 ) que „ les Courtes produisent des cristaux blancs ". Cependant il ne donne pas ces noms sur sa carte, mais ( n° 9 ) celui de „ les Aiguilles Rouges du Talèfre ". A la page 49 de son livre de 1787 il écrit: „ le Courtil ou Jardin est situé dans le côté Nord du glacier du Talèfre, et au-dessous des hautes pointes de rochers appelées les Rouges ", et trois lignes plus loin il dit que le sommet du Jardin „ est au pied des Rouges ". Dans son ouvrage de 1790 il reproduit ces phrases ( p. 113 ), fait mention de ce nom en passant à la page 112 et dit aux pages 118-119 que l' Aiguille du Couvercle c' eut l' extrémité de la crête qvi descend de l' Aiguille du Moine, voir le n° 6 plus haut] „ va se joindre aux Rouges ", et qu' on trouve „ de la molibdène aux Rouges du Talèfre ".

28. Aiguille du Chardonnet.

La seule mention, à ma connaissance, de cette cime au 18 me siècle se trouve sur la carte de Berthout van Berchem en 1790, on ( sous le n° 5 ) son nom actuel lui est attribué. Le ruisseau du Chardonnet ( „ nan-tum dou Cherdoney " ) est mentionné en 1390 ( Cartulaire, t. I, p. 283 ).

29. La Noire.

La première mention de cette sommité ( 3427 m ), qui s' élève sur la route du col du Géant, date de 1790, lorsque Berthout van Berchem l' indique sur sa carte ( sous le n° 17 ), et écrit ( p. 117 ), en détaillant le panorama depuis le Jardin: „ la Noire, plus reculée c' est que les Jorasses et les Périades] et placée sur le Tacul à l' Est, domine sur le Talèfre ". Mais elle avait été très certainement remarquée par les deux caravanes qui en 1787 et en 1788 avaient traversé le col du Géant. En 1791, Bourrit, le héros de la traversée de 1787, écrit ( p. 270 ): „ les guides ont rendu cette route moins pénible encore en prenant leur direction par les bases de la Noire, qui leur fait éviter les horreurs du milieu du Tacul, et c' est par là qu' ils viennent d' y conduire M. le vicomte de Serrant " ( voir sous le Col du Géant, page 275 de mon article dans le Jahrbuch S.A.C., vol. XXXVII, n° 34 ). En 1796, de Saussure qui passa le Col du Géant en 1788, dit à son tour ( t. IV, p. 219 ): „ Nous fûmes forcés de suivre le pied d' une haute cime nommée La A' oire. "

30. Massif du Trient.

En 1790 Berthout van Berchem donne sur sa carte ( sous le n° 2 ) le nom de „ Les Aiguilles du Trient " à tout le massif qui s' élève au fond du Glacier du Trient, et dont le point culminant est la cime nommée aujourd'hui l' Aiguille de la Varappe ( 3520 m ).

31. Aiguilles Marbrées.

En 1796 de Saussure donne deux planches à la fin de son tome IV, toutes les deux d' après des esquises exécutées lors de son séjour au Col du Géant en 1788. Sur la planche III, il indique sous les lettres b b l' " Aiguille Marbrée” et il donne à la planche IV le titre „ Le Mont-Blanc vu du pied de l' Aiguille Marbrée, au N.E. de la Cabane ". Dans l' " Explication des Planches”, qui est placée après les planches elles-mêmes, il dit, en nommant les différentes cimes qui se voient sur la planche III, „ b b, un rocher auquel on donne dans le pays le nom d' Aiguille Marbrée ". Il a donc appris ce nom de la bouche de ses guides, et ne l' a pas inventé.

W. A. B. Coolidge.

Afin d' orienter mes lecteurs voici une table dans laquelle toutes les cimes dont il y a été question plus haut, d' après l' ordre de la première mention, sont arrangées d' après l' ordre alphabétique; entre parenthèses j' ai ajouté la date de la première mention de chacune, et le numéro qu' il porte dans la revue chronologique qui se trouve dans les pages précédentes.

Argentière, Aig. d' ( voir Verte, Aig. ).

Bellaval, Aig. de ( 1779, n° 10 ). Bionnassay, Aig. de ( 1786, n° 20 ). Blaitière, Aig. de ( 1785, n° 11 ). Bochard, Aig. à ( 1785, n° 16 ). Brouillard, Mont ( 1786, n° 17 ). Chardonnet, Aig. du ( 1790, n° 28 ). Charmoz, Mg. des ( 1742, n° 2 ). Chenavier, Aig. de ( voir Triolel, Aig. de ).

Courtes, Les ( 1787, n° 27 ). Couvercle, Aig. du ( voir Talèfrt>, Aig. de ).

Dolent, Mont ( 1786, n° 21 ). Droites, Les ( 1787, n° 27 ). Dru, Aig. du ( 1742, n° 1 ). Fourche, Grande ( voir Tour, Aig.

du ). Fourchue, La ( voir Charmoz, Aig.

des ).

Glaciers, Aig. des ( 1786, n° 22 ). Goûter, Mg. du ( 1773, n° 7 ). Goûter, Dôme du ( 1785, n° 14 ). Grépon, Aig. de ( 1785, n° 12 ). Jorasses, Les ( 1742, n° 3 ).

Leschaux, Mg. de ( 1786, n° 18 ). Marbrées, Aig5. ( 1796, n° 31 ). Maudit, Mont ( 1785, n° 15 ). Midi, Aig. du ( 1762, n° 4 ). Moine, Aig. du ( 1773, n° 8 ). Noire, La ( 1790, n° 29 ). Périades, Les ( 1786, n° 23 ). Pétéret, Aig. de ( 1786, n° 17 ). Plan, Mg. du ( 1785, n° 13 ). Rogne, Aig. de la ( voir Bionnassay, Aig. de ). Rouges du Talèfre, Aigs. ( voir Courtes, Les ). Rouges, Les Monts ( voir Triolet, Aig. de ).

Tacul, Aig. du ( 1762, n° 5 ). Tacul, Mont Blanc du ( voir Maudit, Mont ).

Talèfre, Aig. de ( 1762, n° 6 ). Tour, Aig. du ( 1786, n° 19 ). Trélaporte, Aig. de ( 1786, n° 24 ). Trélatête, Aig. de ( 1786, n° 25 ). Trient, Massif du ( 1790, n° 30 ). Triolet, Aig. de ( 1786, n° 26 ). Verte, Aig. ( 1776, n° 9 ).

De ces 31 cimes 12 sont mentionnées pour la première fois par de Saussure ( les n08 10, 17-26, 31 ), 9 par Bourrit ( les n°, 7-9, 11-16 ), 4 par Berthout van Berchem ( les n0B 27-30 ), 3 par Martel ( les n°, 1-3 ) et 3 par le due de la Rochefoucauld D' Enville ( les n° » 4-6 ).

Addenda et Corrigenda

à mon article publié dans le tome XXXVII du Jahrbuch. ( Un certain nombre m' ont été signalés par M. Henry Duhamel, que je tiens à remercier cordialement. ) A. La Mont Maudite.

P. 248, sous le n° 2.

M. Joseph Vallot ( directeur de l' Observatoire du Mont Blanc ) a eu l' obligeance de me communiquer les renseignements suivants touchant la soi-dlsante carte de Mercator, datée de 1595. M. Vallot a lui-même consulté les éditions diverses de Mercator, en volumes complets, depuis 1595 jusqu' à 1630, mais il n' y a pas trouvé cette carte. Alors ;il s' est adressé à M. Uzielli, qui lui a appris quit n' avait pas vu cette carte lui-même, mais qu' il en avait emprunté la description à l' ouvrage „ Les Fastes du Mont Blanc " ( Genève, 1876 ) par M. Stephen d' Arve ( voir la page II ). Or, l'on sait que cet auteur ne travaille pas sur des documents précis. M. Vallot croit donc que la carte mentionnée par Stephen d' Arve a été publiée au moins cent ans plus tard que 1595, et me fait remarquer que l' orthographe du nom Chamonix qu' on y trouve n' est pas celle employée à la date de 1595.

P. 248, ligne 7 d' en bas, et p. 249, lignes 4, 17 et 19.

Pour „ 1610 " lire „ 1630 ", qui est la bonne date de la carte de Hondius.

P. 249. Insérer 5bis. 1642. J. Boisseau. Duché de Savoye. Paris. On y lit „ Le Mont Maudit ": ce nom est place an nord de Cluses et désigne probablement le Buet.

P. 249. Insérer 50 ". 1648. N. Sanson. Les Suisses. Paris. Au nord-est de Taninges on lit les mots „ La Mont Maudite ", qui se rapportent probablement au Buet.

P. 254. Insérer 25bi*. 1701-1704. Sanson-Jaillot. Les Suisses. Paris. La „ Mont Maudite " y est placée au nord-est de Taninges.

P. 256. Insérer 33b' s. 1743. J. P. de Loys de Chézeaux ( mort en 1751 ).

M. Lucien Raulet, dans son édition de la Relation du due de la Rochefoucauld D' Enville, cite ( Annuaire du Club Alpin Français, t. XX, p. 492, noted' après l' ouvrage de J. B. G. Galiffe, intitulé D' un siècle à Vautre, Genève, 1877 — une lettre écrite par de Loys ( astronome vaudois ) de son observatoire à Chézeaux, au-dessus de Lausanne. Cette lettre, datée du 3 août 1743, se rapporte aux mesures des montagnes savoyardes qu' il aurait faites: il y dit, entre autres choses: „ jene crois pas qu' il y ait beaucoup de différence entre mes dernières remarques et une exacte précision, si ce n' est peut-être celles de la Montagne Maudite, dont le grand éloignement rend la parallaxe très petite et la distance plus difficile à déterminer. Sa hauteur sur le niveau de Chézeaux est 2146 toises, et, par conséquent, sur le lac, de 2242 toises ".

P. 260, ligne 8. Au lieu de „ 1781 " lire „ 1785 ".

B. Le Mont Malay.

P. 262. Le „ Mont Malay " est déjà nommé sur deux cartes de N. Sanson, l' une datée de 1647 et intitulée la „ Haute Lombardie " et l' autre datée de 1648 et intitulée „ Les Suisses ".

P. 264. Bourrit fait mention de notre sommet aussi à la page 109 de son tome III ( 1785 ) sous le nom de „ le Géant ", comme dans son Itinéraire de 1791 ( p. 254-255 et 269 ). En 1790, Berthout van Berchem dans son Itinéraire reproduit à la page 169 la Vue circulaire depuis le Buet, déjà donnée par de Saussure, avec le même texte, „ le Mont Mallet ou le Géant ", et sur sa carte indique ( sous le n° 16 ) l' " Aiguille du Géant ".

C. Le Cul du

P. 266. En tête de la liste de cartes doivent figurer les deux données par N. Sanson et datées de 1647 et 1648 ( voir plus haut dans ces Addenda sous B, p. 262 ) qui indiquent bien „ Col Major ou Cormoyeu ".

P. 268. Insérer 13bls. 1701-1704. Sanson-Jaillot. Les Suisses.

P. 269. 21. 1742. Martel. Col Major.

Par un lapsus j' ai négligé de signaler le fait que la carte de Martel ( voir le facsimile donné à la page 257 ) indique bien „ le Col Majou ".

P. 270. Insérer 21bis. 1752. P. J. Bourcet.

En 1902 M. Henry Duhamel publia à Grenoble un livre très important, intitulé „ Voyage d' Inspection de la Frontière des Alpes en 1752 par le marquis de Paulmy u. Dans un appendice M. Duhamel imprime le texte de divers mémoires remises à M. de Paulmy pendant sa tournée. Dans le mémoire n° 2, écrit par P. J. Bourcet, nous trouvons ( à la page 119 ) la description suivante du Col du Géant, datant de 1752: „ Le Col Major est long et difficile: on ne peut se promettre de communiquer de Salanche et Chamunis ( en Faucigny ) à Morges [Morgex], dans la vallée d' Aost, en moins de deux grandes journées de marche et par des défilés considérables où l'on ne trouve aucune habitation. "

P. 275. Insérer 34bis. 1790. Berthout van Berchem.

Sur sa carte on lit ( sous le n° 19 ) cette phrase: „ Route de Cormayor et situation de la cabane de Mr. de Saussure ".

Feedback